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Récits de voyages et randonnées diverses avec un mulet:UN VRAI MULET

Aux marches de la mignardise,

au loin l'abbaye de Fleury
''on est bien''

 

Partir quelques jours le long de la Loire pour un calage, un dégommage, une mise en confiance,
que dis-je ? Un tour de chauffe avec le mulet Mario: voilà l'objectif de cette virée muletière en fin
d'hiver de cette année tellement pandémique. Ce coup-ci, c'est l'ami Patrice qui est de la partie.
Une courte randonnée, juste pour voir si tout fonctionne chez l'animal et chez le gonze, si le
matériel est idoine, si les réflexes et les automatismes suffisamment ancrés laissent quand même de
la place à la nouveauté, à l'improvisation et ne déroute pas l'imprévu qui survient toujours au détour
du chemin.

 

4 jours, c'est court, mais il faut dans ce registre se préparer comme si l'on partait 20 jours: emmener
quasiment le même matériel de base , harnacher le mulet de la même façon, prévoir pareillement
des vêtements chauds ou légers pouvant nous abriter du vent et de la pluie. Il n'y a que la réserve de
nourriture qui s'en trouve allégée! Alors, Tagada comme dirait Mario et Carambar, nous pouvons
partir avec nos duvets et sacs à viande pour passer deux nuits au gîte du Cordon à Jargeau.
Il y a 10 ans je m'étais déjà arrêté dans ce gîte et Mario avait couché en contrebas au pied de la
Loire faisant la joie des joggeuses du soir. Je me rendais alors à Villejuif, à l'institut Gustave
Roussy.

En cette période de crise sanitaire, beaucoup d'hébergements sont fermés et l'itinéraire initial a été
modifié. Ainsi, j'avais projeté de flâner le long du canal d'Orléans ou de poursuivre jusqu'à Giens:
tant pis pour cette balade là. Heureusement le temps bien clément, voire davantage, nous a caressés
souvent mettant quelques rougeurs sur nos teints bien fades. Pour nous ce fût Mistral gagnant et
Roudoudou.

 

On ne s'est pas refusé quelques petites douceurs et si les bons-becs, les cachous ont fait défaut, nous
nous sommes bien vite rattrapés sur les chocolats que l'ami Patrice aime tant et que je ne dédaigne
pas non plus. A tel point que du côté de Chateauneuf-sur-Loire nous étions en totale pénurie et le
gars Patrice n'y tenant plus nous avons bifurqué vers le centre ville pour nous réapprovisionner dans
une épicerie de luxe tenue par une jeune marocaine qui n'en pouvait plus de prendre Mario en
photos. « Quelle belle ''brèle'' elle me rappelle tellement mon pays, merci messieurs de vous être
arrêtés ». Mais ce n'est pas pour cela que le chocolat de luxe nous fût offert !

halle de chateauneuf

Ah oui, qu'il est loin le
temps du Malabar et des boites de réglisse Zan! Nous, on se rattrape sur le carré de chocolat noir.

La Loire est vraiment très belle, majestueuse, filante, souple et sans vouloir vous le faire à la
manière de ce bon Hugo, de Genevoix le local, de Du Bellay et de tant d'autres, je puis vous dire
que dans le silence de nos pensées nous avons flatté ce fleuve en le courtisant sur sa rive droite : un
régal vous dis-je ! Beaucoup mieux que le Chupa-chups et le bâton de réglisse !

 

Mario est un métronome ambulant, il trace son chemin sans faillir et comme à son habitude il
accompagne quelquefois la marche d'un bisou sans masque, onctueux à souhait laissant sur la
manche ou le bras une traînée écumante, signe d'une affection particulière et d'un bonheur d'équidé
non dissimulé (mulet!). C'est pour cela que le costume de muletier est rarement un costume d'un bobo néo rural
gentleman-farmer. Ici on cultive la bio-diversité plutôt que de la déclamer.

 

A ce propos, à chaque étape nous avons ramassé avec délectation le crottin du matin, toujours au
nombre de 7 tas que nous avons donné soit à Dame Ginette rencontrée sur la levée, soit à Frère
Benoît de l'abbaye de Fleury, soit encore au jardinier en herbe qui attendra patiemment quelques
mois avant de l'épandre sur ses rosiers. Marsh-mallow et autre Haribo n'ont qu'à bien se tenir !

un métronome

 

L'autre soir l'abbaye de Fleury à Saint Benoît sur Loire nous a accueillis : deux chambres
confortables, deux bons lits nécessaires après une belle marche le long des pas enchantés. On avait
ce soir-là une grosse flemme pour se faire à souper : ce fût donc un bref mais consistant repas avec
soupe lyophilisée et plat de lentilles à la sauce Ésaü.

arrivée sous la pluie

 

Les vêpres de 18h10 dans la crypte de l'abbatiale ne furent pas celles que j'avais imaginées. La
lumière blafarde sculptait en les cisaillant les visages dépourvues de leur capuche, et les chants du
jeudi psalmodiés en mélopées lancinantes atteignaient à peine la voûte romane et me déroutaient.
Quatre laïcs, pourvus de carnets de chant, participaient activement à l'office en me faisant signe de
chanter. L'un deux vint même nous remettre le calepin noir du jour pour nous encourager à réciter
les versets et je les revoie encore tous les quatre se désoler de notre apparente passivité. Je laissais
aller mes pensées qui une fois encore vagabondaient dans ce cénacle, mais celles-ci revenaient
inlassablement au pourquoi de ma présence ici. C'est un fait, je ne souhaitais pas être acteur mais
jouir seulement et égoïstement d'une consommation de sérénité, de silence et de repli d'âme en
présence d'autres hommes, agenouillés, des moines priant sur un même registre.
Être là pour humer le moment présent ! Tout comme nous avions dégusté bien des situations ou des
instants de notre court voyage où nous nous disions souvent « on est bien ».

Sentier de l'âne: Mario,le mulet boude.

 

De plus en plus avec l'avancée en âge je cherche à extraire du présent ce qu'il y a de bon, de
merveilleux ou tout simplement de naturel et de positif pour me le garder en mémoire et m'en
souvenir demain : c'est un peu pour cela que le « on est bien » fût un lev-motif de notre équipée
ligérienne.
Bien sûr le beau temps a fédéré ce « on est bien » mais la condition physique malgré l'ampoule du
talon, la beauté du paysage renouvelé chaque matin, la frugalité dans le plaisir de nos repas, la
bonne humeur et l'humour voire l'ironie de chaque instant, l'insouciance de notre trop facile
escapade, ont accompagné cette presque juvénile histoire de quatre jours.

 

Nous avons aussi évoqué le passé, celui collectif, professionnel ou privé, de la petite enfance ou de
jeunes gens, celui de Brassens, de vieux couplets et de rengaines mélodieuses, celui qui a forgé nos
caractères et pétri nos esprits. Cela vient assurément construire le demain c'est pourquoi il est bon
de se dire « on est bien » quand on le sait et quand on devine l'incertitude des lendemains.
Et avec Rutebeuf on pourrait rajouter « Que sont mes amis devenus ...et tant aimés » même si le
Coco Boer, le mi-cho-ko, le crocodile et le berlingot sont encore et seulement avec le carré de
chocolat trempé dans le chaud café du froid matin un doux souvenir de mes années de pension.
C'est alors que l'on pourra dire « on était bien ».

                                  

la Loire la protège

Jean, auprès de Mario à Basfer, en fin février 2021

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MARTIN du PONT 01/03/2021 12:22

Quel bonheur de lire vos récits. On s'évade car on s'imprègne de votre poésie, votre humour et votr environnement.
Merci Jean et Mario pour vos randonnées

randomulet 01/03/2021 15:30

merci Héloise pour ce gentil commentaire

Michel Dubois 01/03/2021 09:10

Bonjour à vous trois,
Lors de cette randonnée hautement "gastronomique", j'espère que vous avez gardé les petits papiers de "Carambar" sur lesquels sont inscrites les célèbres blagues !
Bon cheminement et prenez bien soin de vous et de votre…..foie !!!
Bises,
Michel Dubois/41110 Saint Aignan

randomulet 01/03/2021 15:37

Merci Michel de ces traits d'humour.cela est bien toi.=, et ça fait du bien de les lire .Jean