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Publié par JP

 

EQUIRANDO /LIGNIERES/2013.

 

Cette année 2013, nous avons, Mario et moi, participé à l’Equirando, qui s’est déroulé au Pôle du cheval et de l’âne à Lignières, dans le Berry, du 19 au 21 juillet.

L’Equirando, c’est un rassemblement européen de cavaliers et de meneurs qui a lieu normalement tous les deux ans. Chacun part d’où il veut avec son cheval, sa mule ou son âne, monté ou attelé. Les participants viennent des quatre coins de l’Europe pour se retrouver le jour J, soit le vendredi 19 juillet.

Sur place et pendant 3 jours se succèdent animations diverses, défilé dans les rues de Lignières, spectacles équestres, exposition de matériels, de produits locauxplan mareuil Lignieres-copie-1

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Etant libre à cette période, j’envisageais de participer à pied en compagnie de Mario à cette mini aventure. Après avoir contacté l’organisation, j’ai obtenu l’autorisation de participer, bien que je ne sois que… marcheur. Oui, mais marcheur muletier !

Le lundi 15 juillet au matin, je suis donc parti de Mareuil-sur-Cher, lieu de villégiature de Mario, le fameux mulet baroudeur, pour  une petite semaine de marche et 140 km de chemins et petites routes de campagne.

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Globalement, le temps fut très chaud et par moments les orages nous grondèrent de n’être point à l’abri.

Jusqu’à Lye, toute petite commune limitrophe du département de l’Indre, aucune embûche ni anecdote particulière à raconter si ce n’est la nuée de taons agressifs qui nous escorta tout le long de la journée. Pour soulager mon compagnon, et malgré la vaporisation de produits miracles, je fus souvent à la tâche pour écraser ces maudits insectes sur les poils de la bête. D’ailleurs, lorsque les piqûres étaient trop intenses, Mario donnait de grands hochements du cou, faisant ainsi tinter violemment les grelots attachés au licol : une façon très explicite de me dire que des bestioles ailées et pernicieuses l’importunaient fortement à un endroit d’où il ne pouvait les chasser par lui-même. Et vlan ! Et vlan ! une, puis deux, puis trois, il me fallait les occire du premier plat de la main car elles étaient retors et ne renonçaient jamais.

A Lye, je fus attendu chez Adélaïde et Jacques qui me reçurent avec beaucoup de gentillesse. Ils furent très prévenants envers Mario : son paddock pour la nuit était royal en bordure du Modon. Le soir, l’ami Tintin et Mary-Anne se joignirent au dîner dans une ambiance de fête et de bonne humeur. Ce ne fut que tard dans la soirée que je découvris ma chambre : une chambre-musée remplie d’objets de collection et de draperies anciennes. Extraordinaire ! Hors du commun ! Déconcertant ! Et ce n’est pas tout : Adélaïde me fit visiter son vrai musée. Un lieu magique et féérique qui regorge de trésors, de poupées anciennes en situation, le tout dans un désordre organisé digne des plus magnifiques expositions jamais dévoilées !

Mario devint ainsi une licorne aux yeux doux dans le récit merveilleux transcrit sur un grimoire venu du fond des âges…

Ce fut par hasard, au milieu des vignes, que nous rencontrâmes le Maire du village qui nous fit les honneurs d’une loge de vigne entièrement restaurée, par la commune bien sûr !

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Le lendemain fut une journée bien paisible avec la traversée de la forêt de gâtine et ses longues allées. Des cantonniers sur le bord du chemin, occupés à remblayer les ornières, souhaitèrent m’indiquer les allées interdites et celles autorisées, à savoir celles qui sont sinueuses sont communales, et celles qui sont toutes droites sont privées. Je passai outre et j’allai au plus court en craignant tout de même de faire de mauvaises rencontres, mais je fus ravi par l’enchantement des lieux, le calme et la majesté de cette forêt où je ne rencontrais que de petits animaux, si gentils que je me croyais dans le monde de Walt Disney.

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Au détour du chemin, dans la forêt, au milieu des broussailles, je crus apercevoir La vache qui rit, elle me fit signe de la rejoindre… Surpris, je m’approchai vers son sourire béat en me promettant de lui offrir une portion soustraite de ma propre réserve. Mais au fur et à mesure de mon avancée vers elle, je compris qu’il s’agissait bel et bien d’un camion publicitaire abandonné. Bizarre ! Ah la vache !!! Ce n’est pas très écologique, ça, de trouver une vache qui rit en plein bois ! Elle doit se laisser mourir de faim ! Ah, la vache !

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Comme toujours, Valençay me renvoyait l’image du diable boiteux avec son sourire malicieux, mais très vite les tours à bulle disparurent de l’horizon, laissant la place  aux interminables champs de blé déjà bien envahis par les moissonneuses.

 

A l’étape, Fabien et Laurence me proposèrent de coucher dans la caravane, ce qui me dispensa de monter la tente. Mario avait un bon paddock, déjà utilisé la nuit précédente par les chevaux d’un couple d’équirandins (nom dont s’affublent les participants à l’Equirando !). Chose curieuse, pour la première fois, je le vis manger le crottin avant même de se rouler sur l’herbe. Je m’inquiétais auprès de Fabien de cette pratique, peu courante il est vrai. Celui-ci me rassura en m’indiquant que Mario recherchait vraisemblablement un peu de sel dans cette matière-là ! Je suis resté sceptique, c’est le cas de le dire, mais Mario finit par se faire de grandes roulades de gauche et de droite après avoir délimité son territoire et lorsque le père vint lui apporter du son, il le mangea si goulûment que je crus que c’était aussi par plaisir.

 

Depuis l’avant-veille de mon départ, je contactais régulièrement le secrétaire général (SG) de la mairie de Vatan pour lui demander l’autorisation de mettre Mario au paddock sur le terrain municipal en friche jouxtant le camping. Tous les matins, celui-ci me répondait dans un ton très urbain qu’il allait réfléchir, qu’il allait en parler et qu’il me rappellerait avant midi ! Mais depuis 5 jours chaque midi restait sans sonnerie téléphonique de ce bon monsieur le Secrétaire général dont je tairais le nom par humanité. Et donc chaque jour, je renouvelais ma demande sans succès…

Ce matin-là, je lui indiquai que le mulet transportait sa propre clôture avec les piquets et la batterie autonome et qu’aucun danger ne pouvait advenir, d’autant que je coucherais dans un enclos du camping situé juste à côté.

Bah ! C’est ici que le sacro saint principe de précaution, cher aux audacieux et aux entrepreneurs, vint se glisser dans la réponse de ce zélé interlocuteur : « Mais vous n’y pensez pas ! Les enfants pourraient s’électrocuter, c’est très dangereux. » Coup de grâce ! La messe est dite, refaites vos jeux, rien ne va plus !

Heureusement, ce brave homme se ravisa et me dit qu’il allait réfléchir et en parler en haut lieu, puis me rappeler avant midi. La chance était enfin avec moi. Mais ce fut une chance de courte durée, car midi fut comme un autre midi, sans appel. Sans aucun appel, même de politesse !

Heureusement, la vielle, autour de l’apéro, j’évoquais mon étape du lendemain avec Fabien en soupçonnant l’incapacité du SG à résoudre un problème simple ou du moins à apporter une réponse à une question sortant de son environnement immédiat, et je lui faisais part des doutes sur les capacités de mon correspondant municipal. Bien m’en prit, car aussitôt il téléphona au père Pichon de Vatan pour lui demander de me trouver une solution pour la prochaine nuitée. Ce qui fut fait sans ambages.

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Jusqu’à Vatan la journée fut chaude, très chaude, et malgré cela deux agriculteurs se trouvaient en pleine fumée au bord d’un champ de blé fraîchement coupé. Ils pratiquaient l’écobuage, et le vent rabattit une épaisse fumée vers nous. Nous respirâmes un grand coup et pressâmes le pas pour sortir au plus vite de la pénombre. Les yeux me piquaient et je fondis en larmes à la façon des actrices américaines des films muets. Le grand nuage gris et noir se dispersait lentement sur la plaine : il nous accompagna quelques kilomètres puisque nous étions dans le mauvais sens du vent. Les deux agriculteurs qui s’occupaient du feu m’expliquèrent qu’ils pratiquaient le brûlage pour ralentir le démarrage des plantes herbacées au printemps prochain, mais surtout pour diminuer le nombre de passages avec les insecticides.

  ecobuage

Nous cheminions avec les calicots de l’Etoile de Martin qui appellent à soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant, et cela attira le regard des gens que nous croisions. A vrai dire, nous croisions peu de monde, si ce n’est quelques tracteurs rouges ou verts avec d’énormes roues et des vitres teintées, d’ailleurs, je sentis bien qu’un brin de climatisation règnait dans ces grosses machines si utiles, mais gourmandes en fuel. Nous, nous avions les bouteilles d’eau sur le bât, et aujourd’hui nous savons y puiser fréquemment avant que ce liquide ne devienne trop chaud.

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Les petits villages, je veux dire les hameaux, se succédèrent le long de notre chemin du jour. Ils ont des noms qui sonnent agréablement et qui contrastent bizarrement avec leur solitude : les Idereaux, les Chantefours, les Jolas, les Roquillets, Rouille Couteau, le Champ des Laies, Les Charmettes, La Boucaudière, les Déserts et, bien sûr, la Cour au Pilet. En général, ce sont de grandes fermes bien équipées en matériel. D’ailleurs, beaucoup d’agriculteurs ont abandonné le vaillant tracteur polyvalent pour des matériels spécifiques adaptés à chaque usage ou chaque saison. Fernand Raynaud, comique français des années 1960, nous a pourtant bien expliqué dans son sketch Le Paysan, que ce n’est plus comme avant, et que  « Ca eût payé ».

  tracteur

Et voilà Vatan, ville jumelée avec les villes de France au nom burlesque. Cela veut-il dire qu’à peine entré dans la ville, on soit prié d’en sortir ? Non je ne le pense pas. Je pense plutôt qu’un certain voyageur ayant eu contact avec le SG ne soit pas le bienvenu ! et qu’il est préférable qu’il passe son chemin. Vatan

Pourtant, en arrivant à Vatan, je trouvais un jeune automobiliste qui obligeamment m’indiqua la route vers le supermarché près duquel logeait le père Pichon. Et pourtant, m’abritant du soleil sous les frondaisons d’un vieux chêne, je fus apostrophé par un homme qui proposait un seau d’eau pour Mario et qui m’attira dans la cour de sa maison pour nous donner à boire à lui comme à moi. De l’eau bien fraîche qui fait trop de bien au gosier, mais qui nous fait immédiatement transpirer. Il faut savoir ce que l’on veut et savoir  dire merci même si l’effet secondaire est un tantinet désagréable, ou produit des dégâts collatéraux comme on dit aujourd’hui. Dans le cas présent, sans aucune gravité, seulement une grosse condensation dermique.

Le père Pichon m’attendait sur le pas de sa porte. Il m’indiqua tout de suite la possibilité de mettre Mario dans un box, ou bien de l’installer dans un pré à deux pas d’ici. Je choisis la deuxième solution et pris mes quartiers dans le pré en question. Père Pichon vint rapidement m’y rejoindre pour m’aider à fermer la clôture bien fatiguée, à puiser de l’eau dans la petite rivière qui borde la prairie. Mais c’est de parler avec un randonneur muletier qui intéressait surtout cet homme âgé qui avait toute sa vie travaillé avec les chevaux et qui en connaît encore un rayon. Malgré cela, père Pichon est très impressionné par la stature de Mario, par son port, par ses aplombs et par le bât suisse. Aussi, il me proposa, en insistant à plusieurs reprises, de venir prendre l’apéritif en fin d’après-midi.

Alors que nous dégustions un Ricard bien frais à l’ombre du tilleul, un copain vint chercher avec sa remorque du crottin de cheval. « Tu vas ben prendre un verre ? Le monsieur qui est là s’en va à Lignières à pied avec son mulet » – « Ah, c’est vous ? Le monsieur avec le mulet, c’est vous? On parle de vous à la mairie. Je suis conseiller… » On peut dire qu’il était drôlement embarrassé le conseiller ; après que j’eus raconté mes communications téléphoniques avec le SG, il me dit qu’il trouvait déplorable que l’on n’ait pas été capable d’apporter une réponse et il tenta  de formaliser des excuses non officielles mais néanmoins sincères, me sembla-t-il. Je voyais bien qu’il n’avait qu’une envie : quitter la table pour aller ramasser son crottin tout gêné qu’il était ! Pour mettre fin à cette situation, je lui demandais de m’indiquer un bon endroit pour dîner et pris ainsi congé en direction de l’hôtel de France où je me restaurais pour le mieux au milieu des tablées de touristes.

En revenant vers le pré, je vis de loin les deux grandes oreilles qui m’attendaient près de la clôture. Je me glissais dans la tente que j’avais au préalable isolée du reste de la pâture par un fil, afin que Mario ne vienne pas trop près me flairer les orteils.

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De bonne heure le lendemain matin, le père Pichon vint me dire au revoir et il me promit de venir me voir avec son fils à Lignières. Entre deux explications sur les différents chemins à parcourir jusqu’à Issoudun, il évoqua à nouveau le manque de civilité de sa ville, puis s’en retourna s’occuper de ses poneys.

  champ de blé fauché

La journée fut bien chaude et le temps bien lourd. Partout les moissonneuses s’activaient dans des nuages de poussières et les 25 km furent avalés en un temps record. J’arrivai au centre équestre des Champs Forts en tout début d’après-midi où je fus accueilli par la propriétaire des lieux : Constance de Senilhes d’Humières. Rapidement, il fallut éloigner Mario des autres équidés tant ce dernier les affolait, pensez donc ! Pour la plupart sinon tous, c’était bien la première fois qu’ils voyaient ou sentaient un mulet ! Et je sais, pour l’avoir vécu dans un précédent épisode, combien les chevaux, les vrais, peuvent être craintifs d’un mulet, d’un beau et fier mulet (voir du Zoo de Beauval à Villejuif-2012).

Cette nuit-là, Mario, comme moi, dormait sur un espace pierreux et Constance, précautionneuse et prévoyante, lui apporta avec son 4x4 une botte de foin et de l’eau en quantité.

Le plus dur fut de planter les sardines de la tente tant le sol était riche en cailloux. Puis rituellement je préparais mes affaires pour la nuit : pyjama, duvet, matelas, lampe, et autres trésors sortis du sac dont on ne se sert jamais mais qui font partie de la panoplie du parfait campeur.

J’avais envisagé de rejoindre le centre ville pour y dîner, mais j’y renonçais en réalisant la distance à parcourir, et préférais casser la croûte devant ma prairie de cailloux. Face à moi Mario immobile avait l’air, une fois encore, de réfléchir ! Les cailloux brillaient sous la lueur du soleil couchant et cela faisait ressortir la couleur jaune des Séneçons Jacobée, cette plante envahissante et toxique, appelée également « herbe de saint Jacques », présentant une forte concentration alcaloïde néfaste pour l’équidé qui en mangerait inconsidérément : l’intoxication hépatique est fulgurante. seneçon Jacobé

Après une telle concentration cérébrale et me remémorant ce que m’avait raconté Franck, un homme de cheval, je me mis en action pour arracher ces mauvaises herbes de l’enclos afin que mon Mario n’en soit point tenté ; il lui restait la bonne botte de foin.

Constance m’avait proposé d’utiliser la douche du club après la dernière reprise, soit vers 20 heures. Aussi, muni de ma trousse de toilette, je me dirigeais vers les box ou j’avais repéré le coin où se trouvaient les sanitaires, mais celui-ci était envahi par les jeunes cavalières qui n’en finissaient pas de chouchouter leurs chevaux, et cela me gênait de faire mes ablutions devant tant de monde, la cabine de douche étant ouverte à tout vent. De plus, davantage utilisée pour laver les bottes que les gens, son aspect crasseux confortait mon indécision, puis emportait ma renonciation. C’est ainsi que près de ma tente je pratiquais le lavage du corps par lingettes humides, afin de dormir propre. l'orage

Vers 2 heures du matin, un violent orage éclata et la pluie se mit à tomber très drue. Une grosse pluie de film noir, celle où, pour donner illusion, les assistants arrosent copieusement les acteurs avec une puissante lance de pompier. A tel point que je me demandais quand les grosses et lourdes gouttes transperceraient la toile. La tente tint bon malgré le vent violent qui s’était invité au festival nocturne. Puis, ce furent les éclairs qui illuminèrent la tente. Des flashes fréquents de moins en moins distants du tonnerre : l’un frappa si près de moi que je crus qu’il m’avait transpercé. Le bruit fut énorme et me fit vraiment très peur : je restais accroupi en essayant d’ouvrir la fermeture à glissière afin d’entrevoir Mario, mais la pluie si intense m’ôtait toute vision. Etait-il encore là ? Grâce à la lumière intense des éclairs, je pus enfin l’apercevoir, immobile, le cul au vent. Je me sentis rassuré, mais à la fois très soucieux de l’état de la clôture, mais je n’eus pas le courage de sortir maintenant pour vérifier et au besoin réparer les éventuels dégâts dans cette tourmente. Je me promis d’attendre une accalmie pour me lever et aller voir, mais le sommeil me reprit jusqu’au petit matin…

A mon réveil, tout était calme et inondé et mon premier travail fut d’aller saluer Mario. Comme je le craignais, je constatai que la clôture était détendue et que par endroits elle frôlait le sol car des piquets s’étaient couchés. Impardonnable erreur de ma part, défaillance répréhensible, faiblesse qui aurait pu avoir de graves conséquences. Je n’étais pas fier de ce manquement, mais je félicitais cependant Mario pour sa conduite exemplaire durant cette nuit de terreur. Toute la journée suivante, je me faisais des reproches de ne m’être point levé. Ils ne  s’estompèrent qu’avec la bonne marche musicale à l’harmonica dans la forêt domaniale de Chœurs.

Une longue route m’attendit jusqu’à Lignières et à 8 heures je levai le camp. Contournement interminable d’Issoudun par la rocade. Vue imprenable sur le château d’eau stalinien en béton peint. Marche soutenue sur le bord de la chaussée. Gilet fluo sur la croupe de Mario. Frôlements des autos nerveuses du matin.

 

A Théry, nous décidâmes d’un commun accord de passer par les chemins des champs, en longeant l’aérodrome pour rejoindre la chaussée de César avant de nous engager dans la très belle et grande  forêt de Chœurs. Ce chemin-là est bien tracé et très bien entretenu. Les gars de l’ONF sont à féliciter.

Il ne me restait plus que quelques kilomètres : je passai par les meuniers avant de bifurquer à la grande Rossine. C’est là que je croisai 3 cavalières qui avaient bien du mal à tenir leurs chevaux et qui me demandèrent si je revenais de l’Equirando. « Non, je m’y rends justement », dis-je. Et je ne sus jamais depuis combien de temps elles se trouvaient à contre-sens. Elles firent rapidement demi-tour en maîtrisant tant bien que mal leur monture et puis me devancèrent au petit trot. J’entends encore leurs rires.

Le Pôle du cheval et de l’âne, propriété du conseil général du Cher, est implanté sur un site remarquable de 140 hectares comportant un hippodrome, des carrières, un musée, des hébergements en roulottes sédentaires, des parcours de cross, un restaurant… pole du cheval

C’est là que m’attendait vers 15 heures le comité d’accueil de l’Equirando : boissons fraîches, contrôle vétérinaire, distribution des badges pour le mulet et le muletier, diffusion de prospectus, attribution des emplacements, information sur les activités et festivités.

Je fus bien arrivé après 140 km de marche, et mon premier travail consista à installer Mario dans son enclos de 4 mètres sur 4, en lui fournissant une gentille ration de granulés, puis du bon foin. Il pouvait maintenant boire à sa soif mais ne pouvait se rouler compte tenu de l’étroitesse du paddock. Autour de lui il y avait certainement plusieurs centaines de chevaux, mais cela ne le dérangeait apparemment pas ; il fut placide et se fit admirer par les curieux qui venaient le voir. « Est-ce un âne ? T’as vu ses oreilles ? Il est énorme, t’as vu sa grandeur ? C’est une belle bête. » Mario en a vu d’autres, et même si des gens de cheval ne savaient pas si son géniteur était un âne ou un cheval, il continua à se rassasier avec le bon foin, en jetant un œil goguenard et franchement bienveillant sur ces gens qui l’observent.  equirando 2013 lignieres 026equirando 2013 lignieres 022

En fin de journée, le comité d’organisation nous convia à un vin d’honneur précédé, comme il se doit, par plusieurs discours dont un fut interminable, tant l’orateur avait envie de briller et de se faire valoir devant un public averti, mais qui ne pouvait se soustraire à l’audition de cette allocution; l’apéritif étant servi sur le même lieu! repas équirando

Le soir, un grand banquet réunissait tous les équirandins puis se terminait par une soirée dansante. Pendant le repas, je me trouvais à côté de deux couples venus en roulottes depuis la Sarthe. Je les avais rencontrés, la veille, sur le coup de midi, alors qu’ils mangeaient de la charcuterie arrosée de grandes bières bien fraîches ; leur assistance motorisée ayant pourvu le repas. Ce soir-là, ce fut une bonne tablée et nous passâmes une excellente soirée en compagnie du groupe folklorique et musical : les Gâs du Berry. Cette très fameuse horde musicale dansait et jouait de la cornemuse, de la vielle pour nous inviter à danser les bourrées, les scottischs, les mazurkas et autres polkas et valses bien de chez eux. Les Femmes portaient fièrement la coiffe carrée dite de « la châtre » et les hommes ne quittaient pas la Biaude, une grande blouse bleue du genre de celle que portent des maquignons. J’aimerais bien en trouver un spécimen à ma taille : je ne désespère pas d’en dénicher une (j’ai bien vu celle qui se trouve en exposition dans le restaurant « la Biaude », installé à Préveranges, mais je n’ai pas osé m’en saisir de crainte que le patron ne veuille plus me servir sa trop célèbre tête de veau !). Pour en revenir sur ces Gâs du Berry, sachez que leur société de Cornemuseux date de 1888 bien avant d’autres groupes régionaux de l’ouest de la France.

  images les gâs du berry

Le samedi suivant, ce fut le grand défilé dans Lignières avec tous les participants : cavaliers meneurs, attelages, roulottes et… un marcheur muletier qui arborait les couleurs de l’Etoile de Martin, cette association qui œuvre pour soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant. Je dois vous dire que je me sentais assez fier et sans doute il en était de même pour Mario qui une fois de plus fut exemplaire dans la parade. Pour ma part, je ne regrettais pas de marcher pour une cause et pas uniquement pour mon plaisir. Je trouve que cela donne du goût à l’effort et que le chemin parcouru en ce sens permet de transcender les peines et les petites douleurs kilométriques que tous les muletiers au long cours connaissent. défilé lignieres

Puis, après le spectacle équestre, eut lieu le deuxième banquet sous chapiteau avec musique pop et rock.

A ma grande surprise, Philippe, le manager du Pôle du cheval et de l’âne vint me dire bonjour, et bien sûr saluer le fameux mulet Mario. C’est notre ami commun, Mick, animateur des Thiaulins du Berry et historien passionné de cette région avec un engagement fort pour le sentier des maîtres sonneurs (voir sur le blog, les récits de randos passées) qui lui avait indiqué ma participation à la manifestation. Nous avons rassemblé nos souvenirs et évoqué quelques bons moments passés avec ce Gâs là.

Comme il se doit, la table d’honneur rassemblait les huiles locales, quelques notables bien contents d’être là ainsi que d’illustres personnages satisfaits de se repaître gratis. De ma place, je les observais avec délectation. Les épouses ou compagnes avaient un air absent, n’étant pas concernées par LE sujet. Les hommes de terrain cherchaient sans cesse du regard leurs amis restés dans la salle. L’un deux profitait ainsi d’un appel d’une lointaine table pour rejoindre celle-ci en s’y installant un bon moment, non sans s’être très poliment excusé auprès de ses voisins de table. A tour de rôle, les notables se saisissaient de leur téléphone mobile pour répondre à un appel très urgent ; cela leur permettait ainsi de se dégourdir les jambes et de se sortir du lot. Pendant ce temps, quelques personnages, toujours les mêmes, dispensaient pour le côté de leur tablée, des enseignements certifiés sans appels ni contradiction dont, vu de ma place, ils étaient très fiers.

Pendant ce repas je me trouvais, quant à moi, à proximité d’un groupe de Normands avec lesquels je sympathisais. Leur particularité était qu’ils n’avaient pas participé cette année à l’Equirando ; ils étaient venus en amis avec leurs véhicules automobiles pour savourer le plaisir de ne rien faire, eux qui avaient organisé avec brio l’Equirando 2012 au haras du Pin.

Je prenais date pour qu’un autre jour, une autre année, je chemine dans ce beau pays de la Normandie.

 

En partant le dimanche matin, j’appris que nous avions gagné un prix. Sûrement le prix du plus beau mulet ! du meilleur marcheur muletier ! de l’équirandin qui chemine pour soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant ! Qui sait ? Je ne suis pas resté à la cérémonie de remise des trophées et des médailles, car il nous fallait partir vite pour éviter de rouler en plein cagnard avec l’intense chaleur de ce 21 juillet 2013…

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Le chemin du retour s’effectua en 3 heures ! Tous les deux nous étions satisfaits de retrouver nos pénates et d’avoir passé un bon moment sur les chemins de l’Equirando Berrichon.

 

 

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