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Publié par Jean Poitevin

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  Entre   Aire-sur-Adour et Moissac

 dans la Lande

Il y a belle lurette que nous avions promis à notre vieux père de couvrir totalement le chemin de saint Jacques de Compostelle.Oui, il y a belle lurette ,et j’aime bien ce mot de belle lurette qui représente sans doute pour moi de belles heures. J’affectionne  aussi certaines expressions que je me remémore dans la marche en duo avec Mario. Par exemple : saperlipopette, ou bien, à toute birzingue, ou combien d’autres interjections que je me plais à dire pour seulement entendre le concert des mots.

Pour prendre du plaisir dans l’éjaculation de ces mots, ils doivent sortir spontanément, sans aucun lien avec un événement ou une situation : rien que pour entendre avec plaisir la succession des sons. Ainsi, si je dis Roquebrune, puis Haïlé Selassié, cela me plaît tout en paraissant bizarre, d’autant que je ne peux m’empêcher de transformer le nom de l’empereur en une conclusion transgressive : ça l’a scié. randos septembre 2013 209

C’est ainsi que vagabonde, loin des affres du 13 heures de Jean Pierre, une pensée qui se joue de l’humeur du temps et de ce qu’on appelle la tendance. Aujourd'hui,avec la Télé :tout est tendance!

Ce périple ci, Mario, fidèle mulet de bât, est accompagné par Maryse, Tony et Bernard. Maryse ,Bernard et Mariole chien Iza

Je ne présente pas Bernard, tant son rôle de muletier fidèle et expérimenté,est décrit dans nos précédents épisodes.

Tony, quant à lui est originaire du pays  basque espagnol .Il vit en France, près d’Ascain et a conservé toute la fraîcheur d’un accent bien à lui. C’est de surcroît un excellent cuisinier. Avant sa retraite, il dirigeait une imprimerie ; une fameuse imprimerie spécialisée notamment dans les étiquettes. randos septembre 2013 407

Maryse est son épousée : bonne marcheuse, elle sait affronter les difficultés en silence et arrondir les angles survenant immanquablement dans une vie collective. Maryse a du caractère, comme on dit !

Et puis , il y a le jeune chien australien aux trois couleurs qui se nomme Izar, mais que l’on prononce  « Issar » (à l’espagnole).

Nous avons marché 6 jours et environ 200km à contre courant du flux des pèlerins qui déferlent vers le sud. S’il avait fait beau, nous aurions eu le soleil dans le dos l’après midi .Je crois me souvenir que le temps fut en général mitigé : ce qui est fort agréable ma foi, pour une telle balade. Là, je dis ma foi, parce que nous cheminons, que dis-je,-nous pérégrinons  sur ce chemin de l’apôtre ou il est souvent question de foi. Même en dehors du chemin, je connais une jeune femme qui ,à l’en croire est incroyante, mais qui pourtant  invariablement à la question ;- comment allez vous ? Répond :- bien, ma foi ! C’est une locution banale, une façon de répondre sans dire vraiment les choses en laissant l’interlocuteur libre de choisir le sens du propos.il en est ainsi, ma foi ! randos septembre 2013 152randos septembre 2013 349

La veille du départ nous avons fait bombance au gîte de Crabot. Imaginez donc ! un repas avec des produits fermiers naturels et frais. Nadine la patronne est au fourneau .Piperade, tranches de porc taillées dans le cochon de l’an dernier ; celui de 250kg. Un régal, onctueux, tendre à souhait avec un gras que l’on peut manger tellement il dégage une odeur de péché savoureux .Et comme si cela ne suffisait pas une belle part gargantuesque de crumble .Repus, nous sommes vite allés rejoindre Morphée. Pendant ce temps, Mario faisait connaissance avec les moutons dans le grand pré contigü à la ferme.

Avant de partir le lendemain, nous avons fait tamponner notre crédential (permis du pélerin ), comme nous le ferons chaque jour jusqu’à Moissac pour détenir enfin sur celle-ci, la totalité des tampons du chemin de Saint Jacques de Compostelle depuis le Puy. En consultant les pages de ce petit carnet qui ne prend pas de place, on y trouve des cachets ou tampons de toutes les formes. Les uns sont en couleur, d’autres se singularisent par un symbole  ou une armoirie, mais tous y placent la coquille et le nom de l’étape franchie

 

vers bidulle

Douces nuits

-Bioman

Georges, un pèlerin venant du nord est arrivé assez tard au gîte, je crois bien, vers 19 heures. Immédiatement il nous a rejoint à table et s’est mis à parler sans interruption. Il dit n’avoir croisé personne sur le chemin et il dit avoir besoin d’échanger, de se raconter. C’est ainsi qu’il ne peut s’empêcher de nous montrer ses genoux entièrement refabriqués  en matière synthétique. Il se surnomme lui-même « le bioman du chemin ».Nous apprenons ainsi que Georges était éleveur de moutons dans le Jura, qu’il a laissé son affaire à son fils, qu’il veut vaincre son corps aussi loin qu’il le pourra, que sa femme…, que son…Il en dit tellement que nous avons hâte d’aller nous coucher. Ce sera pour nous une pire épreuve, car nous couchons en dortoir, et nos lits sont tout proches de celui de Georges .Là, ce n’est pas la parole qui indispose, mais l’odeur dégagé par l’homme Bioman .Je crois bien que ce sont ses pieds qui empestent à tel point que Bernard cherche refuge près de la fenêtre qu’il ouvre toute grande. La puanteur nous oblige à nous masquer pour ne pas suffoquer. Sans vergogne Bioman pose délicatement ses chaussettes sur la rambarde de l’escalier pour les aérer. Quelle délicate attention !assurément, Bioman ne se sent pas. Je réussis tout de même à m’endormir en pensant à l’odeur dégagée par les  moutons et les boucs de Georges, sans arriver pourtant à les compter. Le lendemain ,il remettra ses chaussettes durcies mais sèches. Heureux Georges !

-Le Breton

Malgré tout ces désagréments, la nuit aurait pu être fort réparatrice s’il n’y avait pas eu la présence d’un autre sexagénaire qui se prénommait Pierre, natif de Rennes. Ce dernier, certainement poursuivi par une poussée mictionnelle récurrente nous a empoisonnés notre nuit en se levant bruyamment, allumant les lumières, faisant du bruit sans vergogne, mais surtout en empruntant à chaque fois l’escalier de bois dont chaque marche grince et gémit longuement dans la nuit, nous rappelant ainsi combien la prostate des uns peut perturber gravement le sommeil des dormeurs.

En fait, ce fut une très mauvaise nuit et je ne manquais pas de relater dans le livre d’or combien l’escalier avait hanté nos rêves, en octroyant une palme d’or pour les deux pèlerins indélicats, ne se préoccupant que d’eux mêmes .Mal m’en a pris : A peine étions- nous sortis du gîte, que le propriétaire des lieux très en colère nous apostrophait violemment en nous reprochant d’avoir écrit que son escalier pourtant neuf faisait du bruit la nuit lorsqu’il était utilisé par des allées et venues intempestives. Sa petite fille  essaye alors vainement de calmer son papa, mais celui-ci en bon chef de tribu la repousse, redouble de fureur vis-à-vis de celui qui n’a pas mis que des éloges sur le livre d’or du gîte. A ses dires, ce livre est uniquement à la disposition des hébergés pour vanter  les qualités de l’auberge et non pour y écrire des commentaires personnels relatant des tranches de vie. Dont acte monsieur le gérant !

C’est à Espalais  dans un gîte sympa et cool que nous avons dormi dans un dortoir où les lits étaient affublés de moustiquaires roses .Ces rideaux de tergal sentant la poussière s’enroulaient pernicieusement  autour du corps lors de chaque mouvement au risque de se décrocher du plafond, mais surtout au péril d’étrangler le dormeur .Pour éviter une bien triste et prématurée nouvelle à mes proches ,je décidais de suivre les conseils de Bernard et de jeter à bas cette toge parfumée :je passais alors le reste de la nuit en parfaite harmonie avec le reste du monde endormi ,puisque les jongleurs avaient fini par se coucher en comptant dans leurs rêves leurs balles de son ou de sciure.

Après une bonne journée de marche, une belle nuit est nécessaire .Dans l’ensemble, elles le furent : réparatrices des quelques fatigues naturelles que le chemin nous envoie.

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Des gens

On en rencontre de toutes sortes ; surtout des jeunes retraités qui marchent en petits groupes sur des tronçons d’itinéraires distants d’une centaine de kilomètres ralliant deux villes desservies par une gare .Pour la plupart ,ils ne portent pas de sac à dos ,mais seulement une mignonette contenant leurs effets  très personnels. Ils prévoient comme leur a conseillé l’agence de voyage un pull-over, un vêtement de pluie et certains s’affublent de lunettes de soleil et d’appareil photos en bandoulière. On voit rapidement que ce sont des randonneurs du chemin de Saint Jacques grâce à la coquille que l’on devine mais qu’ils ne portent pas sur le chapeau, ou autour du cou. Les vêtements sont eux aussi reconnaissables et en général l’uniforme est fourni par Decaleton et fabriqué en Asie. Lorsque l’après midi, le soleil est bien chaud, on peut entrevoir des vêtements plus légers dédiés à la marque au crocodile. Le soir, à l’étape, les randonneurs trouveront à l’entrée du gîte, de la chambre d’hôtes ou de l’hôtel leur sac, déposé là par l’organisateur. Tout cela est très bien, et donne à nos rencontres (souvent plus de 100 dans la journée) un goût de grande aventure bon chic bon genre. randos septembre 2013 387

C’est au Par’chemin que nous avons rencontré autour de Vincent le patron baroudeur, Herman l’aide de camps aux petits soins pour les marcheurs. Il cuisine une soupe de légumes et un plat qui est vraiment de résistance : tout ce qu’il faut pour gagner en calories afin d’affronter la dernière étape vers Moissac dans de bonnes dispositions.

Et puis, il y a Franck un jeune homme rouquin : puissant, barbu et chevelu. Il est très à l’écoute des autres et trouve que tout est « chouette »et super cool .D’ailleurs, lorsque nous arrivons au gîte, nous le trouvons accroupi en admiration devant Tony qui lui raconte ses aventures passées. Il écoute et approuve avec un air entendu les paroles de notre ami qui, je le vois, jubile de trouver en ce lieu un auditeur aussi attentif.

Sur cette même étape un peu  folklorique ou nous sommes arrivés un peu par hasard, il n’y a pas de prix imposé : chacun est libre de donner ce qu’il veut, ce qu’il peut. Ainsi, les deux troubadours adeptes du jonglage nocturne ont-ils proposé à Franck de lui vérifier son installation électrique en échange de quelques nuits passées dans le dortoir aux moustiquaires rosées. Un autre s’est proposé de nettoyer le jardin : ce qui n’est d’ailleurs pas un mal tant ce dernier a besoin d’un petit coup de fraicheur ! randos septembre 2013 362randos septembre 2013 175

Ce soir là, Mario le fier mulet a fait sa nuit dans un enclos spécialement aménagé pour les équidés de passage. Bien conçu, il y a un grand bac à eau et du bon foin à disposition : Franck a bien fait les choses pour les humains mais aussi pour les bêtes !c’est bien mon Franck !

Ce même soir, alors que nous vaquions à nos petites affaires, qui comme vous le savez (puisque vous êtes un fidèle abonné à « rando mulet.com ») sont nombreuses et répétitives, nous fumes témoins d’un spectacle de choix. Annette, la jeune et assez jolie blonde, lave son petit linge et prends plaisir à l’étendre tout près du préau sous lequel nous prenons l’apéro. A voir le nombre de culottes et autres fantaisies se balancer au bout des épingles à linge, je pense que les étapes antérieures n’ont pas été propices aux diverses ablutions corporelles et lessives vestimentaires .Elle va et vient en petite tenue après sa douche et manifestement ne laisse pas indifférent la gente des périgrinos que nous sommes. Heureusement, son compagnon du moment –là je dis du moment, car lui-même se définit comme étant « un intermittent du célibat »-se rapproche d’elle pour lui signifier son appartenance sans équivoque. Un peu gênés, nous tournons le regard.

Le repas du soir : c’est autour d’une grande table mesurant  plus de 5 mètres de long, taillée vraisemblablement dans une bonne pièce de chêne, que nous festoyons à la manière des banquets gaulois si bien dessinés par Uderzo dans les aventures d’Astérix. La convivialité est chaleureuse et chacun se raconte .Les jongleurs insistent sur le port de la colonne pendant le jonglage : ils disent que la tenue de la colonne est primordiale !un autre dit qu’il ressent le chemin lorsqu’il peine et qu’il faut lui rentrer dedans, car vois- tu " il faut que le chemin vienne à toi, parce que le chemin est global et intensif à la fois. Avec le chemin, on sort du monde pour entrer dans l’espace intérieur en vacuité totale parce que l’immersion intrinsèque de l’être se pénètre au plus profond de ton esprit .Le chemin, c’est le chemin que tu intériorises parce que tu vis avec …"

Je n’ai pas toujours suivi ni compris la démonstration du chemin qui pénètre ou qui fuit et préférant mes propres rêves, je m’en suis allé vers mon pieu enrobé de mousseline rose.

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A Séviac, nous avons séjourné chez Guy et Marie Pierre une ancienne chambre d’hôtes qui a rouvert exprès pour nous .Après l’apéro, l’entrée et le hors d’œuvre, la maitresse de maison nous a comblé d’autres plats pour bien nous rassasier .Avant le repas, nous avions eu la chance de visiter le site d’une grande villa gallo-romaine avec notamment des vestiges de sol en mosaïque : place vraiment très intéressante.

 

Il ne fut pas rare de croiser des groupes de marcheurs cheminant vers le sud. Tous étaient intrigués par notre équipage et curieux de faire connaissance avec Mario grand vecteur de communication. Au cours de ces échanges, ce sont les mêmes questions qui reviennent : d’où venez-vous ? Revenez-vous de Compostelle ? Où  allez-vous ? Par jeu, nous avons souvent répondu d’une façon assez sibylline que nous nous en retournions, sans vraiment dire d’où, ou que nous étions presque arrivés, laissant hypocritement croire à ces bons pèlerins marchant vers Santiago, que nous en venions .Et à chaque fois, nous nous amusions comme des gosses en pensant à la joie de ces bons pèlerins lorsqu’ils raconteront à leurs amis d’avoir croisé  de vrais Jacquaires ayant accomplis la totalité du pèlerinage .Je dois dire à ce sujet et pour être tout à fait honnête que Maryse ne goutait guère notre supercherie d’adolescents attardés, et qu’elle nous en faisait le reproche :ce en quoi ,elle avait tout à fait raison.

 

Le paysage

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Tout le long de ce parcours le paysage est magnifique, varié car souvent vallonné. Les villages et les bourgs traversés sont riches en histoire et leur architecture est éblouissante. De temps en temps, nous nous retournions pour apercevoir les Pyrénées, et Bernard nous décrivait alors  les sommets aperçus : là, l’Ossau, là, le pic d’Any, là le pic du midi…quel beau spectacle !

Nous avons marché dans la vallée de l’Adour avant de connaître le Bas –Armagnac ou le chemin serpente entre les champs, les vignes et les bosquets. randos septembre 2013 147

Nous avons fait une courte halte près de la chapelle d’une commanderie de l’ordre de Malte près de Manciet après avoir admiré le porche de l’église de Nogaro.

Eauze a conservé quelques belles maisons à colombages et c’est encore l’église du 16 °sicle qui comble notre regard. randos septembre 2013 155randos septembre 2013 249

Que dire de Lamothe, poste avancé des Armagnac durant la guerre de cent ans.la construction est restée intacte, majestueuse : un régal pour les yeux.

Puis vient Montréal du Gers. Belle bastide de Gascogne perchée sur un éperon rocheux. Les sabots de Mario résonnent dans les ruelles désertes : pardi ! Je crois bien que c’est l’heure de la sieste !

Si inspiré par les belles citadelles, vous passez par Larresingle, vous y verrez un très beau village-forteresse avec ses hautes courtines, son rempart polygonal entouré d’un profond fossé de défense toujours visible avec ses tours carrées. Mario n’a pu pénétrer dans le village et nous a  sagement attendus au bord  de la douve pendant que nous dégustions tranquillement un petit café.

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La Romieu vaut le détour comme on dit ! Son abbatiale majestueuse et imposante se distingue de très loin et l’horizon s’en trouve embelli. En apercevant les deux tours de l’église fortifiée, on ne peut qu’être étonné par l’ampleur du monument qui nous fait un clin d’œil vers « le nom de la rose » film de Jean Jacques Annaud. A travers les grilles on aperçoit le magnifique cloître fleuri : un régal pour les yeux.

randos septembre 2013 318A la Romieu, les chats sont très présents. Ils sont représentés en sculptures de pierre dans tout le village ; sur les rebords de fenêtres, le long des gouttières (comme il se doit ) ou sur les toits. Il faut dire que d’après la légende, ce sont les chats qui ont sauvé la ville et ses habitants  d’un grand fléau !la ville s’en trouve maintenant toute reconnaissante. randos septembre 2013 236

 

L'Office de Tourisme

Tout le long de ce parcours entre Aire- sur- l’Adour et Moissac, nous avons "dégusté" de beaux villages, lesquels sont plus pittoresques les uns que les autres :Castet- Arrouy et sa riche campagne agricole offrant plusieurs produits réputés :melons ,ails, noisettes, confits et foie gras - Marsolan et sa splendide vue sur les collines gasconnes- Lectoure et le souvenir d’un enfant du pays devenu célèbre :le Maréchal Lannes - Miradoux son église romane et ses maisons à colombages -Auvillar et sa halle circulaire et bien sur Moissac avec son abbatiale.

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Cette randonnée fut la dernière de l’année 2013, et chacun est reparti vers son destin : Vers la Guyenne, vers le pays Basque, vers la Touraine, en étant heureux d’avoir participé à cette escapade.

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