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Récits de voyages et randonnées diverses avec un mulet:UN VRAI MULET

1. 2. 3. SOLEIL : avec le mulet Mario. Dernière partie.

Paris, tout début avril 2022.

La pose devant le dôme des Invalides

 

Le centre pénitentiaire de Paris-la-Santé

Le haut mur.

 

Servanne, la présidente de l’association l’Étoile de Martin

accompagnée de 8 bénévoles me rejoint à 9 heures 30 devant le haut portail du centre pénitentiaire de Paris-La-Santé. Il fait beau.

Nous sommes confiants et heureux d’être là pour porter notre message au sein de cette institution et ainsi contribuer d’une certaine façon à l’insertion des détenus. Maintenant le porche s’entrouvre et voici qu’à notre grande surprise en sort le directeur Général de l’administration pénitentiaire (DAP) suivi par le directeur interrégional ((DISP), celui de l’établissement en compagnie de ses collaborateurs. Cet accueil insoupçonné et très chaleureux montre l’intérêt que cette administration porte à notre cause.

Nous entrons dans l’enceinte, Mario faisant claquer fièrement ses sabots, car ce n’est pas la première fois qu’il pénètre dans un univers carcéral :

titulaire d’une carte de détenu, remise en grand cérémonial par quelques joviaux fonctionnaires lors d’une visite en cellule au centre pénitentiaire de Bois-d’Arcy, il connaît bien les usages et les règles en vigueur. Remise de la carte d’identité, passage au détecteur de métaux, fouille du bât, des caisses et des sacs. Nous franchissons tour à tour la première cour, la deuxième porte, la deuxième cour...pour être obligés de débâter devant la dernière porte donnant accès au lieu de notre rencontre, car la porte métallique est adéquatement étroite. Les gardes armés qui nous accompagnent se chargent gentiment malgré le port de leur arme de porter le matériel dans leur bras.

Depuis cette grande cour nous apercevons quelques têtes derrière les fenêtres avec barreaux du grand bâtiment situé devant nous. Quelques interpellations nous parviennent, de maigres sifflets et puis c’est le calme,une atmosphère de silence interrompue par le toussotement d’enrhumés et par les pas des gardiens la-bas vers la porte qui donne vraisemblablement accès aux cellules.

Nous sommes maintenant immobiles lorsque se présentent à nous une quinzaine de jeunes gars; baskets, jeans, polos, sweats. Le directeur général dit quelques mots de présentation puis c’est à mon tour de présenter l’association « l’Étoile de Martin » et le projet qui nous motive, puis bien sûr la mascotte Mario. Je pensais sincèrement que notre présence en ces lieux de privation se poursuivrait à plus ou moins 30 minutes. C’est Christine qui m’a dit en sortant que nous étions restés plus de 2 heures ! Étonnant ! Le temps passe t-il si vite en prison ?

Au début de l’intervention les gars sont figés et distants ; c’est que les gradés de l’administration pénitentiaire sont là et derrière eux, au fond de la cour, il y a les gardes armés. Et puis petit à petit voilà qu’ils s’intéressent, posent des questions, se sentent concernés par ce que je dis. Le plus hardi taquine avec humour un de ses collègues qui vient de poser une question imprécise : « L’écoutez pas m’sieur, c’est un gars de banlieue », dit-il avec l’accent du 9.3. On se met gentiment à sourire tous ensemble car la plupart sont probablement des gars de la banlieue.

Cette rencontre insolite fût pour nous un grand moment riche en émotion et en découverte de l’autre. Je pense qu'il en est de même pour eux. La preuve en est : ils se sont cotisés pour envoyer à l'étoile de martin une obole non négligeable, tirée de leur pécule!

 

 

 

 

Le trottoir de L’institut Curie." Deuxième rendez-vous manqué"

 

Cette randonnée vers Paris s’est construite avec un objectif premier : rencontrer les jeunes patients soignés à l’Institut Curie ainsi que leurs soignants.

En pleine ville , Mario stoppé par un DOS d'ANE.

Pendant 6 mois, j’ai travaillé sur ce projet avec Erika et Océane les représentantes du Fond l’Étoile. Celles ci ont préféré orienter ma visite vers l’Institut Curie plutôt que vers Necker- Enfants malades au motif que l’association est très impliquée sur le site de la rue d’Ulm. De démarche en démarche tout va se construire jusqu’à ce moment J- 3 où mes correspondantes m’adressent un SMS pour m’informer que ma visite à Curie n’est pas possible ; 1,2,3,SOLEIL se réduit à 1,2 sans 3 SOLEIL. « Il y a la Covid à Curie ». C’est sans appel ! Je propose d’adapter la rencontre à l’extérieur du site...avec quelques soignants et administratifs qui sont épargnés par le virus. Toute proposition est réfutée. Je pressens le bug, l’impréparation, la flagornerie sans pour autant nier la raison évoquée de l’épidémie. Le « vous ne pouvez pas vous rendre à Curie » Cette injonction détermine chez moi la volonté de passer outre et d’aller quand même déposer les fonds récoltés sur le parcours à l’Institut Curie, même si cela doit se passer sur le trottoir.

C’est ainsi que les choses furent faites.

En compagnie de quelques amis et membres de la famille, en suivant scrupuleusement le parcours de déambulation autorisé par la préfecture de police, j’ai remis à Erika, qui nous a rejoint in extremis sur le site une somme de plus de mille euros dont je ne sais à ce jour la destination.

Le vigile en uniforme stationné devant la porte nous a obligé de nous déplacer pour occuper le coté latéral du trottoir afin de ne pas faire « tâche» !!!

Devant les Vespasiennes

Tout comme le corbeau de la fable je jurais mais un peu tard qu’on ne m’y prendrait plus. Cette leçon vaut bien un voyage muletier de 300 km, sans doute ?

Peut-être pour apaiser mon amertume, Tony, un ami toubib, nous a gentiment invités à prendre un verre dans son appartement cosy très parisien. Son calme et son attention aux autres participent à l’intérêt qu’on lui porte lorsqu’on le côtoie, et j’éprouvais malgré tout un sentiment de bien être en dégustant dans la sérénité ma tasse de thé.

 

L’hôtel National des Invalides.

Le passage à L’Institut National des Invalides, lieu hautement symbolique est motivé par le désir de rencontrer des grands blessés, militaires et victimes du terrorisme actuellement en rééducation et réhabilitation.

Notre arrivée et rencontre avec une membre du C.A de l'étoile de Martin

Pour réaliser ce projet il fallait convaincre la hiérarchie militaire de l’intérêt pour les patients et les pensionnaires de m’accueillir avec mon mulet. D’abord contacter et convaincre la directrice de cabinet du bien fondé de ma démarche, Patienter et espérer que mon message soit entendu, puis attendre une autorisation qui ne vient pas et avec pugnacité saisir les échelons supérieurs. Un Général de mes amis m’avait soufflé « avec les militaires, il faut obtenir un ordre venant d’en haut: ils se mettront au garde à vous avec le petit doigt sur la couture du pantalon ». Bien embêté par ce conseil à double tranchant je décide néanmoins de le suivre ce qui déclenche aussitôt l’aval de l’opération.

En bonne compagnie avec le médecin Général inspecteur et le Gouverneur des Invalides

Après un long échange en visioconférence avec le général gouverneur des Invalides et le médecin général inspecteur de l’Institution Nationale, accompagnés de leurs collaborateurs, le quitus m’est donné.

1.2.3.SOLEIL se réalisait même si l’accueil à Curie avait été une « étape » entièrement dépourvue de sérieux.

L’arrivée aux Invalides est grandiose, les gardes sont informés de notre venue et nous entrons avec les honneurs. Mario se prête aimablement aux objectifs des photographes. Le gouverneur et le directeur de l’institution viennent à nos devants pour nous accueillir comme si nous étions le vice roi des Indes : Mario se compare à un éléphant et moi à un cornac. Il nous faut rentrer dans le bâtiment et Mario est ferré, ce qui me désappointe car je crains qu’il abîme le carrelage tri- centenaire. En prenant soin de ne pas glisser nous entrons délicatement dans les couloirs puis atteignons une cour où se tiennent les pensionnaires.

Ils sont abrités par un large préau et je les vois bien couverts sur les fauteuils. Le mauvais vent les encourage à rester bien à l’abri. Au fond, Il y a des tables dressées avec la préparation d’un cocktail.

Après quelques mots du gouverneur la parole m’est donnée pour présenter l’association l’Étoile de Martin ainsi que mon action contre les cancers de l’enfant, le pourquoi de ma visite et faire une présentation du mulet, puis me trouvant sur un site militaire j’expose l’immense contribution des mulets aux armées, ce qui provoque de nombreuses questions et d’échanges avec les pensionnaires et patients de l’institution.

quelques uns font connaissance avec Mario.

Je ne peux m’exprimer librement au côté de Mario parce qu’il n’arrête pas de faire le zouave, car j’ai besoin de mes bras pour raconter mes histoires avec force gestes, je l’attache à un arbre ce qui ne lui convient pas vraiment.

A l'attache.

De ce fait il fera le pitre (le zèbre) durant une partie de mon intervention obligeant Anne à le promener à Hue et à Dia.

Ce fût une réception inoubliable avec ces personnes blessées tellement résilientes: j’en conserve un souvenir ému.

Une marche mémorable.

 

La traversée de Paris entre Denfert-Rochereau et les Invalides fut une marche d’une grande intensité. Une bonne dizaine de personnes m’accompagne le long des boulevards du Montparnasse et des Invalides.

Il faut sans cesse freiner l’allure de Mario, ne pas provoquer d’incident, s’arrêter pour échanger avec les gens qui nous regardent avec une grande curiosité, slalomer entre les nombreux mobiliers urbains et les bornes anti-voiture installées sur les trottoirs.

Quel contraste avec une vie paisible et saine : ici, les gens téléphonent en marchant et d’autres marchent en téléphonant. Par cette expression, Je rends ici hommage à mon père qui goûtait avec ravissement Rabelais. j’ai ainsi le plaisir de Plagier ce dernier « les uns mouraient sans parler, les autres parlaient sans mourir... » s’agissant des compagnons de frère Jean des Entommeurs.

La téléphonie photographique: un passe temps comme un autre.

Ici, les gens ne disent pas bonjour, ici les gens ne regardent personne et  certains ne causent qu’à leur téléphone! Et pourtant cette marche solidaire dans Paris fût une courte mais magique épopée tant notre cortège était singulier et interrogatif. En me retournant pour m’assurer que notre groupe était compact, je vis sur les visages de mes amis de la joie et comme un rayonnement. Ils transmettaient du bien-être aux nombreux badauds pressés qui nous croisaient. Tous respiraient la bonne humeur et la gaieté et cela me remplissait de bonheur. l’intensité du présent de cette marche totalement citadine permet, je le découvre, de se libérer de nos illusions de possession, de notre mode de l’indispensabilité de l’être afin de franchir les termes de notre intériorité. Ce sentiment provient sûrement de l’échange informel que nous avons eu avec ces milliers de gens inconnus nous transmettant sans le savoir une force bienfaitrice.

En cachette, 2 personnes prennent Mario en photo

Se remémorer tous ces instants: la préparation, la marche solitaire ou en groupe, les rencontres avec toutes ces personnes au bord du chemin, les bons et les moins bons moments, l'effort poussé loin et en continu, les multiples pensées vagabondes qui s'inspirent du silence et de la lenteur. Voilà ce qui compte pour moi et qui est majeur dans cette marche finalisant nos quarante mille kilomètres en compagnie de Mario dont une grande partie pour soutenir la recherche sur les cancers de l'enfant, donnant tellement du sens à la démarche.

Ni exploit ni  parcours remarquable: c'est une servitude acceptée et volontaire qui, très égoïstement contribue à l'équilibre de mon être. D'ailleurs sans ce mulet là rien n'aurait été possible, et je l'en remercie.

Merci à tous ceux qui m'ont accompagné de loin par message, de près en partageant mes voyages, mais également par la pensée.

Retour aux pénates

 

Le retour s’effectue en van avec le gars Pierre qui est venu me rejoindre à Paris. L’installation de Mario dans le véhicule se fait sous l’œil attentif d’une partie de nos hôtes. Comme à son habitude lorsqu’il y a du public, Mario fait une première fois mine de monter puis redescend du pont pour après une invective se décider à obéir. C’est en quelque sorte un code, un consensus que nous avons pour me faire savoir qu’il n’est pas totalement assujetti à son maître.

Après une courte halte à Cheverny pour retrouver mon camion et remercier Martine et Hubert de leur aide, Mario arrive enfin dans son pré de Bas-Fer où il se roule pour raviver sa couenne.

Partie de jambes en l'air!

Une fois encore je peux dire en chantant « la fatigue me gagne mais mon cœur est content...j’y retourne, j’y retourne... »

 

 

 

 

.....................................   FIN   .............................................

 

                    Jean , depuis le pré de Basfer, en Avril 2022

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F
Quel plaisir de t'avoir accompagné, ainsi que Mario, dans les rues parisiennes, un joli moment de partage !<br /> A bientôt,<br /> Sandrine
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