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Récits de voyages et randonnées diverses avec un mulet:UN VRAI MULET

La savoureuse marche muletière inachevée.

 

Je n'ai jamais autant ressenti ce désir, qui petit à petit est devenu besoin, de regarder, d'écouter, de voir et de humer toutes ces choses, ces éléments, tous ces êtres qui se sont mis à danser devant moi. Le vent, la pluie, l'eau, la grâce de ce groupe de jeunes comédiennes rencontrées sur les berges de Loire près des Taboureaux, le silence, le frissonnement des feuilles naissantes, et tant d'autres sujets éphémères et furtifs qui viennent peupler mon esprit lui aussi en vadrouille.

Durant ces quelques jours de marche, me rendant à Nantes, j'ai chaloupé à contre vent: l'air me fouettant le visage et parfois me saoulant quand je ne prends pas garde de m'abriter derrière l’encolure de Mario. Le feu ressenti alors sur mes joues et mon front contraste avec ce vent froid qui vient de là-bas, en face de moi.

avant les gelées, ça explose!

L'air, c'est souffle de vie tout comme l'eau du fleuve qui se tient à ma droite. C'est la Loire majestueuse et immense, verte, grise, blanche ou couleur du ciel ou d'ardoise qui déroule son ruban de beauté. Peu de temps auparavant je l'avais côtoyée en intimité en regardant l'Est en compagnie de l'ami Patrice, afin d'en faire meilleure connaissance. Elle m'avait alors parue plus ombrageuse, faisant éclater par endroits les berges sablonneuses, mais ici devant Bréhemont elle est devenue sereine, consciente de sa puissance et fière de pouvoir rejoindre sa mer de renaissance, matrice de toute transformation.

superbe loire

 

Un voyage n'est jamais anodin: il réconcilie l'homme et l'environnement, il construit ou répare l'intérieur, il est source de rencontres, de satisfactions mais aussi de désenchantements.Tout cela est étrangement bon et concoure à une meilleure maîtrise de la sentence de Socrate : « connais-toi toi- même et tu connaîtras... »

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En bord de Cher

Prenant chaque jour un peu plus d'âge, ce dernier voyage dont les étapes voisinaient trop souvent les 25 km, voire davantage, a quelquefois été ressenti comme une épreuve momentanée et fugace mais pourtant nécessaire à l'accomplissement d'un projet que l'on a choisi en toute connaissance de cause. (Cette volonté de ''faire'' choisie à bon escient est comparable à l'isolement lorsqu'il est préféré et non subi comme lors d'un confinement imposé.) Je ne dis pas alors que l'on prend du plaisir à souffrir lorsque l'épreuve survient, mais la difficulté devient familière et consentie parce qu'elle correspond pleinement à un engagement voulu et un objectif accepté. L'effort devient alors source de plaisir.

Pour me moquer des mots tendances tellement utilisés aujourd’hui à tout propos, j'aurais pu employer le terme ''résilience'' pour évoquer la capacité à rebondir quand la souffrance vient, à résister à l'abattement, à m'adapter aux situations difficiles pour enfin pouvoir me relancer positivement. Je crains que les mots seuls lorsqu'ils sont employés uniquement en ''tour de magie'' ne suffisent pas à nous donner espoir mais au contraire nous entraînent dans une affligeante morosité.

Et puisque nous sommes dans ce registre pervers de pseudo sémantique que dire encore de cet ''ultra crépidarisme'' qui s'est propagé sur nos antennes à l'occasion de cette pandémie covidienne en faisant de n'importe quel péquin moyen, un sachant, un expert.

En cette triste période où chacun sait plus que l'autre, ''not' bon maître'' ou notre cher prophète en chef divulgateur de tant de réjouissances à venir ne sont pas en reste sur une nouvelle dialectologie servie en dessert pour nous donner le change: gageons qu'au ''château'' un conseillé spécial est chargé de ce ''vocabularisme'' bien-pensant pour nous inculquer le virus de la pensée unique en un gargarisme mental journalier.

Pour l'avoir côtoyée durant de nombreuses années, je sais aujourd’hui que l'administration est passée maître dans l'art de donner le change lorsqu'elle se sait incompétente: elle sait se rendre indispensable en inventant toujours plus d'arcanes et se conduit à merveille pour complexifier ce qui est simple, cela lui permet de toujours garder le contrôle d'un sujet qu'elle ne maîtrise pas. La culture administrative est bien loin de la culture du risque, du principe d'innovation: elle excelle cependant à faire proliférer ses agents dès lors que son activité se restreint: chacun invente à l'autre un travail d'utilité absolue, quand ce n'est pas une commission chargée d'enterrer une initiative.Chacun s'invente des contrôles, chacun invoque une hiérarchie susceptible d'absoudre sa responsabilité. Le recours quasi systématique au supérieur dédouane l'agent et renforce la routine. (A ce propos relisons avec intérêt le chapitre de l'allumeur de réverbères, dans le Petit prince d'Antoine de Saint Exupéry.) Le principe de précaution est inconditionnel et va s'étendre à l'ensemble de la machine administrative. Notre histoire très récente regorge malheureusement des mal-faits de cette pandémie administrative qui gangrène notre pays.

Un passeur qui ne fait que passer.

Durant ce voyage dédié à la lutte contre les cancers de l'enfant sous les couleurs de l'association « l’Étoile de Martin » je n'ai jamais autant ressenti, parmi les gens rencontrés, le besoin de se confier. Le scénario est souvent le même. Ils me voient ou m'entendent arriver de loin, le mulet est ferré, son pas claque et sa grelottière tinte allègrement : leur conjugaison rythmique et mélodique fait leur effet comme l'espéraient alors nos colporteurs muletiers d’antan lorsqu'ils ravitaillaient les populations montagnardes. Ils m'attendent ou me dépassent, puis se campant bien droit sur leurs jambes écartées, les mains posées sur leurs hanches ou dans leurs poches, ils me posent la première question. Celle- ci peut varier mais le plus souvent : « D'où venez-vous ? » Ou « Vous allez loin ,comme ça ? »

Muletier et son mulet en bord de Loire
incognito: on ne fait que passer!

Peu importe la réponse, elle est rarement entendue, elle permet pour mes rencontres de partir dans des rêves, de dire leur émotion en caressant le museau de Mario, de me faire part de leurs désirs, de leurs désarrois, de leur souffrance, de leur mécontentement sur la situation actuelle...

Ils ont besoin de se confier à un gars de passage, qu'ils ne reverront vraisemblablement jamais, de pouvoir raconter ce qu'ils ne peuvent plus dire au copain du bistrot du coin qui est fermé. Petit à petit nous avons coulé les espaces d'échange (bars, marchés, bals...) et les professions d'écoute (curés, mairies, épiciers...) se tarissent avant que se créent d'autres relais exutoires.

que dire à ces petites fleurs

Dans les propos qu'ils me rapportent ces quelques habitants sont friands de la télé. Elle tient un grand rôle et ce qu'ils entendent ne les rend pas joyeux. Je deviens à leurs yeux un passeur, un voyageur à qui l'on peut parler et dire librement ce que l'on pense de la vaccination et du ''foutoir'' actuel, des pas de polka de ceux qui ne commandent qu'en réaction à l'événement, de leur conviction que la vaccination est mauvaise :  « rendez-vous compte un vaccin construit en quelques mois, c'est une arnaque !» disent-ils. Heureusement toutes mes rencontres ne sont pas sur ce registre, mais cela m'épuise et me passionne de bretter le fer dans des discutions que j'interromps toujours avant qu'elles s'enveniment en prétextant que ma route est encore longue ! Bien sûr, je ne rencontre pas uniquement des gens en souffrance qui errent en vingt-et-unième siècle, mais cette marche parce que je l'effectue en solitaire et à pied a l’avantage de faciliter la rencontre avec un public nombreux m'imposant pour être à son écoute d'allonger mon temps de parcours entre chaque étape. J'ai constaté également que deux attributs facilitent la rencontre: le port du béret plutôt qu'un beau chapeau de vainqueur et la marche avec un long bâton ferré de pèlerin d'1mètre 80. L'un indique mon appartenance au pays, l'autre une aide indispensable à la marche sur un long cheminement.

Se transformer en messager.

hors des sentiers battus

Je profite en partant de l’intérêt porté au mulet, (que les gens prennent souvent pour un âne malgré ses 1 mètre 70 au garrot et sa taille totale avec les oreilles de 2 mètres 20), pour évoquer ces cancers qui rongent les enfants, désespèrent et affligent les parents. Quelquefois, bien qu'étant béotien, je me surprends à parler d'immunothérapie, de sarcome, de rétinoblastome, de médecine personnalisée et de précision, de médecine préventive et surtout prédictive, de l’intérêt de disséquer les mécanismes moléculaires... Il me faut aussi rassurer les personnes dans le doute sur le bien fondé de la bonne utilisation des recettes de l'association, tellement l'impact des agissements délictueux de quelques « Tenardiers » associatifs de l'action médico-sociale ou sanitaire, sont encore et toujours dans la mémoire de chacun.

Il me plaît de dire le fondement de notre action au sein de l’Étoile de Martin et d'évoquer les valeurs qu'elle défend, de rappeler le pourcentage de ses frais de fonctionnement soit 4, 75 % de ses recettes, alors que tant d'autres associations voisinent les 25% en oubliant de mentionner les frais de communication, de représentation ainsi que les fortes ''dépenses diverses'' non identifiées. Je me vois encore m'emporter passionnément avec des gestes qui font peur au mulet pour convaincre mes interlocuteurs que la cause pour laquelle je marche est juste, propre, transparente et utile.

Dernièrement j'ai évoqué, du côté de Saumur, avec une dame très intéressée par l'association son rapprochement prévisible (et aujourd'hui réalité) avec la jeune et dynamique association AÏDA convergeant ainsi nos efforts, nos valeurs, notre engagement et notre énergie. La jeunesse et l’enthousiasme des sympathisants et acteurs regaillardissent les bénévoles fondateurs et cela me fait redire qu' « ensemble, on va plus loin... »

Il n'y a pas seulement aux enfants rencontrés dans les écoles que je raconte des histoires de mulets, des contes ou des anecdotes sur la grande épopée de cet équidé si particulier et au rôle tellement primordial naguère dans les armées du monde et les agricultures de jadis. J'aime voir dans les yeux des gens qui m'accostent l'étonnement lors de la découverte de l'importance de cet animal. C'est vrai j'en conviens, j'en rajoute un peu et même souvent pour capter leur esprit en prenant à parti le mulet, qui dans ses bonnes dispositions, ne manque pas de faire un signe de la tête ou de faire savourer son inimitable cri, ou pire me soulever sous les fesses avec son museau en me projetant vers mes interlocuteurs. Cela m'amuse fort et compense largement la fatigue et l'effort, je dirais même que cela stimule la tension et me pousse à avancer! A peine la confiance établie et voilà que les gens redemandent des histoires ...pour rêver un peu sans attrape rêves !

Sans flagornerie je reprendrais, parce qu’elle flatte bien mon ego la formule de mon ami Mick alors qu'il me rencontrait en juillet 2008 sur le circuit des Maîtres Sonneurs à l'entrée du village de Verneuil-sur-Igneraie: « C'est beau d'apercevoir cet équipage insolite, hors du temps, que l'on a plaisir à côtoyer sur des chemins de traverse en prenant le temps de marcher avec toi au pas de la mule. »

Premier jour.

Ce présent voyage du printemps 21 a démarré de Thésée dans le Loir-et-Cher sur la place de l'église. Un petit groupe d'hommes et de femmes est venu me souhaiter une bonne marche et c'est le papy Alain et ses 2 petites filles qui ont fait un trop court bout de chemin avec moi : « ton mulet marche trop vite »! Les ruines gallo-romaines des Mazelles à Thésée chères à Maurice Druon sont rapidement dépassées et le bourg de Montrichard avec son château et le donjon édifié par Foulques Nerra (qui m’accompagnera le long de mon voyage) est traversé avec flegme par la rue principale pour saluer bien des gens du coin.

travail de castors vers montrichard
ruines gallo romaines des Mazelles à Thésée
les Mazelles

Ce premier jour je prends mon repas à Chissay sur une belle aire enherbée que je connais bien, avec table et vue directe sur le Cher. Deux couples de citadins âgés sortis d'un blanc camping-car viennent me rejoindre avec leurs toutous. Lorsque j'ai vu toute la nourriture et les boissons apportées sur la table voisine, j'ai su très vite qu'ils ne marcheraient pas avec moi: d'abord le ventre.

Cette non rencontre m'a soudainement fait penser au slogan maintes fois répété par les inconditionnels du ''vivre ensemble". Peut-on régulièrement clamer cette formule incantatoire si on ne peut la faire fructifier en partageant avec l'autre un projet concret. Par exemple, Je ne peux m'inscrire présentement dans le ''vivre ensemble'' avec mes voisins de table puisque aucun de nous souhaite faire une action en commun. Cette réflexion autour de cette pieuse volonté presque œcuménique dans une république laïque que nos gouvernants et les médias répétiteurs adorent délayer me poursuivra le long de mon voyage et vraisemblablement au delà. Le ''vivre ensemble'' c'est avant tout  construire ensemble, en même temps et dans un même lieu surtout pour un même dessein, en respectant les droits des gens qui se rejoignent et en observant nos devoirs d'humain.

L'emmurage.

J'aime beaucoup Chenonceau, son histoire, ses dames, son architecture, ses jardins, le restaurant gastronomique et bien sûr Diane.

un mulet devant Chenonceau: lutte contre les cancers de l'enfant

Ce château de femmes à taille humaine sait recevoir son public ; l'été un bouquet est installé dans chaque pièce et en saison froide une flambée réchauffe l'atmosphère. Mon ami Thierry y a installé ses ruches et délivre des moments de pédagogie apicole aux touristes. Dernièrement, en novembre 2016, Mario a eu les honneurs de la famille Menier en participant au nom de L’Étoile de Martin à « l'emmurage » dans la cave des dômes d'une bouteille de la nouvelle appellation ''Touraine Chenonceaux'' (renaissance symbolique de cet usage utilisé parfois en cas de guerre).

Aujourd’hui mercredi il fait beau temps, beaucoup d'enfants et de flâneurs se promènent sur la rive gauche du Cher de part et d'autre de la galerie du château et Mario véritable clé de contact attire photographes et curieux à tel point que j'arriverai avec deux heures de retard chez Muriel au ranch des terres noires à la Croix en Touraine.

 

De belles rencontres.

Le Cher est encore bien fier parce qu'il est en cette fin d'hiver toujours en eau grâce aux barrages situés en aval. De mon vivant je ne crois pas que je verrai cette belle rivière en eau toute l'année.

Barrage sur le cher
le barrage à aiguilles

En effet de très nombreux problèmes financiers, de compétence, d’incompréhensibles gymnastiques écologiques participent à sa mort annoncée: le mieux est l’ennemi du bien et donc du raisonnable! Mario se fiche de tout cela et il va d'un bon train sur ces anciens chemins de halage: il a la moelle, le bougre!

Ce soir une belle surprise m'attend chez Céline et Benoît pour une hospitalité sans faille: repas de roi et lit de prince: que c'est bon de se faire dorloter après presque 30 km!

Je ne l'ai pas vu arriver, et Mario non plus d'ailleurs.Telle une gazelle bondissante et silencieuse, elle m'a rattrapé avec aisance puis continua à jogger à mon côté sur un bon bout de chemin. Elle me confirme que sur le sable de la berge ce sont bien des Aigrettes, mais que plus loin ce sont des hérons chasseurs avec sur leur gauche un groupe de cormorans en discussion sur leur éventuelle et aléatoire migration. Et puis, tout bonnement, Bénédicte la jeune maman m'a convié à partager son repas de midi sur les hauteurs d'Azay. Spontanément j'ai accepté en me disant que cela valait bien le détour. Depuis la veille j'étais comme un coq en pâte et il fallait bien ça pour avaler encore une grosse étape.Trop longue quand j'y repense: il faudra que j'en parle à mon mulet et peut-être aussi à mon cardio !

le repos du muletier
une bonne sieste surprise par une groupie d'un jour.
le roi des Aulnes

En cette fin mars les chatons des aulnes, des saules et sûrement des trembles se moquent de mes pieds fatigués, mais je souris en cachette lorsque je vois que mes pieds se moquent aussi des chatons en les écrasant gentiment. Je n'imagine pas un instant que ces chatons puissent bousculer mes pieds sans prendre en compte les gestes barrières de mes orteils. Tout est donc question de distanciation!

Le rodéo des Beurs.

petit canard sur l'eau
couleur de Loire

Le Cher à vélo se conjugue maintenant avec le GR 3 et je rencontre des promeneurs et des cyclistes à foison. Je me sens au mieux, je prends même le temps de m’arrêter un bon moment pour que Mario puisse faire connaissance avec une personne polyhandicapée. Au loin dans le calme de cette fin d'après midi de printemps, des bruits stridents et répétés de moteur troublent la quiétude ambiante. Ces bruits se rapprochent, puis s'éloignent dans un vrombissement très désagréable, reviennent en pétaradant de plus en plus. Je suis intrigué: seraient-ce des tronçonneuses, des bateaux hors-bords, des avions miniatures? Non, ça y est, je les voie : ce sont deux motos qui vont et viennent à vive allure sur le chemin en faisant des zigzags, en freinant en tête à queue, en soulevant la roue avant. Maintenant ils viennent vers moi, me frôle et brusquement font demi-tour dans un nuage de poussière et de fumée d'échappement. Et voilà qu'ils reviennent à toute berzingue : je leur fait signe de ralentir, mais mes gestes sont totalement sans résultat; Ce cirque bruyant des pots d'échappement trafiqués et puants commence à m'agacer sérieusement, je décide alors de mettre le mulet en travers de la piste obligeant l'un des jeunes blanc-bec à s’arrêter brusquement pour ne pas percuter les 700 kg de Mario. J'en profite en parlant haut et fort pour indiquer à ce jeune que le Cher à vélo n'est pas une piste de vitesse et que ces agissements sont contraires à l'harmonie de ce paisible chemin. Là, voyez-vous, j'aurais dû parler en langage rebeu et utiliser le vocabulaire des jeunes des cités pour dire mon désaccord sur ce que je considère comme une agression. Pendant presque dix minutes le calme est revenu, les passants se parlaient entre eux se disant que c'était lamentable de tolérer de tels rodéos, que la police devrait intervenir, que ...juste à ce moment ce sont plus d'une douzaine de motos et mobs qui sont revenus à vive allure pour m'entourer en pétaradant et en faisant vrombir les moteurs. Une sacrée intimidation que j'ignore en poursuivant mon chemin mais en ayant toutefois l’œil bien affûté sur le moindre écart que ces gosses de banlieue pourraient faire. Je ne force pas le pas, marchant calmement, fixant avec insistance celui qui me semble être le chef, mais tenant tout de même fermement mon bâton. Après quelque tours d’esbroufe le groupe est allé importuner un peu plus loin une famille qui m'a dit par la suite être terrorisée. Cela s'est passé très exactement sur le GR41 avant d'arriver au lac des peupleraies, complexe nautique au sud-est de Tours.

plage de sable

Après une bonne nuit au camping de Saint Avertin, nous étions tous les deux fin prêt de bon matin.

La traversée de Tours s'effectue sans encombre: il est 9 heures, je bénéficie de l'aide d'une dame âgée, native de Constantine qui me montre le chemin jusqu'au nouveau quartier à l'ouest de la ville. Cette femme, vaillante et vive revient de son travail et marche bigrement vite à tel point que j'ai dû forcer l'allure du mulet.

Réminiscence.

Ce midi, Cécile jeune éducatrice spécialisée est venue me rejoindre avec son groupe de jeunes d'un IME sur le bord du cher, au grand moulin pour partager un bon petit repas. Discussion, présentation de Mario, questions diverses, puis les jeunes m'accompagnent sur un bout de chemin et le tout se termine par un petit air d’harmonica comme avec le barde Assurancetourix.

Le vent fort qui me vient en face m'a desséché le gosier m'obligeant souvent à m'abreuver à grande lampées d'Antésite.

gabare à sec

 

Un grand blond avec une... !

piquets en ardoise

Un peu plus loin, juste avant la « maison d'ardoises » j'ai rencontré un gars très fier d'avoir aux pieds les mêmes chaussures que moi « tu vois chérie, le monsieur a les même chaussures que moi » Ce gars là, je vous le dis était bien fier de montrer à sa Julie sa belle paire de souliers en se comparant peut-être à un muletier soi-disant de grand chemin. En tout cas, je connais maintenant le moyen de rendre un homme heureux devant sa Chérie...

Villandry, au loin.

J'ai trouvé le temps bien long avant d'arriver au confluent de la Loire et du Cher, heureusement la vision du château et surtout des jardins de Villandry m'ont fait du bien, d'autant que le chemin en Indre-et-Loire est agréable à pratiquer : une bande de falun permet une souplesse aux pieds, c'est moins dur que le goudron ou le ciment lorsque son utilisation est possible en raison des berges inondables. Le chemin manque toutefois de bancs, tables et de poubelles !

Sur le coup de midi alors que je me sustente à l'abri du vent derrière une église j'ai eu la surprise de voir arriver l'ami Tintin et Mary-Anne, venus tout exprès de Couffy en 41et qui me cherchaient pour m'encourager, avec un petit coup à boire !

le repos du mulet
en attendant Tintin devant l'église

 

Un coup de baume.

Ce soir là, du côté de Brehemont j'ai eu la chance de recevoir l'hospitalité d'Amélie dans son merveilleux gîte. C'est ici que se déroule un épisode qui m'a beaucoup ému : Thimothé, le fils d'Amélie, un petit gars d'à peine 10 ans est venu mettre dans la tirelire de Mario toutes les pièces de ses économies en me disant « c'est pour les enfants qui sont à l’hôpital ». Voyant cela sa cousine Manon, âgée de 4 ans a réussi à sortir de la fente de son cochon-tirelire quelques sous en me disant « Ze veux mettre mes pièces dans la boite de Mario ». Moment de grâce qui met du baume au cœur pour toute la journée. C'est ça l'important et je suis sûr que ces enfants ont ressenti du bonheur, le bonheur de donner. Parfois les petits enfants sont là pour nous rappeler l'essentiel.

Mario se lève pour revêtir sa tirelire

 

Des horizons variés.

Candes Saint Martin, très beau village médiéval au confluent de la Vienne et de la Loire est bien sur connu grâce au passage de Saint Martin le centurion qui a partagé la moitié de sa tunique pour l'offrir à un indigent. Il n'a pu donner l'autre moitié, car celle-ci était la propriété de l'empire.

En arrivant à Candes

On voit bien que le sens du partage dont on parle tant de nos jours ne date pas d'hier. J'ai dormi dans cette cité et j'ai aujourd'hui bien du mal à comprendre pourquoi mon hébergeur était si heureux de recevoir la manne financière de l'état pendant cette période pandémique. Il y a là quelque chose qui m'échappe ! Gîte fermé, ouverture exceptionnelle pour moi, et pleine satisfaction de la circonstance actuelle? Étonnamment lucrative pour certains ! je voudrais bien qu'un talentueux économiste me fournisse les clés de ce phénomène.

3 cheminées de la centrale

Contourner à n'en plus finir la centrale nucléaire d'Avoine près de Chinon m'a paru monotone, désagréable et bien triste. Je me souviens de mes lectures d'enfant dans lesquelles Klapp la cigogne ou encore André et Julien les deux frères du Tour de France par deux enfants, découvrent avec émerveillement l'industrialisation et la richesse de notre pays. Ici, pas un seul oiseau ne chante sur ces terres vides, rien, pas un arbre, ni personne dans ce paysage de désolation sauf qu'au détour d'une voie sans fin j'ai pu bavarder avec des bénévoles des ''Restos du cœur'' qui triaient des radis offerts par les ''jardins de Rabelais''

. Il me tardait de quitter cette sinistre terre de détresse lorsque deux jeunes gens sortis prestement de leur auto m'attendaient au loin sur cette longue route droite avec l'envie de m'accoster. Après quelques politesses et affabilités, ils mirent 20 euros dans la cagnotte puis repartirent en sens inverse en félicitant le mulet qui n'en revenait pas : et c'est pourtant bien Mario qui porte les deux banderoles expliquant notre action, alors sa stupeur passée il se mit goguenard à brouter l'herbe du fossé. Sacré Mario qui fait comme-ci !

L'Histoire en bord de Loire.

anneau sur le quai de saumur: pour mulet?

Trouver un hébergement pour Mario à Saumur, siège du Cadre noir, est une gageure: surtout en période aiguë d'épidémie équine de rhinopneumonie. De plus, un mulet de ''bas étage'' dans des centres de hautes voltiges n'a pas suscité un fort enthousiasme de la part des propriétaires de fiers destriers. Heureusement, François, le patron de l'écurie ''la pierre couverte'' a tout de suite accepté d’héberger Mario dans un paddock situé juste derrière le dolmen: la chaleur de son accueil est à garder dans ma mémoire.

Un peu plus tôt, par une belle journée ensoleillée, Alexandre Dumas m'a redit l'histoire de la dame de Montsoreau en insistant sur ces événements si troubles des années1780. A nos pieds la Loire est toujours majestueuse et nous avançons à petits pas en acceptant de nous arrêter auprès des personnes qui nous interrogent tout le long du parcours. Comme toujours l'exercice est fastidieux mais il faut poursuivre malgré un Covid très présent, des gestes barrières dans lesquels je m’empêtre parfois: heureusement je peux compter sur ce savoureux Foulques Nerra et ce bon roi René omniprésents en cette terre Angevine...

Montsoreau

 

Une résolution.

Alors que je venais de dépasser mon point de non retour, un peu après Angers, notre prophète national me prédit mon confinement imminent, m'obligeant à modifier mon cheminement. Organisant une chaîne d'union Paul, Alain, Joseph et les autres, mes amis du Fief-Sauvin, vinrent m'apporter mon van sur le site de mon dernier couchage, à Mûr-Erigné. Je laissais donc Nicole et ses ânes pour rejoindre en camion avant le grand confinement les classes primaires de l'école Marie Curie à Saint-Sébastien-sur-Loire.

lutte contre les cancers de l'enfant: un mulet en action
Mario pédagogue

 

C'est la deuxième fois, la deuxième année que je renonce malgré moi à finaliser ce voyage. Aussi , je me fis la promesse de terminer cette marche dédiée à la lutte contre les cancers de l'enfant dès que la période serait plus clémente : ce qui pourrait bien se réaliser en juin prochain, avant la fin de l'année scolaire. Restera donc une bonne centaine de kilomètres à parcourir, les classes du Fief-Sauvin, les instituts de la Persagotière à Nantes et celui des Hauts Thébaudières à Vertou à visiter et animer.

Que la joie soit dans les cœurs.

Jean , auprès de Mario au hameau de Bas Fer. Printemps 21

 

 

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Marie 04/05/2021 11:35

Toujours un grand plaisir de vous lire. Oui, la marche est propice à la réflexion, aux pensées diverses et variées. De belles rencontres, des moins bonnes ; je serai tentée de dire : la vie.
Bonne journée. Marie de la baie de Somme

Anne 03/05/2021 08:34

Bonjour Jean , un bien long récit très riche et varié.Intéressant d’anecdotes et toujours volontaire pour mener à bien ce merveilleux projet. Bien écrit, agréable à lire .Encore une fois .
Merci Jean

Fabrice 30/04/2021 04:37

Salut Jean
Superbe article lu avec grand plaisir vers 4h du matin pour combler une insomnie.
J aime beaucoup le mélange de philosophie, d'histoire, de géographie, de politique ou simplement d anecdotes sur les rencontres de passage, le tout raconté avec humanité, simplicité et humour !
Encore bravo.
On se voit bientôt à Thésée je crois.
Bises

martin du pont 29/04/2021 17:53

Splendide, unique récit dont on ne se lasse pas...merci Jean.