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Publié par JP

noyers limoges photos JP 011De la Touraine au Limousin

sous les couleurs de l'étoile de Martin

 

 

Paris, le 3 Avril 2013

 

Un parcours avec jean et son mulet Mario

 

 

            En mai 2013, Mario le mulet et Jean le muletier vont marcher depuis la Touraine jusqu’au Limousin, en passant par la Brenne. Leur périple vise à soutenir les actions menées par l’association l’étoile de Martin qui œuvre pour soutenir la recherche sur les cancers pédiatriques.

Cette marche de plus de 300 km vise à sensibiliser le grand public aux cancers de l’enfant qui touche 2000 nouveaux enfants chaque année en France. Cette marche est aussi l’occasion de solliciter des dons (déduction fiscale). Le cancer est la première cause de mortalité par maladie chez les enfants.

 

Déjà en Aout 2011 et Septembre 2012, ce singulier équipage a cheminé pour la même cause le long de la Loire entre Thésée la Romaine et Nantes, et entre Le Zoo parc de Beauval(41) et Paris/villejuif(94)

 

C’est donc après des parcours EST-OUEST et SUD-NORD que sera expérimentée une marche du Nord au Sud en partant le lundi 13 Mai de l’école primaire de Noyers sur cher(41) avec la découverte du Berry, de la Brenne, de la Creuse et du Limousin pour se poser dans l’EHPAD  Jean Mahaut de Nieul(87).L’arrivée est prévue après 10 jours de marche le jeudi 23 mai au matin.

 

Durant trois  jours, les 23, 24, 25 mai, un programme de rencontres est prévu  entre  Jean, son mulet et les personnes âgées de la maison de retraite, les élèves de CE1 de l’école de Nieul, mais également les Lycéens. Plus tard, des promenades en Joëlettes seront organisées et une grande fête du pain cuit au four viendra clôturer ces jours de partage et d’amitié.

 

L’Etoile de Martin est une association reconnue d’intérêt général, qui participe activement au financement des programmes de recherche sur les cancers de l’enfant à l’Institut Gustave Roussy (Villejuif).

Depuis sa création en 2006, elle a consacré plus de 1 million d’euros pour des actions de recherche, notamment en finançant le salaire de chercheurs en résidence à l’institut Gustave Roussy (IGR) de Villejuif (94) Elle participe à l’amélioration du quotidien des enfants malades qui subissent de lourds et longs traitements en leur offrant des moments de bien être et d’éveil pendant leurs périodes d’hospitalisation.

 A noter que ses frais de fonctionnement ne dépassent pas 5% de ses recettes tant ses animateurs et responsables sont des bénévoles avertis et engagés.

 

 

Le marcheur muletier Jean Poitevin n’en est quant à lui pas à son coup d’essai. Ancien directeur général de l’Institut le Val Mandé, un important établissement accueillant des personnes handicapées, directeur de l’Institut des Aveugles de Nantes jusqu’en 1997, chevalier de la légion d’honneur, il parcourt chaque année avec Mario plus de 1.500 km sur tous les chemins de France. Aujourd’hui, touché par l’action de l’Etoile de Martin, il a choisi de consacrer un de ses voyages à une action significative en faveur d’une cause essentielle dont on ne parle pas assez et qui a besoin d’importants fonds pour que la recherche avance plus vite et sauve davantage d’enfants!

 

Mario, le Mulet de bât de 13 ans, transporte sur son dos lors de cette marche d’une région à une autre, des sacoches avec sa pitance, sa clôture, ses piquets, les bagages du muletier, la nourriture, la tente et le couchage. Il est endurant car issu d’un baudet du Poitou et d’une jument mulassière. Il pèse 650kg environ et marche 30km par jour. Il supporte habituellement 120kg de charge.

 

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DE LA TOURAINE AU LIMOUSIN

 

 

Pour cette année 2013, j’avais convenu avec Servanne Jourdy, la Présidente de l’Association « Etoile de Martin », que je marcherais vers le sud. Au sud de ma maison bien sûr !

Pour cela deux opportunités s’offraient à moi : l’une en me recommandant à mon vieil ami Philippe, directeur adjoint au CHU de Limoges, l’autre en faisant halte chez les grands parents de Martin à Peyrat-le-Château.

Je décidais de partir de Noyers-sur-Cher, petite commune du Loir et Cher, proche du Zoo de Beauval de Saint Aignan. Je contactais Karine, enseignante à l’école primaire Les Petits Princes, et lui faisais part de mon projet. Emballée, elle prit le parti d’en construire son projet pédagogique pour l’année scolaire.

Marcher pour soi, apporte le plaisir de la liberté, d’autant que peu de risques surviennent dans nos contrées civilisées. Marcher pour une cause, nécessite une organisation préalable et une tempérance pendant le voyage, mais donne un véritable sens à l’action. De-la-touraine-au-Limousin 1121

Je préparais donc ce voyage longtemps à l’avance, en prenant le temps  de peaufiner l’itinéraire, les étapes, de réserver  les hébergements, d’améliorer l’équipement, de bâtir un dossier de presse en repérant les divers médias à contacter, de prendre contact et de le garder avec les gens du départ et de l’arrivée…tout cela prend du temps et de l’énergie car il faut anticiper et prévoir l’impondérable, sans compter les oublis, les désistements, les situations ubuesques ou simplement le retard dans les réponses attendues. Il faut sans cesse agir avec  pugnacité en relançant « la machine » sans toutefois heurter le correspondant.

En décidant de construire seul un tel projet, bien modeste à vrai dire, on apprend que l’anticipation est primordiale afin de respecter les impératifs du voyage ainsi défini.

Après ces nécessaires préparatifs, il n’y a plus qu’à marcher et marcher encore en compagnie du « porte-bagages ».

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Mario, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a perdu ses poils avec un peu de retard cette année compte tenu de la drôle de météo 2013 ; et alors me direz vous ? alors, il faut brosser, panser, étriller, bouchonner pour faire propre et éviter les embourbements des poils et de la sueur contre le cuir ; la crasse poussiéreuse occasionne souvent des plaies au niveau des épaules et de l’arrière train .

Mario est maintenant bien dans sa peau ou plutôt je me sens bien avec lui dans ma tête. Lui aussi est bien dans sa tête. Et s’il lui arrive encore de faire un refus, ce n’est pas par mauvais caractère, mais seulement parce qu’il préfère jauger l’obstacle et estimer la faisabilité de son franchissement. Il ne prend pas de risque et cherche toujours le moyen le plus sûr et le plus rationnel pour suivre son maître. Je me demande parfois si ce mulet là présente des difficultés à penser en marchant ou qu’il préfère s’arrêter pour réfléchir. Eh oui !, ce doit être une sorte de mulet intellectuel pragmatique sans grande culture philosophique, ce qui ne l’empêche pas de posséder une intelligence pratique.

Avec lui, cela n’a pas toujours été facile. Je dirais même que nous avons vécu des situations difficiles et tendues, à tel point que je ne savais plus comment maitriser cette grosse bête qui n’en faisait vraiment qu’à sa tête. Mario se cabrant dès que l’on approchait le licol ou  « tirant au renard » en se retrouvant sur le dos, cassant tout ce qui se trouvait à proximité, ou bien d’autres pitreries caractérielles violentes et démesurées entrainant des dommages conséquents sur lui-même, sur l’environnement, sur le matériel, mais aussi sur son maître qui je l’avoue n’en menait pas large et qui en tout cas ne méritait plus cette dénomination de Maître. En fait, je ne maitrisais rien. Ma crainte et l’angoisse affichée d’un autre accès de colère devait être fortement ressenti par ce bougre de mulet qui petit à petit avait pris le dessus sur son soi-disant maître.

Pour essayer de trouver une solution, je contactais alors mon ami Yves qui disait bien connaître les chevaux et les mules pour essayer de comprendre et éventuellement de résoudre cette situation, mais son aide se borna à m’administrer de longs discours sur lui-même et sa science en matière hippologique sans me donner pour autant le moindre indice résolutoire.

Que faire ? Mario, continuait, à se comporter comme une mule cyclotimique.

En désespoir de cause, je téléphonais à Eric, maréchal-ferrant et éleveur de Chevaux Cob, pour lui signaler mes désarrois face a cette bête de plus de 600 kg.

-« Je ne connais pas les mulets, ce n’est pas ma spécialité, mais si tu insistes, je peux essayer…emmène le moi et laisse le environ 3 semaines : on verra bien ! »

Illico, j’emmenai l’hurluberlu pour sa cure  de caractère en me disant que ce stage d’éducation fondamentale ne pourrait que lui faire du bien !

Mais voila ti pas que deux semaines plus tard l’ami Eric me téléphone pour me dire que « ton mulet va très bien, il est monté, attelé et aux ordres. Tu peux venir le chercher, mais il faudrait que tu restes une semaine avec nous, car vois-tu, ce n’est pas Mario qui pose problème ; c’est toi le problème.

Ouah ! Rude coup pour l’amour propre et l’égo. Oui, j’ai bien dit l’égo qui tout d’un coup s’écroule comme un vulgaire jeu de construction pour jeunes enfants !

Et c’est ainsi que j’ai passé une cure psychanalytique équine sans divan, mais avec la hargne de reconquérir mon cher Mulet. Ce serait lui ou moi, mais je fus tellement assidu aux séances que ce fut lui qui baissa la garde. (De toute façon, je n’avais pas le choix)

Rentré au bercail, je prenais le pas, je m’imposais de garder en tous lieux et à tout instant l’autorité que me confère la suprématie sur cet hybride de surcroit stérile. Je dois maintenant m’imposer avec autorité et bien faire comprendre une fois pour toute à mon olibrius que la hiérarchie naturelle entre l’homme et l’animal s’impose de facto et sans ambages.

Dès lors, nos rapports furent plus harmonieux, car comme le disait ma grand-mère « chacun chez soi et les vaches seront bien gardées » .Cela vaut aussi, je le sais maintenant, pour les mules.

Tout cela pour vous dire que l’on peut être caractériel et avoir un soupçon d’intelligence pragmatique sans ambition particulière ; cela vaut aussi, je le sais maintenant, pour les hommes ! Mais ce n’est pas le sujet. Revenons à nos vaches : je veux dire à notre mulet. DSC02663.jpg 

 

Durant tout ce périple, la pluie s’est faite constante, ininterrompue, froide et drue. Temps quasi idéal pour marcher en compagnie d’un mulet placide. Pas de taons, ni de mouches rodeuses, encore moins de mouches à bœufs, nommées également mouches plates ou mouches bouines, lesquelles sont si difficiles à détruire.

 Impossible  de s’arrêter sous la pluie, pas d’abris pour casser la croûte. La pluie nous a accompagnés tout le long du parcours, nous obligeant de marcher sans s’arrêter. Oui, ce fût un peu pénible par moment, surtout en fin de journée. Quand il pleut sans discontinuer, le moral est capricieux, mais on se dit que demain sera meilleur, que le bleu remplacera le gris et que le beau temps ne peut que revenir. Je peux vous dire que ce ne fut pas le cas ; la pluie nous rinça durant dix jours, et nos chaussures étaient trempées, le cuir flasque, mou et gluant, les orteils en marmelade et visqueux : cela favorisant la formation de cors et d’ampoules. Du haut en bas, j’étais super mouillé et je comprenais mieux la maxime « mouiller sa chemise », car malgré l’achat onéreux d’un blouson, réputé imperméable, déperlant et respirant, au magasin d’usine « l’aigle » de Châtellerault, je fus mouillé au cou, sous les bras et dans le dos. De plus, l’eau coulait sur mes fesses, puis glissait le long des jambes pour bien imbiber les chaussettes malgré les guêtres. Je me demande encore quelle partie de mon corps pouvait être au sec ? Vraiment je ne sais pas ! noyers limoges photos JP 010

Et dire qu’en préparant cette randonnée, j’avais été très attentif aux prestations météorologiques d’Evelyne Dhéliat ou de Catherine Laborde pour connaître le temps qu’il ferait au mois de Mai ; je n’avais retenu que leurs génuflexions répétitives dans le petit écran pour me signifier avec gêne le mauvais temps sur la France.

N’ayant pas grande confiance dans leurs pronostics prédictifs, je me remémorais, ce que me disait, il y a bientôt 5 ans, un fier paysan croisé dans un village du Quercy.-« la météo ? C’est tous des menteurs : ils sont encore plus menteurs que moi ! Ils font semblant de savoir, comme beaucoup de gens aujourd’hui ! »

Le vieil homme avait raison : tous des menteurs…

 

De-la-touraine-au-Limousin 1141Ce lundi matin, au départ de Noyers-sur-Cher, les enfants de CE1 m’attendaient pour m’accompagner pendant une paire de kilomètres jusqu’à la piscine de St Aignan. Leur bonne humeur et leur enthousiasme me donna du baume au cœur, et je gardais longtemps en mémoire leurs visages expressifs.

Je me dirigeais vers Luçay-le- Mâle à travers les chemins plats pour arriver au gite où je partageais un bon repas servi par notre hôtesse d’un jour en compagnie de 4 gais lurons venus de Coulommiers pour visiter la région. Il y a la Maryvonne qui prend beaucoup de photos. Elle préfère qu’on la nomme Marie tout court, et est accompagnée de Jean Claude son mari qui a travaillé dans le temps chez Mickey à Marne-la-Vallée. Il y a aussi Gilles et son épouse. Tous n’en reviennent pas de voir Mario, un Ane- mulet-cheval qui marche pour soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant. Au matin, tous se fendront d’une obole dans le tronc prévu à cet effet, avant de partir visiter Loches et faire connaissance avec la belle Agnès Sorel ou du moins ce qu’il en reste ! De-la-touraine-au-Limousin 4634.1

 

Comme je vous le disais, le vent, le froid, mais surtout la pluie, la grosse pluie m’ont accompagné tout le long du chemin me menant à Limoges. Je ne peux vous décrire l’état des chemins, surtout ceux de la Brenne où ils se confondent avec quelques ruisseaux vagabonds. Les sols sont détrempés et baveux et la boue m’arrive jusqu’au mollet. Seul Mario s’en tire bien : il s’accroche, me tire, parfois me hisse hors de la bouillasse. Je m’enfonce, glisse, trébuche, tombe. Par un aillié-aillié énergique, il me hisse hors des épines dégoulinantes. Trempé comme un canard, sale comme un goret, griffé de partout, je décide d’abandonner les chemins en les laissant aux grenouilles et autres bêtes d’eau. noyers limoges photos JP 133noyers limoges photos JP 012

C’est ainsi que je rallongeais considérablement ma petite promenade en effectuant 360 Km en dix jours.

 

Plus tard, je rencontrais Jean Pierre un jeune paysan de 75 ans qui au détour d’un chemin creux comptait les vaches du troupeau de son fils. « La brume ne me permet pas de toutes les voir, à moins que ce ne soit mes pauvres yeux qui frétillent ! »Et de me raconter qu’il avait commencé à travailler dès 14 ans dans la ferme de son père parti à la guerre. Puis vint le récit de la guerre d’Algérie avec les mêmes mulets que le mien pour porter l’intendance et les armes. « Ils me font rire quand ils parlent des événements d’Algérie : c’était la guerre, je vous le dis, la guerre! ».

« Les mulets comme le tien, on les appelait les brèles, les grandes brèles. Et c’est comme ça que l’on nomma ensuite les grandes brèles ! »

Jean Pierre insista pour me relater un épisode de la dernière guerre vécu par lui à l’endroit même où nous nous trouvions. 

«Au moment de la débâcle allemande en 44  une division de plus de 5000 hommes avait fait halte ici, dans les bois alentours et  les chemins. Il y en avait  partout : vous savez autant d’hommes sur un si petit territoire c’est quelque chose d’inimaginable ; les camions, les véhicules divers, les armes, tout cela faisait vraiment beaucoup de bruit ! Tout ce joli monde s’était à peine installé, que l’on signale l’arrivée de la 2°DB à Pellevoisin. Aussitôt, ils sont partis comme des étourneaux : les sous off n’arrêtaient pas de gueuler et les officiers de taper sur leurs bottes avec leur badine. En un rien de temps, le bois s’est vidé, et hop, envolés les chleus !! »

 

J’eus le plaisir de traverser, puis de longer la voie ferrée du Blanc- Argent et même de faire un long bout de chemin entre ses rails : il faut dire que cette partie de la voie n’est plus totalement en service et qu’elle est exploitée par des passionnés bénévoles qui manœuvrent cette voie touristique et l’ouvrent au public certains jours. Décidée en 1868, la construction de cette ligne stratégique en voie unique à écartement métrique devait relier Le Blanc à Romorantin via Argent-sur-Sauldre.

En chemin, je passais à deux pas de la Pitancerie, mais ne pus rendre visite à l’ami Bruno maréchal-ferrant de son état ; celui-ci étant sûrement à la besogne.

Plus loin, je fis halte dans une ferme pédagogique tenue par les frères de Saint-Jean et je fus très intéressé par le système éducatif mis en place dans la rééducation de ces jeunes en difficulté. Et je me remémorais les récits de Makarenko sur ses colonies avec ses poèmes pédagogiques axés sur les bienfaits de la morale et du travail.

Le frère Pierre-Marie m’offrit l’hospitalité pour la nuit dans une charmante petite maison, mais point d’herbe pour Mario. Heureusement, le terrain d’à côté venait d’être tondu : je me mis donc en quête de trois grands sacs-poubelle pour faire le plein de gazon coupé, lequel fera le régal de l’olibrius en herbe ! Et je m’endormis au son des clochettes et du grelot. noyers limoges photos JP 008

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Durant ces dix jours, j’ai souvent couché dans des chambres d’hôtes dont la plupart sont des hébergements de fortunes faits de bric et de broc dont la location permet aux propriétaires d’avoir quelques rapports pour un moindre coût. C’est ainsi qu’une nuit j’ai couché dans un garage labélisé « chambre d’hôte » dont la hauteur sous plafond était à peine plus grande que ma taille. Je connus aussi cette cuvette de WC jouxtant la cloison de telle sorte que l’on ne pouvait s’asseoir qu’en biais : je vous laisse imaginer la scène ! Je rencontrai également des propriétaires ne souhaitant pas se lever le matin pour servir le petit déjeuner. J’ai pris ma douche dans une cabine crasseuse et exigüe dont la porte était déglinguée et le mitigeur enrayé. Cette liste n’est pas exhaustive, et démontre que beaucoup de « débrouillards » se sont improvisés  hébergeurs, et parfois sont devenus de véritables Thénardier, vils profiteurs de la civilisation des loisirs.

Il ne faut toutefois pas généraliser ce regard là et jeter l’opprobre sur la qualité des chambres d’hôtes. J’ai pris aussi du plaisir à partager la maison de plusieurs personnes dont le sérieux, la gentillesse et la disponibilité étaient l’égal du confort attendu. Merci à eux de maintenir en France un service de qualité pour les voyageurs d’une nuit : Le voyageur de passage : celui que l’on ne reverra pas ! noyers limoges photos JP 009

Les gites d’étape et de séjours sont un moyen d’hébergement  peu onéreux que les municipalités ou des associations mettent à disposition des voyageurs qui voyagent (comme le dit Jean Gabin dans une réplique  « d’un singe en hiver » : - un voyageur, c’est fait pour voyager !). On y fait des rencontres insolites et attachantes : celle par exemple des deux pèlerins se rendant à Santiago. Tous deux jeunes retraités, l’un croyait au ciel et l’autre n’y croyait pas. L’un aimait marcher sous la pluie et l’autre attendait là depuis 4 jours qu’elle cessât ! L’un ronflait et l’autre dégazait et se retournait souvent en faisant des han, han. Je comprends mieux pourquoi il avait tant insisté pour que la fenêtre resta ouverte malgré le froid !

Ou bien la rencontre d’un groupe de malades mentaux encadrés par leurs infirmières qui m’invitèrent à dîner à leur table : je ne pus refuser, car ils vinrent en délégation me le dire en m’indiquant qu’ils avaient tous voté en ce sens ! Ce fut un repas « thérapeutique » .Pour eux, bien sûr ! Et ce soir là, Mario se retrouva à deux km du village dans le pré de Boris, un producteur de poules du Berry, dodues à souhait et de canards gras élevés en batterie. J’entreposais mon matériel, bât, couverture, sacoches et tout le reste dans le local de gavage comme me l’avez indiqué mon hôte, en essayant de trouver l’endroit le moins sale possible dans cette atmosphère très poussiéreuse au sol visqueux de fientes malodorantes pour y stocker mes affaires. Le lendemain matin, je fus quelque peu contrarié de constater que l’ensemble de mon barda était abondamment souillé par les plumettes et les cacas de poules. Je gardais ainsi pour quelques jours l’odeur désagréable et persistante de cette très basse cour.

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Un soir, au fin fond de la Brenne, je reçus l’hospitalité de Sylvie et de Philippe .Ce maître de manège m’offrit la soirée, ainsi qu’un très beau paddock pour Mario qui fit le fier devant toutes ces belles juments de concours.

Pour en finir avec mes étapes du soir, laissez-moi-vous narrer en deux mots l’accueil que me réservèrent Françoise et Raymond. PHOTP 165

 La pluie n’avait pas cessé durant ces 8 jours et malgré cela ils m’attendaient tous deux à l’embranchement d’un chemin pour faire route avec moi durant plus de dix kilomètres. Cela, j’en conviens, fut certainement une épreuve, d’autant que la pluie avait redoublé et que Mario menait comme à son habitude grand train. Le terrain qu’ils avaient réservé pour le loustic bénéficiait d’une herbe grasse et abondante. Une fois celui-ci installé et que les bagages et le bât furent mis au sec, que la douche fut prise, je fus invité à partager ce que Françoise avait préparé ( en toute simplicité me dit-elle). Un repas de roi, que dis-je, un repas de gras Cardinal m’attendait et je me remémorais les trois messes basses de minuit de Dom Balaguère . Après une entrée fastueuse, la gigue de Chevreuil sauce chasseur arrosée d’un grand bourgogne millésimé fut suivie d’un royal plateau de fromages et d’un dessert de fraises odorantes et juteuses à souhait et sans nous gêner le moins du monde, une « fine » pour bien dormir.

Un grand moment de gastronomie venant à point au milieu des brunchs frugaux et furtifs pris au hasard du chemin.

noyers limoges photos JP 140Plus tard, reçu par quelques personnalités du Lions-Club de Saint- Léonard-de-Noblat, patrie de Raymond Poulidor, j’appris que mon Raymond à moi était un fin chasseur et qu’il avait mis les petits plats dans les grands afin d’honorer son hôte.

Ce même Raymond avait organisé le lendemain matin une rencontre riche d’émotion avec les enfants de l’école primaire en présence de Monsieur le Maire. Ce fut là aussi un grand moment riche en souvenirs.

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Et pour manger, me direz-vous ? Eh bien, puisque vous me posez la question, je vais y répondre.

Mario transporte deux caisses dont l’une est consacrée à la nourriture. Pour ne pas la confondre avec celle du matériel, j’avais inscrit  « bouf » sur celle-ci,  jusqu’au moment où un enfant de l’école des Petits Princes me demanda si elle contenait du « miam-miam ». Depuis cette question, j’ai rebaptisé cette caisse de cette exclamation familière bien significative. Elle contient des petits déjeuners, des en-cas, divers plats cuisinés ainsi que des légumes et des fruits : de quoi tenir un bon bout de chemin en autonomie.

Mais il m’arrive aussi pour varier, de fréquenter le soir quelques bonnes adresses.

Je suis également adepte des quelques supérettes qui jalonnent les chemins au détour d’un village et qui inexorablement s’effacent du paysage, tout comme le reste des petits commerces dits de proximité. A ce propos, je m’amuse à inventorier les différentes enseignes rencontrées ici et là : Proxi, Simply, Près d’ici, Coccinelle, Vival, Monop, Carrefour Market, Huit à Huit, Unico, Cocci-Market, Shopi, Coop, Aldi…et bien sûr, une chanson flash naquit de ces paroles singulières : Une chanson pour aider à la marche sous la pluie intense ! Une chanson pour faire rire le mulet, une chanson pour se moquer de notre équipage.

Vous n’avez surement jamais rencontré les filles de Saint Genou ; pourtant bien célèbres dans ce coin de la Brenne, et dont on dit qu’elles ont deux jambes comme vous et moi ! Pour ma part, j’en ai aperçu une subrepticement et fort furtivement : elles sont bien comme les autres, avec deux genoux.

Parfois, la tête baissée pour éviter que la pluie ne vienne me chatouiller le dedans, je compte les chatons des noyers qui jonchent le sol en cette saison. C’est tellement considérable, que je ne sais plus si ce sont des limaces, des chatons ou des grosses loches molles…il faut bien se raconter une histoire le long d’un chemin boueux et pluvieux !!!Et répéter des cours de diction improvisés ; de grosses loches molles, de molles loches grosses, des loches molles grosse…

 

Et que pensez-vous de ma rencontre sur le banc de la place de l’église de Sainte Gemme au moment de midi ? C’est Madame le maire qui vient bien sympathiquement me servir le café. Et oui, Madame le maire en personne qui s’étonne de voir un mulet dans son village désertique .Elle est bien contente Madame le Maire ; ainsi, elle pourra relater dans le journal du village, la venue d’un muletier errant qui marche pour soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant.

 

Un jour, je découvris au loin, les immenses pylônes de la base de Rosnay dont le plus haut atteint 357mètres. Ce centre de transmission, le plus important de France, implanté au cœur du pays, achemine toutes les informations utiles vers les sous marins nucléaires d’attaque ou lanceurs d’engins, en zone océanique. Compte tenu de la taille de ces pylônes, je restais très longtemps en leur compagnie.

 

Sur une petite route, une auto m’a croisé et a fait demi tour pour s’arrêter à mes cotés. Une jeune femme en est sortie et a parlé au mulet pour lui dire qu’elle rêvait de partir faire le tour de France à pied avec une vache !je pensais alors qu’elle avait été fasciné par le film « la vache et le prisonnier » : pas du tout. Huguette est éleveuse de Broutards dans ce coin perdu de la Haute Vienne, je crois. Elle a bien du mal à joindre les deux bouts, me dit-elle.

Pour ma part, je considère que marcher avec un mulet n’est pas une sinécure, mais marcher avec une vache ! Ça, c’est du sport ou du cinéma ?

Un voyage à pied, avec Mario facilite les rencontres. Ainsi, si j’en avais le courage je vous conterais tant de souvenirs que vous en seriez épuisé et vous n’y croiriez à peine. Il en est ainsi des rencontres avec Michel et Christine, de Marcel et de son vieux Soméca, d’Eugène le Normand de 80ans qui tous les jours pédale ses 70 km pour ne pas mourir, de cette touriste anglaise qui m’offrit un trèfle à quatre feuilles, de ce drôle de type qui se prend pour ce qu’il n’est pas, de cette jouvencelle qui médite sous la pluie sans protection, de ces clients d’un bon restaurant qui regardent avec envie notre équipage en peine, sous la pluie, de tout ce que je vois sans rien dire mais qui me plait de revoir avant mon sommeil du soir.  

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Mon voyage solidaire s’est terminé avec bonheur à Nieul, où Célia et Martine avaient bien fait les choses. Tout y était : les enfants de l’école élémentaire, mon cher Watson, la fête du pain avec la participation des détenus libérés de la maison d’arrêt, les personnes âgées de la maison de retraite Jean Mahaud en présence de leur famille, le discours de mon ami Philippe directeur adjoint du CHU de Limoges, le thé dansant animé par les lycéens, la promenade dans le parc du Château avec Mario et les Joelettes tractées par des bénévoles, le repas de fête avec les musiciens de l’ancien temps.

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Pour une fois encore je faisais mentir le dicton que je connaissais par cœur : «  le bonheur est dans le chemin que l’on prend et non dans sa destination ».

 

Au cours cette randonnée, j’espère avoir fait souffler un vent d’espoir pour les familles des enfants malades du cancer et avoir fait davantage connaître la justesse de la cause défendue par « l’Etoile de Martin ».

 

 

 

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