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Publié par randomulet

 

un bât de mulet
le bât

 

mulet avec Bât
le bât nu (militaire1974 de l'armée suisse)

De bon matin je pars avec mon mulet dans le van. De bon matin il me faut rejoindre Beauvais. De bon matin sur l’autoroute, à la hauteur d’Artenay, je me rends compte que le bât n’est pas dans le camion. Sans bât pas question de marcher avec le mulet, car cette indispensable grosse selle munie de sacoches sert à transporter les bagages sur le dos de Mario. Il faut donc partiellement rebrousser chemin et attendre que Marie vienne à ma rencontre en me remettant l’objet convoité. C’est à ce moment-là que la Jaguar 420 grande berline klaxonne vivement en me doublant. À l’intérieur, quatre joyeux lurons me font de grands signes : les deux Patrick, Jill et Véronique qui vont visiter les châteaux de la Loire. Une rencontre fortuite qui me fait oublier ma tête de linotte. Il n’est plus de bon matin lorsque j’arrive à Beauvais chez Romain et Cécile qui tiennent un gîte où je peux laisser Mario et tout mon barda avant de repartir pour Fécamp.

cathédrale de Beauvais
cathédrale de Beauvais: une sacrée histoire

 

L’organisation d’un voyage vers une destination sans retour avec le mulet nécessite une logistique qu’il faut anticiper et qui implique une combinaison de solutions diverses. Par conséquent, je pars donc avec le van sans Mario vers Fécamp pour arriver au centre hospitalier intercommunal où m’attend Richard, son fringant directeur. Celui-ci m’octroie une place de parking sécurisée près de la blanchisserie hospitalière, où je passe la nuit confortablement installé dans mon camion. Le lendemain matin, je prends le train en direction de Rouen via Beuzeville pour arriver à Paris en fin de matinée à la gare de l’Est. Juste le temps de changer de gare pour héler un train à la gare du Nord en direction de Beauvais. Le périple avant-propos se termine par une marche de sept kilomètres en direction du gîte de Fouquenies.

la lèvre supérieure en mouvement ,il aimerait bien jouer lui aussi!
la lèvre supérieure en mouvement ,il aimerait bien jouer lui aussi!

la lèvre supérieure en mouvement ,il aimerait bien jouer lui aussi!

Ouf, me voilà rendu à mon point de départ ! Les enfants de mes hôtes entourent le mulet, lui donnent des friandises et s’amusent à passer et à repasser sous la clôture électrifiée en bravant les recommandations de leurs parents. Mario, par ses hochements de tête et ses petits balbutiements, leur rappelle qu’il ne faut pas l’oublier et qu’une aumône serait bienvenue.

Seul dans ce grand gîte, je prépare mes affaires pour demain, puis un peu fatigué tout de même par ce long préambule je sombre.

Avant de se rendre à l’école, Louis et Victor viennent saluer le mulet et me confient qu’ils aimeraient bien partir avec moi.

C’est le premier jour de marche, et comme d’habitude je reste très attentif au comportement de Mario : le regard, les oreilles, les pas de danse et tout ce qui peut préfigurer une éventuelle « cagade ». Aujourd’hui, il est extrêmement calme et le bâtage se passe très bien. Sans être lourd le chargement est volumineux, car n’ayant pu trouver des hébergements « raisonnables » j’emporte la tente, le matelas, le duvet, la popote, l’harmonica et tout le tralala, comme si je me rendais à Samarkand, ville mythique, pour un voyage au long cours. Que nenni ! En réalité, c’est seulement une mince excursion qui va me mener en Normandie, région bien française entre le pays de Caux et le pays de Bray.

mulet bâté
prêt à partir

 

Faut dire que durant ce périple j’aurai à cœur de défendre les couleurs de l’association L’Étoile de Martin pour soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant. Le challenge est bien sûr différent, mais reste à sa juste mesure un « job » pour l’instant encore dans mes cordes…

 

Mauvaise pioche !

Quoique… Jusqu’à la veille de mon départ, j’ai douté de mon action et de mon engagement envers L’Étoile de Martin en raison d’une fâcheuse déconvenue.

Lorsque j’ai raconté ma mésaventure à mon ami Thierry, celui-ci m’a dit : « Je te trouve encore bien naïf ! ».

En grand dadais que je suis, j’avais imaginé qu’un coup de pouce, un coup de projecteur de la part d’une personnalité sur l’action conduite par l’association L’Étoile de Martin serait de nature à booster le combat mené en faveur des enfants atteints d’un cancer.

En grand benêt qui écoute avec intérêt les informations télévisées, je découvre que notre jeune président a introduit dans l’apparat de la république le grade de Première dame avec un statut lui permettant de s’engager en faveur de manifestations sociales, d’éducation ou de santé. Pour cela, l’épouse est dotée d’un secrétariat, d’un chef et d’un directeur de cabinet, le tout avec une enveloppe allouée voisine de plusieurs centaines de milliers d’euros couvrant également la sécurité. Cela semble tellement normal pour une personnalité recevant plus de 150 lettres par jour (d’aucuns parlent de 350).

C’est pourquoi en décembre 2017, je me suis joint à ces nombreux courriers, je lui ai envoyé une missive lui présentant l’association, mes différentes marches de l’année 2018 en lui demandant d’honorer de sa présence une étape parmi celles qui sont énumérées. « … J’imagine votre charge de travail ainsi que les nombreuses sollicitations dont vous êtes l’objet, mais votre engagement à notre côté serait un merveilleux levier pour faire avancer la recherche et redonner espoir à tous les enfants malades ainsi qu’à leurs parents. Voici les marches dédiées à la lutte contre les cancers de l’enfant, sous les couleurs de L’Étoile de Martin, prévues à ce jour pour 2018… »

Les jours, les semaines et les mois s’écoulent, mais aucune réponse ne me parvient. Dans mon rôle de candide, cela me réjouit, j’ai grand espoir qu’une aussi grande dame vienne nous aider à transformer notre lutte en conquête sur la maladie, aussi je me plais à penser que cette absence de réponse concerne justement un cadrage positif avec son agenda. Je suis véritablement confiant et heureux de savoir qu’elle prend le temps nécessaire pour peaufiner sa présence à cette randonnée muletière destinée à une bonne cause en fonction du calendrier et de la géographie de ses déplacements. La rando en pays de Caux et pays de Bray proche de ses bases va certainement retenir son agrément, hourra ! Que de crédulité, que de naïveté, que de candeur, que d’angélisme se dégagent de ce sexagénaire anormalement accompli ! Ma femme ne me dit-elle pas sans cesse : « Toi, tu fais confiance à n’importe qui », et moi je réponds en silence « mais là, ce n’est pas n’importe qui… »

À la mi-août, ne voyant rien venir, l’espoir se change en inquiétude. Je reprends la plume ou plutôt l’ordinateur pour écrire de nouveau à la Première dame en lui rappelant mon courrier de décembre dernier et en espérant que ces mois de gestation produiront un beau bébé. « … Fin décembre dernier, je vous écrivais pour vous demander d’honorer de votre présence une des marches effectuées avec mon mulet Mario au profit de la recherche sur les cancers de l’enfant. Mon espoir que vous puissiez vous libérer pour soutenir une pareille cause reste intact puisque à ce jour vous ne m’avez pas signifié votre impossibilité d’être aux côtés de l’association L’Étoile de Martin, et je me plais à penser que votre emploi du temps extrêmement contraint saura se détendre lors de notre prochaine marche muletière… Celle-ci (la septième de l’année) se déroulera en pays de Bray, pays de Caux. J’ose espérer que vous pourrez ainsi impulser notre démarche... » suit la liste des étapes.

En relisant cette prose, je constate que je ne manque pas de fantaisie en écrivant « Je me plais à penser ». Nous sommes là dans le Grand Siècle, et si le roi n’est pas mon cousin la prochaine fois j’écrirai en alexandrins à la manière d’un Trissotin s’adressant aux femmes savantes : « Je me plais à penser ! »

Toujours est-il que dix jours plus tard la secrétaire – je veux dire l’assistante du dir cab – sifflait la fin de la récréation par une très longue lettre bienveillante que je reproduis in extenso : « Bonjour, Nous sommes désolés de n’avoir pas pu répondre avant, mais nous vous informons que Mme Macron ne pourra pas vous accompagner le 19 septembre. Merci de votre compréhension. »

Mon ode se termine ainsi.

Que ma supplique ne soit point comblée n’est pas un déchirement en soi, cela est tellement convenu. En revanche, ce que je regrette c’est la désinvolture avec laquelle la « non-réponse » me fut adressée neuf mois plus tard !

Quelle histoire ! Quel fromage je me suis fais ! Le vieux gars, muletier de surcroît, jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus !

sac isotherme à l'étoile de Martin offert par la belle étoile

La Belle Étoile

Le soir même, d’un pas gaillard, j’ai rejoint le camping La Belle Étoile. Belle étape où Véronique et Patrice m’ont offert l’hospitalité complète dans un mobil-home de première. Je me dis que j’ai beaucoup de chance.

En chemin, Sébastien, journaliste au journal du coin, vient rédiger un article sur cette action. Je ne sais toujours pas comment il savait que je faisais ce périple et que je passais par ce chemin…

 

 

LA DEPECHE et L’ÉCLAIREUR   25/9/18

l'éclaireur ,la Dépêche 25 Septembre 2018

Jean et son mulet ont marché dans le secteur de Gournay-en-Bray pour une bonne cause

Afin de sensibiliser sur le cancer de l'enfant, Jean  parcourt la France accompagné de son mulet Mario. La semaine dernière, ils sont passés par le secteur de Gournay.

Jean et son mulet Mario ne comptent plus le nombre de kilomètres parcourus. (©L’Eclaireur-La Dépêche)

Peut-être avez-vous croisé un tandem plutôt insolite sur les chemins du pays de Bray ces derniers jours.

En effet, Jean  et son mulet Mario ont parcouru à pied une partie de notre territoire, à l’occasion d’un périple qui les emmène de Beauvais à Fécamp. Le mercredi 12 septembre, ils étaient dans les environs de Gournay-en-Bray.

Au détour d’un chemin entre Mont-Rôty et Avesnes-en-Bray, Jean , originaire du Loir-et-Cher, nous confiait...

:voir la suite dans la revue de presse sur ce site.

Vers Elbeuf-en-Bray

Jamais je n’aurais pensé que cette région fût si belle ! Des forêts, des prés, des chemins merveilleux ! Il y a des collines nonchalantes, des pâtures verdoyantes, beaucoup de vaches et de veaux, sans compter le nombre de chevaux qui gambadent le long des clôtures pour accueillir Mario.

 

Il y a aussi le vent dont les sautes d’humeur font gicler les glands sur ma tête lors des traversées des nombreux bois : aussi j’ai rapidement mis mon chapeau pour éviter de tomber sous les chênes. Mario aime les glands et à chaque arrêt il tente de grignoter ceux qui sont tombés à terre, mais je dois le raisonner de peur qu’il fasse une occlusion et termine comme la jument de mon ami Jean-Pierre qui s’en était gavée toute une soirée…

Ce soir, l’hospitalité est offerte, mais contrairement à hier c’est très spartiate et à la fois très chaleureux. Ici en Normandie, c’est très humide, la tente est à peine montée que la rosée mouille toute la toile. Je dois alors rapidement introduire matelas, duvet et toutes les affaire au fond du bivouac, avant de rejoindre le hangar venteux où je range mon barda en grignotant deux ou trois bricoles et en gobant un œuf frais que m’a offert le fils de la maison. Vite, vite, ne pas s’attarder dans cette froidure qui tombe ! Avant de retrouver mon paddock, ne pas oublier d’aller pisser pour éviter de se lever dans la mouillure de la nuit !

Le mulet quant à lui est heureux. Il se gave d’une herbe grasse et abondante, ce qui promet du crottin mou pour demain. Bah ! On verra bien !

Je regarde le GPS, l’oracle des temps modernes qui m’indique que 53 km ont défilé depuis Beauvais. Je m’enfouis dans le sac à viande et le duvet et m’endors rapidement au rythme des nombreux pets de Mario, tout proche de ma tente, tant il est vrai que la verdure fraîche fermente avec aisance dans l’intestin, même celui d’un mulet.

Le Manoir d’Argueil

Ce soir, c’est le Pérou. Le lit, la douche et même la demi-pension sont offerts. Je suis arrivé par de petits monts et de petits vaux au Manoir d’Argueil, un lieu de vacances que je ne connaissais pas et où je suis reçu sans le faire exprès comme un prince.

Façonné en briques et pierres blanches, percé de fenêtres et de tourelles en encorbellement, le Manoir d’Argueil s’érige en témoin de l’art normand du XVIe siècle par son architecture.

La famille Castelbajac est à l’origine de cet édifice, aujourd’hui célèbre par le grand couturier Jean-Charles de Castelbajac. Mais les difficultés, au fil des ans, d’entretenir le Manoir ont conduit cette famille à le vendre dans les années 1980 à la caisse des dépôts et consignations. Un ambitieux projet de reconstruction a permis ensuite de sauver ce site prestigieux et de le transformer en centre de vacances pour enfants, puis aussi pour adultes.

Une chambre spacieuse m’est destinée, d’où je peux apercevoir le mulet parqué près de l’enclos des ânes. Le lendemain matin, Jacques, le directeur du domaine, souhaite que je présente L’Étoile de Martin au groupe de retraités présents au château. Mario est mon duettiste à travers la baie vitrée du restaurant et j’engage un bien bel échange avec tous ces jeunes seniors. Après avoir fait « le spectacle » et remercié tout le personnel de leur accueil, je reprends serein et heureux la route vers l’Ouest.

Les sentiers, chemins, routes forestières sont toujours aussi beaux et les kilomètres parcourus fatiguent le corps mais vivifient tellement l’esprit que je véloce comme un basque bondissant dans la campagne normande. Je ne sais pas si c’est politiquement correct, mais je vous avoue que je prends du plaisir à marcher contre le cancer, et en particulier en soutenant la recherche et en contribuant au confort des enfants hospitalisés, c’est ainsi. Même si souvent l'exercice est difficile. Il en était de même dans ma précédente fonction de direction où malgré les très nombreuses difficultés et tracasseries, je prenais plaisir à diriger mon équipe et l’institution, c’est ainsi. Suis-je cinglé, maso, un peu fou ? Au Moyen Âge, on m’aurait donné des verges ou du knout en flagellation ? Oui mais, au Moyen Âge je n’aurais pas marché heureux contre le cancer car personne ne connaissait cette maladie. Aujourd’hui, c’est tout autre ! Il faut s’atteler à beaucoup de fronts : la recherche médicale, l’environnement, la nourriture, l’éducation… Alors, je marche petitement, d’ailleurs de plus en plus petitement pour mettre ma pierre puis une autre sur le cours d’eau afin de pouvoir le traverser à gué.

 

Ce matin après avoir quitté le troisième âge, j’ai eu la joie vers 10 heures de communiquer aux CM2 et aux CM1 à travers le grillage de la cour de récréation les raisons de cette marche, c’est ainsi !


 

 

Buchy et son rodéo

Nous sommes à la mi-septembre, et pendant que je marche d’autres vendangent, d’autres encore se livrent à l’oisiveté et quelques-uns payent leurs impôts. Une fois encore, Mario est la vedette d’un groupe de retraités très âgés, certains frôlant un âge canon. Grâce à Sylvie et à Isabelle, animatrices hors pair, Mario se montre très persuasif en flatulant à qui mieux mieux à la grande joie de ces fins connaisseurs qui savent qu’avec l’âge tout se relâche. Il n’y a pas que les gosses que cela fait rire !

derrière les halles du XVII°,la mairie.

Ce soir pourtant je ne ris pas : une grande flemme m’envahit. Ce n’est pas seulement en haut lieu que l’on pratique le dédain, mais aussi dans certaines communes qui n’ayant jamais répondu à mes nombreux appels sont étonnées de me voir arriver en présence d’une bête de poids sur le seuil de leur mairie. Sans véritable bonne solution, la pauvre secrétaire désorientée qui ne peut joindre ni le maire ni un adjoint se met en quatre pour finalement me dire que l’aire de camping-car pourrait m’accueillir : « Il y a là-bas un endroit avec un peu d’herbe ». Et me voilà reparti de l’autre côté du bourg, près de la gendarmerie, du collège et du gymnase. Sur cet espace dédié, un véhicule immatriculé en Écosse est stationné et une mince pelouse de quelques dizaines de mètres carrés remplie de crottes de chien peut en effet servir de maigre paddock pour Mario. Installer la clôture, enlever les merdes canines, trouver de l’eau, monter la tente et se constituer un « igloo » avec les bâches pour protéger le matériel de la pluie qui menace, trouver une prise dans le gymnase pour recharger le téléphone, se faire à manger puis se glisser rapidement dans la tente aux doux sons des vaisseaux de la route qui viennent passer la nuit en ma compagnie.

Je sais que demain sera une journée de trente kilomètres venant s’ajouter aux trente glorieuses d’aujourd’hui, aussi, fatigué je m’endors rapidement.

 

Vers deux heures du matin, je suis brusquement réveillé par des bruits de moteur pétaradant autour de la tente et entre les véhicules des retraités actifs. J’ouvre délicatement la fermeture Éclair de la toile, passe ma tête par l’interstice pour apercevoir à la lueur blafarde des lampadaires une trentaine de mobs faisant des dérapages, circulant sur la roue arrière. Bref un véritable rodéo de banlieue ! Je me dis que ça ne durera pas et que les gendarmes tout proches interviendront. Cela dure et dure encore, j’entends des invectives, des disputes, il y a maintenant de la bagarre. J’y vais ou j’y vais pas, je ne peux quand même pas laisser ces couillons faire le bazar toute la nuit. Dans les cinq ou six camping-cars présents, rien ne bronche, ils doivent tous être fin prêts pour démarrer et se sauver… Je prends la décision d’aller rencontrer les jeunes fêtards, enfile mon pantalon, lace mes chaussures et me saisis du mistigri de Mario sans grand usage sur des « drôles » excités, mais cet objet me rassure pour le cas où. En allant vers eux, je me demande bien comment je vais faire, d’autant que j’ai un peu perdu mon calme et que cette situation me hérisse le poil comme on dit trivialement. Ils se regroupent et tournent autour de moi. En les dévisageant maintenant que je suis auprès d’eux, je constate qu’ils sont jeunes, tous entre 13 et 17 ans. De venir s’amuser ici, de faire peur à la petite et à la moyenne bourgeoisie bien blottie dans leur rêve roulant de retraité, les amuse vraiment. J’apprendrai le lendemain que cette fiesta se reproduit chaque fin de semaine. En prenant tout le calme encore en moi, j’avise celui qui me paraît le plus hardi, peut-être le chef de la bande. Il est entré avec quelques-uns dans le paddock de Mario qui commence à manifester de l’inquiétude. Très poliment, je demande aux gars de s’écarter du mulet, je leur explique que c’est dangereux pour eux d’être là et qu’ils doivent le respecter en tant que bête et que demain je vais marcher trente kilomètres pour aider les enfants malades. Bingo ! Le meneur s’approche de moi, me répond : « Monsieur, on ne fait rien de mal, on veut pas lui faire du mal, on voulait pas vous emmerder. » Ce terme de « monsieur » et ce vouvoiement sont bon signe. Je sens alors que c’est gagné pour moi, je les autorise à caresser Mario. Un gars me demande s’il peut lui donner la moitié de son Mars… Je leur somme alors de quitter les lieux et d’aller se faire plaisir ailleurs, ce qu’ils font à ma grande surprise après avoir fait deux ou trois tours d’honneur sur une roue autour de moi… Histoire de ne pas perdre la face envers un vieux schnock.

 

Bigre de bigre ! Cela me ramène cinquante ans en arrière lorsque je travaillais dans une maison de correction intitulée pudiquement « centre d’observation »…

Je me recouche, j’ai une furtive pensée pour les gars d’Alençon, de d’Alembert, d’Annet, de Saint-Denis, de la Prévalaye, de Darnétal, pour les filles du dépôt de la PP, de celles de Thiais et d’Orsay et je m’endors les yeux voilés.


 


 

Un gars bien

Je veux parler de Stéphane qui m’accueille à Etaimpuis dans son club équestre alors qu’il est absent. J’ai pu planter la tente à contrevent en compagnie de son chien. Rien que quelques bruits de sabots sur les portes des box et la visite rapide de la lune accompagnée de la rosée nocturne.


 

Les amis de la nature

Ce dimanche après-midi, je rencontre beaucoup de petits promeneurs « du dimanche ». Ils freinent mon ardeur mais c’est pour la bonne cause et Mario et moi faisons le job. « Où allez vous ? D’où venez vous ? Depuis quand marchez-vous ? Vous faites cela à pied ? Pourquoi ? C’est quoi votre action ? Combien de km par jour ? Quel âge a-t-il ? Mord-il ? Que mange-t-il ? Où dormez-vous ? Avez-vous une femme ? C’est quoi un mulet ? Entre un âne et un poulain ou entre un âne et un cheval ? Le cancer des enfants ? C’est quoi la différence avec une tumeur ? … »

Je m’attends parfois à ce que les gens mettent une pièce dans la tirelire, mais souvent ils préfèrent me dire « c’est bien ce que vous faites »… Dans son jardinet à travers sa clôture Patrice m’a offert quatre belles tomates pour mon dîner, je me suis régalé.

les amis de la nature: des lieux à retenir

Ce soir, je reçois un accueil chaleureux de la part des Amis de la nature, un gîte tenu par des bénévoles tout comme celui où nous avions dormi en 2017 dans les Vosges, près du Petit Ballon (avec Yolande, Martine, Anne, Catherine,  Jean François et Bernard). Un toit, une douche, un lit, une table : c’est le top du top! Demain matin, c’est promis je me rase de près avant de partir.

Et Mario ? Comment va-t-il ? Aujourd’hui, il va mal, toute cette journée il traîne, dédaigne l’herbe, lui qui est un véritable ventre, d’ailleurs ça gargouille là-dedans. Il avance lentement la tête baissée et il fait pitié à voir. Le soir, à l’étape il reprend de la vigueur. Je sais maintenant qu’un peu de maïs dont il est friand lui fait plaisir, mais ne surtout pas le gaver d’épis comme un cochon car ça le rend bien malade : à exclure dorénavant pour éviter de gros problèmes.


 

hospitalité normande ?pet ben qu'oui,pet ben qu'non.
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Doudeville

Aujourd’hui tout va bien. Il fait beau et chaud et il y a à peine vingt kilomètres pour rejoindre Doudeville, c’est cool.

Dans un village dont j’ai oublié le nom, Valérie la responsable à temps partiel de l’Agence postale communale m’a proposé un coin d’ombre et un parapet d’escalier pour manger mon casse-croûte. Intriguée par la démarche elle fait appel à un adjoint au maire, de surcroît correspondant au quotidien local pour faire un petit article sur l’action de L’Étoile de Martin.

 

Après une marche tranquille, j’arrive à Doudeville et me dirige vers la fastueuse mairie. Je sais que tout va bien se passer car cette fois j’ai pris mes précautions en envoyant plusieurs mails au Maire et en téléphonant plusieurs fois aux secrétaires. J’ai reçu un message m’invitant à demander le policier municipal M. Arlésien (là, je modifie expressément son nom afin de lui garantir l’anonymat), celui-ci m’indiquera lors de mon arrivée le lieu de l’hébergement choisi.

Au guichet, une jeune stagiaire est tristement déconfite lorsque je lui expose ma demande. Elle cherche M. Arlésien, qui était là tout à l’heure mais qui n’est plus là, qui ne répond pas sur son portable, qui va sûrement revenir mais qui reste introuvable. Par-dessus les cloisons de l’open space, j’entends les secrétaires discuter à voix mi-basse, puis ma stagiaire s’éclipse pendant de longues minutes, ce qui me permet de feuilleter les dépliants touristiques de cette si belle ville, le catalogue ADRM, l’avantage du vaccin contre la grippe et les aides pour l’amélioration de l’habitat… déposés sur le comptoir pour une parfaite information des administrés !

Au bout d’un long moment alors que rien ne bouge et que les têtes se sont tapies derrière les demi-cloisons, je signifie ma présence en appelant ma stagiaire avec forte voix. Elle revient vers moi, poussée par une femme d’âge mûr qui fait aussitôt demi-tour pour se retrancher derrière une colonne. J’en déduis que cette courageuse préretraitée doit sûrement être la chef, une sorte de DGS (directrice générale des services). Bref, ma stagiaire reprend son téléphone et commence à raconter mon histoire à son interlocuteur dont je comprends vite qu’il s’agit du maire. Celui-ci m’autorise à planter ma tente sur la pelouse à l’entrée du terrain de tennis. Je demande s’il y a des toilettes, un point d’eau, et surtout s’il y a un espace herbeux pour le mulet, mais aucune réponse ne m’est donnée, on ne sait pas.

Ce n’est pas tout, je dois décliner mon identité avec présentation de la Carte nationale afin que l’on prépare le laissez-passer en bonne et due forme. J’ai conservé ce mignon document, tellement il fait revivre nos auteurs de boulevard ! Courteline n’en croirait pas son imagination !

Ausweis

Je rejoins donc le lieu choisi, je veux dire « désigné ». Ce n’est pas bien grand, un peu en pente, mais ça ira. Ce sera même très bien puisqu’il n’y a rien d’autre. J’installe la clôture, monte la tente et m’en vais chercher de l’eau pour Mario en sonnant au portail d’une maison proche des tennis. Michèle, une octogénaire pas bien rassurée de voir un drôle de gars, mal rasé, pas très propre sur lui, est d’abord hésitante, puis apercevant l’animal m’offre toute l’eau désirée. Je fais plusieurs voyages avec ma bassine verte en plastique afin que cette belle bête soit totalement épanchée.

Vers 18 heures Michèle et son amie Marie-Claude, vraisemblablement de sa classe, viennent me rendre visite. Alors assis sur mon petit pliant, essayant de retirer minutieusement les aiguilles et autres brins d’herbe coincés dans les boucles de mes chaussettes, je vois arriver devant moi ces deux dames. Elles me font parler, ce que je n’ai pas du tout envie de faire… Elles me questionnent sur ce que je fais et pourquoi je suis là. Je m’efforce de sortir de mon mutisme en étant le plus gentil possible et je leur explique le pourquoi du comment… Satisfaites de mes réponses, elles repartent vers leur maison, mais à peine ont-elles dépassé l’arrêt de bus qu’elles reviennent vers moi en pressant le pas et m’invitent à partager leur repas du soir. Je n’ai aucune envie de faire le pitre ce soir ni de me coucher tard, je décline l’invitation souhaitant être tranquille. À plusieurs reprises, elles insistent, puis finalement me donnent le menu en me disant qu’elles m’attendent sans faute à 19 h 30.

Entre-temps, un homme vient me voir. « Je suis le maire de Doudeville, je suis désolé de l’accueil que nous vous offrons, mais ce n’est pas ma faute. J’avais confié ce dossier à un adjoint qui n’a pas su le traiter, et bla bla bla… » Et comme je ne suis pas de la meilleure humeur qui soit, je lui fais part d’une façon non courtoise combien je suis courroucé, consterné et déçu par cette situation, m’autorisant même à lui faire la leçon sur le management d’une équipe avec en plus cette recommandation : « La confiance n’exclut pas le contrôle ! »

La soirée chez mes hôtes est un ravissement. J’ai l’impression d’être chez les petites fées de Cendrillon tant elles me choient en s’activant autour de la table et des fourneaux. J’ai même pu prendre une douche salutaire, c’est vous dire !

J’ai profité d’un bon repos, que la joie soit dans les cœurs !


 

Colleville

La journée est tranquille avec arrêt dans une petite auberge le midi. Mario est en pleine forme et remplit très bien son job de communicant avec les deux panneaux de chaque côté de ses flancs. Maintenant il sait s’arrêter auprès des enfants, faire le beau, se laisser caresser, faire la peluche et même montrer ses dents en faisant « bleu bleu blé » avec sa bouche. En revanche, ayant beaucoup utilisé le goudron, je pense que je devrai referrer avant de repartir en octobre sur la route des mulets : « Tant de kilomètres à pied ça use, ça use, tant de kilomètres à pied ça use les souliers… de Mario ».

Colleville en Seine-Maritime est un petit village de 700 habitants où le maire m’a proposé un terrain tout près du cimetière. Souvent les communes préemptent des terrains contigus afin de garantir le repos futur des citoyens.

Mario a une bonne herbe et je n’ai que trois pas à faire pour aller chercher l’eau au robinet près de la tombe de Mathurin Michaud. Le rituel du soir est rapide : clôture, tente, frugalité du dîner et dodo. Ce soir aussi la rosée est prompte et abondante. Je mets sous bâche tout mon matériel et je m’endors rapidement pour un bon sommeil de dix heures…

Fécamp

Bien que ce ne soit pas autorisé aux chevaux, j’ai emprunté la coulée verte menant jusqu’à Fécamp, considérant que Mario est un mulet non chevalin. J’ai pris bien soin de ne pas gêner les pédestres et autres cyclistes, en ramassant le crottin et en gardant toujours ma droite. Comme convenu, j’ai rencontré à mi-chemin les enfants et les ados du foyer de l’enfance et de la maison à caractère social Saint-Michel, venus à ma rencontre avec leur vélo. Jean-Marc, leur directeur, était lui aussi du voyage mouillant comme les autres sa chemise.

le palais de La Bénédictine.La recette fût retrouvée par Alexandre Le Grand en 1863.

Ce soir, il n’y aura pas de réception à la mairie de Fécamp, madame le maire n’ayant pas souhaité se mobiliser pour cette action. Comme pour d’autres et non des moindres, ce n’est pourtant pas faute d’avoir écrit, e-mailé, téléphoné et envoyé moult dossiers si ces rendez-vous se sont perdus dans les tréfonds de l’administration sans aboutissement. À ce stade du récit et au regard de ces échecs de rencontres, il faut que je me regarde et que je comprenne que cela ne provient pas que des autres, ceux que j’ai sollicité. Cela, j’en suis maintenant instruit, vient de moi, de la façon de procéder, de mon inaptitude à bien communiquer, à présenter avec clarté et intérêt l’action que je mène avec L’Étoile de Martin. En fait, il me faudrait une personne voire un service de communicants. Peut-être faut-il comme sur d’autres randonnées insister davantage, mieux présenter la démarche, la vendre comme du dentifrice parodontal, celui qui fait aussi briller les cuirs. À la décharge des élus et des nommés en haut et petits lieux, je sais combien ils sont sollicités par maints lobbies et associations au fonctionnement parfois opaque ou préoccupations particulières des administrés, des citoyens ou seulement des hommes et des femmes qui attendent une aide de leur part. Parfois, on constate même que le bien aux autres n’existe que dans les promesses faites lorsqu’ils avaient ce besoin de pouvoir, de prestige ou de gloire ! Je n’ai jamais connu un futur édile dire qu’il désire être élu uniquement sur ses propres désirs et appétences pour flatter son égo, c’est toujours semble-t-il pour se mettre au service des autres… c’est ainsi.

Fécamp: sa mairie, le palais de la Bénédictine, la ville ,le port.
Fécamp: sa mairie, le palais de la Bénédictine, la ville ,le port.
Fécamp: sa mairie, le palais de la Bénédictine, la ville ,le port.
Fécamp: sa mairie, le palais de la Bénédictine, la ville ,le port.
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La fin de la soirée se passe avec les gosses du foyer qui me semblent très heureux de rencontrer Mario, d’arracher des brins de gazon pour lui donner des touffes pleines de terre et parvenir à le caresser en jouant trop près de lui. Les éducateurs ramènent un peu d’ordre avant la soirée. Mais le lendemain matin avant d’embarquer Mario dans le van j’en vois plus d’un qui lui font un petit salut de la main et qui essayent une dernière fois de le caresser. La petite Soria est vraiment triste et ne peut retenir une vraie larme d’adieu.

De bons petits diables!

 

Ce soir, mon ami Richard, mon ancien stagiaire maintenant directeur du grand hôpital, est très occupé et ne me rejoint qu’en cours de repas tellement sa fonction l’oblige. En l’observant, je pense souvent au businessman du Petit Prince de Saint-Exupéry.

J’ai vraiment de la chance de pouvoir encore prendre du temps pour déguster les chemins de traverse et faire de belles rencontres, de très belles rencontres.

 

 

 

                                             

                                                           Jean sur le pays de Caux en septembre 2018

 

 

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Anne 19/01/2019 19:15

A défaut de première dame , tu as fait des rencontres bien plus sympathiques , n’est ce pas là le vrai sens de la vie , encore un beau périple. Continue de marcher pour que nous puissions apprécier ta prose qui est si sympa à lire

randomulet 20/01/2019 15:51

Bonjour Anne,
Les rencontres, je veux dire les belles rencontres sont heureusement très nombreuses lors des marches muletières et c'est en partie grâce à l'action qui est menée ainsi mais aussi grâce à la présence de ce mulet qui, c'est bizarre,sait rassembler les contraires.Je crois qu'il est doué pour ça, et bien qu'il ne soit pas un panda people de Zoo prêté par les chinois ,il sait attirer à lui, beaucoup de gens ,des plus jeunes au plus âgés. C'est magique de marcher avec lui. Des bises .Jean

claire 18/01/2019 14:21

bravo Jean ! et bravo Mario ! heureusement que petits et grands t'accompagnent régulièrement ou occasionnellement, à défaut de première dame ... tu as quand même bien fait de tenter ta chance, peut-être une autre fois ??? en tous cas, la toute petite dame que je suis viendra volontiers à tes côtés quand tu reviendras dans le sud de l' Essonne ! je t'embrasse ! claire

randomulet 20/01/2019 15:40

Bonjour Claire, je suis heureux de te savoir à nos côtés en Essonne et Rambouillet entre le 13 et 18 mai prochain.
Mario se joint à moi.
Des bises
jean

Michel Dubois 17/01/2019 10:48

Bonjour Jean,

Rencontre espérée et… improbable ?
Illusions perdues ? ou encore intactes ?
Les dames - si grandes fussent-elles - ne sont jamais assises que etc,etc… !
(adaptation libre)

Bon cheminement sans encombre sur les routes.
Le cheminement - dans ton esprit - est lui, assurément, uniquement, encombré… d'humanité !

Très amicalement,
Michel Dubois / Saint Aignan

randomulet 20/01/2019 15:37

Bien le bonjour au gars Michel qui n'en rate pas une.Toujours à l'écoute et plain de bienveillance.
Je te dis à bientôt au détour d'une ruelle de notre vieux bourg moyenâgeux.
Amitieusement
jean

BYPBYP 16/01/2019 22:43

Encore , encore ....Un régal !!quelle prose; J' adore , et en redemande ....
La Fontaine aurait sans doute écrit une fable à succès " La rencontre avortée de Brigitte et du muletier " .......Dommage , en effet !!!
Concernant la Com , les brosses à dents ou à reluire sont ,en effet , des instruments à maitriser!!!!!
Chapeau bas pour ton action , et vivement le Berry , le Hurepoix , Oléron et Colombey ( ??)
BYP BYP

randomulet 20/01/2019 15:34

Merci BYP BYP de ce commentaire.Oui ,encore pour un temps nous continuerons de marcher sur les chemins de traverse pour la bonne cause .