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Publié par randomulet

Mon premier voyage sur la Route des Mulets

Le président de l’association La Route des Mulets souhaitait que l’on expérimente une partie de ce long chemin, reconstitué par quelques passionnés, qui parcourt la France en diagonale entre le Poitou, le pays de Saintonge, la Gâtine et le Dauphiné, les Hautes Alpes.

C’est un peu dingue, mais c’est toute la noblesse du mulet et de la mule poitevine qui se dégage de cet itinéraire fantastique.

route des mulets
totalité de la route des mulets

 

Jean-Michel Guillemet, le président de cette association a vraiment à cœur que ce tracé soit repéré afin que cavaliers, muletiers, marcheurs puissent l’emprunter sur un tronçon ou dans sa totalité.

Mon premier voyage sur la Route des MuletsMon premier voyage sur la Route des Mulets

Ne me sentant pas suffisamment aguerri pour cheminer sur les massifs d’Auvergne ou alpins, j’ai proposé d’aller voir les 200 premiers km de cette fameuse route muletière.

 

tête de mule
MLR dit Mario

J’ai donc décidé, à l’occasion de ma dernière randonnée de l’année, de m’inscrire sur un parcours reliant Champdeniers à Chabannais, et cela entre le 9 et le 17 octobre 2018. Bien entendu, le mulet Mustang la Richardière, dit Mario a souhaité m’accompagner sur cette marche pour me porter les bagages. Ne souhaitant pas le vexer, j’ai accepté d’autant que ce bougre de mulet facilite grandement le contact avec les gens au gré des régions traversées.

 

balade avec 1 mulet
deux compagnons

Les trois premiers jours, Bernard et Patrice ont partagé avec moi le bonheur d'être ensemble, les joies simples et les petiotes misères du chemin.

Il faut dire avec honnêteté que leur venue a grandement contribué à la réussite de la logistique préalable de cette petite aventure.

 

 

Lundi 8 octobre

Ainsi, après avoir laissé dans la matinée le mulet Mario et tout mon barda à Champdeniers, je rejoins avec mon van vide mon point d’arrivée. C’est là que Bernard me retrouve pour me ramener avec son véhicule au point de départ. A noter que, en route, sur la commune de Nanteuil-en-Vallée les collecteurs d’impôts de la route l’ont taxé parce qu’il roulait à une vitesse excessive  très légèrement supérieure à 50 km/h dans cette agglomération. Le pauvre en est encore tout marri ! Je dis le pauvre, car son escarcelle s’en est ainsi trouvée allégée… Par la suite, un joli ballet de voitures a contribué à rapprocher celles-ci du lieu où l’un et l’autre devaient choisir de quitter notre équipage.

Le soir, Joël et Sandrine nous accueillent en toute sympathie dans leur maison de la Proutière à Champdeniers. Tous les deux font partie de la grande famille d’Equiliberté et se sont inscrits comme « relais amis ». Soirée très conviviale où nous échangeons sur les divers chemins parcourus en France, sur nos relations croisées et bien sûr sur nos parcours de vie. En randonneurs avertis, c’est vers 22 heures qu’ils nous proposent de monter dans nos chambres. Nous sommes heureux, je pense même qu’à l’approche du sommeil, pendant que je rédige ma prose du soir, je me sens bienheureux. Sur mon texto, j’écris « que la joie soit dans les cœurs » et plouf je plonge insensiblement dans une torpeur bienveillante. Là, vous voyez, j’emploie expressément le mot « bienveillant ». C’est un mot très en vogue que l’on emploie souvent à tout bout de champ en politique, en société ou même à la télévision pour être dans le bon ton d’aujourd’hui et faire un semblant de sa vie. Je m’endors donc avec le sens du vent qui souffle sur les gentils êtres que nous sommes !

 

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pour attraper nos rêves

 

Mardi 9 octobre

Ce mardi matin, nous sommes toujours heureux et après un rapide et copieux petit déjeuner mes camarades se rendent au supermarché du coin pour y faire quelques emplettes nécessaires à notre survie ! Sur le parcours, il y a très peu de villages et encore moins de commerces. Ici comme ailleurs, la désertification gagne et s’étend pour ne laisser à l’instar de ce gros bourg que fut Sainte-Néomaye (prononcer « Sainte-Néomée) à l’époque des transhumances muletières qu’une seule boulangerie-tabac-café tenue par la charmante Gennie.

 

mule en voyage sur la route des mulets
chargé comme une mule?

Pendant ce temps-là, je m’occupe de Mario, du pansage, et calmement je lui mets le bât ainsi que tout le barda. C’est vrai qu’il paraît chargé, et bien que le poids total ne dépasse point les 100 kg, le volume est un peu impressionnant. Faut dire que mes deux compagnons partis l’un deux jours, l’autre trois jours ont emporté avec eux de quoi voyager plusieurs mois : sûrement la crainte de manquer ou bien cet irrésistible besoin de conserver auprès d’eux plusieurs objets fétiches nécessaires à leur confort citadin.

Joël nous a décrit le chemin pour rejoindre Champeaux. C’est donc sans problème que nous arrivons dans ce très petit village désert aujourd’hui, mais d’où partaient les convois de mules et de mulets au XVIIIe et au XIXe siècles si on en croit Simon Gravier relatant son voyage muletier entre la Saintonge et la foire de Gap en 1792.

Pour arriver à Azay-le-Brûlé, notre étape du soir chez Christiane et Rémy, nous avons suivi le chemin tracé par ce dernier et tel qu’il est mentionné sur le site visu GPX de la route des mulets (Internet).

Un temps exceptionnel nous accompagne pour cette première journée sur la route des mulets que j’emprunte pour la première fois. Les chemins sélectionnés par Rémy sur ce parcours sont magnifiques : à la fois romantiques, paysans et drus par leurs caractères ombragés, caillouteux ou herbeux. Il y a de la voie romaine et même le pont romain qui va avec, qui nous conduit jusqu’à Azay.

mulet sur un pnt romain
un mulet romain?non .un pont romain?oui.

 

22,50 km de beaux chemins. Vers 14 heures, nous avons cassé la croûte dans un pré à la sortie d’un hameau. Tour à tour Verdail, le bois des Glands, Chiloup, les Emondières, le Plantis, Le Peu, Maillé, Marcusson, Coutant, Valette, le Chambon.

En chemin, nous nous arrêtons devant un grand ensemble architectural, il s’agit des Demeures de Valette – hôtels et gîtes de charme – situées à environ 5 km au N-NE d’Azay. Dans les années 1800 « la Haute » venait y chasser le loup et le chevreuil pour se reposer ensuite dans ce lieu d’allure sombre sans grand caractère autre que l’étendue de ses bâtiments. Si le site me paraît bien trop luxueux et donc bien trop cher et peu adapté pour des randonneurs, il y a tout de même une possibilité pour un cavalier de s’y arrêter. Des boxes peuvent être mis à disposition et Aurélie, la propriétaire, se dit disposée à envisager l’accueil de randonneurs équestres de passage (lesdemeuresdevalette.com).

Pour arriver chez Rémy, nous traversons le village en nous dirigeant vers la petite Brousse à la périphérie du village d’Azay.

Cet autre cavalier, randonneur, est lui aussi « relais amis » et nous a offert l’hospitalité totale. Un bien grand moment de convivialité et d’enrichissement à travers nos échanges. Bernard, en maître es-grillades, s’active auprès du barbecue. La douche, le soin des pieds, on fait ses petites affaires avant de se retrouver autour d’une belle table. Une fois encore l’accueil se révèle somptueux et cela augure une bonne randonnée pour les jours à venir.

entre juments et mulet
un bon mulet encore jeune!

Mario le mulet, quant à lui, installé dans un pré contigu, n’a pas dû beaucoup dormir tellement il est fasciné en bout de clôture par quelques juments parquées dans le lointain et qui doivent sentir bien bon. C’est que le bougre bien que stérile et de surcroît castré a conservé quelques instincts que l’on ne prête en général qu’aux fiers destriers mâles entiers.

Ce relais amis d’Equiliberté, tout comme celui de Champdeniers, est et sera sûrement une étape incontournable du chemin national muletier.

 

Mercredi 10 octobre

Nous partons vers notre étape du lac du Lambon. En compagnie de ses petits-enfants chevauchant leurs petits vélos, Rémy nous accompagne jusqu’à la nationale 11, cette route très dangereuse à traverser, chargée de poids lourds, de véhicules en tous genres dont des chars AMX et des VBCI (Véhicules blindés de combat de l’infanterie) sur plateaux !

Les chemins tracés par Rémy sont toujours aussi beaux et une très belle journée ensoleillée s’offre à nous. Et pourtant, le même gars Rémy l’avait bien dit : « Le vent d’Est va tourner au Sud et amènera un peu de pluie en fin de matinée. » Il avait raison !

vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?
vous les voyez?

vous les voyez?

Après avoir franchi un autre pont romain puis le chemin de fer, nous montons vers le bourg de Sainte-Néomaye, merveilleux village avec ses maisons anciennes en pierres sèches. Durant tout le XVIIIe et le XIXe siècles, cette localité était le centre incontournable d’un rassemblement de mules et de mulets du Poitou. La foire aux mules se tenait au début juillet et attirait de nombreux éleveurs de la grande région du Poitou, de la Saintonge et de l’Aunis. Ces mules et mulets étaient vendus dans le monde entier, et en particulier dans le sud de l’Europe (Espagne, Portugal et Italie). Pour mémoire, redisons que ces animaux sont le produit d’un croisement entre juments mulassières poitevines et baudets du Poitou.

 

Mon premier voyage sur la Route des MuletsMon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des MuletsMon premier voyage sur la Route des MuletsMon premier voyage sur la Route des Mulets

Dans un prochain récit, je reviendrai sur l’origine du trait poitevin, sur celle très discutée du baudet, sur son exportation vers les Etats-Unis d’Amérique, sur l’utilisation des mulets dans les contrée montagneuses et surtout dans les armées.

Aujourd’hui, le village est quasi désert. Subsiste encore la multiboulangerie où nous buvons un café accompagné d’une mignardise. Cela nous donne l’occasion de bavarder avec Bastien et Pat qui nous disent qu’un groupe de jeunes de la commune cherchent à faire renaître cette fameuse foire aux mules. Difficile perspective car les bénévoles comme les mules se font rares, très rares de nos jours et les gens, placides consommateurs préfèrent de loin s’installer béatement devant les niaiseries de  « the Poïsse » ou de « je te lange avec nos Stars » ou encore de « Tousse pas sur ma poste ». Nous leur souhaitons bon courage !

Nous aurions pu être hébergés au gîte de groupe « la Pèleboise » à la Couarde, mais ce soir-là le gîte n’est pas dispo. Sinon hommes et mulets auraient pu bénéficier de ce complexe situé à environ 15 km au S-SE de Sainte-Néomaye et à une vingtaine de km au nord de Melle (par les chemins). Pour cette raison, et parce que nous sommes hors saison et hors des vacances scolaires en cette période de l’année, nous avons pu louer un mobil-home au village vacances le Pied l’Ouaille au plan d’eau du Lambon. Là, pas de possibilité de laisser Mario pour y passer la nuit : le principe de précaution prévaut. C’est pour cela que j’ai pris contact avec le centre équestre Les écuries du Lambon qui se trouve de l’autre côté au sud du lac. D’un abord désagréable, le propriétaire ne souhaite pas mettre Mario en paddock au motif d’une possible maladie transmissible. Bien entendu, le principe de précaution est évoqué. Il exige que le mulet passe la nuit en box, alors que ce dernier n’y séjourne quasiment pas l’hiver comme l’été à moins de très fortes chaleurs où il s’y réfugie pour s’abriter des insectes volants. « Il couchera dans un box que j’aurai désinfecté avant sa venue et que je désinfecterai après son passage », on n’est jamais trop prudent… « et ce sera 20 euros la nuitée sans granulés et sans facture ». Ouah, je n’ai jamais vu ça, et l’antipathie de ce Thénardier des centres équestres m’a poussé à lui dire que son accueil était loin d’être chaleureux et que son comportement était très bourru.

Plus tard sur le chemin, je raconte ma mésaventure à des hommes de cheval et tous me disent connaître sa gentillesse légendaire ! Ouf, je ne suis donc pas le seul à avoir bénéficié de ses largesses.

mulet bâté
qui avait adopté l'autre?

Pour Patrice, le compagnon, l’ami, la fin de l’aventure est proche puisque demain matin dès potron-minet il reprend la route vers la capitale. Pour fêter ce départ et oublier « l’annonce faite à Mario », nous utilisons sa voiture ramenée là grâce à la logistique décrite en début de récit et prenons plaisir à nous retrouver au restaurant le Magdalena à Saint-Maixent. Je recommande cet endroit de bonne fréquentation, bien tenu, avec un étonnant décor et des menus agréables autant qu’en goût qu’en prix.

Saint-Maixent : ici se trouve l’Ecole nationale des sous-officiers d’active. On comprend pourquoi tout à l’heure nous avons vu passer ce long cortège de véhicules militaires revenant sans doute de camp d’Avon, terrain de 780 ha dédié aux manœuvres les plus diverses, à l’entraînement à la vie en campagne et aux combats.

 

 

 

Jeudi 11 octobre

Nous prenons possession de Mario, il est en nage ! Il transpire et je pense que ce n’est point la chaleur, mais le stress contagieux du propriétaire des lieux qui se transmet. Ce dernier est anxieux et très inquiet car une de ses juments présente je ne sais quel problème grave. Un vétérinaire est déjà venu, se déclarant incompétent. Un autre plus qualifié, résidant à Poitiers, est alors appelé. Bernard et moi, nous bâtons rapidement et en silence après avoir séché le mulet qui de plus s’est couché sur son urine. Derrière nous, le propriétaire nous surveille : l’atmosphère est tendue. Contre toute attente, il nous propose un café que nous refusons, ne souhaitant pas payer la tasse au prix fort et puis pour tout dire nous souhaitons quitter le plus rapidement ce lieu qui dispense des tonnes d’ondes négatives. En partant de l’écurie, je pense que ce monsieur avait peut-être envie de racheter sa conduite et surtout de s’épancher sur son infortune avec sa jument mal en point. Nous partons sans regret ni remord.

Le groupe se rétrécit donc et maintenant nous sommes deux. Nous nous arrêtons à Vitré petit bourg et prenons un café thermos sur la margelle du muret de la mairie. Nous en profitons pour acheter une baguette au distributeur automatique situé juste à côté. C’est bien pratique et cela essaye de remplacer les boutiques défuntes.

Une bétaillère s’arrête à proximité. En sort un homme dans nos âges qui vient vers nous en nous disant que c’est bien la première fois depuis bien longtemps qu’il rencontre un tel équipage. Très vite, il donne quasiment le pedigree de Mario et nous dit qu’il élève des traits poitevins. C’est avec plaisir que nous échangeons sur la fantastique race de ces chevaux de trait, sur les juments mulassières, sur les mules et mulets, mais aussi sur les hommes qui gravitent autour de cette filière. Il connaît très bien, entre autres personnes, le naisseur de Mario, président de l’association nationale des races mulassières du Poitou, que nous appelons au téléphone pour nous remémorer quelques souvenirs. Nous passons ainsi une bonne demi-heure à nous raconter des histoires vraies, mais aussi de cocasses aventures de muletiers !

Et voilà donc comment Gilbert Riveault, rencontré par hasard au coin d’une mairie déléguée, se dit prêt à accueillir chez lui à Sainte-Blandine quelques égarés de la route des mulets. C’est noté, merci Gilbert, et à bientôt au détour d’un chemin !

Nous continuons le chemin tracé par Rémy en nous dirigeant vers Celles-sur-Belle. Encore un beau chemin où nous rencontrons un homme qui sans vergogne fait brûler toute la taille de sa grande haie. Nous lui disons que la fumée se propageant sur la campagne a été signalée à la mairie et à la gendarmerie et que d’ici peu de temps la maréchaussée va arriver sur les lieux. Frayeur, désarroi ! Le monsieur croit dur comme fer à notre histoire et avant qu’il ne panique nous lui disons que nous sommes des affreux colporteurs de fake news (en français : fausses informations) et que ce n’est qu’une mauvaise blague (il n’y a pas d’âge pour faire les clowns !).

En arrivant à Celles-sur-Belle, le chemin est brusquement coupé par un gigantesque chantier, je crois dû à l’extension de l’abattoir. Il faut donc grimper face à soi sur le talus, vestige de l’ancienne voie ferrée, que l’on quitte rapidement pour se diriger vers le centre du village. Si vous êtes à cheval, il vaudra mieux prendre ce raidillon à pied tellement il est étroit et pentu.

Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets

La petite cité de caractère de Celles-sur-Belle, située sur la voie Turonensis de Saint-Jacques de Compostelle, est réputée pour son abbaye royale. Ancien prieuré érigé en abbaye par l’évêque de Poitiers en 1137, l’abbaye fut rebâtie au XVe siècle sur ordre du roi Louis XI, détruite par les huguenots pendant les guerres de religion, puis reconstruite au XVIIe siècle.

Dotée d’un imposant clocher-porche et d’une nef lumineuse, l’église abbatiale Notre-Dame conserve dans son narthex (avant nef) un splendide vestige de la première construction : un remarquable portail roman, d’influence orientale, à six voussures polylobées (arcs en perspective).

L’abbaye royale de Celles-sur-Belle, située dans les Deux-Sèvres, est l’un des bâtiments les plus remarquables de la région. Elle comporte des bâtiments conventuels et une église abbatiale, construits et rénovés entre le XIIe et le XVIIe siècles. Cet ensemble de bâtiments conventuels du XVIIe siècle a été réalisé par l’architecte François Le Duc, dit Toscane. Véritable monument de la Contre-Réforme, avec sa façade entièrement réalisée en pierres à bossage avec des contreforts massifs, l’abbaye royale porte bien le nom de Petit Versailles.

A l’extérieur, la magnificence des parcs et jardins à la Française, issus de l’inspiration de l’architecte François Le Duc au XVIIe siècle, ont été réalisés dans les années 1990. Le jardin de curé, devant le moulin de l’abbaye, contient de nombreuses plantes médicinales dans un cadre inspirant calme et sérénité. 
Après un arrêt prolongé pour admirer ce très bel ensemble architectural, nous retournons sur la voie verte à l’entrée nord du bourg pour nous diriger vers Melle. Après un long cheminement sur cet axe épousant un quart de cercle nous débouchons au centre ville non loin de l’église Saint-Hilaire : un joyau de l’art roman du bas Poitou qui figure au classement du patrimoine mondial de l’Unesco. Comme l’on disait jadis en jouant au « mille bornes » ou en lisant les guides Michelin : « Vaut le détour ».

l'ancienne voie ferré

 

Joyau de l'art roman: St hilaire à MelleJoyau de l'art roman: St hilaire à MelleJoyau de l'art roman: St hilaire à Melle
Joyau de l'art roman: St hilaire à Melle

Joyau de l'art roman: St hilaire à Melle

la motocyclette n'était pas encore inventée

Nous n’avons pas le temps de visiter le musée des motocyclettes Monet et Goyon qui détient une fabuleuse collection de ces motos des années 20 et 30 ainsi que des machines carénées des années 50. Il faudra revenir pour contempler ces chevaux-vapeur.

Pour rejoindre l’étrier du pays Mellois à la métairie de Lavault nous empruntons sous une pluie battante le chemin de la découverte, sentier piétonnier de 6 km accessible aux équidés pourvu qu’ils soient au pas. Aménagée en arboretum d’une très grande qualité avec une grande diversité de plantes, d’arbres, d’arbustes et de rosiers, c’est vraiment un lieu unique et bien documenté.

Puis après 1 bon km de route fougueuse nous entrons dans le centre équestre : un lieu bien entretenu, spacieux où nous attendent les parents d’Yves Ouriet prévenus de notre arrivée. Parti pour le week-end en concours à l’autre bout de la France, il avait laissé ses consignes de bienvenue : paddock et foin pour le mulet, repas pèlerins et couchage en dortoir pour nous les gars. J’ai pu mettre le barda dans une sellerie et puis avant d’aller dormir, contempler Mario se vautrer dans la boue de cette première pluie ! Faudra appuyer fort sur l’étrille demain matin !

Lors de notre si bonne étape à Azay, Rémy m’a proposé de contacter Claude, un cavalier randonneur de Saint-Martin-les-Melle, pour m’aider dans ma recherche d’hébergement. Ayant déjà retenu l’étape à la métairie de Lavault, je n’ai pas eu besoin de le contacter, mais à mon retour dans mes pénates j’ai téléphoné au gars Claude qui m’a confirmé être partant pour contribuer à rendre la route des mulets attractive et agréable à emprunter. Affaire à suivre éventuellement par les membres de l’association de la Route des Mulets.

 

Vendredi 12 octobre

Ce matin, le temps est mitigé mais semble aller vers le beau.

Pour Bernard, c’est le départ vers Limoges voir son ami de 30 ans. Son auto attend sagement sur le parking de la métairie de Lavault (voir les pérégrinations sur la logistique des véhicules en page 1). Avant de partir, il souhaite ardemment m’aider à préparer Mario. Riche idée car le mulet a pris un bain de boue. Nous lui faisons prendre une bonne douche qui le décrasse en nous évitant un long nettoyage à l’étrille et à la brosse. Je suis heureux de cette toilette qui contribuera à rendre propre le tapis protège-sueur en cuir : ce sera du travail facilité pour ce soir !

Pendant la nuit, les souris ont grignoté un sac en toile et ainsi pratiqué un trou leur permettant de ronger ma friandise du matin : des ananas confits en sachet. Encore une réparation pour le retour à la maison !

Pour rejoindre le GR 655 au nord-est de Melle qui me conduira ensuite vers mon chemin tracé par avance je choisis de contourner la cité par la gauche, c’est-à-dire par l’ouest, alors que j’aurais pu très bien passer par la ville. Interminable : le goudron, la maison de l’autisme, la ferme du lycée agricole, le camping municipal, le bitume, le centre médico-pédagogique, le macadam, le super U et enfin le retour sur la bonne voie vers Mouchetune.

 

les tombes protestantes
les tombes protestantes
les tombes protestantes
les tombes protestantes
les tombes protestantes

les tombes protestantes

 

Je crois bien que c’est à la Petite Foye que j’ai aperçu pour la première fois des tombes isolées, soit dans un jardin, soit dans des broussailles, soit encore dans un espace protégé. J’étais heureux de découvrir ce que j’ignorais jusqu’à présent : le Poitou ayant largement adhéré à la Réforme a connu les épisodes tragiques des guerres de religions. Toute cette région du moyen Poitou, des Deux-Sèvres et plus particulièrement le territoire de Lezay où je me trouve foisonne de tombes isolées ou de cimetières familiaux. Situés dans un milieu en grande partie rural (villages, hameaux, propriétés isolées), les cimetières familiaux se trouvent souvent au fond du jardin, mais parfois au milieu d’un champ.

La plupart du temps, marqueurs du paysage, ils se présentent sous forme d’enclos, ceints de murs de pierres, marqués par des cyprès ou des ifs, et même de pins parasols insolites dans ce pays de châtaigniers. Ils sont plus ou moins grands selon la taille des familles, certains pouvant comporter une vingtaine de tombes.

A la sortie du village la Petite Foye, je suis intrigué par la gymnastique d’un homme habillé en dimanche qui, avec un sécateur le corps semi-enfoui dans les épines, taille les buissons en bordure de route. Il prend des mesures avec son mètre et consigne sur un cahier des annotations : c’est sûrement un géomètre qui repère les bornes d’une parcelle ? « Eh bonjour monsieur, vous êtes géomètre ? » Se dégageant, il se retourne et m’indique qu’il cherche une tombe protestante qui doit se trouver non loin de là. « C’est sûrement par ici puisqu’on aperçoit un cyprès planté à moins de 3 mètres ». Nous faisons connaissance et il me dit faire l’inventaire de tombes et de cimetières protestants de la région en me montrant sa carte sur laquelle sont stabilotés des lieux-dits et des hameaux. A deux reprises dans la journée et le lendemain nous nous croisons en nous saluant. A chacun son chemin !

Dans les Deux-Sèvres, il existerait ainsi plus de 2 000 cimetières recensés.

Sans entrer trop dans le détail, il importe de savoir qu’à partir de 1685, date de la révocation de l’édit de Nantes par le roi Louis XIV, une répression féroce s’exerce notamment en Poitou avec les Dragonnades, ces cavaliers royaux qui convertissaient de force la population huguenote. Les cimetières paroissiaux catholiques leur sont interdits : il leur faut donc enterrer leurs morts nuitamment hors de ceux-ci. Il faudra attendre la révolution de 1789 pour que le droit d’inhumation dans les cimetières communaux soit promulgué.

Ce qui avait pour but il y a seulement 300 ans le rejet de la société deviendrait aujourd’hui un privilège… se faire enterrer dans son jardin !

Mis à part cela, il reste entre autres de cette histoire le mouvement coopératif qui donnera naissance au XIXe siècle aux coopératives laitières, aux sociétés mutuelles, comme par exemple bien plus tard la Maïf dont le siège se situe à Niort…


 

Et nous continuons notre chemin parlant ici et là avec madame, monsieur ou des glaneurs de châtaignes ou de noix. Cette année, la récolte est abondante. Je rencontre bien sûr des retraités qui sans s’éloigner de leur auto emplissent un petit sachet, mais je rencontre surtout des pseudo professionnels de la cueillette qui sur les bords des chemins ramassent de grandes bolées de ces fruits. Ils me disent qu’ils iront les vendre à l’huilerie pour se faire un peu d’argent. Tous ont l’air satisfait de leur récolte gratuite et libre.

Comment faire ? Ce que je vais vous dire maintenant n’a rien à voir avec le sujet de ce récit, mais en fait tout de même un peu partie car il s’agit des choses naturelles pouvant se produire en campagne au détour d’un chemin. Voilà donc que pris d’une envie pressante, j’avise au détour d’un sentier un lieu désert. Derrière moi la plaine, devant moi le bois, rien en vue sur les côtés. Merveilleux coin pour satisfaire tranquillement cette petite commission sans être vu. Eh bien voilà que juste à ce moment surgit un 4x4 de chasseurs venu de nulle part et à contre-vent. Vite se détourner et stopper la fuite !

Je ne sais pas pourquoi mais durant cette randonnée cela m’est arrivé 3 fois. Étonnant, non ?

une margelle: bien sûr!

Je suis encore loin du château de Lezay, mon gîte du soir, et cette petite émotion m’a ouvert l’appétit. A l’entrée du hameau de La Barboute, j’aperçois un puits dont la margelle (j’aime bien les margelles, on peut s’y asseoir et poser les caisses) me servirait de table. Survient alors une gentille dame qui du bout de son potager se rapproche de moi. Je lui demande « Bonjour, je ne suis pas un bandit de grand chemin, mais un voyageur muletier : est-il possible de m’arrêter près du puits pour manger ? ». « Il n’en est pas question, venez plutôt chez nous, nous partagerons nos repas. » Après réflexion, j’accepte et après être rentré dans la cour et avoir attaché Mario au poteau de la grange, j’ai commencé à ouvrir la caisse marquée « Bouf » pour en sortir une boîte de pâté Hénaff, mon câle-faim de rando, une pomme, un reste de chips, deux portions de Vache-qui-rit et une tomate. Jeanne-Marie, c’est son nom, cela ne s’invente pas, rapplique et me demande de remballer tout cela : elle vient de parler avec Michel son mari et ils m’invitent à les rejoindre dans leur maison. Il me restait l’avant-dernière fillette d’un « Pont saint Martin 2010 », il m’en reste encore une pour les jours sans gloire.

Nous parlons beaucoup, je veux dire plutôt que Jeanne-Marie parle beaucoup et moi, pendant ce temps-là je me régale. Un bon repas et on ressort amis, mais on ne peut pas s’installer lorsqu’on fait la route et c’est seulement aux alentours de 16 heures que nous nous sommes séparés avec en prime des pots de spécialités locales faites maison, tel un gros bocal de farci poitevin aux 14 plantes que Mario a transporté jusqu’à l’arrivée.

le chateau d'Augustin!

16 heures ! Bigre de bigre ! Il ne faut pas mollir, nous remettre en marche pour avoir le temps à l’arrivée de débâter tranquillement, de mettre la clôture en place, de « faire » les cuirs. Nous traversons le bois du Chapitre en direction du Champ de Maître, Jean. La forêt est magnifique, les allées très larges sont entretenues et pour mieux sentir et voir les animaux je retire la grelottière du cou de Mario. Nous avançons en silence et seul le bruissement des feuilles mortes sous les sabots rythme nos pas avec bonheur. Au sortir de la forêt, j’arrive devant le domaine perdu et mystérieux décrit par Augustin Meaulnes. Le château semble abandonné et derrière sa douve présente une masse grise et triste. Par endroits la toiture est déchirée et quelques arbustes se plaisent à pousser au milieu des grandes herbes devant le perron et l’escalier d’honneur. C’est de l’autre côté, dans les communs que se tient le gîte : une lumière scintille à une fenêtre, je suis au milieu de nulle part et Yvonne de Galais accompagnera mes rêves d’une nuit.


 

là bas ,dans le lointain la corne sonne,sonne...


 

Samedi 13 octobre

Ce matin, Mario est en forme. Il a brouté une bonne herbe verte et s’en est mis plein la panse, si j’en crois le nombre de paquets de crottin stockés dans un coin du paddock. J’en ai compté sept, ce qui est bon signe. C’est donc tout guilleret que je reprends mon chemin dans le bois du Chapitre. Dans le lointain, j’entends des coups de feu, des aboiements et des sons de corne de chasse. Les bruits se font plus sonores, j’enfile alors mon gilet fluo orange, j’en mets un autre sur Mario, je lui retire la grelottière et j’avance inquiet, aux aguets. Deux chevreuils foncent dans notre direction, passent juste devant nous et détalent en faisant sursauter la mulet. Maintenant, j’aperçois sur ma droite un rassemblement de points rouges et j’entends distinctement la corne qui sonne par petits coups irréguliers, comme si le gars se prenait pour Roland en jouant du morse. Des coups de feu encore, alors j’accélère le pas et nous voici avec Mario quasiment en demi-trot. Je ne tiens pas à être la cible du stand de tir de la foire à Neu-Neu. Les chasseurs se sont regroupés vers le Puy Richard, à la lisière du bois de la Babinière. Moi je file vers le bois de la Drouille, le bien nommé car j’ai la trouille ! Je n’ose croire qu’ils se soient bien amusés à me faire peur. En tout cas, je les laisse à leur petit jeu en me mettant hors d’atteinte.

Avant Sainte-Soline, au lieu-dit le Moulin petit, se trouve une chambre d’hôte tenue par un Ecossais qui parle si mal le français et moi si mal l’anglais que nous n’avons pas pu convenir d’une réservation préalable. En arrivant chez lui, je constate qu’il parle vraiment une langue inconnue, mais avec des gestes, des onomatopées, des signes de sioux, je comprends qu’il accepterait que des chevaux puissent passer la nuit dans sa prairie située en bordure de la Dive petit ruisseau qui rend l’herbe bien verte. Je pense aussi qu’il doit être possible de négocier l’hébergement mais la barrière de la langue n’a pas permis d’approfondir cela.

A l’entrée sud de Sainte-Soline, après le cimetière, existe un petit étang

La dive alimente le petit étang

entouré d’un espace aménagé. Ce jour-là, un concours de pêche rassemble quelques sportifs qui pour se reposer ont assailli la buvette. Il fait chaud, le soleil me faisant de l’œil, je prends la liberté de venir aussi me rafraîchir et de boire un café. Je profite de cette halte pour me mettre en short et changer de chaussures, car mes pieds qui maintenant ont pris l’habitude de se déformer et de s’élargir en marchant sont de plus en plus douloureux. Dès que la rosée s’est évaporée, je troque mes godasses contre des tennis souples et je souffre moins. Les futurs randonneurs de la route des mulets pourront s’ils le souhaitent faire halte ici.

En sortant de Sainte-Soline, village à l’agonie, je commence à rencontrer le balisage d’une course de motos sur les chemins. J’emprunte donc le même circuit qu’une « rando-moto » et cela jusqu’aux alentours de Taizé-Aizié. Heureusement, la course qu’ils ont baptisée sans vergogne « Rando » n’a lieu que demain dimanche ! et tant pis pour le bruit, la puanteur des moteurs gonflés, le labourage des chemins !

Cette étape est longue de 33 km et j’ai bien fait de changer de chaussures.

Après Chevais, dans le bois de la Moussolière près de Caunay, je suis intrigué par d’énormes et de nombreux trous dans lesquels poussent des arbres. Des trous de bombes ? aussi nombreux ? Dans cet endroit ? J’ai bientôt la réponse en voyant un écriteau « extraction de meulières ». Avec Mario, je monte sur un des monticules et je peux voir les grandioses terrassements d’un temps passé, maintenant envahis par la végétation : c’est à la fois surprenant et impressionnant (comme on aime à dire aujourd’hui). Tout près de là au milieu de la forêt existe une grande clairière herbeuse d’environ 2 ha, espace propice à une bonne halte équestre, mais l’absence de bancs, de tables, de pierres, de souches, ou seulement de margelles m’ont incité, malgré ma petite faim du début d’après-midi, à poursuivre mon chemin.

une bien belle table

Bien m’en a pris, car mon désir est devenu réalité. Non loin du carrefour du bois de l’Église, dans le bois du Peu au sud-est de Caunay, se trouve une table de pique-nique certes un peu moussue mais qu’importe je peux m’asseoir, manger et profiter de ce qui m’entoure avec plaisir. J’ai même terminé mon repas avec un carré de chocolat accompagnant le petit café chauffé sur le réchaud.

Ayant achevé ma pause et terminé de rebâter, je me remets en marche lorsqu’un couple de randonneurs seniors se dirige vers le mulet, en déplorant qu’il soit attaché et en le plaignant de le voir aussi chargé. Ils s’empressent, sans aucune politesse, de lui caresser le museau. La très bonne réaction de Mario ne se fait pas attendre : réveillé soudainement de sa torpeur, il donne brusquement un coup de tête vers les mains indélicates. « Ce cheval est méchant », ont-ils dit en partant. « Brave Mario, je te félicite, tu as donné une bonne leçon à ces Parisiens, tu es un bon mulet. »

Après une journée de 32 km, j’arrive à Sauzé-Vaussais par le plan d’eau du Bois-Meunier où les nombreux promeneurs et pêcheurs sont bien surpris de nous voir : attroupement, questions habituelles, caresses et moultes photos. En face de la gendarmerie et du collège Anne-Frank, il existe un bel espace pour des haltes réparatrices avec des tables et des bancs. Idéal pour y manger en toute sécurité car la maréchaussée veille !

Sur la place du village, je m’arrête auprès de la supérette pour y faire quelques achats et surtout trouver de la boisson. A la caisse, un monsieur lie comme on dit conversation (le mulet, rappelez-vous, facteur de sympathie). Dans notre échange, je lui dis avoir été très intéressé par les différents marqueurs de ces paysages et des monuments huguenots et nous voilà en discussion sur les effets de l’histoire de cette région. C’est, je crois, à ce moment-là qu’il m’a dit « je suis le prêtre de Sauzé », « l’église de Vaussais, restaurée dernièrement, présente une architecture d’art roman poitevin tout à fait remarquable, venez la visiter ». « Heu, c’est que, heu, ce soir pas possible il faut que je rejoigne mon gîte et que, bla, bla, bla… mais demain avant de partir si c’est possible peut-être que… » « demain, je ne pourrai pas, car je dis un office à Lezay, mais si vous êtes toujours intéressé, appelez-moi à ce numéro et monsieur Billaudeau, voisin de l’église, vous fera visiter ». Dans la soirée après mon tintouin habituel et mes occupations marionesques, je lui confirme ma venue pour une visite rapide à 9 heures le lendemain matin.

Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets
Mon premier voyage sur la Route des Mulets

Il est temps de rejoindre la ferme du Puy d’Anché où Mario bénéficie d’un grand pré avec en plus un bon paquet de foin que désormais il ne portera plus. C’est vrai que sans être lourd cela fait volumineux, ce qui fait croire aux citadins qu’il est lourdement chargé. Le groupe de randonneurs venus du Havre avec lesquels je partage une partie du gîte d’étape en a fait sa mascotte.

La nuit fut réparatrice !

Dimanche 14 octobre

De bon matin, Mario et moi sommes devant le porche de l’église de Vaussais et monsieur Jean-Paul Billaudeau est ravi de m’expliquer par le menu l’histoire et l’architecture de ce très bel ensemble. Si un jour vous passez par là, n’hésitez pas à le solliciter. Important : il y a un anneau pour attacher les chevaux et les mulets dans sa cour située en contigu du transept de l’église !

L’église Saint-Junien date du début du XIe siècle et a fait l’objet de nombreuses restaurations notamment à la suite de son incendie pendant les guerres de religions. On raconte que le roi Louis XIV allant rencontrer l’infante d’Espagne à Saint-Jean-de-Luz s’est embourbé avec son carrosse dans les marais de Pliboux. Il fut alors hébergé (un peu comme moi, quoique !) par le baron du Puy d’Anché. En remerciement, il aurait fait un don pour la restauration de l’église… On peut voir ici la quintessence de l’art roman poitevin avec en particulier le cœur fortement inspiré par celui de la cathédrale de Poitiers. Mais ce qu’il y a de plus surprenant est à l’extérieur de l’édifice, l’étonnant mur de chevet ainsi que le banc d’assemblée voulu comme lieu de rencontre des villageois avant et après la messe, et pourquoi pas pendant l’office ?

Durant la matinée, quelques motos nous dépassent ou croisent, avec beaucoup de courtoisie je dois dire. J’en suis bien agréablement surpris ! Mais il y a encore des chasseurs !

l'église de Montalembert

Important : non loin de la sortie de Vaussais, après le lieu-dit Le Puy de Bourin, il faut quitter l’ancien chemin qui est barré par la LGV. Faire un détour sur la droite, passer au-dessus des voies et quitter rapidement le nouveau beau chemin afin de rejoindre l’ancien sur la gauche en parcourant une centaine de mètres dans un espace herbeux. En contrebas, on retrouve l’ancien chemin qui conduit vers la Tuilerie et le village de Montalembert, sinon, rien de grave, on prend au bout d’1 km le premier chemin sur main gauche.

mes "trois fois rien" mais tout de même une fillette de PSM

Un peu fatigante cette journée de 34 km, et Mario a ses frayeurs du jour quand un serpent, une couleuvre sans doute, se déroule entre ses pieds à son passage. Vers 2 heures de l’après-midi, je le laisse libre dans un pré bordé de haies vives et de taillis épais pendant que je m’installe sur mon petit pliant rouge pour manger mes trois fois riens. Tout se passe si vite ; je n’ai que le temps de voir un sanglier sortir des taillis et Mario de faire un violent écart en détalant au grand galop vers l’entrée du pré. Grande frayeur, je vous le dis pour le mulet dont on sait qu’il déteste la vue, l’odeur et le cri du sanglier et du cochon en général.

Aujourd’hui, le soleil, la chaleur et un grand vent m’accompagnent. Je craignais la pluie, mais elle n’est venue qu’à mon arrivée au centre équestre des Boutiers, au nord de Taizé-Aizié. Ouf ! Sous le hangar, je peux facilement débâter et ranger le barda dans un box. Ce soir, depuis son paddock, Mario discute tranquillement avec ses copines du parc voisin sous la pluie.

Lundi 15 octobre

Aujourd’hui, journée de pluie, de bonne pluie nécessaire à la terre. Pour le marcheur, avec ce vent qui souffle en rafales il faut marcher en oblique, le corps penché. Tout cela est plaisant et je ne me plains pas encore, même si j’aurais dû enfiler ma salopette de pluie offerte par mes enfants il y a bien longtemps. C’est par optimisme que j’ai négligé de la mettre en me disant que cette pluie ne durerait pas ! Et pourtant toute la matinée je suis « trempe » comme on dit dans le Sud-Ouest. Toute la journée, je me dis « alors, tu la mets maintenant ? » ou bien « dès que je vois un abri, je m’arrête et je la mets » ou bien encore « s’il pleut encore dans un quart d’heure je la mets » pour finalement me dire « trempé pour trempé, ça ne sert à rien de la mettre », d’autant que seules les parties au-dessous des genoux sont mouillées, « alors cette histoire de salopette de pluie c’est uniquement du confort inutile ? » A la réflexion ce n’est pas seulement le luxe d’un randonneur occasionnel habillé par les Chinois chez des Caltons, car avec de fortes pluies continues, l’eau peut venir sur les chaussettes et par capillarité descendre dans les chaussures. Dans ce cas, cela devient vite une catastrophe car le floc-floc se transformera rapidement en ampoules et autres douceurs rougeâtres et affligeantes sur les contours des pieds. Cela a déjà été le cas lors de quelques précédentes randonnées et je garde un souvenir aigu de la traversée des Landes de Gascogne en 2007.

Parce qu’il pleut à verse et que les chemins détrempés dégorgent d’eau après la sécheresse des mois passés, mais aussi par facilité avec un peu de flemme devant les 34 km qui m’attendent, je prends en majorité les petites routes en dédaignant parfois l’itinéraire initial. L’odeur de la terre mouillée, celle des feuilles de noyers, de châtaigniers et de trembles se confondent et donnent à cette journée des airs de jardins des senteurs !

Je quitte la Vienne et je poursuis maintenant mon voyage en Charente. A la sortie du centre équestre, en suivant la Charente, je retraverse Taizé puis Aizé, villages sans commerces, comme toujours. Un peu plus loin, alors que les bourrasques redoublent par vent debout je passe devant une propriété de belle facture gardée par deux chiens qui ne me souhaitent pas la bienvenue mais que je peux prendre en photo. C’est avant d’arriver à Bioussac que longeant la haie d’une ferme d’élevage de chevaux j’aperçois au loin une femme tenant son cheval par la bride et qui me fait un signe, un salut de la main. Je pense qu’elle est fort surprise de voir notre équipage à travers les trombes d’eau. Cette vision fugace entremêlée de gouttes d’eau sur mes lunettes disparaît au fur et à mesure que je m’éloigne rapidement dans le froid, la pluie et le vent. Je crois toutefois que ce lieu-dit qui s’intitule Oyer et qui se trouve comme par hasard sur la route du muletier d’Oyer, pourrait être dans le futur un lieu d’escale pour les futurs randonneurs de la route des mulets, une halte passagère…

 

J’arrive enfin aux abords du village de Bioussac. Sur le mur d’une maison défraîchie, une carotte fanée indique que jadis, une régie des tabacs et alcools contribuait à la santé des villageois et à l’effort national. En haut du double escalier un homme me regarde, il est sorti de son officine au bruit des sabots. Le commerce fonctionne toujours et je demande si je peux prendre un café. Après une réponse positive et deux ou trois photos de Mario, je monte dans la vieille boutique, commande la boisson chaude, enlève mon vêtement de pluie antitranspirant, déperlant, etc. et observe avec intérêt cette boutique d’un autre âge. C’est le hasard, mais je ne regrette pas de m’être arrêté ici. Le comptoir et les meubles sont d’époque avec une peinture marron imitant les veines du vieux bois. Ici, tout est tanné par la fumée de cigarette. Derrière le comptoir, quelques bouteilles, un peu plus loin des articles divers comme des piles, de l’alimentation sèche ou des conserves. Il a peu de choses et on sent le déclin, d’ailleurs en discutant avec Louison le patron, j’apprends qu’il fermera définitivement à la fin de l’année 2018 et qu’il cherche un repreneur. Avec Richard Anthony j’aurais pu chanter « que c’est triste un train qui siffle dans la nuit, que c’est triste une dernière boutique qui ferme dans le village… » Il se surnomme Louison parce qu’il a ouvert ce café-tabac il y a plusieurs dizaines d’années avec son épouse Annette qui tenait le bar La Lizonne, du nom de la petite rivière qui passe en contrebas du village. La pluie a enfin cessé et le temps de plier la veste de pluie et le poncho et nous repartons sous le crépitement de son appareil photos. Au revoir Louison et bonne retraite ! En partant, il m’a offert en souvenir un mètre ruban.

Le long chemin en perceptive et l’absence de lieu sympathique ne m’autorisent pas à m’arrêter pour me sustenter, mais en route j’apprécie quelques biscuits, trois gorgées d’eau, des Mars au chocolat et des cacahuètes enrobées.

L’itinéraire traverse Nanteuil-en-Vallée, petit bourg ayant eu son heure de gloire. Une belle fontaine, un beau lavoir, des vestiges d’une abbaye dont le donjon carré me fait penser à l’abbaye bénédictine du film de Jean-Jacques Annaud Le Nom de la rose. Sur le hameau de Pougné, j’ai pu voir un élevage d’aurochs, ces animaux préhistoriques dont Georges Brassens célébrait les cornes.

Champagne-Mouton, petite ville où coulent l’Or et l’Argent, deux petites rivières. L’ancienne gendarmerie est devenue chambre d’hôtes où je retournerai après avoir déposé le mulet au centre équestre de la Grange du Procureur au Grand Madieu. Il me faut encore marcher 10 km, ayant pris sans le faire exprès une rallonge. En arrivant, Mario a affolé une belle jument en faisant tintinnabuler ses grelots. La belle a pris peur et s’est enfuie non loin de là. Ce n’est pourtant pas la première fois que cela arrive et je devrais être plus vigilant à l’avenir et retirer systématiquement la grelottière lorsque nous arrivons dans un centre équestre, sinon on peut frôler la catastrophe comme sur la rocade de Bordeaux en août 2013. Mario reste un mulet d’exception avec lequel il est très agréable de voyager en solitaire mais aussi en groupe c’est un bon mulet !

Je range mon barda comme je le peux au milieu d’un « je-ne-sais-quoi », comme dirait Vladimir Jankélévitch, puis le mulet mis dans un grand pré confortable et offert, je me fais reconduire dans l’ancienne gendarmerie pour y passer la nuit dans un lit sans barreaux (pour pouvoir étendre mes jambes).

Mardi 16 octobre

De bon matin, je récupère Mario dans son pré, puis le prépare sans problème. Il va bien.

A partir d’aujourd’hui, je ne vais plus suivre le tracé initial de la route des mulets parce qu’il faut que je me dirige vers des étapes pouvant en cette période de l’année m’héberger – car je ne campe pas – et également recevoir Mario. Ma prochaine étape sera le centre équestre du Grand Verger à Roumazières et un hébergement en centre ville. De même, n’ayant pas trouvé de centre équestre susceptible de me recevoir à Chabanais, je terminerai ce périple à Pressignac situé à 6 km de Chabanais par les chemins.

Je vais donc décrire le chemin emprunté qui, je le redis, n’est pas celui qui est libellé par les initiateurs du circuit. Il s’agit d’une variante entre Champagne-Mouton et Chabanais via Roumazières et Pressignac.

Ancienne ligne de démarcation; nous n'avons pas présenté nos papiers: nous passons .

Un joli sentier me fait sortir de la Grange du Procureur pour rejoindre Fontléroux où je traverse l’Argent pour rejoindre l’Age Marie. Je m’arrête pour consulter la carte devant une maison où s’active un couple en train de cuisiner des pâtés de gibier. Le mari, bien content de s’extraire du labeur, vient me voir et nous faisons connaissance. « La route des mulets ? Je ne connais pas, mais un bon ami à Champagne possède des chevaux de trait et serait sûrement intéressé par ce projet : je vais lui en parler, il pourrait même vous accueillir. » Je lui ai laissé toutes les coordonnées.

retour sur un très beau chemin

J’ai voulu suivre mon itinéraire tracé au préalable, mais à La Jaugrée le chemin est fermé par un roncier infranchissable m’obligeant à faire demi-tour, à contourner la source de l’Argent et son petit lac pour me diriger vers la Verrerie et en passant par Clermont rejoindre mon parcours à La Grande Gassouille. Ce détour me rallonge de 4 km car les chemins et les bois de La Verrerie sont clôturés par de hauts grillages de 2,50 m. Il s’agit d’une grande réserve de chasse et de faune sauvage et on ne passe pas.

Je retrouve avec bonheur le chemin tracé, un beau chemin tour à tour herbeux et caillouteux. Comme hier, la terre dégage une bonne odeur.

Les trognesLes trognes
Les trognes

Les trognes

Par endroits, les trognes font leur apparition. Je les avais déjà rencontrés lors des premiers jours, et pour répondre à Colette une de mes psy préférées : ces arbres étêtés tous les ans sont encore bien présents dans nos campagnes et on en trouve surtout beaucoup dans le Boischaut berrichon, pays que j’aime traverser tous les ans sur les traces de George Sand en parcourant le sentier des maîtres sonneurs. On les rencontre encore dans des territoires où les remembrements successifs n’ont pas détruit le paysage de haies et de bocages. Parmi les essences les plus « trogneuses », on rencontre des têtards chez les saules et les peupliers mais aussi chez les frênes, les châtaigniers, les chênes pédonculés, les aulnes et bien sûr les tilleuls de nos jardins ou sur les places publiques. Je ne vois plus les Ormes et l’ormeau de mon enfance. Cet arbre qui se prêtait remarquablement à l’étêtage notamment pour le bois d’œuvre du fait de sa dureté a quasiment disparu à la suite de la graphiose, maladie fongique que malheureusement nous n’avons pas su combattre. C’est ainsi !

Je suis arrivé à Roumazières-Loubert par le nord et plutôt que de traverser la ville qui grouille de camions, j’ai préféré la contourner par l’ouest pour arriver au Grand Verger situé à côté des Tessonnières. Roumazières, c’est le pays de la tuile, puisque une tuile française sur trois est fabriquée ici.

mulet à l'anneau
Dans la région de Roumazières,Les murs sont batis en tuiles.

Dès mon arrivée au centre équestre, je suis très bien accueilli par Jean-Michel qui m’indique le paddock où couchera Mario, lui donne du foin en conséquence et me libère un box pour y entreposer mon barda. Des jeunes d’un centre médico-social d’un village voisin arrivent pour pratiquer une heure de contact avec les paisibles chevaux et m’accompagnent durant tout mon débâtage et nettoyage des cuirs. Je suis l’attraction d’un moment. Ce soir, je dors dans un petit hôtel proche du centre et comme hier je me fais conduire. La nationale 141 qui relie Angoulême à Limoges est très fréquentée, et dire que demain je devrais l’emprunter et la traverser ! Mais ce sera un autre jour !


 

Mercredi 17 octobre

De bon matin, je viens rechercher le mulet qui comme d’habitude se prête bien à son habillage. Il doit savoir que nous arrivons et se montre de très bonne humeur, me donnant sans cesse des petits coups de museau. Théo et Karl, les petits-enfants de la maison, m’aident à bâter et posent maintes questions sur Mario et sur ma démarche. J’essaye malgré cela d’être bien concentré sur mon ouvrage pour remplir mon office et surtout ne rien oublier. Faut dire que je perds ou oublie beaucoup de choses ces temps ci… Merci Aloïs ! Et merci saint Antoine !

La traversée de Roumazières est, comme je le craignais, laborieuse. Il me faut être très vigilant, mais le mulet est remarquable. Il se fait frôler par les camions et il me suit sans broncher. Je lui parle à voix basse en lui donnant les consignes qu’il exécute parfaitement. Je le tiens court ne risquant pas une possible « cagade ». La plupart des chauffeurs sont sympas et ralentissent, quand ils le peuvent ils se déplacent un peu et me font un salut en levant le pouce. On est un peu du même monde avec plus de 50 ans d’écart : eux des routiers, moi, un roulier.

je retrouve les beaux chemins sur ce GR 48

Enfin, à 2 km à l’est du bourg nous quittons la nationale 141 pour prendre le GR 48 au pont Sigoulan où je rencontre un homme à qui je demande confirmation du chemin, ne voyant pas de fléchage rouge et blanc. Il me parle, mais ne comprenant pas ce qu’il me dit je lui demande alors « Vous être Anglais ? Sorry, sir. ». En effet, durant cette randonnée j’ai rencontré beaucoup d’Anglais installés dans le vieux pays d’Aliénor. « Non, je ne suis pas Anglais, je suis du village. » Je suis confus, mais ce fort accent du terroir m’est difficile à comprendre, alors prétextant que le mulet est pressé de partir je mets fin à cette rencontre, après m’être assuré du chemin de randonnée.

Le GR entre Roumazières et Pressignac est un très beau chemin : spacieux, bien entretenu, courant au milieu des prés et des bois sur une vingtaine de km. Si un jour, sans pour cela vous engager sur la Route des Mulets, vous souhaitez vivre une belle et courte aventure pleine de beautés simples, alors venez sur ce chemin que j’aimerais bien vous faire partager. Le soleil d’automne et la rosée du matin font proliférer les fils de la Vierge sur le chemin et il faut sans cesse que je les enlève du visage. Pour éviter ce petit désagrément, j’ai sorti mon bâton et m’en sers pour casser ces filaments. La présence de ces cheveux d’ange provenant vraisemblablement d’une substance produite par des araignées me prouve au moins que je suis le premier à circuler sur ce chemin aujourd’hui !

Au bout d’environ 6 ou 7 km, je rencontre à la côte 221 une impossibilité de poursuivre car le chemin est fermé par un triple barbelé. De l’autre côté, le vaste chantier de la construction de la 2X2 voies reliant Angoulême à Limoges a complètement rogné le GR. Impossible de passer, il me faut donc faire demi-tour, rejoindre la côte 234, suivre le sentier jusqu’au hameau de Béraudet, bifurquer sur la gauche en direction de Chez Rassat pour retrouver le chemin qui mène à la Charente. Là, je m’interroge : soit je traverse à gué la rivière en enlevant mes chaussures, soit j’emprunte l’étroite passerelle qui la surplombe. J’opte en confiance pour cette dernière solution, mais pour réussir, je dois enlever les sacs sous le bât qui ne passeront pas sur les garde-corps hauts d’au moins 1 m. Ensuite, il faut que résolument, en tenant la longe et sans me retourner, je gravisse les 6 marches qui mènent à la passerelle. Jusqu’en haut de l’escalier, le mulet me suit, mais stoppe net son élan en voyant le vide sous lui. N’ayant pas du tout envie de renoncer, je commence les palabres tout en lui interdisant de redescendre, ce qu’il souhaite intensément faire à plusieurs reprises. J’use de flatteries, le rassure, le tranquillise, l’apaise, mais aussi lui indique qu’il n’a pas le choix et qu’il nous faut passer de l’autre côté. Je suis sur le point de renoncer, mais il n’en sait rien lorsque je dis fortement « Allez, ayé, on y va ». Aussitôt Mario se met brusquement en marche rapide, voulant presque me dépasser. D’un pas preste, nous traversons, puis descendons les 6 marches de l’autre rive, les caisses du bât effleurant le bastingage. Je profite de ces marches pour m’y asseoir et prendre, ainsi bien installé, mon repas de midi pendant que le mulet se bâfre de glands.

 

L’ancien maire de Suris, rencontré le matin sur l’autre rive, m’avait dit que les abords du terrain de foot pourrait faire une belle halte pour des randonneurs : j’ai pu constater qu’effectivement c’était un bel endroit à exploiter.


 

Tranquillement, mes pieds me faisant de plus en plus souffrir, je poursuis et termine mon voyage sur la Route des Mulets sur ce très beau chemin pour arriver au centre équestre de Pressignac vers 17 heures. En ce mercredi ensoleillé, le club grouille d’enfants, de jeunes filles, d’adolescents, de parents et toute cette animation me ramène à la vie en société. Mon van est là, et en l’ouvrant des centaines de punaises des bois, vertes avec de grandes antennes s’en échappent et je dois batailler un long moment pour faire sortir celles qui s’accrochent. Il paraît que ces insectes prolifèrent en cette période sur notre territoire !

Mon voyage sur ce tronçon de la Route des Mulets se termine après avoir chargé Mario dans le van, chez mon ami Eugène.

et pas que des Limousines!!!
et pas que des Limousines!!!
et pas que des Limousines!!!
et pas que des Limousines!!!
et pas que des Limousines!!!
et pas que des Limousines!!!
et pas que des Limousines!!!
et pas que des Limousines!!!

et pas que des Limousines!!!

Ce fut un beau voyage : j’en reviens un peu fatigué mais heureux.

                                                     Jean, automne 2018

                                                                                                            correctrice: Martine Favier     

 

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Raymond BROUILLAUD 09/11/2018 08:49

Quel beau résumé de cette randonnée "La route des mulets", j'avais l'impression de marcher (au figuré) en même temps que toi. Félicitations et amitiés.
Raymond le Castillonnais.

randomulet 21/11/2018 14:05

Sacré Raymond! que de bons souvenirs avec toi,ne serait-ce que la grillade de l'entrecôte sur les braises de sarments de vigne.
So long my dear Raymond.

byp byp 07/11/2018 21:43

J'ai bien aimé le passage relatant " le stand de tir de la foire à Neu-Neu" ,
le bois de la Drouille où la trouille peut précéder la ch'trouille ,
et le lit sans barreaux , à la gendarmerie de Champagne-Mouton !! Étonnant , non ?
Grand merci pour l'accueil génial , au départ du chemin , de Joël et Sandrine , de Rémy et Christiane.
Si une portion reste à explorer ??pourquoi pas repartir ...c'était tellement,c'était tellement ......!!!!
BYP BYP

randomulet 21/11/2018 14:09

Merci à toi cher BYP BYP .OUI CE FÛT UN BEAU VOYAGE !
Donc, on se retrouve naturellement sur le sentier des Maîtres sonneurs en avril prochain .
C'est encore un peu tôt mais Mario te souhaite avec moi de belles fêtes de fin d'année.
Jean

MARTIN DU PONT 06/11/2018 17:55

Quel récit...merci Jean de nous faire partager vos merveilleux moments de nature.
Héloïse

randomulet 06/11/2018 19:13

merci Héloïse de ce commentaire.A bientôt peut-être.
Jean

Platier 05/11/2018 19:20

Stevenson peut aller se rhabiller