Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Récits de voyages et randonnées diverses avec un mulet:UN VRAI MULET

A pied, vers l’ouest avec un mulet .

La Loire, notre Loire.

 

Je m’étais muni d’un beau chandail et m’étais chaussé de bon gros brodequins ainsi qu’un bon paletot pour affronter les derniers 150 km tant le temps incertain de cette mi-juin jonglait entre le soleil et l’eau. C’est avec cet accoutrement peu ou prou muletier que je me hasardais à aborder cette troisième tentative pour atteindre la ville native de Jules Verne. Comme l’homme prudent qui s’affiche avec ceinture et bretelles par-dessus son tricot de peau, j’avais chargé sur le bât de Mario 2 bâches de pluie , l’une grise et l’autre bleue: celles-ci me furent pourtant utiles pour protéger tout le barda pendant une certaine nuit d’un très mauvais temps en l’absence d’abri pour le matériel.

le mulet Mustang richardière dit mario
On y va!

Pour cela, j’étale la première sur le sol, puis en grande vitesse, à cause des rafales, je range sur celle ci, seul ou avec méthode ( cela va mieux à 2) l’ensemble du bât et de ses compléments pour enfin utiliser avec bonheur (encore lui) la deuxième bâche qui protégera mon paquetage en le couvrant.

 

Mulet sur un chemin de France en 2021
On continue, encore et encore.

Lors de mes deux premières tentatives avortées pour cause de confinement obligatoire, j’avais opté pour l’une sur le port de tête d’ une espèce de pétase, vieux chapeau de ville hérité de mon père et pour l’autre du béret qui sied bien lorsqu’on a la caboche de travers, parce qu’il n’a pas de sens ! Pour cette dernière marche vers l’ouest je maniais sans vergogne les deux couvre chefs suivant le temps et mon humeur.

 

Comme vous vous en doutez, j’avais à cœur de terminer ce voyage ligérien en partant de l’endroit où je m’étais arrêté lors de ma deuxième tentative: Mûrs-Erigné, à côté d’Angers. C’est Nicole la créatrice et présidente de ce centre ânier qui a tout préparé avec la complicité d’Anne-Isabelle. Mario a dormi dans un bel espace proche du pré des ânes et chevaux : il a dû être aux aguets toute la nuit ! De bon matin, le bâtage s’effectue sans problème et l’animal est fin prêt pour 9 heures car nous avons une bonne journée de marche en direction de Chalonnes-sur-Loire.

Le temps dégringole à une vitesse folle et la marche muletière, cadencée par le pas du mulet est propice à remonter ce temps qui dévale en faisant quelques étapes sur un lointain passé ; Ainsi je me remémore mes années d’enfance où mon père malicieux à ses heures nous récitait (à ses enfants) sur un ton badin et adapté à nos âges « Les saisons » de Guillaume Apollinaire.

« As-tu connu Guy au galop du temps qu’il était militaire, as-tu connu Guy au galop du temps qu’il était artiflot , à la guerre ! Il avait mis sur son chapeau une petite feuille de lierre et son cheval au grand galop avait une rose au derrière ». Cela nous faisait beaucoup rire et j’ai gardé longtemps Apollinaire dans le creux de mon cœur, me faisant lire et relire les poèmes de ce soldat de 14.

Ne vous laissez pas bercer par l'un de ces arrangements paternels qui me donnèrent pourtant le goût de lire, mais plongez vous à votre tour dans.
    « C'était un temps béni nous étions sur les plages
    Va-t'en de bon matin pieds nus et sans chapeau
    Et vite comme va la langue d'un crapaud
    L'amour blessait au cœur les fous comme les sages... »

 

 

Comment sortir de cette nasse ?

 

Les roses et les épines ne sont pas seulement l’apanage des poèmes, romans et pamphlets. Elles savent bien être réelles si on emprunte des sentiers malaisés et embroussaillés. Je m’étais fourvoyé, n’ayant vraisemblablement pas vu l’interdiction aux chevaux, dans un dédale où seul un pédestre peut s’aventurer pour peu qu’il ne soit pas doté d’un profil encombrant ou d’un bagage volumineux. Durant cette première journée où je croyais avoir perdu le nord en marchant plein ouest, Mario a récolté dans les taillis et les buissons bien des ronces et épines.

un endroit bien clos

Je ne comprends toujours pas pourquoi et comment je suis allé me mettre dans un tel guêpier où les chemins se terminent dans des prés clôturés de barbelés, où surgissent des tourniquets dignes des pires instruments de torture du moyen âge à l’orée d’un sentier improbable se terminant en queue de sifflet entre deux haies de barbelés pas plus large qu’un guidon de vélo. Il faut alors débâter, jeter le barda par-dessus la clôture puis se saisir de la tenaille bien à sa place dans la sacoche marquée « soins Mario », enlever les clous cavaliers, dérouler les fils de fer barbelés, déterrer quelques piquets d’acacia puis faire passer le mulet de l’autre côté pour finalement tout refaire en sens inverse et enfin pouvoir repartir en franchissant un ru par un étroit pont constitué de 2 poutres de bois. Durant cette journée je me suis même retrouvé, je ne sais comment, dans un immense pré, au milieu d’un troupeau de vaches avec leur taureau protecteur.

Les filles sont très interessées par Mario,mais cela n'est pas suffisant pour sortir du bourbier.

La barrière de ce pré était fermée par une chaîne cadenassée et sur tous les côtés une double clôture électrique en interdisait la sortie.

Ces obstacles m’ont posé un délicat problème que je ne pus résoudre qu’après une bonne heure de ruses pour ne pas contrarier le mâle animal en escamotant notamment mon gilet fluo orange. Je me marmonnais « faut pas l’exciter, faut faire FOMEC, gentil, rasé, boit de l’eau, boit de l’eau... » Il m’a fallu user d’astuces et de gymnastique pour franchir un courant de haut voltage: 4000 volts avec toutefois une faible intensité. Tout en tenant Mario par la longe, je détachais la clôture de quelques piquets en maintenant celle-ci à terre avec des morceaux de bois morts. Le premier essai fut catastrophique, Mario heurtant les fils en les enjambant, fit un écart fulgurant car touché par le courant. Il me fallut persévérer et recommencer plusieurs fois, d’autant que le mulet, sachant dorénavant la leçon et connaissant la sentence se montrait de plus en plus récalcitrant à franchir cet obstacle qu’il respecte si bien depuis tant et tant d’années. Il ne comprenait pas pourquoi je m’obstinais à lui faire franchir cette limite pour laquelle l’interdiction est absolue depuis 20 ans. Pour réussir j’ai donc désolidarisé piquets et clôtures sur une vingtaine de mètres en m’aidant de branches et de pierres trouvées dans le pré, puis je tentais par trois fois de lui faire franchir la ligne sans résultat pour enfin dans une ultime invective persuasive nous passions l’obstacle en un saut démesurément grand, haut et long, ce qui me fit basculer lourdement dans l’orge du champ contiguë. Après les félicitations de rigueur et la remise en état de la clôture nous sommes repartis en longeant le champ avant de retrouver pour plusieurs fois encore clôtures et fossés : mais je me sentais maintenant un aventurier aguerri pour déjouer tous les pièges des forts Knox Angevins! « je crois bien que les gens d’ici souhaitent être bien protégés » !me dis-je.

le chemin n'est plus là!

 

Ce jour-là, je doublais presque mon kilométrage et arrivais épuisé au gîte d’étape de Chalonnes.

La nuit fût excellente , assurément !…

 

Du bout des doigts

 

La route sera longue aujourd’hui. Levé dès 6 heures, je m’apprêtai à quitter le gîté lorsqu’ils arrivèrent dès 8 heures: les petits enfants du centre aéré s’assirent spontanément en demi-cercle autour de Mario pour regarder la fin de l’« habillage » en posant mille questions. Les animatrices particulièrement heureuses de voir cette toute nouvelle activité leur choir ainsi, conduisirent la manœuvre pour transformer en jeu pédagogique cette animation matinale inespérée. Puis ce fût le tour des caresses sur le museau de Mario. Les enfants, en file indienne s’approchèrent timidement de Mario et tendant la main vers la tête du mulet caressant dans un réel ravissement son museau. Certains d’entre eux s’exclamèrent « que c’est doux !», d’autres le touchèrent du bout des doigts, d’autres enfin le regardaient d’en bas un peu terrifié par sa stature. Les plus petits furent soulevés par les accompagnatrices afin d’être à portée d’yeux.

 

Mario, 1° prix à Lignières en berry.

Mario, habitué à ce type de prestations jouait bien le jeu et je comprends mieux pourquoi 2 mois plus tard il obtint le 1° prix des mulets lors de la grande foire aux ânes et aux mules de Lignières en Berry. Et comme l’a dit un des 3 membres du jury «  c’est parce qu’il le vaut bien ! »

 

L’homme néo-médecine, un héros ?

 

En chemin, je fus le témoin d’une scène qui faillit mal tourner. L’angélus venait à peine de sonner au clocher du village qu’un cycliste me dépassant à vive allure vint percuter dans une courbe de la route, une jeune fille qui s’apprêtait à traverser la chaussée. La jeune fille tomba sur le goudron et je crois bien que sa tête heurta le sol alors que le cycliste ne pouvant retenir sa machine lui roulait sur le torse. Rien de bien grave apparemment puisque la jeune fille se releva. Mais un peu plus tard celle-ci se plaignit d’un mal de tête et dit qu’elle avait froid. M’étant rapproché, je conseillais de l’étendre en position PLS et proposais une polaire pour la couvrir. Un passant appela les pompiers et un autre prit la situation en main en nous demandant de nous éloigner afin de laisser à l’accidentée un maximum d’air. J’entendais alors ce quidam prodiguer maints conseils de santé à la jeune fille et lui indiquer toutes les recommandations consignées dans les séries télévisées bien friandes de ce genre d’épisode. « Elle est sous contrôle » dit-il sur le ton de celui qui sait, « je ne suis pas médecin, mais je connais bien ce qu’il faut faire  : j’ai beaucoup de médecins dans ma famille et dans mes amis »(sic) « tu dois rester éveillée, ne ferme pas les yeux, serre ma main... » tout comme à la télé.

Au loin j’entendais la sirène des pompiers et je décidais alors de poursuivre mon chemin . Le lendemain en prenant un petit café avec une chocolatine dans un bled non loin de là, je lisais dans le journal local qu’une jeune fille victime d’un accident de la route conduite aux urgences de la grande ville était rentrée chez ses parents en parfaite santé : Heureusement que le monsieur, pseudo héros d’un jour, qui connaissait des amis médecins avait pris la situation en main... oui, heureusement !

Sous le vieux moulin coule le Pinoux.

 

Ce jour encore une grosse chaleur et un fort kilométrage a nécessité de notre part l’émergence d’une énergie redoublée mais l’accueil de Marie Paule et de Claude a effacé tout de go la douleur , la soif, la fatigue et les divers tourments du voyage. Le Mario quant à lui est aux anges des mulets ! Installé dans une spacieuse stabul, il ne sait que choisir entre herbe fraîchement coupée, ensilage enrubanné, farine composée de grains concassés et foin aux effluves si odorantes .

Le gars Claude cause avec Mario!

Je crois bien que les anges des mulets l’ont conduit directement au paradis des mulets.

Les enfants ont repris la ferme et s’activent entre les nombreuses tâches: nourrir et traire le troupeau de chèvres.

Au moulin neuf: on pose avant le départ.

 

Je suis toujours surpris par l’élan de gentillesse et de bienveillance que peuvent déployer mes hôtes d’un soir et cette étape au Moulin neuf du Chaudron-en-Mauges est à inscrire dans les annales de mes voyages. Claude a souhaité me faire goûter les meilleurs crus de sa cave en partageant le merveilleux repas préparé par Marie Paule avec en clôture une délicieuse charlotte.

undefined
La sacrée charlotte du soir au moulin neuf.

Être en présentiel plutôt qu’en distanciel, voilà la bonne recette: à déguster sans modération !

Une belle cagnotte dans la tirelire.

 

Un des buts de ce voyage est bien de rencontrer les habitants et les écoliers du  Fief- Sauvin  village jumelé avec celui de Thésée. Sachant la cause de ce voyage une cagnotte à l’attention des enfants hospitalisés est préparée . Écoliers, parents des enfants de l’école, entrepreneurs et amis se sont cotisés pour récolter la jolie somme de 1145 euros.

Les pitchouns à l'écoute.

Ce soir les membres du comité de pilotage se retrouve chez le gars Paul qui m’héberge pendant mon séjour Sylvanien. L’ambiance est chaleureuse d’autant que cette réunion est la première depuis les confinements successifs : ils se racontent des histoires, font des projets sur le moyen et long terme. Le côteau de Layon ce merveilleux vin tendre et onctueux dont les arômes évoquent le miel, l’abricot sec et la bergamote peut se garder longtemps: c’est encore un vin de garde mais ce soir il se déguste illico ! L’épouse du gars Paul est très attentionnée et veille à ce que je ne manque de rien encore une fois j’ai la chance d’être reçu comme un coq en pâte.

En m’approchant du village tout à l’heure, je voyais de très loin le clocher de la nouvelle église qui m’a fait des clins d’œil à chaque montée et descente des nombreuses collines. Je crois bien qu’il me disait « vas-y ,c’est encore loin mais tu te rapproches à grands pas avec ton mulet » Et puis le chemin m’a emmené au château de La Belliere où j’ai pris le temps de manger le repas préparé par  Marie-Paule, celle du moulin-neuf.

Pique-nique devant la grille du chateau de la Bellière.

 

Les hameaux du Chilloux-neuf, du Guicholet, de la Tournerie et de la Chevrie n’ont plus de secret pour moi et il en est de même pour la petite passerelle surplombant l’Evre au confluent du ruisseau des Guenettes.

L’école et La réception

Dès 10 heures ce matin, après avoir bâté Mario, j’ai quitté Bréau pour me rendre à l’école Notre Dame où m’attendait toutes les classes .Et c’est ainsi que par petits groupes tous les élèves ont pu poser maintes questions et venir toucher de très près la vedette du jour. Il me semble même qu’avec les tous petits il y a eu un ton d’harmonica sur l’air inoubliable de « pirouette, cacahuète ».

Explications et légendes à l'école Notre Dame.

Une fois encore émotion garantie lorsqu’un gamin d’à peine 5 ans m’a remis sa propre obole « c’est pour les z’enfants à l’hôpital »

Plus tard, au moment de l’apéro offert par la municipalité Mario fût une fois encore la vedette incontestée.

Remise d'un chèque devant la Marie du Fief-Sauvin.

C’est parce que j’avais repéré le matin même une usure accentuée de ses fers postérieurs qu’un maréchal avait été appelé à se rendre près de la salle des associations: un beau spectacle que celui-là pour tous ceux qui étaient présents d’autant que le bougre , sûrement très stressé par la situation se mit à faire gicler deux énormes diarrhées surabondantes. Vaste brouhaha assuré !

Vers la Guichetière.

 

Il doit bien se faire « dans les 13 heures  à l’heure légale » comme on disait dans le temps lorsque j’arrive à La Boissière sur Evre. Il pleut des trombes d’eau et la chaussée est devenue ruisseau. Je cherche des yeux à travers ce rideau d’eau un endroit pour m’abriter lorsqu’un quidam courant tout courbé sous son journal déployé sur son crâne chauve me fait signe d’entrer dans son immense forge transformée en atelier associatif.

FLO m'offre l'hospitalité

« Tiens , installe toi, et viens nous rejoindre au restaurant, tu dois avoir faim , il y a une journaliste de Ouest-France qui t’attend! » il y a aussi des filles, une bonne ambiance autour de la table et on m’invite à finir les restes avant que je les rejoigne à l’atelier où une formation de soudure à l’arc se déroule. J’aime bien l’odeur et le bruit de la baguette mais mes yeux préfèrent regarder ailleurs pour ne pas finir comme Michel Strogoff!

Avec une si belle équipe devant la forge.

Je m’attarde et bavarde avec mes nouveaux compagnons puis au moment du départ leur joue l’air de « si tous les gars du monde voulaient se donner la main... ».

Ce soir au gîte de la Guichetière la correspondante de l’Écho d’Ancenis m’attendait. Très sûre d’elle même, elle a peu écouté mes réponses et a commis plusieurs erreurs ou non sens dans son article comme « Mario est une race de chevaux de trait » ou transformant mon nom au fil de son papier... ! Je sais pour l’avoir côtoyé en son temps que le métier de journaliste est particulièrement escarpé et qu’il est très important de se relire avant de publier une balade en âne charitable (sic).

La croix fixée sur la "merde du diable"non loi de Bouzillé.

 

Ce soir-là, Isabelle et Marc m’ont accueilli majestueusement en m’offrant le gîte et le couvert en famille et Mario a bénéficié d’un bon paddock. Une fois encore j’étais comme un coq en pâte.

 

Mais, c’est Oudon ?

C’est bien sûr du côté d’Ancenis.

La tour de Oudon , le soir après la triste pluie.

Par sa position, Oudon était une importante pièce défensive des marches de Bretagne , faisant face à la citadelle de Champtoceaux en Anjou, le château contrôlait le trafic fluvial et verrouillait le passage vers la ville de Nantes.

Oudon: pont de l'homme sans tête.

 

Nous, simple muletier, sommes attendus ce soir par nos amis Anna et Christian qui pour l’occasion ont réuni autour d’une bonne table quelques joyeux copains. J’aime bien les orages de préférence lorsque je suis à l’abri mais je dois dire que toute la journée ils n’ont fait que de me tourner autour laissant les escargots envahir le chemin délaissé par les adeptes de la Loire à vélo. Quel temps ! Heureusement la chaleur et la convivialité de la soirée m’ont fait oublier les tracas humides de la journée.

un autre poète à Ancenis : Joachim du Bellay

 

Jusqu’à Nantes.

 

Ce fût ma plus longue étape de ce trajet en 3 épisodes.

Toujours la Loire à vélo, tantôt falun, tantôt ciment granuleux mais aussi goudron sur les anciennes routes dédiées. Une fois encore la pluie m’a rejoint : une bonne pluie, et pourtant bien lourde à mille lieues du crachin nantais.

Les aires de maraîchage nantais.

Ici et là, de généreux donateurs m’interpellent et mettent une petite pièce de monnaie dans la tirelire portée par Mario après que j’eus fais un court sketch sur le motif de ma marche : faut dire que je n’ai pas trop le temps de faire le pitre tant ma route d’aujourd’hui est encore bien longue. Il me faut pourtant m’efforcer de bien faire le job en répondant le mieux possible « en synthèse » aux questions les plus niaises.

En quittant Bréau, l'autre matin.

 

Le chemin m’a semblé bien long entre le pont de Bellevue et l’hôpital Saint Jacques et la Persagotière même si j’ai pris le temps de faire rigoler un petit groupe de vigoureuses marcheuses proches du quatrième âge en leur chantant la chanson du pharmacien. Je me souviens encore de leurs prénoms : Nicole sûrement la meneuse, Françoise la plus enjouée, Ginette bien effacée, Marie Louise la plus fringante, Marie Jeanne la plus alerte et Madeleine la plus hardie de toutes.

mulet bâté en route
je chante pour les dames en goguette

 

Parce qu’il a plu et replu je suis trempé jusqu’en bas et je suis obligé lorsque j’arrive enfin chez Yvan’ et Marion de faire sécher mes chaussures au sèche-cheveux en compagnie de mes petits- enfants Vassili et Noé. Mario, quant à lui, est installé dans un bon paddock à l’institut des sourds que j’ai bien du mal à reconnaître tant les modifications architecturales ont modifié l’environnement depuis le temps où je dirigeais cette institution; il y a maintenant 26 ans déjà !

l'écluse sur la sèvre, à Vertou
chaussée des moines à Vertou(44)

 

Approche animale et mulethéraphie.

équithérapie avec Mario le mulet
une approche lente, très lente mais réussie.

 

Entre Nantes et Vertou ces 2 derniers jours sont totalement consacrés aux personnes handicapées. Mario le mulet est extrêmement bienveillant avec les enfants et ados.Il prend beaucoup sur lui, s’efforçant de ralentir son pas et d’attendre les moins véloces. Il accepte d’être conduit par les plus faibles et devient petit à petit un des leurs.

Le fait-il par mimétisme ou par gentillesse ? Ressent-il la fragilité de ces gosses ou l’intérêt accru qu’on lui prodigue?

Mine de rien, je l’observe prêt à intervenir au cas où et sans faire de l’anthropomorphisme outrancier je pense qu’il rend ainsi le bonheur qu’on lui donne: le sens du partage existerait donc chez les mulets ? Le vivre ensemble ne serait donc pas seulement une boutade de nos politiques d’aujourd’hui? Comme souvent, il aime bien faire ce qu’il fait et il est loin des nouvelles juxtapositions où le médiocre passe pour être convenable et le bon quand il se produit est célébré comme intelligent. Le dépassement de soi n’est pas seulement réservé à la race humaine: même les mulets s’en enchantent lorsqu’ils sont en confiance…

La médiation animale avec les plus fragiles est éprouvante pour les trois partis et je comprends pourquoi les médiateurs s’épuisent prématurément. Ils ont alors besoin de se ressourcer un peu comme le font les guérisseurs, les tireurs de feu ou les magnétiseurs : la recherche d’ions positifs devient primordiale et c’est parfois la spiritualité ou la nature, l’herbe verte et humide, les troncs d’arbres par exemple qui régénéreront le souffle de vie. Mario qui n’est pas un mystique récupérera très vite en se roulant abondamment sur la terre et en broutant une herbe à son goût.

Le travail de médiation avec les enfants autistes, surhandicapés, polyhandicapés est délicat et chaque geste compte:

le mulet et l'enfant
expectative

la patience est de rigueur car tout est signifiant. Je tire mon chapeau à ce mulet marcheur métamorphosé en mulet de la relation non verbale qui s’est parfois trouvé fort dépourvu face à cette longue prestation mais où il a su composer avec des comportements de tension, des mouvements intempestifs et stéréotypés qui en auraient fait fuir plus d’un.

Tous les deux nous avons conjugué nos efforts pour essayer d’aller vers le meilleur. Maintenant nous avons droit au repos: alors comme d’habitude je chanterai en pensant à demain «  enfant de la montagne, j’y retourne, j’y retourne, la fatigue me gagne ,mais mon cœur est content... »

 

                           Jean, depuis le pré de Basfer, en juin 2021.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Michel Dubois 14/09/2021 12:38

Mon cher Mario,
Ton bien-aimé coéquipier, Jean - tu sais... celui qui marche près de toi mais sans porter (!) tout l'attirail nécessaire à tes grandes et multiples migrations - Jean, donc - fort heureusement - nous relate ton cheminement, tes états d'âme (pas d'âne !), la qualité de l'hôtellerie qui t'attend quotidiennement, tes rencontres voire tes idylles avec une consoeur te gratifiant d'un regard tamisé de longs cils.
Mon cher Mario, continue à nous emmener à travers chemins, bois et bocages, en des endroits quelquefois peu fréquentés sauf par ton aventurier de guide (!).
Mario, je te serre la patte (pas les quatre, je suis un peu pressé !).
J'oubliais, serre la patte de ton maître (pas les deux, je suis un peu pressé !).
Non, il n'est pas un maître mais un confident qui te parle aux oreilles... mais sans les toucher. Je sais que n'aimes pas ça.
Bises à vous deux.
Michel Dubois

Anne-du-Logis 13/09/2021 12:44

Merci pour ce moment de balade et de jolies découvertes... on est fatigués à l'arrivée !!! Quand est-que vous venez Mario et toi? Et qui t'accompagnera ce jour-là, bien sûr. Nous avons tous les hébergements nécessaires pour hommes et Mulets, (y compris aux écuries où réside Zulu, si besoin). A bientôt?

Platier 12/09/2021 19:48

Merci, Jean pour cette parenthèse de bonheur

MARTIN DU PONT Héloïse 12/09/2021 19:33

"...mais mon cœur est content"..... et le notre alors ? Notre cœur est fou de lire ce récit. Merci Jean. Juste MERCI