Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par JP

SEPTEMBRE 2012 

 

DU ZOO PARC DE BEAUVAL A INSTITUT GUSTAVE ROUSSY A VILLEJUIF

 

 

sous les couleurs de 070901 Logo Etoile de Martin

  Lien vers le site : L'Etoile de Martin           

 

      Suivre sur page facebook : JEAN MARIO 

  duZOO-PARC-de-BEAUVALa-L4INSTITUT-GUSTAVE-ROUSSY-VILLEJUIF

 

  Un parcours avec Jean et son mulet Mario

 

 

   

SOUS LES COULEURS DE L’ÉTOILE DE MARTIN

DE BEAUVAL À VILLEJUIF

 

 

Pour la deuxième année consécutive, avec Mario le mulet, j’ai marché sous les couleurs de l’association L’étoile de Martin du 7 au 16 septembre 2012. Nous avons rallié l’institut Gustave-Roussy à Villejuif (94) depuis le Zoo Parc de Beauval (41), avec comme principal objectif de soutenir la recherche sur les cancers pédiatriques. Nous emmenons avec nous les entrées gratuites et les peluches offertes par le Zoo à l’attention des enfants malades du cancer.

Une bonne promenade, préparée de longue date avec soin. Depuis l’élaboration du sens de cette action avec L’étoile de Martin, la construction du circuit, la rencontre avec le partenaire de Beauval, les réservations des étapes, les contacts presse ainsi que les préparatifs du départ et de l’arrivée jusqu’à l’organisation de l’intendance pour le mulet, et son complice.

  rando beauval Villejuif 004

C’est donc un peu plus de 300 km (le GPS rando 25./000 offert par mes collaborateurs lors de mon départ pour la retraite en témoigne) que nous avons parcouru en 10 jours, et pour tout vous dire certaines étapes furent plus longues que d’autres. Ce qui veut dire que d’autres furent plus courtes. C’est ainsi que le deuxième jour, le samedi 8 septembre, partant des petites grilles à Cheverny, nous avons parcouru plus de 50 km sous une grosse chaleur pour nous rendre au gîte de Ligny-le-Ribault. Il en fut de même le dimanche 16 septembre où nous avons fait deux journées dans une, entre le centre équestre de Saint-Pierre-du-Perray et la ferme du Saut du loup de Chevilly-Larue, dans une agglomération citadine hostile et goudronneuse.

  rando beauval Villejuif 150rando beauval Villejuif 054

Parfois, bien que la durée de l’étape soit raisonnable, je fus sujet à une certaine lassitude : traverser la Beauce par grand vent rafraîchit certes les narines, mais ne vous met pas à l’abri d’un coup de blues. Et pourtant, me remémorant Gargantua, je pensais que Rabelais n’avait pas vraiment raison lorsqu’il faisait dire à son héros « qu’il est beau ce pays ». Il faut dire pour être juste avec cet auteur que cette région était sûrement plus boisée qu’elle ne l’est aujourd’hui où le rendement de blé à l’hectare est un des plus hauts de France. Bref, nous n’avons pas eu trop chaud et nous étions bien guillerets de rencontrer à Arrancourt aux sources de la Juine le bien sympathique Gilbert. Un brin de causette, un don spontané dans l’urne à l’attention de L’étoile de Martin, un seau d’eau pour Mario et pour finir une invitation à dîner que je décline, n’étant pas encore arrivé à mon étape de Boissy-la-Rivière et surtout ne voulant pas déranger.

 

A propos de cette urne, il faut vous dire qu’elle provient de l’ancien institut des aveugles de la Seine et qu’elle servait tous les ans à la collecte de la quête sur la voie publique en faveur des aveugles. Aujourd’hui, il n’y a plus que quelques non-voyants assimilés à des mal-voyants et il n’y a plus de quêtes pour ces personnes en situation de handicap : d’autres catégories de handicap ont bien sûr pris depuis le relais.

 

Ce jour-là, le jeudi 13 septembre, après avoir quitté mon Gilbert nous nous sommes rendus comme convenu aux écuries du Moulin neuf pour y loger Mario et y laisser le matériel et le bât. François fut aux petits soins auprès du mulet. Puis j’ai rejoint le gîte communal de Boissy-la-Rivière où le cantonnier-gardien m’a fait visiter les lieux qui, je dois l’avouer, ont été transformés depuis cet hiver de l’année 1967 où j’accompagnais un groupe d’ados de l’ASE de Paris dans ce qui était à l’époque la première auberge de jeunesse de France créée par Marc Sangnier. Oui, elle a bien changé, mais les dortoirs sont encore de la vieille époque avec leurs lits à étages et je ne sais si la cheminée qui était le seul moyen de chauffage fonctionne encore !

Alors que je m’apprête à rendre une dernière visite à Mario pour m’assurer que tout va bien, v’là ti pas qu’un motocycliste d’un autre âge, en side-car, avec casque en cuir non homologué, me hèle pour m’inviter à partager un repas du soir qui sera rapide et à la bonne franquette (il travaille demain à 5 heures du matin, me dit-il). Ce coup-là, Vache qui rit et salade grand large en conserve ne tiennent pas la comparaison, et sans me faire prier j’accepte. N’ayant qu’un casque (et encore !), Gilbert ,car c’est bien lui, reviendra me chercher plus tard. Un bon repas ma foi, arrosé comme il se doit de bons vins (comment serais-je demain ?) partagé avec son épouse au fourneau et Marie la jeune fille de la maison ainsi que sa vieille sa maman.

A 21 h 15, je dormais dans un lit de soldat.

  rando beauval Villejuif 154rando beauval Villejuif 137

La veille, je m’étais arrêté au centre équestre de Pithiviers-le-Vieil, et comme c’était un mercredi tout plein d’enfants et de jeunes cavalières furent bien surpris de découvrir ce drôle de cheval qui ressemble à un âne, tout en ayant une croupe de jument et une longue queue touffue. Une fois de plus, Mario fut le spectacle et me donna l’occasion de raconter que le cancer ne touche pas seulement les adultes. En attendant Richard, le maître des lieux, je répondais tous azimuts aux questions sur les mulets et sur les cancers. Puis Richard vint.

Un homme d’âge mur à la voix grave (un ancien fumeur, me dis-je) le port altier et une belle moustache : je m’attendais à un contact rude, mais il n’en fut rien, bien au contraire. D’abord, Richard s’intéresse vivement à Mario – ce qui est très rare pour un homme de cheval –, le regarde manger les mauvaises herbes, celles dont les chevaux ne veulent pas. Puis il s’intéresse à mon périple et à l’action de L’étoile de Martin. Tout de go, il me dit que je mangerai ce soir à la maison et m’indique que je peux monter ma tente dans un pré tout près de Mario. C’est parce que je lui indique que je n’ai pas de tente, qu’après réflexion il disparaît un moment pour revenir et me dire que tout est arrangé et que je coucherai chez Dominique, une amie de sa femme qui me reçut comme le roi d’Espagne.

Le soir, je partageais donc un repas à la fortune du pot avec les deux femmes, Babette et Dominique, Richard étant parti à une réunion ne revint que vers 22 heures. Je retrouvai ma chambre peu de temps après et m’endormis rapidement pour rattraper le sommeil en retard.

Durant cette étape, j’avais traversé une partie de la forêt d’Orléans, belle et majestueuse, bien entretenue où Mario a repéré plusieurs cervidés. Pour cela, soit il se fige, la tête tournée vers l’animal que je n’ai pas vu, soit les oreilles s’agitent et se fixent en direction de la bête. Et moi, pauvre idiot ! Avant de comprendre et de saisir mon appareil photo, le chevreuil ou la biche s’en est déjà allé ! Combien de photos ai-je loupées ?

  rando beauval Villejuif 133

Nous sommes passés non loin du village Chilleurs-aux-Bois, et je me suis demandé comment pouvaient s’appeler les habitants de ce bourg ? Puis, c’est vraisemblablement entre Mareau-aux-Bois et Pithiviers que j’ai perdu mes lunettes accrochées autour du cou par un cordon : je n’ai rien senti. C’est le soir que je me suis senti démuni. Heureusement, Dominique (la copine de Babette) m’a donné une paire de lunettes loupe très féminines qui me vont à ravir. Plus tard, j’ai reçu par la poste une vieille paire en provenance de Thésée.

 

En rando, je perds souvent des objets ou j’en oublie, mais ce jour-là ce fut le pompon puisque je perdis en chemin mon sac de grains : 10 kg de bons granulés dans un sac tubulaire en toile, fixé à l’arrière du bât sur la croupe du mulet. Là, cette perte fut rude, car retrouver un sac comme celui-là, un sac des rebuts de l’armée suisse. Sûrement pas ! Il faudra bien que je m’en fabrique un autre avec les jambes d’un vieux Jeans par exemple ! Mais comment ce foutu sac a-t-il pu tomber sans que je ne m’en aperçoive ? Hein ? Peut-être avais-je la tête ailleurs, peut-être que je regardais devant moi, ce qui paraît logique lorsqu’on trace son chemin. On ne regarde pas toujours derrière soi lorsqu’on va de l’avant. Pourtant en poitevin, je connais mes classiques : « Père, gardez-vous à droite, gardez-vous à gauche », prononcé par Philippe le Hardi à la bataille de Poitiers durant la guerre de Cent Ans. Mais Philippe n’était pas avec moi pour ce coup-là ! Et je ne me gardais pas derrière !

 

A propos de perte, il me faut pourtant vous narrer une autre mésaventure dont je ne suis pas très fier.

Le vendredi 14 septembre, nous cheminions d’un bon pas et nous avions déjà passé Mesnil-Girault, Puiselet-le-Marais pour avancer vers Bouville lorsqu’en arrivant au château de Marcheville, situé sur le bord de la départementale 837 qui relie Etampes et Milly-la-Forêt, je me mis en devoir de féliciter Mario pour son excellente conduite sur la route. Son pas alerte, bien rythmé, rapide et discipliné, ayant été exemplaire pour une approche de la région des Parisiens où, paraît-il, sévissent les incivilités les plus redoutables pour un mulet provincial habitué à l’odeur du crottin et au calme végétatif de sa campagne tourangelle.

 

Pour féliciter un mulet, on se retourne vers lui et on lui tapote l’encolure en lui disant des mots gentils. Remarquez bien que seuls les mulets ont droit, lorsqu’ils sont méritants, à ces signes de gratitude. Nul autre être vivant n’a droit à autant de sollicitude, sauf peut-être certains êtres chers ! et encore, c’est à prouver. Et faut-il qu’ils aient une bonne encolure ?

C’est donc à ce moment-là que je constate que sa couverture de bât, son tapis de selle en quelque sorte, avait disparu. Comment est-ce possible ? Comment cette grosse couverture située entre son dos et le bât a-t-elle pu s’évaporer ? Un magicien est-il venu faire des tours dans mon dos ? Il faut me rendre à cette évidence ; il n’y a plus de couverture et je ne peux continuer sans elle, au risque de blesser gravement Mario.

Illico, je fais demi-tour en espérant la retrouver. J’interpelle un cycliste pour lui demander s’il n’a pas vu une grosse couverture marron sur la route. « Non, je n’ai rien vu. »

Et me voilà, revenant sur mes pas, marchant à vive allure en ayant le trouillomètre à zéro de peur de ne trouver que des paquets vides de cigarettes rouges. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de paquets de cigarettes jetés le long des routes. Avec le temps, ils deviennent jaunâtres, mais ne se dissèquent que lorsque le Girobroyeur les happe !

Au bout d’une petite heure de marche, je l’aperçois sur le bord de la route ; elle m’attend repliée sur elle-même comme si elle avait honte d’être tombée ; à moins qu’elle ait pris un coup de froid. Pauvre petite couverture qui est contente maintenant qu’elle n’est plus seule. Trêve d’apitoiement sur une couverture qui ne sait même pas se tenir, il me faut maintenant trouver un endroit calme pour débâter l’olibrius et le rebâter correctement avec sa couverture. rando beauval Villejuif 125

Explication plausible ; la sous-ventrière n’était pas assez serrée et lors des différents passages accidentés, la couverture a glissé petit à petit.

J’avoue que c’est la première fois que je rencontre ce type de situation.

 

En choisissant pour destination finale la région parisienne, je craignais les incivilités. En règle générale, les automobilistes furent respectueux de notre équipage. En effet, beaucoup s’arrêtaient pour nous encourager et nous demander quel était le but de notre action. Mais d’autres se sont montrés arrogants et sans gêne, comme celui qui a lancé une boîte de soda entre les pieds de Mario. Grande frayeur assurée ! ou cet autre qui me touche avec son rétroviseur, provoquant un écart de Mario et un coup de tête muletière qui me laisse sonné un instant ! ou encore cette voiture remplie de jeunes banlieusards qui roulent à notre côté, à la même vitesse que nous avec la musique et les basses à fond la caisse ! ou ceux qui s’approchent un peu trop près pour connaître le prix de vente de Mario en lui donnant des noms d’oiseaux.

En ville, en plus des deux calicots indiquant la cause, le pourquoi et le but de notre marche, nous avions deux gilets phosphorescents et fluorescents ainsi qu’une lampe rouge clignotante accrochée au bât sans compter sur notre grande vigilance.

 

 

06 09 12 jean et mario 4633 modifi+®-1Prologue du jeudi soir 6 septembre, vers 17 heures. C’est le coup d’envoi donné au Zoo Parc de Beauval en présence de nombreux amis dont les membres d’ETC (événements, Thésée, culture), mais en l’absence remarquée des élus locaux. Un cocktail de grande tenue est offert par le Zoo Parc de Beauval et dans leurs discours, Rodolphe Delord son directeur et Servanne Jourdy la présidente de L’étoile de Martin tiennent à souligner l’importance de la recherche dans le domaine des cancers et saluent avec enthousiasme et émotion la marche de Mario et du muletier.

 

Vendredi 7 septembre au matin.

Jour de joie de partir pour cette marche préparée depuis longtemps, jour de bonheur  de savoir que Marion et Yvan se marient ce matin ; et jour de tristesse pour ne point être à leurs cotés. Ils l’ont souhaité ainsi en me disant un jour de Juillet : Tiens, au fait ! On se marie le 7 Septembre à 9 heures, et on ne veut rien ; les témoins, c’est tout ! Oui ça me fait de la peine de ne pas partager ce moment avec eux.

En partant de Beauval, je savais que le chemin serait souvent route et rue, mais la confiance en notre équipage me rassurait.

Nous avons traversé Saint-Aignan (41) en rencontrant plusieurs personnes connues dont Stéphanie, Olivier, Jacques et salué Christine qui s’en allait prendre son service au Sessad en face de chez Dubreuil. Et puis nous avons pris un tout petit passage souterrain sous le chemin de fer. C’est tellement étroit et bas de plafond que nous avons raboté le bât en largeur et en hauteur, cabossant notre urne d’aveugles pour le restant de notre parcours.

Après Saint-Romain et Couddes, nous arrivons à Contres au moment où le marché se range. Ma voisine de La Pilaudière vient à ma rencontre et contribue par son obole à la recherche sur les cancers de l’enfant.

Le premier casse-croûte de la randonnée sera une fête puisque Marie-Jeanne vient me rejoindre avec chaises, table, nappe et un repas alléchant. Le café nous est offert par les infirmières de l’ADMR.

En forêt de Cheverny, un photographe du conseil général de Loir-et-Cher fera exécuter plusieurs poses à Mario qui y prendra goût !

Installation de Mario aux Petites Grilles où l’herbe est absente ; Mario se contentera d’un ballot de foin transporté l’avant-veille.

Thibault et Karine se mettent en quatre avec les deux petites pour satisfaire les deux compères.

  rando beauval Villejuif 009rando beauval Villejuif 028

Samedi 8 septembre.

C’est la plus longue étape : plus de 50 km qui nous mènent jusqu'à Ligny-le-Ribault. Nous passons à Cour-Cheverny, Tour en Sologne, Bracieux où se tiennent le forum des associations, la forêt de Chambord. Mais nous n’entrons pas dans le domaine à cause des barrières canadiennes : ce sont des tubes fixés perpendiculairement à la chaussée que les animaux refusent de franchir. Très beaux spectacles en ce début d’automne avec la vision d’animaux splendides. rando beauval Villejuif 046

Nous marcherons jusqu’à notre étape, sous le couvert des bois pour nous protéger de la grande chaleur de cette journée, et arrivons vers 19 h 30 dans un village en fête : banquet et feu d’artifice. Bien que conviés à ces agapes par le premier adjoint, je m’en vais installer Mario près de la station d’épuration où l’herbe est grasse et l’atmosphère fétide : Mario se régalera à grandes lampées. Et c’est après avoir nettoyé les cuirs, brossé la couverture, lavé mes effets et pris la douche, préparé et mangé ma pitance que je me suis couché dans le châlit un peu court à mon goût. Il est 23 h 30 ; « dormez braves gens », aurait pu dire el serreno de Bilbao.

 

Dimanche 9 septembre.

Ce fut manifestement la journée la plus chaude. Heureusement l’étape est raisonnable et comme hier nous marchons à couvert des bois. rando beauval Villejuif 038rando beauval Villejuif 058

Il nous arrive de découvrir au travers des frondaisons de très belles longères quelquefois abandonnées, mais le plus souvent transformées en gite ou bien en rendez vous de chasse. L’architecture des maisons reste en majorité faite de briques puisque la pierre est plutôt rare en Sologne. Avant le 19°siècle toutes les habitations étaient construites en pans de bois et torchisrando beauval Villejuif 048. rando beauval Villejuif 064

La chasse est-elle ouverte ? Non loin de nous ça canarde durement ; à croire qu’ils tirent à la mitrailleuse ! Je ne crois pas qu’il y aura des survivants ! Je constate que Mario a du sang de guerrier car il reste impassible face à cette pétarade.

Après avoir pique-niqué en face du château de la Ferté-saint-Aubin sur le bord du Cosson, nous partons vers Marcilly-en-Villette où nous attendent Marie-Séverine, Capucine et David. Carottes et autres légumes pour Mario et friandises pour le Zèbre qui l’accompagne.

Michel, menuisier à la retraite viendra nous chercher sur la place du village pour nous mener 3 km plus loin dans son chez-lui où dormira Mario pendant que je séjournerai à l’auberge de la Croix blanche. Michel est d’une gentillesse extrême, mais son jardin est un modèle de foutoir comme j’en ai rarement vu : partout et pêle-mêle se trouvent les objets les plus hétéroclites, le sol est jonché de tout ce qu’habituellement on jette. Ce n’est pas une déchetterie : c’est un lieu particulier où tout se garde et s’empile, une sorte de capharnaüm bienveillant sûrement nécessaire au bon équilibre de mon hôte.

L’auberge, bien que ce soit son jour de fermeture, a préparé un repas froid : le lit est bon, la douche réparatrice. Je me couche tôt après avoir lavé le linge sale et fait mes pieds comme tous les soirs.

 

Lundi 10 septembre.

Nous allons jusqu’à Jargeau sur le bord de Loire.

C’est une petite étape. Nous arrivons dans le bourg vers midi et nous nous offrons un demi à la terrasse d’un café parce que Mario n’est pas admis dans l’établissement. Nous trouvons que c’est un brin ségrégatif, mais nous ne faisons pas d’esclandre tant les habitués du p’tit blanc sont débonnaires et joviaux.

Certains d’entre eux s’imaginent que je fais de la pub pour le Zoo de Beauval. En effet, le calicot porté par Mario met bien en évidence leur logo. Après tout, c’est tant mieux car Beauval est plus connu que Saint-Aignan et cela a le mérite d’accrocher le regard des passants et de faire naître la discussion.

Sur un banc du jardin public, une jeune fille avenante et disponible attend le client ; j’en profite pour lui demander où se trouve la boulangerie !

Une adepte du camping-car souhaite me raconter son séjour à l’hôpital de Villejuif avec force détails. Elle parle beaucoup, beaucoup trop, et moi, je l’écoute en pensant que je n’ai pas encore mangé et qu’il est bientôt 15 heures !

Le gîte que j’ai réservé depuis longtemps m’a demandé une caution de 100 euros et des arrhes de 7,5 euros. Je réglerai les 7,5 euros restants à la personne bénévole qui m’ouvrira la porte du gîte du Cordon : les personnels salariés étant en congé le lundi.

Je suis seul dans ce gîte aménagé dans l’ancienne maison du passeur et je peux prendre mes aises en évitant de salir ou d’abîmer la moindre chose tant j’espère recouvrer ma caution qui à l’heure où je couche ce récit ne m’a pas été retournée ! rando beauval Villejuif 100

J’installe Mario sur le bord de Loire où l’herbe pousse timidement sur le sable (de Loire évidemment) et vaque à mes occupations post-journalières. La bénévole porteuse de clés, alors qu’elle se promenait avec une amie sur le bord du fleuve, vint m’avertir que le parc électrifié du mulet pouvait présenter un potentiel danger pour les enfants, mais elle m’informa également que des polissons commettaient parfois des incivilités dans la ville et que si elle était à ma place elle ne laisserait pas le mulet en bord de Loire, mais le rentrerait dans l’enclos du gîte. De plus, l’orage n’est pas loin et…

Diantre ! Le principe de précaution maladif n’existe pas seulement dans l’administration, mais il s’applique aussi sur les bords de Loire. Que faire ? Cette femme dévouée me stresse et m’agace à la fois pour ne pas dire autre chose.

Mais après réflexion avec Mario, je décidais d’aller le chercher vers 22 heures pour le mettre dans l’enclos sableux sans herbe, et de le réinstaller dans le parc du bord de Loire dès 5 heures le lendemain matin.

Epuisé par cette réflexion, je projetais d’aller me restaurer en ville, mais ne trouvant aucun restau d’ouvert, j’effectuais quelques emplettes chez Simply et fis bombance dans le gîte soutenu par une lichette de pont-Saint-Martin, célèbre cru de Pessac-Léognan.

 

Mardi 11 septembre. rando beauval Villejuif 225-copie-1

Grand jour : Une douce pensée pour Lydia et un texto sympa pour son anniversaire.

Comme tous les matins, le batâge du mulet se fait rituellement et une chose après l’autre. Mario est calme. Je remarque que ses poils sont usés aux épaules. La bricole l’a un peu blessé et il me faut donc régler séant les cuirs pour éviter les blessures : c’est donc bien de là que provient l’expression « c’est là que le bât blesse ».

Voilà, nous sommes prêts et nous nous mettons en marche vers le bourg pour remettre les clés du gîte dans la boîte aux lettres de la maison de la Loire. Le patron d’un bar m’offre un café et en profite pour abonder le tronc, des gens m’interpellent pour me dire qu’ils ne sont pas au courant de mon passage dans leur ville et qu’il faudrait que le journal en parle. Beaucoup de personnes m’encouragent et la boulangère offre un gros sac de pain dur à Mario ; nous en aurons pendant 3 jours.

Il est 8 h 30. Tiens ! la michetonneuse du jardin public n’est pas à son poste ? Il est trop tôt sûrement !

Ça y est, nous traversons la Loire et nous faisons halte devant la pharmacie de Saint-Denis-de-l’Hôtel pour nous approvisionner en œillets de protection pour mon petit orteil droit. Une belle pharmacie, bien fréquentée avec de nombreux patients-clients. J’indique ma demande auprès de la pharmacienne propriétaire de l’officine (la seule derrière le comptoir à n’avoir point de blouse) qui s’emploie à me satisfaire après avoir ouvert maints tiroirs : échange de politesses, renseignements sur le mode d’emploi des œillets, brève indication sur le pourquoi de cette marche.

Au moment de payer : « Je vous l’offre », me dit-elle. L’émotion me prit et la gorge serrée et les yeux brouillés, je sortis de la boutique, sans me retourner ni dire merci.

Ayant rejoint Mario, j’adressais de loin un salut général aux préparatrices et aux clientes-patientes.

Il est 8 h 50 : les mamans en retard pour conduire leurs enfants à l’école roulent comme des bolides. J’ai remarqué durant ces dix jours de marche que le danger était très présent autour de la rentrée des classes : il faut dire que beaucoup de choses sont à faire depuis le lever des enfants jusqu’au moment où ceux-ci traînent pour déjeuner, s’habiller afin de retarder le départ vers l’école. Alors les mamans pour rattraper le retard appuient sur le champignon ! Pour nous, muletiers, c’est vraiment le moment le plus dangereux de la journée. Aussi dangereux, dis-je, que le passage indiscipliné et fulgurant des ouvrières des usines de Monthou-sur-Cher devant l’église de Thésée à 7 h 50 ou à 16 h 40, à l’heure de l’embauche ou de la débauche !

Aujourd’hui, le temps est morose, le ciel est gris. Il bruine et le crachin embue mes lunettes que je n’ai pas encore perdues. rando beauval Villejuif 111

A Donnery, nous passons le canal d’Orléans et faisons la causette avec deux mémés joggeuses. Elles sont vraiment chouettes avec leurs chaussures de sport De Calton et leurs vestes fluo ! « J’aime bien les mémés joggeuses qui s’en vont deux par deux. » Je leur ai chanté ça, et elles ont rigolé comme deux gamines : j’aime bien les mémés joggeuses !

Tiens, devant nous des cris d’enfants ? Oui, c’est la récré.

Nous nous arrêtons devant la grille de la cour de récréation et c’est tout de suite une nuée de gosses qui s’agglutinent pour voir l’âne. La chef maîtresse vient au-devant de nous. S’engage alors une discussion citoyenne autour des maladies des enfants : un grand moment avec des enfants avides de savoir et intéressés pour tout connaître sur Mario, le parcours, le nombre de km, l’hôpital… Et je me dis qu’une autre fois peut-être, ce serait bien d’associer une classe ou une école à une action de ce type…

Nous passons Fay-aux-Loges et faisons halte à Trainou pour manger. Un petit banc, Place de l’église, fait notre bonheur. Le ciel est gris et il ne fait vraiment pas chaud. La pluie me chatouille les oreilles, mais je débâte quand même et commence mon repas avec une salade grand large au thon, arrosée d’un quart de fillette de Pont-saint-Martin (PSM). Survient un quidam qui m’observe gravement ; moi, je fais celui qui ne l’a pas vu, mine de rien ! Et voilà qu’il parle : il dit qu’il aime les chevaux, d’ailleurs il en a deux. Il va me dire qu’il est le premier adjoint chargé de la voirie et de la sécurité, ce qui me fait mettre au garde à vous. Je suis impressionné et interromps mon casse-croûte pour échanger urbainement avec lui. Devant moi, il saisit son iPhone pour demander à un correspondant du journal local de venir me croquer. Le crachin revenant, je pliais bagage et pris la route en direction de Loury ; mon étape du jour toute proche maintenant.

Ça me revient maintenant. Je me dois alors que mon émotion est passée depuis longtemps de remercier la pharmacienne de Saint-Denis-de-l’Hôtel. Pour cela, ne connaissant pas son numéro de téléphone, je contacte Bernard en lui demandant de trouver ses coordonnées sur Internet et de lui signifier ma gratitude. Ce qu’il fait avec la verve que je lui connais. Merci Bernard.

Vers 15 heures, je me présentais à la porte de la maison de Bryan et Christiane. Cette dernière fut bien étonnée de voir Mario le mulet, elle qui pensait que c’était un âne ! Tous ces gens qui pensent ou disent que Mario est un âne vont finir par me le rendre bête, alors que l’année prochaine il passe le bac. Oui le bac. Le bac à Royan.

Bryan me conduit chez Christian son voisin qui tient seul une belle ferme avec volaille, bovins, ovins et qui pratique diverses cultures. Je débâte Mario au milieu des cacas et fientes de poules et au son des glou-glou-glou des dindons, puis j’essaye de faire le paddock dans le pré voisin, mais le sol est si dur que je dois utiliser barre à mine et masse pour enfoncer les piquets. Il est vrai qu’il n’est pas tombé une goutte de pluie depuis bien longtemps ! Tiens, à propos, voila la pluie ! Une grosse pluie d’orage comme sous les tropiques avec des gouttes comme des dragées qui tombent dru. En un instant je suis trempé jusqu’au slip et je garderai mes chaussures mouillées jusqu’au surlendemain. Flop, flop.

Mario, lui, s’en fiche. Il reste stoïque et attend que l’orage passe.

Retour à la maison de Bryan et Christiane ; chambre d’hôtes de belle tenue. Bryan m’indique que ce soir je serai leur hôte, ce que j’accepte volontiers. Christiane, artiste peintre et sculpteuse, a bien arrangé la maison en partie construite par Bryan. Il y a chez eux un arrière-goût anglais qui donne du charme à la demeure.

Après un excellent repas arrosé comme il se doit par de bons vins, je vais au dodo dans un bon lit sans montant aux pieds ; de quoi s’étirer tout en long.

L’orage s’est éloigné pour nous laisser nous reposer sans tourment.

 

Mercredi 12 septembre.

De bon matin, au premier passage, je coupe avec mon chapeau les fils de la Vierge ! Une bonne étape faite de forêts et de champs, puis un mauvais GR qui n’aboutit nulle part avec en finale une arrivée remarquée au centre équestre de Pithiviers-le-Vieil et la rencontre de Babette, Richard et Dominique.

Pour compenser la perte de mon sac de grains dans un chemin creux, Richard et les filles écuyères me fournissent en granulés.

Je suis bienheureux que ce soir-là, le repas offert par mon hôte ne se termine pas trop tard.

 

Jeudi 13 septembre.

Nous poursuivons la traversée de la Beauce par Guigneville, Morville en Beauce, Thignonville où nous avons rencontré Monsieur le maire alors que nous cassions la croûte sur la place du village. Je me tape le reste de la fillette qui fait triste mine.

« Je savais vous trouver là ; mes administrés vous ayant aperçu à l’entrée du village. » Christophe est intéressé par notre équipage, a un contact facile et n’a pas l’air illettré, bien au contraire.

Je pense que les Thignonvillois voteront sûrement pour lui en 2014 ! C’est important de choisir pour sa ville ou son village un homme ou une femme de bon sens et ayant un minimum de culture, cela aide sans aucun doute à administrer correctement la commune ! Ensuite, Christophe  m’a laissé ses coordonnées pour le cas où je me trouverais en difficulté : on ne sait jamais ? Merci à cet élu qui va à la rencontre des passants qui passent…

La Beauce ; le froid, le vent. Morne plaine… rando beauval Villejuif 150

Arrancourt : rencontre avec l’ami Gilbert…

Et voici la route, le goudron : Abbeville-la-Rivière, Fontaine-la-Rivière, et Boissy-la-Rivière, terme de cette étape. Paddock pour Mario chez François aux écuries du moulin neuf. Souper chez Gilbert. Coucher au gîte communal.

 

Vendredi 14 septembre.

Nous sommes en Ile-de-France et rejoignons Janville-sur-Juine l’après-midi, où nous nous posons chez Yvette et Jean qui m’offrent l’hospitalité, l’étape m’ayant été refusée par le directeur adjoint du château de Gillevoisin (établissement médico-social public, dont je suis administrateur !).

Lors de mon départ du village de Boissy-la-Rivière, je me suis rendu à la mairie pour m’acquitter de ma nuitée, mais j’eus la surprise d’en être exonéré compte tenu de l’objet de ma marche. Comme quoi, l’hospitalité est souvent plus présente et spontanée auprès d’inconnus de bonne volonté que de quidams reconnus enrobés de bonnes intentions trop affichées. C’est là la différence qui mine les relations à autrui : paraître ou être ?

Après Ormoy-la-Rivière, Mesnil-Girault, Puiselet-le-Marais, château de Farcheville, avec l’épisode de la couverture de bât, Bouville et Mesnil-Racoin où je m’arrête pour admirer une très belle collection d’engins et de voitures de pompiers, exposée à l’occasion des journées du patrimoine. Echanges chaleureux avec ces braves volontaires à la retraite qui se décarcassent pour sauver un patrimoine flamboyant.

Sur le bas côté de la route, le nombre de paquets rouges s’accentue : est-ce le signe que nous entrons en zone urbaine ?

Le soir venu, ça sent bon le gigot qui rissole, la chambre est confortable, le lit est bon, et Mario est au pré au bord de la Juine. Je ne regrette pas l’inhospitalité du directeur adjoint de Gillevoisin.

Demain, nous entrons sur le macadam et je dois trouver un maréchal pour changer le fer de l’antérieur gauche qui devient aussi fin que le papier à cigarettes des paquets rouges jetés sur les bas-côtés.

 

Samedi 15 septembre.

Il est 6 h 15 et Yvette s’active dans la cuisine. L’arôme du café a remplacé celui du gigot. Non, je ne regrette vraiment pas l’inhospitalité du sosie du général Alcazar, celui qui paraît entre autres dans « L’oreille cassée », l’album de Hergé.

Maintenant, à 8 heures, il est grand temps d’essayer de trouver un maréchal-ferrant. Après plusieurs coups de téléphone infructueux, je réveille Renaud qui a passé une soirée difficile, mais qui accepte de venir dans les cinq minutes. Sympa ce Renaud qui se met à repérer la faiblesse du fer. Il décide de le changer et me fait grâce du paiement en échange d’une photo de Mario : c’est la première fois qu’il ferre un mulet.

Et fouette cocher ! Nous voilà partis sur le chemin de Bourray, Saint-Vrain, Vert-le-Petit où le cousin Jean me rejoint pour m’apporter les lunettes postées par Marie. Le petit arrêt au supermarché de ce bourg pour l’achat de quelques compléments alimentaires donne l’occasion à des chalands de remplir l’urne de quelques pièces, et à Mario de faire le beau.

Nous faisons une halte sur la place d’Echarcon pour nous orienter lorsqu’un motard à pied vient nous saluer et s’enquérir du pourquoi de notre équipée. Nous parlons de randonnées, de ses ânes, des maladies cancéreuses, et du décès de Pascale le mois dernier, et nous sentons entre nous un courant d’amitié nous parcourir l’échine tant nous nous sentons en osmose sur bien des sujets. L’heure avance et avant que je prenne congé, « l’ami de la route de la vie » m’indique qu’il me fera parvenir une somme d’argent destinée à combattre le cancer… et j’ai continué mon chemin lorsque j’ai reçu sur mon téléphone un message-relais de Servanne, la présidente de L’étoile de Martin : « Merci Jean pour cette belle rencontre. Je parcours ton blog et regarde le site de L’étoile de Martin. Nous avons déjà distribué une grande partie des dons reçus lors des obsèques de Pascale, mais j’avais la conviction intime de ne pas tout donner, car en son temps, une rencontre me conduirait pour finaliser cela. Lundi matin, ma secrétaire fera parvenir un chèque de 500 euros à l’association L’étoile de Martin. Bonne marche à toi et à Mario. Un ami de la route de la vie. L’âne pèlerin. »

En nous séparant, cet ami-là me dit qu’il était pasteur !

Bien que la distance avec mon étape du jour ne soit pas comparable aux autres, je dois maintenant tenir compte des multiples embûches de l’agglomération. D’une façon générale, les gens sont avenants, gentils et patients, mais certains manquent de courtoisie comme celui qui depuis sa voiture lance une boîte de jus de fruits entre les pieds du mulet, résultat garanti ! Ou celui qui dans un des nombreux ronds-points me serre jusqu’à me toucher avec le rétroviseur : là aussi, résultat garanti ! Le mulet fait un écart et me donne un violent coup de tête me mettant en danger un instant. « Ah, je vous le dis, ces jeunes de banlieues, ils ne savent pas quoi inventer. Ah, je vous le jure !!! »

Enfin la Seine, Corbeil, Saint-Germain-les-Corbeil et Saint-Pierre-du-Perray où nous sommes très bien accueillis par Marie-Anne et sa fille. Nous sommes samedi vers 16 heures et l’activité du club équestre bat son plein. Des chevaux, des poneys, des enfants, des cavaliers ici et là. On sent la bonne ambiance et la bonne tenue du centre. 2012-09-15 16.46.44

Mario, je vous le confirme, devient vite l’attraction et la coqueluche des jeunes cavalières qui l’entourent et sont étonnées de rencontrer un tel animal. Les questions sont tellement nombreuses que je ne peux y répondre seul. Ce sont mes amis de L’étoile de Martin qui m’ont rejoint qui prennent le relais et me secondent à merveille dans cette tâche. Il y a là Séverine, Céline et son fils Estéban qui a pour mission de gâter Mario en carottes, Antoine et sa maman.

Avant de gagner la maison de Brigitte et Guy, nous parquons avec Marie-Anne le mulet dans un boxe. C’est une première, Mario n’ayant jamais dormi dans un boxe ; c’est un animal rustique qui vit dehors, été comme hiver. Tout se passera bien ; il faut dire qu’un épais tapis de paille lui sert de litière et que granulés et foin sont abondants.

Brigitte et Guy me récupèrent et me font les honneurs de la maison : chambre confortable, champagne, vérines diverses, et repas au poisson cuisiné de main de maître par Brigitte, ancienne responsable d’un des instituts médico-éducatifs relevant de mes compétences passées. Et pour ne laisser personne dans l’ignorance, je dois aussi signaler que Guy est un vieux copain rencontré en 1969 dans les couloirs de l’aide sociale à l’enfance de Paris. Ce fut une excellente soirée.

 

Dimanche 16 septembre.

Mes hôtes du soir m’ont conduit jusqu’au centre équestre où Marie-Anne veille sur Mario qui a passé une excellente et paisible nuit et a mangé comme un ogre ! Il est 8 h 30 lorsque nous partons vers la forêt de Sénart par la voie royale.

Là, nous rencontrons beaucoup de joggeurs et de cyclistes. Nous nous dirigeons vers La Faisanderie, petite gentilhommière où est installé l’ONF et lieu de rendez-vous des promeneurs du dimanche. Et justement, nous devons y retrouver Céline qui m’accompagnera jusqu’à l’orée de la forêt. Nous rencontrons beaucoup de gens, petits et grands, intéressés par notre démarche.

En début d’après-midi, nous sortons de la forêt et apercevons dans une large allée, à l’extérieur du centre équestre où nous devons nous arrêter, une série de cinq ou six paddocks conçus avec soin avec du large ruban électrifié. Dès que les chevaux voient ou sentent notre arrivée, ils s’agitent, produisent des hennissements de plus en plus bruyants, font des bonds désordonnés, courent dans tous les sens dans leur enclos. Certains franchissent les bandages électrifiés, d’autres les enfoncent, arrachant les piquets et détruisant ce qui était il y a un instant une belle clôture. Comme une envolée de moineaux, tous s’éparpillent à grande vitesse devant moi. J’assiste avec effroi à ce désastre qui risque d’avoir des conséquences graves, tant les chevaux sont d’une extrême nervosité. Certains sont rentrés dans le club, d’autres sont partis au galop vers un terrain vague, d’autres encore sont partis à tout berzingue vers la ville de Draveil. Je crains le pire et j’assiste impuissant à cette débandade, ne pouvant avancer de crainte d’affoler encore davantage les chevaux réfugiés à l’entrée du centre équestre. Je suis donc contraint de faire demi-tour et de reprendre un chemin sous les arbres. Là, je rencontre une jeune cavalière et lui indique que les chevaux se sont sauvés.

Ne pouvant aider, je contourne largement cet endroit en effectuant un demi-cercle pour revenir par la ville près de l’entrée du club hippique. J’entends le hennissement des chevaux, la sirène des pompiers, des cris ici et là. Je vois au loin sur l’avenue un attroupement. Il y a comme une atmosphère de tension qui risque de devenir un abcès de fixation conflictuelle. J’interpelle la voiture de police qui passe devant moi et demande s’il y a des dégâts avec les chevaux : « Il y en a encore deux dans la ville et l’un est blessé, mais on est en train de les ramener. »

Tour à tour, Valérie et moi allons voir dans le centre équestre comment le climat évolue : vraiment pas fameux. « Et ce n’est pas le moment d’espérer laisser votre âne ici. »

Je comprends vite que malgré notre réservation, nous ne soyons pas les bienvenus et je dirai même plus, je ressens une hostilité forte à notre égard : ce qui peut se comprendre après ce qui vient de se passer, d’autant que la plupart des chevaux appartiennent à des propriétaires.

Je décide donc de rallier au plus vite l’étape prévue pour demain : la ferme du Saut du loup à Chevilly-Larue. 20120916 170335

Tous mes amis de L’étoile de martin font corps. Valérie contacte Bernard pour que la ferme pédagogique puisse rouvrir ce soir. Bernard se bat pour trouver les clés auprès d’Olivier le directeur qui n’est pas là, mais passe le week-end en Vendée. Heureusement, sa femme, sur ses indications, les trouve derrière la porte de l’entrée. Tout cela prend du temps car Olivier n’avait pas son téléphone sur lui, donc il a fallu …et j’en passe… pour enfin trouver la solution d’hébergement pour Mario.

Pendant ce temps, Jeannine se refait une santé en nous faisant traverser les cités HLM au pas de la mule, soit environ 6-7 km par heure. Des gosses black, beurs nous suivent avec beaucoup de bruit et de commentaires et lorsque Mario fait sa crotte, c’est l’étonnement pour l’odeur que cela dégage… et la manière dont je range le crottin dans le caniveau.

Pendant près d’une demi-heure, cette ribambelle nous suit « et il a le cancer vot’cheval, m’sieur » ?

Nous ne passons pas inaperçus et je vois les fenêtres se remplir de curieux. Jeannine s’essouffle et devient de plus en plus pourpre, mais veut continuer à m’accompagner pour me montrer le chemin. Elle est vaillante, la Jeannine ! Il faut dire qu’elle y met du cœur et met aussi un point d’honneur à réussir cette mission.

A l’entrée du parc du Port aux Cerises, une autre équipe prend le relais pour me conduire jusqu’à la Seine (Et Jeannine s’accroche et nous accompagne encore.). Sont de la ballade Nathalie la danseuse de Country et sa fille ainsi que son papa. Il fait très beau dans le parc et tout ressemble à un tableau de Renoir : des couples allongés dans l’herbe, des enfants qui jouent au ballon, des familles en vélo, des pique-nique qui s’éternisent, des jeux divers de Colin-Maillard et de cache-cache : une vraie carte postale si différente du cliché des cités que nous venons de quitter.

Nous passons la Seine par le pont de Juvisy, puis nous la longeons par la rive gauche en passant par Athis-Mons jusqu’à l’écluse d’Ablon où nous traversons Villeneuve-le-Roi en entrant à Orly où nous contournons l’aéroport. C’est long, très long.

Près de la gare, nous assistons à un étrange spectacle : sur le trottoir d’en face, un homme gras et dodu au visage de pleine lune se déshabille pour nous montrer sa minuscule zigounette cachée par les replis retombants de son ventre. L’exhibitionniste est là, immobile, sûrement fasciné par Mario qui lui, s’en fout.

Nous passons la ligne de chemin de fer, puis la départementale 86 pour visiter Thiais avant d’arriver au Cimetière parisien où une autre équipe de L’étoile de Martin nous accompagne. Il y a là Jacqueline, Bernard, Valérie et Marie. La nuit tombe et nous devons redoubler de prudence tant la circulation est dense. Une voiture remplie de jeunes m’accoste et me lance des invectives, mais la caravane passe soucieuse de terminer sa mission sans se laisser distraire, d’autant qu’il nous faut traverser la nationale 7 ! Redoutable obstacle encombré de travaux que nous franchissons avec succès.duZOO-PARC-de-BEAUVALa-L4INSTITUT-GUSTAVE-ROUSSY-V-copie-1

Nous sommes proches de la ferme du Saut du loup, notre étape du jour. Je laisse Mario brouter quelques brassées de géraniums dans les jardinières le long des trottoirs ; parce qu’il le vaut bien !!!

Il fait nuit maintenant, et le terme de notre voyage approche. Nous avons parcouru quasiment 36 km de bitume, de CO² et de trottoirs trop étroits.

 

Le Saut du loup est plongé dans le noir. Heureusement, Emeline la policière à cheval est encore présente, tant mieux. Elle est venue vérifier si tout va bien. Elle nous ouvre le local pour y mettre notre barda et nous propose de profiter de l’enclos de son cheval, ce que j’accepte promptement. Un peu las, mais heureux, je ne suis pas le dernier pour accepter l’apéro que nous offre Bernard avant que nous allions dîner dans une brasserie de Belle Epine. Il est presque minuit et je m’endors tranquille comme Baptiste.

duZOO-PARC-de-BEAUVALa-L'INSTITUT-GUSTAVE-ROUSSY-VILLEJUIF 

Lundi 17 septembre.

C’est une journée inopinée de repos, mais bienfaisante, tant la double journée d’hier a été chargée. Je la consacre au rangement, au nettoyage et fais honneur à la cuisine de Jacqueline.

 

Mardi 18 septembre.

C’est encore une journée de repos. J’en profite pour flâner à Paris du côté du Vieux Campeur.

En soirée, la famille Jourdy nous fait l’amitié de partager le repas : moment d’une intense convivialité. Solène et Apolline ont classe et activités le lendemain matin à 8 h 10 et nous serons donc raisonnables sur l’heure des au-revoir.

 

Mercredi 19 septembre.

Après les préparatifs habituels et le transport du van à la maison des parents de l’IGR avec l’ami Bernard, je pars avec Mario pour l’envoi final de cette marche.

La traversée de Chevilly-Larue et de Villejuif s’effectue sans problème, et c’est avec un peu d’avance que je stationne au parc des Bruyères. Il est 12 h 30, et nous avons marché 312 km.

Là, je rencontre Lydia qui a pu se dégager d’un important rendez-vous au ministère de la Culture : sa présence me fait grand plaisir et m’honore : merci Lydia.

Pour 14 heures, nous nous trouvons devant l’accueil de l’hôpital et sommes fiers du devoir accompli. J’ai une pensée émue pour toutes les personnes qui souffrent de cette sale maladie et je leur adresse ici mon chaleureux soutien. duZOO-PARC-de-BEAUVALa-L4INSTITUT-GUSTAVE-ROUSSY-VILLEJUIFrando beauval Villejuif 153

Le service de sécurité de l’hôpital se mobilise pour sécuriser le « mulet » et lorsque les enfants malades descendent du neuvième étage avec leur pied de sérum, je ressens une forte émotion. Les parents, le personnel médical et la direction de l’IGR sont également présents ! Servanne, la présidente de L’étoile de Martin, me demande de dire un mot aux enfants. C’est en balbutiant que je leur explique le pourquoi de ma démarche et leur présente le mulet Mario. Puis vient le moment de la remise des entrées au Zoo Parc de Beauval, ainsi que la distribution des animaux en peluche.

Durant plus d’une heure, les enfants sont restés « scotchés » autour de Mario qui a tout accepté avec calme et intérêt : un vrai miracle ! rando beauval Villejuif 215

Ce moment-là fut magique et reste inoubliable. rando beauval Villejuif 211

Tout de suite après, nous nous sommes rendus au parc des Hautes Bruyères, situé juste en face de l’hôpital. Nous y étions attendus par une centaine de petits gosses des centres aérés de la ville de Villejuif. Ce « re-moment » de rencontre avec le jeune public fut à nouveau un instant privilégié pour nous tous, tant l’intérêt des enfants pour Mario fut enthousiaste et brouillon. Se bousculer pour le toucher, le caresser avec crainte, poser maintes questions, crier leur joie ou simplement le regarder avec le plaisir dans leurs yeux : tout cela pendant plus d’une heure sans que l’olibrius ne perde patience ! rando beauval Villejuif 111-copie-1

Madame Claudine Cordillot, entourée de ses principaux adjoints, avait tenu à être présente pour, me dit-elle, soutenir une telle action. Je fus également très honoré de rencontrer Alain Desmarest, le premier vice-président du conseil général du Val-de-Marne. Sa présence sur ce site et dans ces circonstances témoigne de l’amitié que nous avons su construire durant mon passage dans ce département…

Ainsi se termine cet épisode francilien d’une action visant à donner du sens à une marche bien ordinaire, mais ô combien symbolique.

 

 

 

Thésée, en octobre 2012

Jean Poitevin

 

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article