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Publié par JP

 

L1040205

 

Marcher une semaine en Mayenne, avant les saints de Glace est pour le moins bizarre quand on pense au temps des grises mines .Mais marcher en Mayenne, en connaissance de cause revêt du bonheur lorsqu’on découvre pour la première fois une région qui en fait a beaucoup de charme et d’atout.  « La Mayenne, c’est nettement au dessus de la Moyenne » Mayenne 041Mayenne 015

Après la Brenne, je souhaitais traverser une région paisible, sans élévation, verdoyante et dont on m’avait dit autant de bien que de mal : fallait donc allez y voir !pour se rendre compte par soi même : je puis dire que je ne fus pas déçu ni par les gens, ni par le paysage.

Ceux de Saint Pierre d’Orthe qui m’attendaient devant l’auditoire de justice, me firent les honneurs de cette médiévale demeure et se mirent en quatre pour que mon étape soit la plus profitable. .Si je m’en souviens bien Isabelle et son mari sont les initiateurs de l’association « les amis du patrimoine d’Erve et d’Orthe » et sont des  « fêlés »du chemin du mont Saint Michel.Mayenne 046Mayenne 043Mayenne 025

Mayenne 002Pour cette randonnée de printemps avec le mulet, nous fûmes servis par un temps digne de Pancrace mais que nous avons apprécié malgré tout parce qu’aucun insecte n’est venu taquiner les grandes oreilles de mon compagnon et que la sueur de l’effort, mêlée aux poils encore un peu longs de l’hiver, ne vient encrasser le tapis et la couverture de bât.

Le matin, lorsque nous partons, sous le coup de huit heures, le temps est frais et donne envie de marcher d’un bon train : ce que d’ailleurs nous faisons, mettant ainsi très vite de la distance avec notre précédent gîte.

Et puis, vous le savez, vous qui connaissez un peu ou beaucoup les chevaux et peut-être les mules : ces animaux se sentent mieux lorsque les températures ne sont pas trop chaudes.

J’avais emmené ma tente  avec moi et réservé deux places au camping, car je n’avais pas trouvé de gîte à mon goût sur la commune d’Evron, mais elle ne me servit à rien, voici pourquoi :

J’arrivais vers 16 heures au camping municipal ce jeudi 8 Mai, jour férié, et ne voyant aucun quidam à l’accueil, je téléphonais au 06 de permanence pour connaître l’emplacement réservé pour le mulet .En suivant les indications de mon correspondant je me rendais devant les deux paddocks pressentis. Stupeur et stupéfaction : damned ! Les emplacements en question ne sont que deux cercles de 7 mètres de diamètre entourés de lices en bois .De le terre battue sans herbe et foin !

Me souvenant du très grand mécontentement de Mario dans une situation semblable lors d’une étape de la marche sur les bords de Loire en Aout 2011, et ne souhaitant pas renouveler cette expérience malheureuse, je m’efforçais de trouver une solution satisfaisante pour nous deux : de plus le temps très incertain me disait que la pluie serait là dans une paire d’heures.

La veille, j’avais rencontré à Saint Pierre sur Orthe lors de la visite de l’auditoire de justice, un homme de cheval très intéressé par l’équipage muletier et j’avais ainsi sympathisé avec le gars Paul de 15 années mon aîné.

Je me proposais de le contacter pour lui faire part de mon désarroi et lui demander son aide. -Aussitôt dit, aussitôt fait- comme on dit dans le conte du chat botté : une heure plus tard, Paul constatait le paddock, conçu comme un jouet par un fonctionnaire connaissant les chevaux  uniquement dans les livres.

 Un journaliste du courrier de la Mayenne apercevant de loin notre équipage, souhaitant recueillir mes impressions de voyage constatait lui aussi avec le gars Paul l’exiguïté de l’enclos.

Le gars Paul  me proposa de mettre le mulet dans un pré qu’il possédait à l’est d’Evron à environ 5km et pour ne pas me fatiguer inutilement, il alla chercher son camion pour y charger Mario. Là, ce fut une autre histoire que je redoutais déjà en attendant le retour de Paul et de son van.

Ce fut une montée des marches difficiles, pire que celles du tapis rouge de Cannes avec des hauts talons. Il fallut s’y reprendre plus de cinq fois : la première tentative fut presque la bonne, car Mario s’engouffrait avec facilité dans le camion puis faisait une brusque marche arrière pour ressortir sur la pelouse .Ce n’était pas son van habituel et Monsieur Mario faisait de la résistance.

Lorsqu’on rate ainsi la première montée, je sais que la suite sera bien difficile. Le mulet devient méfiant et craintif .Il se campe en résistance et fait sa tête de mule ! Il faut alors négocier, lui expliquer le bien fondé de l’opération, le rassurer et lui montrer le chemin avec calme et détermination mais aussi avec beaucoup de fermeté afin qu’il comprenne que son avenir immédiat se trouve dans ma demande et que je ne céderai pas à cette opposition. .Ces diverses manœuvres sont contraignantes et favorisent le stress pour Mario, et sans faire d’anthropomorphisme de bas étages, je crois dans ces circonstances, qu’il va finir par comprendre combien il gagnera en quiétude lorsqu’il sera à l’intérieur du van, hors des stupides sollicitudes de son maitre préféré.

C’est ainsi qu’après cette séance homérique Mario fut hébergé royalement par le gars Paul.

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La mémoire des mules, si on en croit le récit d’Alphonse Daudet relatant le coup de pied de la mule du pape, n’est pas une légende : Après une bonne nuit de sommeil et de rêves enchanteurs à L’hôtel de la gare, je me présentais devant Monsieur Mario pour le bâter. Alors que le gars Paul ouvrait la grande porte de son hangar laissant apparaître le fameux camion du transport de la vielle, Mario se mit à faire le dos rond et à se gonfler (attitude qu’il utilise le premier jour de randonnée lorsqu’on serre la sous ventrière), puis à éjecter d’un jet surpuissant, d’une longueur de cinquante centimètres, une impressionnante quantité de bouse. Le stress, comme chez les humains a fait son œuvre à la vue du camion maudit. Après cet épisode matinal tout se passa pour le mieux.

Faut dire ici que l’ami Sigmund n’a sûrement pas eu le temps de décrire l’hypothétique sur- moi des mules de bât !et par conséquent des complications thérapeutiques qui en découlent !d’où la diarrhée paroxystique. !

 

Tous les deux, nous cheminons de concert. Lui, bonasse, se montre attentif à tout se qui bouge autour et au loin. Ici, un chevreuil détale à un mètre de nous ; là, c’est un vol bas de perdrix que les grelots ont surpris ; là encore, le bruissement des feuilles dans le talus voisin le fait hésiter un moment, puis sur l’indication de « ayé,ayé »,il reprend sa marche tranquille et rythmée. Parfois sur les bons chemins plats et sans grosses courbes, je le sens dormir ou tout le moins s’assoupir car la cadence en ces moments là se fait plus nonchalante et moins rapide ! Pour moi, le temps s’écoule tranquillement et je respire avec quiétude ces instants que je sais précieux.

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Pourtant, tout n’est pas toujours aussi idyllique : c’est ainsi que dans un chemin bien creux non loin de Saint Pierre sur Orthe, tout près du bois de Rochard, Mario m’a écrasé un orteil gauche en y vrillant son pied avant droit. La douleur fut bien réelle. Bien ferré comme il se doit par Bruno le maréchal, je conservais plusieurs jours l’emprunte de cette abomination. Ce qui est arrivé est en fait (comme on dit) un peu de ma faute. Un chemin tellement profond et étroit que nous cheminons en file indienne, lui derrière comme le petit cheval de Paul fort et moi devant comme dans la chanson de Brassens –le téléphone sonne !je m’arrête pour saisir le portable-- bien dressé, Mario stoppe lui aussi. Nous sommes si proches qu’un seul  déhanchement du mulet pour changer de pied de repos  a pour conséquence que je conserverai toute la matinée  une douleur tenace, mais qui s’estompera au fil de la journée par le massage de la marche .Du coup (comme on dit) et sur le coup j’ai retrouvé instantanément le langage bien vert du muletier en déroute vis-à-vis de ce *# ~& de mulet !

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C’est parce qu’à Jublains, il tombait des trombes d’eau, que je me suis arrêté boire un café chez Aline .Là,  Georges un vieux de la vieille qui connaît bien le monde paysan et sa Mayenne à lui, m’a enseigné le nom de toutes les races de vaches élevées dans cette région. Voici celles dont j’ai retenu le nom : Salers, Normande, Irlandaise, Rouge des prés, Holstein, Simmental, limousine, Montbéliard, Charolaise……Ah, il était fier le Georges. Du coup (comme on dit aujourd’hui) son copain m’a offert le café ! Puis, je m’en suis allé visiter le temple de cette magnifique cité gallo- romaine. Mayenne 004Mayenne 057Mayenne 049Mayenne 057Mayenne 036

Si vous passez  un jour par la Mayenne, ne ratez pas le bois d’Hermet situé ente Mézangers et le lac de la grande Métairie près de la ferme de Maupoirier où gîte l’ami Jean Pierre avec son élevage de cerfs. Magnifique futaie d’où descendent à cette période de l’année de multiples tiques qui viennent se nicher où vous ne savez pas ! Sur le coup de midi, nous nous sommes arrêtés pour nous restaurer ; lui avec son mélange aplati et moi avec toutes les réserves contenues dans les sacoches : un régal !puis une saine sieste nous emmena vers les deux heures de l’après midi. Souvent, pendant la sieste alors que je m’assoupi vraiment, je suis réveillé par un picotement persistant au menton ; je pense alors que c’est ma barbe qui pousse et qui me dit : « c’est bon maintenant, il est temps de reprendre la verticalité et de revenir sur le chemin. »

Auparavant, à l’entrée du bois, nous avons fait connaissance avec un couple âgé d’agriculteurs d’une gentillesse extrême ; c’était, je crois, au lieu dit « le bois joli ».

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En général, durant cette promenade mayennaise, j’ai rencontré des gens charmants, toujours prêt à rendre service ou à venir au devant de nous .Pourtant, je ne remercie pas le conducteur  de la petite auto rouge flanquée de la lettre A qui m’a sévèrement frôlé en klaxonnant  intempestivement, m’obligeant à retenir par le licol un bête affolée par la stupidité, que dis je par l’imbécillité  du jeune homme  au volant d’un véhicule dont les quatre autres occupants  braillaient comme des ânes en rut.

 

Le dernier jour de mon petit périple, dans l’auto qui me ramenait vers mes pénates, la radio me fit connaître que Conchita, la femme à barbe, avait remporté le prix de l’eurovision. Et ce n’était pourtant pas un picotement persistant du menton en fin de sieste !

Tout avait donc une fin! En chemin, tout est question de sens : de bon sens !

 

 

                                                                                                             Jean Poitevin –Mai 2014

 

 

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Commenter cet article

Annick Etcheberry 03/05/2015 17:25

Un récit succulent !

randomulet 14/05/2015 12:54

Merci Annick .
Je puis t'assurer qu'il n'y a pas que le récit qui fut comme tu le dis succulent: Le voyage en Mayenne fut lui aussi d'un grand régal .
Jean