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Publié par randomulet

Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.

 

Lors de cette randonnée inscrite sous les couleurs de l’association l’Étoile de Martin qui lutte contre les cancers de l’enfant, nous étions 5 marcheurs, accompagnés bien sûr par le mulet Mario.

 

Denis nous ayant offert l'hospitalité nous commençons notre périple depuis Cars, petite commune proche de Blaye, pour y revenir huit jours plus tard après une boucle de 200 km autour de l’estuaire.

Ayant pris l’habitude pendant mes marches muletières d’envoyer par texto mes « brèves du soir » à quelques connaissances familières, amis chaleureux ou famille attentive, qui me suivent et qui m’envoient en retour un clin d’œil, j’ai saisi ces proses semi-nocturnes pour étayer mon propos sur la présente narration.

mes brèves du soir

 

Comme d’habitude, Mario, authentique mulet de bât, m’accompagne durant ce voyage. D’ailleurs, heureusement qu’il est là, véritable porte-bagages des 5 marcheurs.

Si vous le croisez un jour au détour d’un chemin, vous le reconnaîtrez aisément tant son port est altier, sa taille grande, sa robe noir pangaré, ses 7 petites taches blanches réparties sur l’ensemble du corps qui le font, dit-on, ressembler – de loin – à un mulet dalmatien. C’est du moins ce que je fais croire aux gens qui s’interrogent sur ces taches-là : « Oui, c’est bien un mulet dalmatien qui provient vraisemblablement d’une très ancienne lignée aujourd’hui disparue. Certains auteurs affirment même que cette espèce aurait pu être contemporaine des tyrannosaures ! »

Une autre explication vaseuse, maintes fois expérimentée avec succès auprès d’un public plutôt niais, consiste à préciser que ces taches ne sont ni plus ni moins les restes des raies de zèbre que l’on a mal nettoyées. Pour ne pas laisser ainsi les naïfs avec une fausse information, je dois rapidement rectifier mes dires et indiquer qu’il s’agit là d’une blague, et que, en fait, ce sont des taches de naissance et que Mario le mulet ne fait pas le zèbre ! Il fait pire.

À la différence du professeur Tournesol, accusé par le capitaine Haddock, dans Objectif Lune, de faire le Zouave, Mario quant à lui peut très bien faire le zèbre : c’est alors une autre histoire dont il vaut mieux se tenir éloigné.

Si donc, vous croisez un jour un grand cheval affublé de grandes oreilles, muni d’une très belle queue, d’une robe noir pangaré tachetée de blanc et de plus présentant un nez de renard (orange), alors soyez certain que c’est bien lui le mulet migrateur, le mulet de grand chemin, celui qui vient de fêter ses 18 ans, celui qui va passer le bac avec mention.

Car, pour tout vous dire, si Mario a tant voulu m’accompagner dans ce tour de l’estuaire c’est bien uniquement pour pouvoir passer son bac. Que dis-je ses deux bacs, comme dans l’ancien temps ! À sa manière, il va d’abord passer le bac à Royan vers le Verdon, puis sans rattrapage passer son deuxième bac à Lamarque vers Blaye.

C’est donc de Blaye un samedi matin, à l’heure du marché, que la municipalité au grand complet nous a offert sur la grande place, près du kiosque à musique, un petit déjeuner « pas piqué des hannetons ». Café, jus de fruits, croissants et bien sûr chocolatines : un régal qui nous faisait penser que tous les matins seraient de la même veine.

Les chalands, nombreux ce matin-là, sont bigrement curieux de nous voir, de connaître le zigomar. Nous avons déplié le support enrouleur qui décrit notre action ainsi que la fiche signalétique de ce bizarre animal sandwich portant fièrement ses 2 calicots explicatifs. Notre bannière intrigue et la curiosité gagnant sur la timidité, nous voilà devenus le centre d’intérêt de ce lieu de rencontres et de commerce, à tel point que la tirelire portée par Mario s’emplit de joie mais aussi de piécettes sonnantes et trébuchantes.

Brave Mario ! Sans lui, nous ne pourrions faire le job, et le cancer des enfants resterait seulement l’idée enfouie des familles victimes !

 

mulet expert en communication
mulet vecteur de communication

 

Ce qui frappe les gens, c’est notre démarche, c’est le fait que nous ne faisons pas la quête en pleurnichant au détour d’une pub émouvante à la télévision pour faire grossir une trésorerie ou perpétrer un lobby permettant ainsi d’engraisser une administration associative en versant de très bons appointements à de nombreux DG, SG, DGA et autres communicants. C’est fou ce qu’on peut faire « gober » aux téléspectateurs lorsque la « réclame » est bien faite !

Nous le savons, notre démarche quant à elle se veut bien différente des spots télévisés car elle demande un vrai effort. C’est une façon de donner du sens à la marche, de « mouiller sa chemise » pour une cause qui en vaut la peine.

Première journée

Pour cette première journée, nous marchons vers Saint-Ciers sur de longues routes droites et chaudes, en évitant la centrale nucléaire du Blayais que nous croyions pourtant si proche : elle n’en finit pas de s’éloigner au fur et à mesure de notre progression…

 

Les paluds que nous traversons sous le grand soleil nous inondent de moustiques qui annoncent en cette fin de printemps qu’ils seront nombreux cet été. En chemin au moment du casse-croûte, nous rencontrons Daniel mi- garde-pêche mi- garde-chasse qui nous propose de goûter abondamment à son cognac tiré d’un jerrican en plastique, et qui insiste pour nous en resservir une rasade. Que ne ferait-on pas pour l’Étoile de Martin ? Plus tard, Bernard et ses enfants Margaux et Martin croiseront notre chemin.

En fin d’après-midi, nous arrivons à Saint-Ciers où nous faisons le siège du bistrot du village pour étancher notre soif et rejoignons le presbytère où nous devons passer la nuit. Mario peut brouter et se reposer après ces 30 km dans le jardin de curé assez grand pour lui. Bernard pose la clôture pendant qu’avec Jean-François je nettoie les cuirs. Chacun est à son affaire et Benoît, qui nous a rejoint avec Marie, en profite pour installer sa tente dans un recoin. Marie de son côté soigne ses ampoules et craint de ne pouvoir poursuivre la marche le lendemain, tant les blessures sont profondes et larges. Yolande en spécialiste de la logistique s’active dans le logis pour préparer le couchage. Henri, le néophyte dont c’est l’initiation, se renseigne sur les us, coutumes, habitudes, manies, rites et techniques de ces fins d’étapes afin d’en être averti pour les jours suivants.

La cure est devenue un lieu communal à usage de l’association diocésaine. Même si son confort est spartiate, il est suffisant pour des randonneurs et nous goûtons l’art du couchage au ras de plancher.

Tout est bien qui finit bien. Notre journée se termine par un dîner chez Lisou au restaurant du coin, puis un doux et vrai sommeil emprisonne nos rêves.

 

Mario missionnaire

On nous avait bien dit que le curé était une figure locale et nous l’avons découvert le lendemain, dimanche matin au petit déjeuner, avant qu’il ne se tienne devant le porche de l’église pour prêcher la bonne parole et inciter les habitants à se rendre à l’office. Un curé sur le tard, une vocation tardive due, dit-il, à une révélation très féconde en Amérique du Sud (ce qui entre nous délecterait mon cousin Denis qui produit un excellent vin des Côtes de Blaye nommé « la révélation »). À la manière des missions, telles qu’elles existaient dans les années d’après guerre, père Dominique essaye de convaincre de l’importance de renouer avec la pratique religieuse, la seule bonne et vraie, afin de contrer celle des mosquées. Il y croit et se montre très persuasif, à tel point qu’une des dames qui l’accompagnent attache un chapelet au cou de Mario.

Voici maintenant le mulet devenu missionnaire partant convertir les contrées des basses terres charentaises et médocaines dont on sait qu’elles cachent bien des mécréants pourtant prêts à recevoir le bon braiment !

Notre petit groupe s’en est allé vraisemblablement en état de grâce mais sous la chaleur vers le camping La Gravelle à Mortagne-sur-Gironde, distant de 31 km.

 

 

Benoîtement

Je pensais benoîtement que ce petit tour de l’estuaire serait une gentille promenade, la réalité fut tout autre. Les pistes le plus souvent goudronnées, rarement herbeuses, rendent la marche difficile. Les souliers sont chauds et transmettent aux pieds le rayonnement du bitume : cela n’est pas bon en ce deuxième jour et contribue à créer des blessures que certains marcheurs garderont amplifiées jusqu’à l’arrivée. Avec cette chaleur le corps souffre, il nous faut boire sans cesse pour nous réhydrater. Sous ce soleil ardent, la fatigue s’installe plus vite et je me demande si demain les corps seront reposés et à nouveau opérationnels. Pour activer le moral, je dis à l’un des marcheurs que demain sera un jour meilleur, mais est-ce bien suffisant ?

Le long de la Gironde, le paysage est merveilleux, parfois vallonné, mais tour à tour argileux ou sableux. Le chemin frôle l’eau ou bien s’en éloigne, la surmonte en talus ou la caresse du bout de sa digue rocheuse. Au loin vers le nord on aperçoit les falaises blanches reflétant le soleil de 16 heures. Cela fait du bien de voir tout cela et de régaler nos yeux en pensant à nos pieds.

En ce temps des ponts du mois de mai, les touristes sont nombreux à nous encourager mais sans toutefois jusqu’à aller glisser une pièce dans la tirelire de l’Étoile de Martin.

Comme l’affirme un des participants à cette promenade : « Nous, nous sommes engagés et déterminés dans cette action, une sorte de mission pour la lutte contre les cancers de l’enfant ! On y croit. »

Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.

Anniversaire

Le soir, une surprise attend Henri qui nous fait 66. Ses enfants, petits-enfants, son épouse, ses sœurs, frères, beaux-frères et belles-sœurs tapis derrière les arbres surgissent pour lui souhaiter un bon anniversaire. Comme dans les dernières pages des « Astérix le Gaulois », tout se conclut par un banquet qui ne se termine pas trop tard afin de laisser reposer les corps.

Touché par le sens de notre marche, Ludo le cuistot en extra fait spontanément don de sa prestation à l’Étoile de Martin. Merci pour eux Ludo.

église Ste Radegonde de Talmont

« On a fait Talmon »

Aujourd’hui c’est lundi et nous sommes cools, une courte marche vers Meschers-sur-Gironde en passant par Talmon.

Cette année, les troisième-âge ont été libérés et avec leurs camping-cars ils peuvent ainsi se planter en brochettes devant le fleuve. Serrés les uns contre les autres, ils s’échangent des odeurs de friture ou des produits de bronzage en comparant la fierté de leur retraite mobile. Maman est installée avec suffisance sur le siège passager et Papy, fier comme un as, n’en finit pas d’observer si on le regarde : toute une vie de labeur pour se poster ainsi d’un coin à l’autre pour se rappeler plus tard : « On a fait Talmon en 2018, on a fait le Portugal en 2007 » ; « Non, je te dis qu’en 2007 on a fait l’Italie, c’est en 2000 qu’on a fait le Portugal ». En effet, ces grands voyageurs font les pays, les villes, les régions, les provinces dans leurs camping-cars en ayant soin de mettre un autocollant des sites ainsi traversés en camping-car à l’arrière de celui ci.

Bref, une tribu de camping-cars obstruent la jetée et polluent le paysage. Dommage car le port de Meschers est joli et sent bon la marée !

À Talmon, la Gironde est majestueuse. Le policier municipal de service nous ouvre la route à travers les nombreux touristes (sécurité oblige) et nous indique un bel endroit avec bancs et tables de pique-nique. Une fois encore Mario est la vedette et tous veulent venir le caresser. Mario en véritable attrape-mouches est imperturbable. De temps en temps toutefois agacé, il donne un petit coup de tête, ce qui fait dire aux propriétaires des mains baladeuses : « Il est méchant, il va mordre ». Les prenant au mot, nous indiquons systématiquement aux spécialistes de guili-guili sur le museau : « Attention, il peut mordre ! Êtes-vous bien assuré ? » Cela suffit pour éloigner les courageux chatouilleurs et nous laisser ainsi en paix pour déguster notre manger de midi.

Les gens rencontrés ne sont pas indifférents à notre démarche et ne restent pas tous insensibles, ce qui nous donne du baume au cœur. Au cours de cette étape, il y a encore beaucoup de goudron et Mario le mulet filou se plaît à user ses fers lorsqu’on ne l’oblige pas à marcher sur le bas-côté. Pour lui, c’est par facilité qu’il préfère marcher sur la route, mais nous, nous avons les pieds qui chauffent et cela anime nos discussions : gonflements, ampoules, ongles noircis, plantes des pieds durcies…

Le panorama est franchement beau. D’un côté, les falaises de craie surplombant les paluds et de l’autre la vue sur le Verdon. Nous joignons ainsi l’utile à l’agréable.

On peut se le dire : Vive l’association l’Étoile de Martin !

 

Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
la grande plage de St Georges de Didonne

Passage du Bac

Depuis le temps qu’il espérait passer le bac, Mario est maintenant impatient. Rendez-vous compte, en 2011 une tentative avait échoué. Non, ce n’était pas la faute du mulet mais celle des employés de la compagnie de navigation qui pour la première fois depuis vingt-trois ans se mettaient en grève inopinément. Cette manifestation de mauvaise humeur des agents navigants nous obligeait à passer par Bordeaux pour remonter dans le Médoc. C’était lors d’une précédente randonnée où nous avions parcouru la terre médocaine et la route des vins avant d’être reçus au palais Rohan siège de la mairie de Bordeaux.

Mario s’en souvient et hâte le pas pour ne pas rater cette épreuve. Nous envisageons de prendre le bateau de 11 h 30, car après l’eau nous avons encore du chemin jusqu’à Talais, qui est distant de notre point de départ d’une bonne trentaine de kilomètres. Nous longeons ainsi la grande plage de Saint-Georges-de-Didonne en nous faufilant à travers les cyclistes, les joggeurs et les promeneurs en maillot de bain, surpris de voir passer un tel animal dans un lieu de vacances. Nous passons dans Royan et arrivons enfin sur le péage de l’embarquement. L’employé enregistre Mario dans la rubrique « motos », puis nous attendons sagement au milieu des gros cubes que notre tour arrive. La colonne s’ébranle dans un grand fracas de moteurs des grosses cylindrées, et nous, calmement, nous attendons que le chef du transport nous fasse signe. Son talkie-walkie l’autorise maintenant à nous donner le départ. Ça y est, nous montons à bord sous les copieux regards des passagers des voitures qui du pont supérieur attendent un éventuel spectacle de la part de l’olibrius. Ils seront déçus, car impérialement Mario monte l’embarcadère et la rampe puis s’installe majestueusement à l’arrière du ferry. Nous n’avons pas eu besoin de lui enfiler les bottes en caoutchouc que j’avais fabriquées avec des chambres à air de tracteur afin qu’il ne glisse pas. Tel un prince satisfait de son effet sur ses sujets il se campe pour les dédaigner et fixe son regard vers le rivage qui petit à petit s’éloigne dans la brume et les embruns. Durant cette traversée, il se laisse volontiers photographier et certains viennent une fois encore caresser son soyeux museau en échange d’une petite pièce dans sa tirelire.

une partie de l'équipe:remarquer les tennis Canaries!

 

Pas de stress apparent pour Mario, mais je suis sur le qui-vive car au milieu de toutes ces autos, dans un environnement nouveau, ballotté par le roulis il faut être vigilant car il reste avant tout un mulet de la race des mules. Mario n’a pas vraiment le caractère ni la taille d’un caniche nain. Nous avions même prévu une pelle et des sacs pour recueillir le crottin au cas où… Rien de tout cela, il s’est heureusement gardé pour plus tard ! C’est là que nous avons confirmé que ce mulet âgé de seulement 18 ans, patrimoine vivant de l’humanité ayant passé le bac avec mention, est un véritable phénomène. Le directeur des services maritimes qui partageait ce jour-là la traversée avec nous n’en revenait pas d’apprécier les aptitudes de notre mascotte. Peut-être lira-t-il ce récit mais je tiens à le remercier de nous avoir ainsi accompagnés avec tant de bienveillance : rares sont ceux qui ayant des responsabilités favorisent le principe d’innovation et non celui de précaution… Sempiternelle ritournelle !

LE BacLE Bac

LE Bac

Arrivés sur l’autre rive, au Verdon, nous avisons un petit resto où l’on mange mal pour nous restaurer puis sur les coups de 14 heures nous repartons vers le sud.

Les marcheurs se sentent fatigués avec des douleurs plantaires et le vent du large les a achevés. Waouh !

 

Talais

Nous avons rendez-vous avec le maire qui vient à notre rencontre. En costume gris, cravaté et bien mis par cette chaleur il nous précède avec sa voiture dans laquelle Yolande est montée pour se reposer. Nous le suivons jusqu’à la sortie du village, puis il s’arrête devant une belle et grande maison basse en pierres de taille, entourée d’un jardin et d’un pré. « J’espère que cela conviendra à votre âne ». Puis il nous invite à entrer dans la maison « Vous êtes ici chez vous. Voici les chambres, les salles de bains, la cuisine où est dressé le petit déjeuner du lendemain ». La salle à manger et le salon sont spacieux et meublés confortablement. Dans le coin de la cheminée, un meuble en pin abrite maintes bouteilles de formes diverses. « Il y a là des apéritifs dont vous pouvez user si vous le souhaitez ». Puis s’excusant, notre bon hôte s’éclipse prestement pour se rendre en ce 8 mai à une conférence sur le maréchal Leclerc de Hauteclocque, en nous recommandant de nous trouver dans son logis distant de 150 mètres aux alentours de 19 h 30.

Vite, ne perdons pas de temps ! Faire la clôture, faire les cuirs, ranger le matériel, prendre les douches, se faire propre, étudier l’itinéraire du lendemain, « faire nos petites affaires » et hop, il est déjà l’heure de nous rendre à l’invitation.

Le soleil est déjà bien bas lorsque notre troupe se présente devant cette belle maison meublée avec goût et raffinement. Passé le vestibule on nous introduit dans le salon richement décoré. En short de rando avec une chemise propre qui sent néanmoins le voyage, je n’ose m’asseoir sur la bergère Louis XV et cette ambiance feutrée me picote un tantinet tant elle diffère des jours précédents. Mon regard se pose tour à tour vers les tableaux, les bibelots, les objets insolites et la richesse des meubles. La maîtresse de maison est à son affaire et nous interroge tour à tour pour savoir qui nous sommes, fait tourner les petits fours pendant que monsieur nous propose divers apéritifs.

Se joint à nous un élu de Vendays, proche commune de Talais. Cet historien de la seconde partie de la dernière guerre vient de faire la conférence sur le maréchal Leclerc et il nous instruit sur la vie de cet illustre militaire.

Le repas est fastueux et nos hôtes n’ont pas lésiné sur les mets et les vins et après une telle réception je me demande bien comment sera demain ?

Comme souvent lorsque la lassitude m’assaille, je chante accompagné de mes camarades « la fatigue me gagne mais mon cœur est content ». Ce chant de mes 15 ans dans les montagnes pyrénéennes ! Il est 23 heures et il est maintenant temps d’envoyer ma prose du soir à mes aficionados et juste avant d’aller dormir un petit coup d’œil pour apercevoir Mario le cul au vent devant les buissons de la haie.

Ce soir, j’accompagne chaque étoile du ciel et pense à toutes celles qui scintillent en silence.

 

Mercredi

Après une si plaisante étape le départ est difficile même si la nuit fut grandement réparatrice. Le matin, nos 20 km nous paraissent le double. Au passage du centre équestre de Saint-Vivien, la belle monitrice accompagnée de sa jolie stagiaire nous hèle pour admirer, disent-elles, le chargement de Mario. Elles veulent tout savoir sur le bât, son origine, sa composition, sa fabrication et son positionnement. Avant de se quitter, elle m’offre une bouteille d’antirépulsifs de leur composition contenant, si je me rappelle bien, de l’huile de cade et des huiles essentielles. C’est d’ailleurs un peu plus tard que mal fermé le liquide s’est répandu dans les sacoches, laissant pour un moment une odeur impérissable bien connue des personnes qui fréquentent les cures dermatologiques.

Nous repartons sous le soleil. Le temps file et s’en va, tandis que nous marchons encore et encore avant d’arriver en « foutraille » à Bégadan chez Anne-Marie et Jacques.

Le mulet est vite installé derrière la maison et nous pouvons grâce à cette généreuse hospitalité nous revigorer en rejoignant nos lits et en sollicitant la douche. Vient l’heure de l’apéro et la visite de quelques voisins qui viennent ainsi nous encourager. Maryse Roba du château Vieux Robin nous promet quelques bouteilles au profit de la recherche sur les cancers de l’enfant et il en est de même pour plusieurs vignerons et viticulteurs qui se délesteront ainsi de quelques flacons pour la bonne cause. Le soir au dîner, le maître de maison nous fera déguster un Château Latour premier grand cru classé sur Pauillac : une sublime bonté dont la douceur me régale encore !

Le saut au lit fut prompt et sans hésitation et tout le reste n’est que banalité.

 

Vers Vertheuil

C’est l’avant-dernière étape de notre périple blayais-médocain nous conduisant jusqu’à l’abbaye de Vertheuil.

 

Un peu d’histoire. Elle a été occupée un temps par des bénédictins puis par l’Ordre des chanoines réguliers de Saint Augustin. Plusieurs fois dévastée (guerre de Cent-Ans et de religions), reconstruite au XVIIIe siècle, partiellement démolie au milieu du XXe siècle, elle devient ensuite propriété de la commune.

De l’antique abbaye, restent des vestiges d’arcades, des caves voûtées, les soubassements de certains murs actuels, un four à pain et le mur de l’ancien cuvier. Son style typique XVIIIe siècle est d’une élégance simple et classique. On peut y remarquer la belle ordonnance des façades, le perron descendant dans le parc dessiné à l’anglaise, les rampes des escaliers et les boiseries intérieures.

l'abbaye de Vertheuil

 

C’est à l’abbaye de Vertheuil que durant près de deux ans, avec mes frères et sœurs, nous avons vécu. Nous habitions alors au premier étage de ce bel ensemble dans une insouciance propre à nos jeunes années. Nos souvenirs y sont vivaces et c’est donc avec une grande joie que nous les retrouverons même si les détails gravés dans nos mémoires sont pour la plupart susceptibles d’être bouleversés.

devant le portail de l'abbaye

 

Lors de notre départ de Bégadan, village bien honoré par la chanson flash décrivant son antique bruyant curé, nous sommes accompagnés par quelques membres des amis de l’abbaye de Vertheuil qui nous ont rejoints et qui nous serviront de guide jusqu’à l’étape.

À mi-parcours, une forte troupe de 60 marcheurs nous atteint près de la voie de chemin de fer. Ce sont là des habitants de Vertheuil bien sûr, mais aussi des communes environnantes, mais encore des habitants de l’agglomération bordelaise sans oublier des sympathisants de l’association l’Étoile de Martin. Il y a aussi nos neveux et nièces de tous âges qui sont venus nous encourager. Nous ne le savions pas, mais cette marche organisée par les amis de l’abbaye et le club des randonneurs de Cissac-Vertheuil vise à soutenir la recherche sur les cancers de l’enfant : cela fait chaud au cœur et ne nous laisse pas insensibles d’autant que ces bénévoles vont « se mouiller » sous la chaleur et sans entraînement parcourir plus de 15 km. Les frais d’inscription seront intégralement remis à l’Étoile de Martin.

La famille d’Inès, partie vers les étoiles alors qu’elle était hospitalisée à l’institut Gustave-Roussy, marche avec nous : émotion partagée.

 

l'abbaye de Vertheuil

Et puis c’est l’arrivée dans le parc de l’abbaye : petits mots de bienvenue, de félicitations et de remerciements, rafraîchissements, congratulations et ré-connaissance avec ceux qui restés au pays n’ont pas pris une ride après tant d’années… (bien que)

l'abbaye de Vertheuil

 

Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.

Ce soir Jean-Paul, ami d’enfance, et Anne-Marie nous font oublier la fatigue en rivalisant de bienfaits avec nos précédents hôtes : entrecôte aux sarments cuite aux cèpes, arrosée par un Château Beychevelle, puis un subtil Château Talbot.Vive  ST Julien!

Le chateau de Beychevelle

Ce fut, vous m’en croirez, une belle journée de communion !

 

Dernier Jour

Dernier jour de notre escapade, il ne nous faut pas mollir car Lamarque se trouve à environ 27 km auxquels il faut ajouter les 4 km séparant Blaye et Cars, notre lieu d’arrivée. Hardi les gars ! Même si aujourd’hui nous sommes hors du temps et que l’on ne connaît plus les jours, tout se passe en un seul moment qui s’arrête brusquement à l’arrivée. Avançons donc… et nous aurons voyagé ainsi 200 km pour le plaisir mais surtout pour aider ceux qui s’efforcent à accompagner les étoiles.

mulet, en marche à Pauillac
A Pauillac ,le long de la Gironde

Nous passons à Pauillac le long du fleuve au moment de midi et les terrasses bien remplies ne nous incitent pas à nous asseoir car le bac de 16 h 30 n’attendra pas ! Un casse-croûte à la bière pris dans une restauration rapide fera l’affaire.

Pas de chemin, seule la route touristique nous permet de rejoindre le château de Beychevelle. Elle est très fréquentée et les bas-cotés sont étroits. Il faut jouer serré avec un mulet qui reste aux aguets et qui tente à la moindre inattention de ma part de revenir vers la route. La tête basse, nous marchons sous le soleil et avançons comme des automates de foire. À bien y regarder, le pourpier repousse un peu partout et je me demande bien comment feront les cantonniers pour s’en débarrasser. Et puis je me dis que j’ai bien d’autres sujets de préoccupation autres que le pourpier des bas-côtés de la départementale n° 2. Plus loin, admiration du Branaire-Ducru et de l’étendue des rangs de vigne jusqu’à l’estuaire : c’est splendide.

Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.
Autour de l’estuaire de la Gironde- mai 2018.

Certes un peu fatigués, nous arrivons en vue du ponton d’embarquement de Lamarque lorsqu’un fou du volant nous frôle à très vive allure en klaxonnant. La frayeur passée, je me dis que nous ne sommes même en ce coin reculé de la France pas à l’abri de quelques illuminés et dangereux malades évadés de quelques lieux de bannissement.

Le ferry de Lamarque n’est pas bien grand et on nous coince à l’arrière du bateau entre deux voitures, laissant peu d’espace à Mario qui néanmoins se tire fort bien de cet embarras en adoptant une attitude paisible. Faut dire que le bougre détient maintenant de l’expérience.

À Blaye, la jeune chef de bord favorise d’abord la sortie des voitures en restant sourde à ma demande de quitter le bateau car Mario voyant la terre ferme piaffe et montre des signes d’énervement. La pseudo-chef fait du zèle et ne veut rien entendre et fait sortir les véhicules comme elle l’a appris à l’école du débarquement des ferrys. Alors pour éviter un incident majeur, je veux dire un accident entre autos et mulet, je décide de passer outre ses directives, je fais signe aux voitures de me laisser passer, j’agite mon dossard fluo et franchis ainsi la rampe sous le regard amusé et les applaudissements des autres marins.

Pour la deuxième fois, Mario a passé le bac avec succès. Sur le quai de Blaye, Françoise et Bernard nous attendent et nous souhaitent la bienvenue et félicitent l’impétrant qui le mérite bien.

Retour chez Denis et Marie-Jo où notre groupe est comme à l’habitude choyé par tous les membres présents. Des flacons sont ouverts et « la révélation » confirme sa majesté et sa séduction. Mario retrouve son espace et se roule de bonheur faisant ainsi partir la fatigue des jours passés. On déguste le moment présent en se racontant mutuellement les bons et les moins bons moments de notre voyage. On félicite ceux qui ont le plus souffert mais qui sont allés jusqu’au bout. On dit bravo aux marcheurs confirmés ou novices. On dit merci à tous ceux qui nous ont soutenus par leur aide matérielle ou morale, par leur obole ou par leurs échanges SMS.

On se dit que c’est super de donner du sens à sa vie en donnant du sens à notre marche en aidant petitement,à notre mesure les enfants qui souffrent du cancer : cette insolente maladie, cette injustice.

-Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ? dit le petit prince

Vous connaissez tous la réponse du renard

-C’est une chose trop oubliée, ça signifie « créer des liens »

 

Vous n’aurez pas tout oublié.

 

Jean en juillet 2018              correction :Martine F

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Christine Cauet 13/08/2018 17:58

Ton compte rendu me fait découvrir une région que je ne connais pas.Donner sens à sa vie en se donnant aux autres :magnifique programme qui fait scintiller les étoiles.Bravo Jean.
Avec toute mon affection.Christine

randomulet 15/08/2018 22:14

Merci Ma Chère Tantine pour ton commentaire .Il faudra donc que tu viennes dans ce coin de France. Et en plus tu pourras ramener quelques flacons de bon nectar: la dive bouteille comme disait l'ami François.

Anne 09/08/2018 10:22

un peu tardivement , je viens de me régaler en te lisant. C'est toujours un grand plaisir et quel Mulet !!!
Continue de faire rayonner les étoiles

Odile Godefroy 31/07/2018 08:30

Un grand merci, Jean, pour ce recit fabuleux et riche de détails et photos

randomulet 31/07/2018 10:17

merci Odile pour ces encouragements
Jean

BYP BYP 28/07/2018 12:13

MERCI Jean pour ce magnifique et dernier carnet de voyage 2018 . Un beau parcours en effet , vécu ensemble .
Comme pour les vignerons de Bégadan , remerciement également auprès de la Maison des Vins des Côtes de Blaye , des vignerons de Cars et du Haut Médoc : les dons-bouteilles contribueront à remplir la tirelire , avec l'aide de G et T .
Remerciement également auprès de Régine et Patricia de la Ferme de la Gravelle , Mortagne , pour leur hospitalité d'un soir .
La générosité des Estuariens du Pays Gabay , de Saintonge , du Médoc ,n'est pas un vain mot :
la chaîne de solidarité est solide et bien soudée : VIVE l'ETOILE
BYP BYP

randomulet 31/07/2018 10:21

Merci de ce commentaire cher Byp.Byp .Je vois que tu es toujours résolument tourné vers les bons produits du terroir .C'est vrai que grâce à la générosité de nos amis vignerons nous pourrons largement contribuer à la lutte contre les cancers de l'enfant.Grand merci de ton aide dans cette épopée.