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Publié par JP

 SUR LES PAS D’UN MULETIER

Chronique d’un voyage en bord de Loire (récit de J. Poitevin)

 au profit delogo Etoile Martin

 

 

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Mardi 16 août 2011

Ils sont une trentaine d’amis, ce mardi 16 août, sur le site des Mazelles. Venus avec le soleil pour m’encourager dans ce petit périple d’un peu plus de 300 km, le long de la Loire, avec un mulet de bât pour soutenir la recherche sur les cancers pédiatriques.   le LONG DE LA LOIRE AVEC MARIO 009

Il fait chaud. Nous avons mis les parasols et apporté des boissons fraîches ainsi que du rosé de Touraine. Les membres d’ETC (Evénement, Thésée, culture) participent largement au service.

La presse est présente. Il y a là Emilie Rancien, du Petit Solognot, et Patricia Lange, journaliste à La Nouvelle République qui grâce à son article enclenche la dynamique médiatique. Plus FM, en panne d’émetteur a décliné forfait.

Discussions, interviews, photos avant de se séparer et d’installer le mulet Mario dans son enclos.

 

Arlequin dans sa boutique, sur les marches du palais…

 

 

Mercredi 17 août

Lever matinal avant d’aller chercher Mario dans le pré de Mme Aubin. Je le conduis dans le jardin de la maison ou je le bâte. C’est la première fois depuis un mois qu’il endosse son costume de marche et qu’il porte les bagages. Je le sens un peu nerveux et le bâtage prend plus de temps que d’habitude. Je lui parle doucement afin de ne pas le stresser.

Un dernier au revoir et je franchis la grille du jardin en direction du chemin de halage tout proche.

8 heures au clocher de l’église de Thésée : triste glas au son fêlé d’une cloche malade qui n’en peut plus.

J’ai promis de me trouver au site gallo-romain des Mazelles dès 8 heures. Je suis bien certain de n’y trouver personne. Bigre de bigre ! Hâtons-nous.

Dix minutes plus tard, en arrivant aux Mazelles, j’aperçois Nathalie et le correspondant de La Nouvelle République de Contres. Excuses du retard, petite interview, photos… Et hop ! On s’en va. Nathalie m’encourage en m’offrant une pochette de noisettes et d’amandes provenant de sa fabrication : la Nathisserie. Ce sera pour la suite, parce que c’est très bon, d’un grand réconfort dans les moments de blues.

Ça y est, c’est parti.

Je rejoins le chemin de halage. Et d’un bon pas nous arrivons à Bourré, village bien connu pour l’extraction de la pierre : le tufeau.

Le Cher paraît vidé de son eau et l’on pourrait presque le traverser à pied. Faut dire que les écluses et les barrages à aiguilles ne fonctionnent plus sur cette partie de la rivière. Quel abandon ! Seule la Jussie, cette herbe aquatique envahissante, trouve son compte dans une eau sans grand courant. Elle prolifère et nul ne sait aujourd’hui l’endiguer. Quelques cygnes se regroupent pour nous saluer, puis s’éloignent, indifférents.

Nous arrivons à Montrichard vers 10 heures lorsque la télévision, oui la TV, c’est-à-dire France 3 Centre d’Orléans me téléphone pour m’indiquer qu’une équipe vient me rejoindre.

En traversant Montrichard, je prends conscience que je me trimbale avec un mulet-sandwich puisqu’il porte deux calicots sur ses flancs.

Ce n’est pas courant pour un mulet, et bien sûr cela étonne les passants qui passent : 

« L’Etoile de Martin, ensemble, soutenons la recherche sur les cancers pédiatriques, L’Etoile de Martin, le long de la Loire avec le mulet Mario. »

 

 

Après Montrichard, nous croisons les dames et messieurs « pipi chien-chien », puis le camping où les touristes se préparent pour visiter les châteaux de la Loire, puis plus loin un rassemblement de belles caravanes des gens du voyage. Les gosses accourent à toutes jambes : « On peut le caresser m’sieur ? » « Tu le vends combien ? » « Comment il s’appelle ? »

 

Je reste un moment avec eux avant de repartir, car la télé n’attend pas.

 

C’est au pont de Chissay que nous nous donnons rendez-vous. La petite auto flanquée du sigle France 3 arrive en même temps que nous. Présentations faites, nous décidons, malgré le temps incertain, de marcher le long du Cher. Lui, caméra au poing ; elle, trépied sous le bras. Et que le festival commence ! Il filme, devant, derrière, accroupi, en bas, gros plan, travellings… et le tout, avec les interviews, va durer 1 h 30 sur une distance d’environ 2 km. Je me dis qu’ils doivent être épuisés à me tourner autour, et puis il se met à pleuvoir. Cela clôt le tournage de la série télé qui n’aura qu’un épisode !

 

En tous cas, le soir même, les actualités régionales parlent de Mario et de L’Etoile de Martin. C’est du moins ce que me disent les nombreuses personnes qui m’interpellent le lendemain.

 

  

le LONG DE LA LOIRE AVEC MARIO 011

 

 

Sous la pluie, nous passons fièrement le long du château de Chenonceau : nous avons une pensée pour Catherine et Diane, puis nous filons sans manger car sans abris jusqu’à l’entrée de Bléré où nous rejoignent Servanne et Laurent, respectivement présidente et trésorier de L’Etoile de Martin. Là, Mario me fait très honte, car sur le côté de la barrière qui bloque l’accès du chemin aux quads et autres engins mécaniques se trouve un passage étroit qu’il refuse de franchir. La persuasion dure au moins vingt bonnes minutes, et c’est sous la pluie, grâce à l’aide de Laurent et à une philosophie musclée que Mario passe enfin. L’honneur est sauf devant la présidente. Ouf !

 

Sur le champ et sous un parapluie, Laurent est nommé : assistant muletier de 2e classe.

 

Le camping nous accueille avec gentillesse et serviabilité, en nous offrant l’hospitalité pour contribuer ainsi à l’action de L’Etoile de Martin.

 

Le camping est rempli de Hollandais avec leurs vélos, leurs tandems. Certains vivent là en communauté ; leur entreprise ayant réservé une partie du terrain en y installant des grandes tentes confortables et uniformes.

 

On propose à Mario de vaquer dans un grand pré situé à côté des campeurs. Toute la nuit, il fera la java avec un vieux cheval de 15 ans son aîné, et supérieur à lui dans la hiérarchie équine. En effet, Mario le mulet sait que le destrier lui est supérieur et qu’il tient encore pour l’instant le bas de l’échelle.  

 

Après le rituel du soir – nettoyage des cuirs, toilette, lavage du linge, montage de tente, installation du couchage –, je m’installe pour manger avec bon appétit. Le sommeil fut rapide et profond.

 

C’est un p’tit oiseau qui a pris sa voilée, c’est un p’tit oiseau…

 

Jeudi 18 août 2011

 

Lever à 5 h 45, comme ce sera le cas certainement tout au long de ce périple, mais nous ne partons que trois heures plus tard. En effet, il me faut transporter les caisses, le bât et tout le barda depuis le lieu de rangement jusqu’à l’endroit du bâtage situé à 300 m. Plusieurs voyages sont nécessaires et je passe beaucoup de temps à faire la navette.

C’est justement au moment où je m’apprête à bâter qu’un Anglais en bras de chemise, conduisant maladroitement son gros camping-car, vient accrocher la barrière d’entrée du camping. Le grand bruit de ferraille réveille les campeurs qui s’attroupent pour ne pas rater l’événement. Un homme imposant par la taille, moustachu de surcroît, se propose de faire la circulation. Il joue à fond son rôle. Une dame d’un certain âge prend parti et commente l’accident, car elle dit avoir tout vu depuis la fenêtre de sa caravane.

 

Mais pourquoi ces Anglais ont-ils pris le portail de droite ?

 

Toujours est-il que voyant Mario, le petit groupe se déplace vers l’autre spectacle. Maintenant, c’est nous les vedettes ! Mais je n’avais vraiment pas besoin de ça.

 

J’aurais pu leur tenir à peu près ce discours : « Voici, Mesdames et Messieurs, en direct depuis Bléré, depuis votre camping, pour votre plus grand bonheur, à vous petits et grands, vous allez assister sans artifices, à l’habillage et au bâtage avec pesage et chargement des bagages du plus grand, que dis-je, du célèbre Mario, le fringant mulet issu de la plus noble lignée des baudets et mulassières du Poitou… »

 

Et voilà qu’il se prend pour une vedette le Mario, il fait le beau, remue de la croupe, fait la danseuse, en se déplaçant sans cesse d’un pied sur l’autre. En fait, il fait l’âne et je n’aime pas ça. Je n’aime pas ça du tout. Le bâtage est difficile et les commentaires fusent : « C’est quoi, un mulet ? » « Et vous le montez en plus ? » « Et vous allez loin ? Il est trop chargé votre cheval ! » « D’où venez-vous ? » « En chemin, il doit vous ralentir ? » « Il mange quoi ? » « Et vous lui donnez à boire, au moins ? »

 

Mario est très énervé, il n’arrête pas de se mettre sur 3 pieds, de danser la polka. Et moi, je n’ose pas le rappeler trop fermement à l’ordre, de peur de commentaires plus acerbes.

 

Bref, ce sont là les raisons de cette longue préparation.

 

La journée est ponctuée d’appels téléphoniques de copains, d’amis ou de la famille qui prennent des nouvelles et qui viennent m’encourager. Et puis il y a les gens que l’on croise et qui disent : « C’est bien ce que vous faites, continuez, on est avec vous, continuez, on est fiers de vous. » Et ceux, nombreux, qui font un signe de la main en levant le pouce : « On vous a vus à la télé, c’est bien, bon courage. » Et puis il y a ceux qui arrêtent leur véhicule, en descendent en disant : « On vous a vus de loin, mais on voulait surtout voir votre compagnon ! »

 

Il est 12 h 30 à Veretz et la boulangerie est fermée. Zut et rezut ! Tant pis on se passera de pain.

 

Je traverse le Cher tant la route rive gauche est étroite et dangereuse, et j’emprunte un long chemin pierreux qui me conduit jusqu’à Tours, où il me faut à nouveau traverser le Cher pour rejoindre Saint-Avertin. Un pont, un super pont, doublé d’une voie rapide où les voiture et les camions me frôlent. Je transpire et n’en mène pas large, comme on dit, et je tiens fermement Monsieur Mario par le Licol. Nous passons ce pont avec brio et je le félicite ; lui aussi a transpiré, son poil est mouillé. Il s’est bien comporté en marchant droit, régulièrement malgré les déplacements d’air occasionnés par les poids lourds.

 

Oui, je dis « Monsieur » Mario à la façon dont on nomme les artistes de cirque. Le « Monsieur » l’encourage à se transcender et donne du sérieux à l’action, même si elle est désuète.

 

Au camping, l’accueil de Mme Couette est chaleureux. Elle se met à notre disposition pour que tout se passe bien et m’indique que l’hospitalité nous est offerte.

 

Après avoir tout préparé et rangé, nous allons faire quelques courses en ville, causons avec un trio de dames âgées, puis vers le soir nous allons manger dans la petite guinguette d’à côté. La patronne connaît bien Noyers/Saint-Aignan-sur-Cher, et en particulier un notable dont le fils s’est récemment marié avec sa fille. (Cette histoire a peu d’intérêt, mais ils se reconnaîtront.)

 

Pour ma part, après avoir salué mon compagnon, je m’enfouis dans mon duvet et m’endors tranquillement.

 

Ne pleure pas Jeannette, la, la, la, la, la, nous te marierons avec…

 

 

 

Vendredi 19 août

 

L’après-midi, je suis donc arrivé au camping de la confluence à Savonnières, tenu par M. Couette, le mari de madame. Aujourd’hui, j’ai longé la Loire par le chemin de la Loire à vélo où nous avons marché principalement sur un lit de béton. Mais Mario n’est pas un vélo, ça se voit, rien qu’à le regarder. Beaucoup de gens donc à vélo. Il y en a qui vont très vite avec des lunettes noires profilées jusqu’aux oreilles et un casque en forme de fuseau ; ils ont des combinaisons en tissu synthétique, fort brillantes et enveloppantes. Ils roulent à très grande vitesse, comme sur la piste du Vél’d’hiv, tellement ils sont très très pressés. D’autres sont en groupes ; en gros et grands groupes, comme s’ils avaient peur de se perdre. Il y a pas mal d’étrangers du nord de l’Europe. Et puis d’autres sont en famille en père peinard avec leurs petits-enfants dans la remorque tirée par le papa. « A droite Mario ! Tiens ta droite, ahue ! »

 

A Savonnières, le propriétaire du camping m’a réservé un endroit de choix, au fond des emplacements qui donnent de l’autre côté de la clôture, sur un espace herbeux où j’ai pu installer Mario.

 

M. Couette me fait la bonne surprise de m’accorder, lui aussi, la gratuité du séjour. Au nom de L’Etoile de Martin je le congratule comme il se doit. 

 

Vers 18 heures, un fourgon dépose sur la parcelle contiguë à la mienne, de tentes, un énorme  barbecue, divers matériels puis repart avec musique à fond la caisse, et c’est vers 19 heures que j’ai vu arriver bruyamment un groupe de jeunes en vélo avec leurs moniteurs : « Nous sommes de Saint-Denis. » Des 9.3, me dis-je. Eh bien ! Je ne suis pas couché ! Pourtant, après une soirée agitée, il faut dire que les monos purent obtenir le silence à 22 heures. Comme quoi !

 

Entre-temps j’ai mis Mario au paddock, puis nettoyage des cuirs, préparation du couchage et du bivouac, tout cela entrecoupé par la discussion engagée avec les mômes du 9.3. « C’est un âne m’sieur, on va pas l’niquer, il est trop, il chie, ça pue… »

 

Vers 19 heures, un p’tit tour dans le village ; un coup de fil de la présidente, un tour chez la jolie pharmacienne pour lui quémander de la crème assouplissante. Elle m’a vendu une marque norvégienne trop liquide qui pénètre mal dans le cuir de pied, mais bon ! C’est ça le commerce d’apothicaire : tu rentres pour un truc et tu ressors avec un machin. Bref promenade sur le bord de Loire où se prélasse moult gabarres et autres barques à fond plat, c’est vraiment très joli.

 

La flemme me gagne lorsque je ravise une petite auberge aux prix raisonnables ; j’y mange dans la cour avec plaisir et de bon appétit pendant que je recharge mon GPS rando et mon téléphone dans la salle. Puis je rejoins mes 9.3 avant d’aller dormir.

 

Tout au fond de la mer les poissons sont assis, ohé du bateau…   

 

Samedi 20 août

 

Comme d’hab, lever aux aurores, il ne fait pas encore jour. A côté, les 9.3 roupillent encore. La levée du camp s’effectue avec méthode et rapidité. Il faut dire qu’après trois jours de rando, l’organisation prend le pas. Tout devient quasi mécanique et tout se complète dans l’ordre des choses : toilette du matin, W.-C., plier le duvet et sac à viande, ranger les sacs, la tente humide, manger, peser les sacoches, préparer le bât, enrouler la clôture, ranger les piquets, et enfin bâter sous le regard fatigué des 9.3, qui sortent un à un de leur tente. Il est 8 heures et ce bon M. Couette me fait sortir par une porte de côté pour m’éviter de faire un détour. Là, je suis directement sur le chemin où je retrouve quelques Hollandais, bien matinaux ma foi, qui roulent déjà en vélo ou en tandem.

 

Durant cette étape, nous suivrons le chemin cimenté de la Loire à vélo, en faisant bien attention de marcher sur le côté pour laisser passer les cyclistes, mais aussi pour ne pas trop user les fers.

 

Nous apercevons le château de Villandry et bien sûr ses fameux jardins, puis nous sommes tout à la Loire, tellement c’est majestueux malgré, me semble-t-il, une baisse sensible du niveau de l’eau.

 

Vers midi, nous arrivons à Bréhémont, un joli village où nous achetons du pain, puis nous cherchons un endroit ombré pour nous sustenter. Nous rencontrons un couple de Parisiens en vélo qui fait une promesse de don pour L’Etoile de Martin. Le mari me dit qu’il a une entorse à la cheville, mais qu’on lui a conseillé de pédaler pour la résorber. Je ne suis pas de cet avis, mais bof ! il continue de pédaler… et d’avoir mal pour se guérir.

 

La route me paraît bien longue jusqu’à Ussé, le château dont se serait inspiré Charles Perrault pour écrire son conte La Belle au bois dormant. C’est en effet un beau château comme on les voit ou on les imagine dans les contes de fées.

 

Le camping est très peu peuplé à l’heure où j’y arrive. Je fabrique le parc de Mario dans un endroit à l’écart des emplacements, là où la tondeuse n’est pas passée. Un homme roux et ventru vient à ma rencontre et me dit qu’il a chassé le lion et les hyènes en Afrique, et j’ai bien du mal à me séparer de ce tartarin pour me mettre à mon travail d’arrivée. L’homme qui vient de retirer sa chemise, laissant déborder ses largeurs, me rejoint pour m’inviter dans son campement où règne un élevage de petits chiens chinois, genre ceux de Belmondo. Et de me dire que son rêve est de faire le tour de France à pied avec un mulet.

 

« Et vive le Ricard ! Allez encore un p’tit coup, pour la route comme on dit, on ne marche pas sur une jambe, hein ! Encore un p’tit coup. »   

 

Madame le maire est venue dans son 4x4 pour se rendre compte que le mulet et son maître étaient bien là. Puis de son portable madame le maire a joint son employé municipal pour lui dire que nous étions arrivés, puis madame le maire s’est présentée en disant qu’elle était madame le maire et qu’elle acceptait que le mulet soit de ce côté-ci de la clôture, car en général les ânes de passage sont de ce côté-là de la clôture. Puis madame le maire est repartie avec son 4x4.

 

A la petite épicerie, genre Vival, j’ai provisionné pour le repas du soir et du lendemain. Dans la soirée, le camping s’est un peu rempli de camping-cars et de tentes, et l’employé municipal est venu récupérer la monnaie avec son carnet de receveur. « Comment dois-je faire ? Compter la mule ? Ce n’est pas dans ma nomenclature. Finalement je vous compterai un emplacement. S’il vous plaît ! Merci de remplir avant de partir le formulaire de satisfaction. »

 

Et je m’endors en pensant à bien des choses bizarres, à la nomenclature et à Mario qui se trouve hors de celle-ci. Ne faudrait-il pas proposer à madame le maire un arrêté municipal visant à intégrer les mulets dans la nomenclature ?

 

A Paris sur un cheval gris, à Nevers sur un cheval vert…

 

Dimanche 21 août

 

De bon matin, nous avons quitté les abords du château enchanté pour reprendre la route le long de la Loire. Nous passons à Avoine puis nous contournons la centrale nucléaire, grande usine sans âme, triste, bruyante et sale. Je chante la complainte des prisonniers polonais : « Loin vers l’infini s’étendent de grands prés marécageux, plus un seul oiseau ne chante sur ces arbres secs et creux. Oh ! Terre de détresse où nous… »

 

Mario me suit, la tête basse comme rossinante après la défaite contre les moulins à vent.

 

« Aller, Ayer, il est temps de se hâter et de s’éloigner de ce lieu. »

 

 

Pour rejoindre les rives de la Loire, nous empruntons de petites routes traversant le vignoble. Là, un vigneron élague à la main le feuillage pour donner davantage de soleil au raisin : il tombe sous le charme du mulet et lui donne en abondance feuilles de vigne et raisins. Une soupe juteuse qui, dans la bouche de Mario, dégouline autour de lui, comme pressoir on fait mieux ! Mais il a l’air d’apprécier ce cabernet appellation Anjou.

 

Tout le long de notre petit périple, nous avons traversé de nombreuses appellations des vins de Loire et nous avons fait connaissance dans la modération avec les cépages les plus divers : les appellations de Touraine, bien sûr, les bourgueils, les chinons, les crémants de Loire, les montlouis, le vouvray, les saint-nicolas, les bonnezeaux, les coteaux-du-layon, les saumurs, les Savennières, le muscadet, le gamay, le gros plan, le sauvignon, le cabernet et autres chenins et pineaux. Que de bonnes choses à énumérer à la manière de Gargantua, un autre enfant du pays.

 

Nous constatons que les vendanges seront précoces cette année avec un très beau millésime, à ce qu’on dit !

 

Plus à l’ouest nous traversons deux très beaux villages : Candes-saint-Martin et Montsoreau, puis avisant une petite auberge nous prenons le parti de nous offrir un petit rien. Il fait un bon soleil et la terrasse se remplit vite. Mario est, comme à l’habitude, très remarqué, et même on le plaint parce qu’il reste au soleil et qu’il est trop chargé. « C’est inhumain ! »(sic).

 

C’est fou ce que l’on peut entendre sur la solitude et la souffrance du mulet au long cours. Il faut dire que beaucoup de gens s’y connaissent en mulet et qu’ils n’hésitent pas à faire de l’anthropomorphisme, comme monsieur Jourdain faisait de la prose.

 

Bref, restauré, nous avons rebâté, remercié les deux Anglaises qui voulaient nous donner des sous et nous sommes repartis tranquilles comme Baptiste.

 

Le pont de fer qui franchit la Loire est étroit et nous avons obligé les automobilistes à bouchonner derrière nous, mais Mario comme toujours était d’une dignité exemplaire. Brave Mario.

 

Maintenant, nous sommes sur la rive droite et notre marche se situe surtout sur la levée, sur la route étroite et sans bas-côté, mais c’est le seul moyen de parvenir à Villebernier sans faire le détour par Saumur. Maintenant il fait très chaud et je rejoins le bord de Loire pour faire boire le mulet. Il s’avance prudemment sur le sable qui petit à petit engloutit ses sabots. Ces sables très mouvants nous font peur et nous obligent à remonter sur la digue.

 

Le camping de Port-Roux nous accueille avec beaucoup de gentillesse. La jeune fille gestionnaire se met en quatre pour nous être agréable et l’adjoint au maire vient nous saluer, puis nous indique que la municipalité nous offre la gratuité de notre étape. Nous échangeons autour de L’Etoile de Martin et de l’article paru en première page dans Le Courrier de l’Ouest quand surviennent une cavalière et un attelage ; ceux-ci ont lu également le journal et désirent voir le phénomène (le mulet).

 

Après le rituel du soir, un campeur me propose de me conduire à Saumur où je m’offre chez un Chinois un canard laqué. Service rapide avant de revenir à mon campement pour y dormir comme un loir.

 

Mon père m’a donné un mari, mon dieu quel homme, qu’il est petit…

 

Lundi 22 août 2011

 

Réveil dès potron-minet dans le noir. Le gros chien de la caravane d’à côté a soulevé sa paupière, puis s’est rendormi. Mario et moi faisons nos affaires du matin et en silence nous partons le long de la route (comme la chanteuse Zaz) vers Saumur. On nous a déconseillé de prendre les bords de Loire. Ils fourmillent de barrières et de chicanes afin d’empêcher le passage des prédateurs des chemins que sont les quads et autres motos à crampons. Nous arrivons à Saumur par le pont de la ville, puis retentit le bruit des sabots dans une cité qui renoue avec son passé cavalier. Au passage d’une auto trop caressante, Mario fait un petit écart, presque un pas de danse, donnant à penser, mais de loin, aux voltiges du cadre noir !

 

Nous avons un rendez-vous important avec un journaliste du Courrier de l’Ouest à l’autre bout de la ville, au centre de loisirs de Saint-Hilaire-Saint-Florent ; il nous faut hâter le pas pour être à l’heure. Passage obligé devant les plus prestigieuses maisons de vins : Gratien et Meyer, Veuve Amiot, Ackerman. Et que les bulles pètent ! L’entretien avec le journaliste est fouillé : il veut tout connaître, même ce que je souhaite ne pas dire. Ah, ces journalistes ! Après une bonne heure et quelques photos, nous voilà repartis sous le beau temps qui est revenu. En chemin, du côté de Chênehutte, nous sommes arrêtés par une dame aux cheveux bouclés façon Polnareff qui nous interpelle, car en passant avec sa voiture devant notre équipage, elle a lu rapidement « recherche… cancers… » sur le calicot que porte Mario. Elle m’explique qu’elle est psychologue en management, que les temps ont changé, que le monde n’est plus ce qu’il était et que son fils qui vit au Etats-Unis (elle dit « States ») est chercheur, qu’il prépare une thèse très importante dans une université très renommée et que bla bla bla bla. J’essaye de prendre congé en douceur, mais ce n’est pas facile car elle a trouvé en nous (surtout Mario) des interlocuteurs silencieux et disponibles. Oui, dispos, mais jusqu’à un certain point : nous, on est là pour sensibiliser les gens sur les cancers pédiatriques et non pas pour engager une thérapie sauvage sur le bord d’une route.

 

« Ayé, Mario on y va, nous avons encore pas mal de route à faire. Désolé, mais nous devons partir, le mulet est un peu nerveux. »

 

Un peu plus tard, Mario m’a fait le reproche de s’être servi de lui pour interrompre la rencontre. Mais il n’est pas rancunier contrairement à la mule du pape.

 

C’est vers Cunault, joli petit bourg, qu’une guinguette nous a fait un clin d’œil, nous invitant à nous asseoir un moment pour nous restaurer. Nous avons fait grande sensation, et comme à l’habitude c’est Mario qui fut la vedette. C’est ainsi qu’un groupe de 3 joyeux drilles, pêcheurs en goguette, ont pris la pose avec Mario, l’un pêchant le mulet avec une canne à pêche, l’autre avec un écriteau mis sur Mario invitant à la pêche au gros. C’est certain : ces photos du  trophée doivent figurer en bonne place dans l’entrée de leur maison ou sur leur cheminée.

 

Les dames de l’auberge sont d’une gentillesse exemplaire pour Mario, telles les petites fées de Cendrillon. Elles lui apportent de l’eau, lui donnent du pain, vont lui faire des cajoleries à tel point que le patron du bistrot les houspille en leur disant avec fermeté que les clients attendent d’être servis, eux.

 

Gennes, notre point d’arrivée n’est plus très loin et la gestionnaire du camping nous accueille en nous indiquant le coin où devra se trouver l’animal. Il s’agit d’un enclos de 10 mètres sur 10, fabriqué très proprement avec des rondins de bois alignés sur deux lisses horizontales. L’enclos me paraît vraiment exigu et l’herbe est rase. Ça ne me convient pas, mais je n’ai pas le choix. Je laisse donc mon Mario enfermé dans ce parc miniature, avec toutefois une appréhension. Après le rituel habituel, la flemme me gagnant, je décide de m’offrir une fois encore le restaurant et de m’en aller manger sur les conseils de la gestionnaire Au val de Loire. Le cadre feutré, très agréable, me transporte dans le monde raffiné de ces établissements de province bien tenus, sérieux, propres, où le service impeccable et rapide est à ma convenance. La douce musique me transporte ; je me crois un nabab, le roi des Indes, tellement je suis bien… Fatigué mais heureux. Les prix sont raisonnables et les plats traditionnels sont agrémentés d’une pointe d’originalité.

 

Patatras ! Tout mon rêve de sultan s’écroule. La patronne vient vers moi et me dit qu’on me cherche partout. Le mulet fait des siennes, il a défoncé la barrière ! Oh la la ! Vite vite ! je remets mes chaussures que j’avais enlevées en cachette sous la table.

 

« Gardez tout au chaud, je reviens. »

 

Et je file à grande vitesse jusqu’au camping, heureusement pas trop loin. Là, je me rends compte que Mario tourne dans son miniparc comme un lion en cage et qu’il a fait glisser une barrière, la faisant tomber au sol, et qu’il est prêt à démonter la seconde pour gagner un peu de liberté, et surtout beaucoup d’herbe. Je comprends mon erreur de l’avoir laissé dans ce parc à ânes trop petit, dans lequel il ne peut même pas se rouler.  

 

A défaut de prévenir, je réprime en doublant la barrière d’un fil électrifié. Il connaît la musique et s’y frotte s’y pique, et se calme. Je reste un moment avec lui, puis m’éloigne petit à petit en l’observant de loin : tout va mieux et il redevient calme. Je me promets de faire demain une longue halte de « mangeaille » pour le laisser brouter à sa guise ; une fois n’est pas coutume. De retour au restaurant, je déguste une drôle et copieuse salade, composée entre autres de Pourpier. Ça ne s’invente pas ! Voilà donc la recette pour éradiquer cette plante invasive : la mettre en cuisine.

 

Rentré sous la pluie, je regarde Mario impavide sous les éclairs qui éclairent le campement. Le tonnerre s’émancipe et le déluge se déclare et dure jusqu’au matin.

 

Il était une dame tartine dans un beau palais de beurre frais…

 

 

Mardi 23 août

 

Ce matin, nous décampons de Gennes avec célérité. L’orage violent de cette nuit a bien détrempé la terre qui sent bon. Mon matériel était au sec dans la buvette du camping et nous bâtons pour rejoindre rapidement le centre du bourg où nous tournons en rond, incapables de nous diriger malgré la boussole et le GPS. Il y a des jours comme ça où tout est de travers. Mario ne s’affole pas et il n’y a pas de raison que je panique. Reprenons à zéro, le nord c’est par là, donc je dois me diriger vers cette route D70, à moins de revenir vers l’église Saint-Machin ? Non, non et non, rien ne va plus, refaites vos jeux et toi Jean tu dois te concentrer, c’est toi le guide ! Mario n’est que le porte-bagages ; c’est du moins le pacte que nous avons passé conjointement avant de partir. Ça y est, on quitte le village par la bonne route et nous nous dirigeons vers le prieuré, bel édifice du XVIIIe, avant de passer tout près d’un énorme dolmen en plein champ de tournesols. Majestueux, grandiose ; sa voûte constituée par une seule pierre que j’estime au moins à 15 m2est supportée par d’énormes masses ; l’intérieur représente un véritable petit abri utilisé par les hommes depuis des lustres et des lustres, Amen. Oui je dis « Amen », bien que le dolmen ne soit pas très catholique, mais parce qu’il évoque le cultuel d’une époque bien plus ancienne que Jésus-Christ. Pendant que je vous raconte tout ça, Mario s’est littéralement goinfré de tournesols. Monsieur l’agriculteur ! C’est bon pour les mulets, votre tournesol ? Bon, vaut mieux ficher le camp avant d’avoir des histoires avec les autochtones !

 

Je chante « Enfant de la montagne, j’y retourne, j’y retourne… » Mais que vient faire cette chanson des Pyrénées dans ces contrées si plates ?

 

Ce chemin-là me paraît bien long lorsque j’aperçois au loin un groupe de mamans et de petits-enfants qui pressent le pas pour ne pas nous rater avant que je bifurque sur le chemin transversal. S’engage alors la conversation autour de Mario, puis du pourquoi et du comment de mon périple : le tout avec beaucoup de caresses et de mamours sur le museau du mulet qui fait le beau.

 

Plus loin lors de la traversée du village Vendor, près d’un très beau lavoir restauré, je rencontre deux jeunes qui nous reconnaissent grâce au Courrier de l’Ouest. La conversation s’engage puis le grand-père arrive de son potager et « re-discussions ». Je me dis qu’à ce train-là je ne vais pas arriver à l’étape avant la nuit, mais cela fait partie intégrante du challenge et du projet pour L’Etoile de Martin. En effet, toute la journée comme les jours passés et les jours suivants, les arrêts-rencontres seront très fréquents. Je prends donc la décision de partir tôt le matin afin de pouvoir répondre sans stress en étant toujours cool à toutes les sollicitations.

 

Vers midi, je me suis arrêté à Chemellier, petit village pour y casser la croûte entre l’église et le cimetière. Non loin de l’endroit où je m’étais arrêté je voyais des gens entrer et sortir d’une maison. M’approchant, je vis une plaque de cuivre sur le mur, avec comme inscription « Germaine Duschmoll psychologue ». Faut croire qu’à la campagne aussi, ils ont besoin du psy ! Et bien sûr je me mis à rêver d’un métier que j’envisagerais de faire pour une reconversion tardive : thérapeute pour mules de bât. Car après tout, la vie d’un mulet de bât, même si elle est encensée par la presse locale, n’est pas toujours facile, et surtout il y a un profond défaut d’expression chez cet animal qui devrait pouvoir s’exprimer chez un psy. Grâce à cette marche en solitaire, nous sommes convenus, Mario et moi, d’une éventuelle thérapie visant à favoriser l’expression du… muletier : ne serait-ce que par l’écriture d’un récit sur ce périple.

 

Entièrement d’accord sur ce programme, Mario s’est laissé rebâter tranquillement. Et nous avons poursuivi notre voyage jusqu’à Brissac-Quincé, petite ville où se situe le magnifique et grandiose château des Brissac, une des plus vieilles familles de la noblesse française : admiration de l’édifice de 7 étages puis direction de la belle étoile, vers le sud, pour arriver au camping du même nom. A proximité immédiate, se construit un superbe et très grandiose  ensemble immobilier destiné à recevoir 30 personnes atteintes de troubles autistiques…

 

Le camping à la ferme accueille peu de touristes ; des Hollandais, bien sûr, et un couple de Vendéens ; les 3 autres caravanes servent d’hébergement à des saisonniers. Ce soir-là, je traîne à établir mon « territoire », car les gens viennent me parler et même me proposer des billets que je refuse comme à chaque fois, préférant donner un dépliant sur L’Etoile de Martin. En effet, j’ai trop vu durant ma vie professionnelle le comportement de certaines associations dites caritatives vis-à-vis de l’argent, et l’utilisation qu’elles en ont fait, qu’il ne m’est pas possible de tomber dans le piège de la « quête » et du don en liquide. Mais allez donc expliquer cela à un Hollandais qui ne connaît que 5 mots de français et qui ne comprend pas mon refus.

 

Si, à l’avenir, nous devions repartir pour une bonne cause, il nous faudrait réfléchir sur la manière de recueillir honnêtement les oboles des braves gens qui souhaitent partager avec ceux qui sont en plus grande difficulté qu’eux.

Mario, ce soir-là, se trouve dans un grand pré où il se gave sans se préoccuper de notre précédente discussion de tout à l’heure sur l’accès à la parole. Quant à moi, après avoir installé mes quartiers, je commence à préparer mon repas du soir : salade de thon à l’italienne pour le transit, portion d’une Vache qui rit, un zeste de rosé de Loire acheté la veille et mûri par le balancement des caisses (comme le vin dans les soutes des voiliers d’antan), une tomate, une pomme et un morceau de chocolat. Je suis interrompu dans ce banquet par une  longue communication téléphonique à laquelle je n’ai pu me soustraire puisqu’elle émanait d’une journaliste réputée de Ouest France Nantes. Un article fameux et documenté paraîtra ainsi le samedi 27 août pour annoncer notre arrivée à Vertou.

 

Il était une fois une dame de foi qui vendait du foie dans la ville…

 

Mercredi 24 août

 

Après le village de Vauxchrétien, pendant que nous discutons avec Mario nous ne nous rendons pas compte que nous bifurquons de chemin. C’est alors qu’un vieux 4x4 vient faire des manières auprès de nous pour finalement s’arrêter. L’homme qui le conduit engage la conversation autour de Mario (toujours lui, mais on finit par s’habituer), et nous dit que là-bas, pas très loin près d’une vieille tour à moitié en ruine réside un couple de jeunes possédant 2 mules avec lesquelles ils envisagent de parcourir l’Europe de l’Est. 

 

« Faut aller les voir, il seront ravis de vous rencontrer ; c’est pas tous les jours que l’on voit une mule par ici.

 

– C’est ben possible mon bon monsieur, mais c’est que j’ai de la route à faire aujourd’hui et que je ne suis pas rendu à La Possonniere.

 

– Si, si, voyez, c’est pas loin. »

 

Devant son insistance, je me dirige donc vers la tour couverte de lierre que quelques corbeaux survolent, et au détour d’un chemin j’aperçois mon paysan flanqué du jeune couple. Il est allé les prévenir du passage d’un muletier. Regard sur Mario, puis très vite je suis entraîné vers leur maison ; tout est un peu bohème, on me sert du café et puis ce sont des discussions passionnées autour des mules, des voyages au long cours. Ces jeunes sont passionnants ; ils ne doutent de rien et sont très motivés par leur projet. Je les quitte avec regret tant la rencontre a été riche. Malgré une entorse à la cheville Pauline décide de faire avec Julien un bout de chemin avec moi pour me montrer un raccourci à travers bois : ils m’accompagnent ainsi plus de 2 km, ce qui nous permet de poursuivre nos échanges.

 

Cette longue étape de 38 km avec beaucoup de routes et peu de chemins n’est pas la plus joyeuse, mais elle permet plusieurs rencontres.

 

« Hé, bonjour ! Vous êtes le monsieur qu’on parle dans le journal, vous êtes habillé pareil que sur la photo ! Oh, c’est bien, alors comme ça vous allez jusqu’à Nantes ? et le mulet, c’est un beau mulet. Et vous marchez pour le cancer des enfants, je crois ? C’est bien. »

 

Comme quoi la presse relaye bien l’info. Les gens lisent le journal local et retiennent l’essentiel. Combien de gestes amicaux durant ce périple ! Un petit salut de la main, un petit coup de klaxon… et puis il y a ceux qui s’arrêtent et m’arrêtent pour parler de Mario, du mulet, du cancer des enfants, pour parler d’eux, pour savoir si je monte sur Mario ou si je ne fais que marcher.

 

Durant cette étape j’ai dû rebrousser chemin plusieurs fois : soit parce que celui-ci se termine dans un inextricable roncier, soit à cause d’un étang vaseux. Avec toutes ces histoires je perds du temps, alors que j’ai rendez-vous à 16 heures avec une journaliste de Ouest France Angers à Savennières. Il faut presser le pas : « Ayé, ayé, Mario on ne dort pas, on se réveille, on y va, ayé ! » Eh bien, oui ! Ce mulet dort en marchant, ce qui lui permet de se remettre des nuits agitées.

 

Après avoir cherché la jeune journaliste dans Savennières comme convenu, je la retrouve beaucoup plus loin au village de la Possonnière. Jeune conductrice elle a hésité à prendre la petite route et s’en excuse. Puis, elle fait son job avec photos pour l’édition du lendemain matin.

 

Ça y est, je suis arrivé au camping du port à la Possonnière. Je peux, sous le regard d’une forte dame flanquée d’un petit chienchien qu’elle tient dans ses bras, travailler à mon rituel de soirée ; pour mémoire, tente, paddock, clôture, cuirs, toilette, lessive, duvet…

 

Le soir, je m’offre le repas à la guinguette du port, et le roi n’est pas mon cousin. Des airs créoles sous les parasols défilent pendant que je déguste mon assiette chalonnaise et les nombreux convives que j’observe sont décontractés et de bonne humeur. Ce sont encore les vacances et le type qui chante dans le poste avec sa voix doucereuse ne fait que renforcer l’enchantement du moment.

 

En quittant sa table, une dame me tend le journal et son article sur Mario le mulet et me souhaite bon chemin.

 

Pour ma part, je ne m’attarde pas et file au pieu illico.

 

Le camping est bercé par le rythme des TGV et autres trains de marchandises qui passent à moins de 15 mètres de ma tente : vraiment impressionnant. Un campeur vient me rassurer en me disant qu’on finit par s’habituer ! Sympa !

 

Il était un petit homme pirouette cacahuète…

 

 

Jeudi 25 août

 

Il fait encore noir à 5 h 30, mais les toilettes du camping me donnent un peu de lumière. Ablutions, rangements divers. Démontage de la clôture petit déjeuner, bâtage, ration de granulés journalière et fouette cocher, nous voilà partis. Il est 7 h 45 quand passe le TGV venant de Nantes. Aujourd’hui, nous prenons de l’avance afin de se donner du temps pour bien parler avec les gens que nous rencontrerons. Initiative heureuse car nous en rencontrons beaucoup sur notre chemin qui nous mène à Ingrandes.

 

Toute la journée nous suivons le bord de Loire, côté droit.

 

Nous traversons un camp sauvage des gens du voyage : seuls les chiens aboient. Les caravanes forment un cercle comme dans les meilleurs films de la conquête de l’Ouest. Mais ici, point de chevaux ni d’autos ! Il est trop tôt.

 

Plus loin, image surréaliste. Je vois un homme noir habillé à la façon des joueurs de jazz de la Nouvelle Orléans avec un melon sur la tête qui fait les cents pas sur le sentier. Est-il un amoureux matinal de la nature ou un amoureux d’une matinale qui ne vient pas ? Il tient un journal dans sa main et scrute la berge opposée. Je n’ai pas la berlue, c’est un vrai. Et pour vérifier ma vision je m’approche pour lui demander ma route. Il connaît l’endroit et me dit que plus loin existe une chicane impossible à franchir avec la bête. Ce n’est donc pas une hallucination puisque l’homme me répond. Mais cette rencontre irréelle reste encore un mystère. C’est alors que Mario m’a interpellé pour me dire en bégayant : « Hé, grand couillon, tu rêves ou quoi ? Ce type te dit que c’est bouché par là. Nous pourrions y aller quand même, cela nous fera gagner du temps. Nous trouverons bien un passage. »

 

Nous y allons, et effectivement c’est fermé par une chicane. Demi-tour pour revenir à notre point de départ puis nous faisons un grand détour. Nous repassons devant l’endroit où se trouvait l’homme au chapeau melon : il a disparu. Mario pour la première fois m’a induit en erreur. A l’avenir, je l’écouterai, mais prendrai mes décisions, seul.

 

Le reste du chemin se déroule sans encombre. Le terrain se transforme en devenant sableux et souple. Le bruit des sabots s’estompe et Mario me suit prestement en pensant sans doute au joueur de jazz.

 

En chemin, près d’une cale, un vieil homme sort de sa maison en courant, en me demandant de m’arrêter. Il souhaite prendre des photos du mulet. Et puis de me raconter avec émotion la joie de retrouver un mulet presque identique à ceux qui étaient utilisés en 1960 en Kabylie lors des événements d’Algérie.

 

Dans l’après-midi, nous arrivons au camping du port à Ingrandes. Là sur les conseils de la responsable, nous nous installons dans le fond où cela ne gêne personne. Elle nous indique que la municipalité nous offre l’hospitalité. Au nom de L’Etoile de Martin : merci monsieur le maire. Gratuité, mais peu d’herbe. Il nous faut donc étendre notre clôture sur le versant de la levée de Loire en limite du camping, pour que notre Mario puisse se remplir le ventre. Comme chaque soir, une ration de granulés viendra compléter l’herbage.

 

Je mange à la crêperie dans le bourg, de l’autre côté de la Loire. A mon retour un violent orage me dit bonsoir et dure une partie de la nuit. J’apprécie ces moments où je suis au sec dans la tente en me disant que demain il fera beau. Plusieurs fois dans la nuit, malgré mon optimisme, je suis inquiet lorsque l’orage claque au-dessus de moi et me fait sortir pour vérifier l’état de Mario et de la clôture. La situation n’est pas brillante mais non désespérée : le mulet va bien et est stoïque. En revanche, la clôture est par terre et le branchement électrique est en panne. Sous la forte pluie en rafale, une réparation de fortune s’impose rapidement.

 

Trempé comme un canard, je rejoins l’intérieur douillet de la tente et je m’endors rapidement. Il est 23 heures.

  

Jeudi matin, l’empereur sa femme et l’ptit prince sont venus…

 

     

Vendredi 26 août

 

Cette nuit, le gros orage a tout trempé. Il faut tout ranger en l’état : bah ! je ferai sécher ce soir. Pas d’eau chaude au lavabo du camping, je prends donc un p’tit déj au village. Dès 8 heures nous décampons, et maintenant nous sommes sur le pont métallique qui traverse la Loire pour nous rendre dans le bourg  d’Ingrandes. Le pont bouge à chaque passage d’un véhicule et je me dis que Mario va me faire un coup de Calgon. Que nenni, il est impassible et passe le pont avec tranquillité et brio. Je suis fier de lui.

 

Nous nous arrêtons au village d’Ingrandes pour acheter notre pain et notre chocolatine journalière puis à la crêperie pour avaler un thé chaud dans une toute petite tasse pour 2,50 euros !

 

Nous sommes donc maintenant sur la rive droite de la Loire pour rejoindre Ancenis et le temps est à nouveau incertain. Il a fallu bâcher et se mettre l’imper. Nous essuyons quelques averses et puis le soleil revient et puis repart et il repleut. Cela me ravit tellement de voir la Loire belle, changeante, colorée parfois grise et parfois verte, marron ou bleue. En tout cas, elle est majestueuse avec ses bancs de sable et ses berges sauvages : on y voit mille oiseaux. C’est bien beau et ça vaut le détour. Même si le ciel est très très gris, la Loire continue d’être brillante.

 

A ce stade de mon récit, je me dois de faire deux remarques issues de mes observations de piéton.

 

1. La France est envahie de pourpier, cette plante grasse pousse partout sur les chemins des pays de la Loire comme dans les zones situées au nord de l’Hexagone. Et comment s’en défaire ? Nul produit, nulle astuce n’en viennent à bout, et bien que lundi dernier un restaurateur m’en ait servi dans mon assiette, je me demande bien comment combattre l’envahisseur.

 

2. Le nombre de petites voiturettes sans permis est impressionnant. Elles font toutes le même bruit significatif et se conduisent bien mal, ne sachant où aller, à droite ou à gauche mais en dégageant toujours beaucoup de fumée. Si j’en ai tant vu, c’est peut-être parce que j’emprunte surtout les voies vicinales et les petites routes secondaires de nos campagnes. Elles sont rarement conduites par des banquiers !

 

Durant cette longue étape, nous longeons la Loire sur notre gauche et la ligne de chemin de fer sur main droite. Nous y rencontrons des rouleurs en vélo, des joggeurs en petite tenue, puis un homme attiré par notre équipage qui nous dit être un homme de cheval qui vient de se reconvertir, pour des raisons de santé, vers l’ULM. Il m’indique que le chemin n’est pas barré et qu’il est praticable jusqu’à Ancenis. Alléluia ! « Allez Mario on y va, ayé, et attention aux cyclistes qui nous arrivent par-derrière sans prévenir ! » Nous allons d’un bon pas : celui de la mule pour être à l’heure à notre rendez-vous de 14 heures avec Gaël, journaliste à Ouest France à Ancenis.

 

Nous passons devant une étrange chose sur notre droite : c’est le palais Jugnier. Des terrasses en encorbellement au-dessus du TGV, construites par un original, mais qui tombent en ruine à ce jour.

 

Patatras ! Que vois-je devant moi ? Un petit pont de bois, très étroit avec deux parapets. Il mesure bien 20 mètres de long et débouche sur un escalier en pierre, raide et pentu, lequel se termine à son tour sur une sorte de portique en bois à la mesure du reste. Le tout ne dépassant pas un mètre de largeur.

 

Oh ! la la ! Comment je vais faire ? Jamais il ne passera (Mario), d’abord parce qu’il est trop large avec son bât et qu’ensuite devant ce triple obstacle il ne peut le réaliser dans son mental de mulet. Je n’ai plus qu’à faire demi-tour jusqu’à Anetz et revenir par la route, soit 12 km en plus. Je dialogue sans conviction avec l’olibrius, histoire de ne pas renoncer avant d’avoir essayé. L’olibrius se campe, réfléchit et sans me prévenir s’élance en me bousculant vers la passerelle, puis arrivant au bout s’arrête arc-bouté. Cette fois, c’est foutu, et puis pas moyen de faire demi-tour sur cette fichue passerelle à la (« ¨*). Que faire ? Heureusement il n’y a personne pour observer la scène. Je prends le parti de dialoguer une seconde fois avec Mario en lui expliquant la situation. Il réfléchit encore et d’un seul coup d’un seul il s’élance dans l’escalier me bousculant et me jetant à terre pour gravir à toute berzingue les marches et le portique. Je ne sais pas comment je suis arrivé en haut avant lui, mais nous y sommes arrivés. Je le félicite avec des petites tapes sur son cou et l’encourage. Cet exploit rattrape largement les aléas et les pas de polka du mercredi 17 août devant la présidente de l’association. L’Affront est réparé. Ouf.

 

Nous arrivons à l’heure pile devant le pont d’Ancenis pour nous prêter à l’interview du jour.

 

Le curé d’Ancenis, un ami de longue date, est absent, sinon nous aurions été le saluer. Pour arriver à notre étape d’Oudon, il nous reste une douzaine de kilomètres, que nous parcourons sans encombre. Là, chez mon ami Christian, m’attendent plusieurs connaissances. Je crains le pire pour les heures à venir car ces gars-là ne sont pas tous des ascètes et les agapes préparées par Anita risquent de se terminer tardivement. Avec raison je prends congé de mes hôtes à 22 heures. Pendant ce temps, après avoir été photographié, l’olibrius s’est mis à brouter jusque tard dans la nuit :

 

« T’as raison mon Mario, demain sera une journée difficile pour toi, profite et soit cool et laisse du bon crottin de mulet pour les fleurs d’Anita. »

 

 

Qu’est-ce qu’elle a donc fait la p’tite hirondelle ? Elle nous a volé…  

 

 

Samedi 27 août

 

J’ai programmé la sonnerie du téléphone à 5 h 30 et en silence je me prépare ; la maison est endormie. Sur la table de la salle  à manger tout est préparé, il n’y a plus qu’à faire chauffer l’eau pour le thé.

 

La préparation de Mario se fait en silence ; clôture, piquets … (vous connaissez la suite). 

 

Christian, mon pote d’Oudon, se propose de m’accompagner avec son chien, un magnifique boxer, jusqu’au Cellier.

 

A Oudon, petit arrêt chez madame la boulangère qui aime bien les bêtes et qui nous offre un brin de pain pour Mario. Voyant cela monsieur le boulanger qui n’est pas en reste nous offre un grand sac poubelle rempli de pain. Mais que vais-je faire de tout ce pain si gentiment donné et que je ne peux refuser ? Nous en avons au moins pour un mois, hein Mario ! et sur le bât la place manque. Bigre de bigre, que faire ? Autour de Mario petit attroupement sympathique, mais qui ne résout pas mon problème. Finalement, j’ai installé le pain où j’ai pu : dans mes poches, sur mon chapeau, un peu dans les sacoches, beaucoup sur le bât et puis le reste est resté dans le sac poubelle que… j’ai porté.

Le chemin suit la voie de chemin de fer Nantes-Angers, et ce matin en raison de l’heure matinale nous ne voyons pas beaucoup de cyclistes, mais au fur et à mesure que la journée avance, la tendance s’inverse. Après un arrêt pipi à Mauves-sur-Loire, discussion avec un groupe de cyclistes rencontrés vers Saumur : ils sont sur le chemin du retour. « Nous, nous repartons par le chemin de la Loire à vélo jusqu’à Thouaré. » Le soleil se fait plus chaud à mesure qu’il monte et je pense qu’il faudra bientôt mettre le chapeau. Je croise beaucoup de gens qui me disent qu’ils ont vu Mario dans le Ou

est France ; preuve du bon travail de la

journaliste de l’autre soir. Presse Océan a également parlé du Mulet et de son accompagnateur : Ouah ! Quelle pub ! C’est pourtant pas la croisière jaune d’André Citroën, ni le tour du monde en 80 jours ! Une chose est sûre : les gens sont touchés par le but de la marche, mais aussi (je le dis sans prétention) parce qu’ils sont contents de voir de visu le type et le mulet qu’ils ont vus dans le journal ou à la TV.

 

Bon, nous allons marcher encore un peu. Mario tire sur la longe et traîne le pas : il est intrigué par une meute de chiens en train de se faire dresser dans un champ voisin. Il n’en revient pas et veut assister au spectacle du gars emmitouflé dans un habit de cosmonaute capitonné qui subit les attaques agressives du canin.

 

En chemin, nous rencontrons un papa en vélo et ses deux petites filles qui pédalent, mais qui pédalent si vite qu’elles dépassent le papa. Lorsqu’elles voient Mario, elles s’arrêtent pour venir le caresser. C’est l’occasion comme toujours de parler de L’Etoile de Martin, mais aussi de Martin ce petit bonhomme qui a rejoint les étoiles à cause de cette saloperie de maladie.

 

Le papa me raconte qu’il est également un marcheur et qu’il vient de faire le « Gr10 » dans les Pyrénées. Nous échangeons nos expériences pendant que les filles flattent l’olibrius qui ne demande que ça. Le Gr10, Mario s’en souvient bien : la neige en mai, les fondrières, les fortes montées, mais aussi le froid. Il avait vraiment fait preuve d’une constance et d’une abnégation redoutable.

 

Il nous faut maintenant traverser la Loire sur l’interminable pont métallique de Thouaré : traversée héroïque avec gilet fluo et froid dans le dos car les autos nous frôlent sans vergogne. Mario, lui, est impassible, il marche d’un bon pas régulier, comme s’il se trouvait dans la colonne des prisonniers du Pont de la rivière Kwaï !

 

« Bravo Mario, reste bien à droite, hue ! On y va gentiment. Oui, t’es un bon mulet. »

 

Il est bientôt l’heure de se restaurer, et je me dis qu’un des deux restos « du bout des ponts » saura bien me satisfaire. Eh bien, non ! Le week-end, on ne sert pas de formules mais uniquement des menus. Soit un minimum de 1 heure passée à table. C’est trop pour moi, c’est pourquoi laissant là ces commerçants à leurs tablées ventripotentes, je me retrouve sur le bas de la levée de Loire à festoyer avec un frugal mais bien sympathique repas de randonneur. Jugez plutôt : tomate au sel de Guérande, salade mexicaine, miettes de thon, une portion de Vache qui rit, une pêche et deux abricots, puis pour terminer une douceur de chocolat fourré. Le tout arrosé d’un restant, d’une lichette, de rosé cabernet de Loire.

 

Jusqu’au pont de Bellevue, à l’entrée de Nantes, nous marchons en contrebas de la levée, route trop dangereuse pour un marcheur-muletier. Chemin bien sympathique où avec la Loire toujours aussi belle sur notre droite nous rencontrons joggeurs, chercheurs de champignons, amoureux surpris, lapins agiles, hérons cendrés, chiens errants, et toujours l’omniprésent pourpier qui jonche le sol en tout point.

 

Nous passons près de Bellevue sous l’impressionnant nœud routier pour rejoindre Saint-Sébastien et ses rues goudronnées pour filer vers Vertou. Nous passons par la déchetterie où nous devons faire la queue sur la route, tant il y a de monde en attente devant l’entrée. Drôle de retour à la civilisation de consommation !

 

Et puis c’est la traversée de Vertou, interminable pour enfin arriver au Planty, chez Jean-Pierre. Le dernier rituel s’exécute tranquillement, libérant ainsi ce fils de Baudet en lui permettant de se faire plaisir dans le grand pré mis à sa disposition.

 

« Madame la présidente, la mission est terminée, le muletier et son hurluberlu de mulet sont satisfaits. Ils vous le témoignent sur ce document. »

 

Petit oiseau qui vient des mers, dis-moi si l’eau est amère

 

Dimanche 28 août

 

Envoi.

 

Le denier acte se déroule sans aucun problème. Après avoir bien pansé, nettoyé et brossé Mario, nous le bâtons léger afin de nous rendre pour 11 heures à la cavalcade de Vertou. Nous empruntons le chemin qui borde la Sèvre, lequel est jonché de branches de toutes natures tant la tempête des derniers jours a été rude. Comme chaque week-end il y a une multitude de promeneurs, de cyclistes et de coureurs qui égayent vraiment cette charmante allée.

 

Jusqu’au point de rassemblement Mario est interpellé ; les gens connaissent tout de lui puisque Presse Océan et Ouest France ont indiqué par le menu ses mensurations et tout le reste.

 

Nous nous insérons dans la cavalcade à la place que l’on nous donne et ce sont des attelages, des cavaliers, et un mulet qui s’en vont faire le tour de la ville au pas, puis un peu au trot (pas trop s’il vous plaît, j’suis à pied !).

 

L’accueil est bon enfant, et le public est nombreux : Mario  fait un tabac et le speaker indique que nous sommes venus de loin pour L’Etoile de Martin, pour soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant. Mon émotion est forte : beaucoup de gens nous félicitent et nous applaudissent à notre passage. A ce moment-là, je ressens le bonheur d’avoir bien travaillé pour l’association et je n’ai pas de fatigue.

 

Un journaliste me happe, puis deux puis trois et puis c’est le vin d’honneur, plutôt le verre de l’amitié avec le muscadet bien sûr. Mario est à la fête : tous les enfants présents viennent le caresser et pendant plus d’une heure il se prête gentiment et sans broncher à toutes leurs sollicitudes.

 

Retrouvailles avec tellement de personnes que je ne me souviens plus très bien qui j’ai rencontré ce jour-là : il y avait les élus, député, sénateur, maires de Vertou et de Saint-Sébastien et tous les amis, relations et anciens collaborateurs de mon précédent job. Un grand moment que je ne suis pas prêt à oublier.

 

Oui madame la présidente de « L’Etoile de Martin », la mission est terminée, Mario et son muletier sont satisfaits. Ils vont pouvoir rentrer dans leurs pénates l’un pour réfléchir à de futures promenades, l’autre pour se dépêcher de transcrire le récit de celle-ci.

 

 

Lapin, lapine, sur une pâquerette un lapin s’essuie les pied…

 

 

 

 

 

 

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