Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par randomulet

 

 

C’est un peu comme si je paraphrasais ce cher Robert Louis Stevenson avec sa randonnée dans les Cévennes… Mais je ne suis pas écossais et Mario n’est pas un âne, loin s’en faut !

 

mulet au repos couché
Comme un vrai sénateur

Il est 8 heures et le mulet avance d’un pas tranquille, un pas d’un sénateur qui sait déjà tout sur tout, et cela lui donne l’impression de dominer la connaissance, mais surtout ses congénères ! Pour s’élever ainsi au-dessus des communs que nous sommes, certains prônent la méthode des derviches tourneurs. Comme vous le savez, cela consiste à tourner autour de soi-même pour atteindre une transe intérieure, une sorte de félicité. Mario le mulet n’utilise pas encore cette danse sur lui-même, et j’en suis très heureux car je ne souhaite pas qu’il se hisse ainsi au-dessus des autres uniquement par le seul mérite de son ego et sa faculté à tourner sur lui-même.Ce n'est pas un politicien !

 

D’un pas paisible, Mario le mulet se range près de moi en offrant son cou afin que je lui passe le licol. Il se doute bien que nous allons partir au loin car il est rare que je lui rende visite de si bonne heure. Avec l’âge viennent l’apathie et la nonchalance et je ne suis pas aussi hardi dans mes actions matinales que par le passé, la flemme me prend parfois au dépourvu et je ne dédaigne pas une petite sieste après m’être sustenté, même en randonnée !

Bref, heureux de me voir de bon matin, il se prête volontiers à sa toilette. D’abord les pieds et les sabots, qu’il faut nettoyer et curer et vérifier la bonne tenue des fers. Ensuite le pansage, c’est-à-dire le passage de l’étrille et de la brosse : là, il y a beaucoup de travail tant le mulet tel un goret de première classe s’est couché et roulé dans la boue du pré de Basfer. Il faut appuyer fermement pour faire tomber la terre et lisser le poil qui est en cette fin d’hiver bien fourni et épais. Il faut veiller à ne point laisser de matière car cela pourrait entraîner des blessures voire des esquarres au contact du bât : car c'est là que le bât blesse ! La queue est un bouquet de mousse, de brindilles et de feuilles mortes qu’il faut précautionneusement enlever afin que l’animal soit bien convenable. Mario, il en est très fier, possède une queue longue, bien fournie, épaisse, qui rendrait jalouse plus d’une jument de haute voltige. La toilette du marquis se termine par les soins de la tête : on nettoie les yeux en enlevant la Lagagne, qui est comme son nom ne l’indique pas le caca des yeux. Enfin, on brosse le chanfrein et les arcades et on lui fait un petit guili-guili sous la gorge. Après ce rituel indispensable, on peut éventuellement lui faire une tape amicale sur la croupe, ce que nous n’oserions pas faire avec une mule en référence à l’affaire Weinstein !

--1/5. Peu de temps après, arrivent Ninon et Margot accompagnées par Luc qui après leur avoir fait les recommandations d’usage s’en retourne à son chai d’exploitation du Touraine-Chenonceaux. Il fait un peu frisquet et les deux fillettes enfilent leurs parkas.

Nous partons ainsi tous les trois pour une petite dizaine de kilomètres en passant successivement par ce qui reste de la ferme de Verneuil, le hameau du haut Guéret, la Clôtière, puis en visant la Tesnière, nous apercevons les maisons de La Brosse. Dans les vignes, les journaliers s’activent à tailler. S’ils ne sont pas trop loin, nous échangeons quelques mots sur la saison et le temps qu’il fera, puis se courbant à nouveau, ils reprennent méthodiquement le travail.

Il est presque 11h30 lorsque mes deux accompagnatrices franchissent le portail de la maison. Un petit café, et hop ! me voilà reparti vers Thésée.

Il suffit de passer le pont (du Cher) et c’est tout de suite l’aventure, comme chantait Brassens. Nous atteignons déjà le bourg du petit village étiré le long de la rivière. Michèle, correspondante de La Nouvelle République nous attend munie de son Canon : nous aurons les honneurs du journal plus tard dans la semaine et cela facilitera grandement nos échanges avec les gens rencontrés ici et là.

« Ah ! c’est vous qu’on a vu sur le journal ! » 

« Bonjour, on a vu un article sur La Nouvelle République, c’est bien vous, vous avez les mêmes habits. »

« C’est bien vous qui faites la route de Saint-Martin ? avec un mulot ? »

« Bonjour Monsieur Mario, vous marchez jusqu’où avec votre âne ? » (sic)

C’est ainsi que j’ai su que les lecteurs consultent avec intérêt leur quotidien… et qu’ils retiennent l’essentiel…

C’est mon habitude, le soir, avant de m’endormir, de rédiger un petit couplet que j’envoie par texto à quelques privilégiés. La flemme me gagnant un peu en ce moment, je vais par paresse reproduire ou m’inspirer ici de cette prose nocturne.

Première journée de marche avec Mario, le super mulet étoilé pour ce septième tour du Loir-et-Cher sous les couleurs de l’étoile de Martin pour lutter contre les cancers de l’enfant. J’ai reçu un avis du secrétariat du maire de Pontlevoy (daté de janvier 2018) m’indiquant que « le maire ainsi que ses adjoints retenus par d’autres obligations ne pourront répondre favorablement à ma demande » d’une manifestation de soutien à l’occasion de cette action. En toutes choses malheur est bon, puisque ce refus me permet de partager plus de temps avec les résidents du foyer Saint-Gilles, lesquels venant à ma rencontre ont marché un bon bout de chemin avec moi. Le repas partagé, préparé par Nathalie fut bien animé. Tous me donnent un coup de main : l’un pour tracer la clôture, l’autre pour ramasser le crottin, l’autre encore pour puiser de l’eau…

 

2/5. Nous allons toujours au nord et franchissons la Loire à Chaumont. Le trafic est dense sur le pont, mais le mulet sait monter sur le trottoir. Il suffit de lui donner l’injonction « Allez, monte là-dessus, monte ! ». Le panorama vers l’ouest est formidable avec dans le fond le château juché sur sa hauteur. On prend vraiment du plaisir à regarder s’écouler les eaux du fleuve particulièrement chargées en cette saison. Faut dire qu’il vient de loin, Mario s’en souvient alors que nous nous promenions jadis près du mont Gerbier-de-Jonc. Quant à moi, cancre récitant mes classiques en classe de huitième, je me remémore cela. Tout comme il me plaît aussi de me rappeler le nom des comptoirs français des Indes ou celui des archanges, ou encore les numéros des départements français. Il faut dire que, en ce domaine, lors des voyages entre Paris et Bordeaux sur la nationale 10, nous faisions avec mes frères et sœurs de véritables concours à la vue des immatriculations des voitures quand ce n’était pas le nom des stations d’essence ou de la couleur des automobiles. Plusieurs dizaines d’années plus tard on reste pétris de ces récitations par cœur.

Les 25 kilomètres de cette étape m’ont paru plus du double, tant les chemins sont boueux, glissants et souvent inondés. Ce sont de véritables mares où j’avance en reculant, me tenant à la crinière du mulet profitant de sa stabilité, et surtout de sa propulsion. Lui, il va bien et je le sens bien dans sa tête. C’est très bizarre, mais ce mulet-là remplace aisément un bâton de marche, je dirai même plus : deux canes de marche nordique !

Les plaines aussi sont inondées et je me demande bien comment seront les futures récoltes.

 

 

 

 

 

Sur le chemin une mare, une grande mare m’interdit de passer. Pas question de bifurquer par les champs eux aussi gavés d’eau. Alors, ne souhaitant pas me déchausser, j’entreprends de voler au-dessus de l’eau, mais n’est pas oiseau qui veut. J’ai déjà les pieds mouillés et il me reste encore une bonne trentaine de mètres avant d’arriver sur un sol moins liquide. Que faire? rester planté là, dans l’eau ? Avec l’olibrius qui en profite pour boire à grandes lampées, si je le lâche il en profitera pour déguerpir de ce bourbier. Que faire? Lui, il est stoïque, et attend l’ordre. Mais quel ordre donner dans ce foutoir de m... ? (et là me reviennent mes classiques, ceux de la classe de huitième, ceux qu’on apprend rapidement même et surtout lorsqu’on est cancre : je veux dire ici les noms d’oiseaux que bien des muletiers se plaisent à déclamer dans bien des circonstances).

Me prenant alors pour un cosaque, je m’agrippe au haut du bât, en essayant de balancer mon torse et ma tête sur le dessus de celui-ci et en relevant mes jambes en même temps. Exercice difficile et périlleux, parce que je ne suis pas un cosaque. J’avais espéré que le mulet avancerait, et malgré mes injonctions d’avancer et mon jargon d’oiseaux il reste immobile. C’est alors que le bât se met doucement, mais inexorablement, à tourner et que mes genoux repliés touchent l’eau. Le bât est maintenant quasiment à l’équerre et rien ne va plus, « Mesdames et Messieurs, refaites vos jeux, le rouge impair, etc. ». Il faut que j’interrompe très rapidement cette gymnastique si je ne veux pas être expulsé tel le disque lancé par l’athlète grec des premiers jeux et me retrouver à plat ventre cinq mètres plus loin dans la mare ! et voir partir un mulet qui file au vent avec un bât chargé en sous-ventrière…

On ne fait plus la chochotte, on pose les pieds dans l’eau, on entend le doux bruit de l’eau rentrant dans les chaussures, puis le floc floc, et on avance piteux, épuisé par l’exercice, mais bien content de s’en sortir sans problème.

 

Plus loin, le chemin longe un petit canal, puis s’en éloigne pour arriver dans une ferme très isolée. À l’extérieur de celle-ci, quelques très gros troncs attendent sans doute que le terrain soit plus sec pour être conduits en scierie. Je fais une halte afin de me revigorer et de refaire mon équipage et mon équipement. Sortant de la ferme, un papa et sa petite fille m’ont proposé de venir m’installer dans la cour où une grosse table et des bancs me permettront de me poser. Super ! C’est ainsi que je fais la connaissance de Paul, élagueur de haute voltige, grand copain de mon ami Jean-Pierre, celui qui débarde le bois et travaille la vigne avec ses deux chevaux de trait flamands, proches cousins de Mario le mulet.

Casse-croûte frugal, puis petit café, un repos de mi-journée bien mérité, et hop c’est reparti dans la boue de ce mois de mars !

pas si loin que ça

pas si loin que ça

Heureusement, les très nombreux chevreuils rencontrés nous ont fait mille signes de bienvenue ! Sont bien sympas les chevreuils lorsqu’ils savent que la chasse est fermée et que Mario sans ses clochettes marche à contrevent.

Heureusement, lors de cette deuxième journée, la météo est très clémente et le T-shirt de Zanzibar ramené par Françoise de ce chaud pays suffit largement, en rivalisant toutefois avec celui très technique de l’Étoile de Martin.

Le soir, nous allons chez Jean-François, homme de cheval qui prend grand soin du mulet en lui offrant sa meilleure pâture. Et nous autres, pauvres humains, nous sommes confortablement installés dans une suite donnant sur les prés. Après un fort bon dîner concocté par Élisabeth, fatigué mais heureux, je ne refuse pas la cuvée de cognac. C’est en fait un excellent médicament. Et comme dirait l’ami Tintin : « C’est la santé par les plantes ! »

Au matin,chez Jean François.

 

3/5. Aujourd’hui, je me rends à Saint-Amand-Longpré, et c’est bien vrai que ce village m’a paru bien loin, mais quel accueil chaleureux à l’arrivée chez Fernand et Hélène !


 

Avec le soleil et un grand vent, la journée est vraiment vivifiante. Je rencontre sur des chemins de traverse, près de Santenay, un groupe de randonneurs, souvent des seniors parfois des troisièmes âges. Ils effectuent une boucle et se pressent collectivement sur un chemin, puis un autre en suivant le balisage choisi selon leur potentiel : 10 km,15 km, 20 km. Il y a comme hier beaucoup de boue, et ces marcheurs Loir-et-Chériens fiers de leur chanteur delpechien, qui chantait naguère « On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue… », n’hésitent pas à se salir les bas des pantalons et à se crotter joyeusement les godillots !

Sur un bout de route emprunté, je vois une, puis deux salamandres écrasées par de vrombissants chevaux-vapeur. Ce cher François le Ier aurait été bien triste de savoir que son logo à lui finirait ainsi tels une vulgaire grenouille ou un hérisson super aplatis, la face gravée dans le gravillon routier. Les chevreuils sont toujours présents et ils ne semblent pas inquiets, on dirait même qu’ils sont curieux de nous voir !

 

oreille de mule
oreille pour mieux te voir? et regarder la beauté

La « traversée » de l’autoroute A10 s’effectue sans problème, mais on ne traverse pas une autoroute. En l’occurrence, ici, nous passons au-dessus et apercevons à travers les pare-brise les gamins nous faire des signes. Mais ils ne peuvent venir avec nous, enfermés qu’ils sont dans une cage métallique qui roule à 130 km/heure. Ils devront se contenter de dire qu’ils ont vu un cheval sur un pont, et ça, ce n’est pas rien. Un cheval avec de très grandes oreilles ! Comme dirait Mario: « C’est pour mieux t’entendre, mon garçon. ».

Ensuite, nous reprenons et reprenons encore des chemins m’abritant parfois derrière Mario pour me protéger du vent en chantant quelques chansons qu’il aime bien et qu’il rythme avec sa tête ou en proutant en cadence. Heureusement que nous sommes en campagne !

Parmi les gens rencontrés, il y a ceux qui, lisant rapidement la banderole, m’ont dit que je faisais le chemin de Saint-Martin, que mon âne était tordant et qu’ils me saluaient bien en m’appelant Monsieur Mario. Je leur aurais bien volontiers donné la moitié de ma tunique ! Comme quoi, il n’y a pas qu’à la télé que l’on raconte des bêtises !

4/5. La pluie n’ayant pas cessé durant la nuit, et ayant expérimenté un bout de chemin, je veux dire un bout de boue, je décide, ce quatrième jour, d’emprunter davantage de routes que de chemins. Mon étape du jour, aussi longue que les précédentes, m’amène à Azé, village situé au nord - nord-ouest de Vendôme ayant conservé ses écoles et sa poste. À plusieurs reprises, je côtoie la ligne du TGV : c’est ainsi que je prends conscience du bruit massif de ce train qui en ces régions avoisine certainement sa vitesse de croisière. Le vrombissement est même inquiétant pour celui qui n’est pas habitué à cette rumeur qui enfle et grossie jusqu’à envahir nos tympans.

Puisque je marche sur le bas côté de la route tantôt à droite, tantôt à gauche, pour user uniformément les fers de Mario, je peux entre diverses pensées vagabondes observer les fossés. C’est assez époustouflant lorsqu’on se déplace à la vitesse d’un mulet, soit environ 5 ou 6 km/heure, de constater combien ils sont devenus des « fossés d’aisance » tant l’amoncellement de détritus est impressionnant. Parmi les immondices, on rencontre le plus souvent des canettes ou des boîtes de bière 50 cl, des paquets de cigarettes, des cartons McDo… Le plus surprenant, c’est que je vois aussi un certain nombre d’animaux morts qui pourrissent dans le bas fond : chiens, chats, faisans et autres bestioles non identifiées tant la putrescence est avancée. Cela est bien triste et ce sont vraisemblablement les véhicules roulant à plus de 80 km/heure qui ont percuté cette gent animale. Vivement que le Gouvernement ayant besoin d’argent limite la vitesse à 40 km/heure sur les routes de campagne ! et que les gens d’armes puissent ainsi verbaliser les carambouilleurs d’animaux, transformant une fois pour toutes la maréchaussée en un corps collecteur de taxes ! Par le passé, sur d’autres routes, notamment en région parisienne, j’avais remarqué cette triste signature de notre tribu méprisante de son environnement : éduquons, hé du con, et du con…

mulet portant bannière
devant le château de Rochambeau

En chemin, je revois avec plaisir des noms de villages m’évoquant ce cher Ronsard : Le gué du Loir, Couture, La Possonnière.

Je pousse un peu le mulet ayant l’intention de faire une pause au château de Rochambeau à Thoré-la-Rochette. Il n’y a pas seulement le marquis de La Fayette qui a aidé les insurgés américains à se débarrasser des tuniques rouges, soldats du pouvoir colonial britannique lors de la guerre d’indépendance. Ce bon maréchal de Rochambeau a joué un rôle bien plus prépondérant dans cette guerre que quiconque et les Américains sauront s’en souvenir longtemps après.

Repas frugal dans une avancée de cave, heureusement bien arrosé par une pluie bien fraîche ! Le Loir à mes pieds n’en finit pas de s’étaler et d’arroser largement l’ensemble des prairies qui le bordent. Beau spectacle tout de même.

En cours de route, cherchant un bar dans notre déserte campagne vendômoise, j’avise enfin dans le grand village de Villiers-sur-Loir (gare TGV de Vendôme) cet obscur objet du désir (sic). Mario est attaché à un banc public sur la place de l’hôtel de ville. Survient un gars qui me dit : « Bonjour, je suis le maire de Villiers, que faites-vous là ? », moi : « J’ai bu un café au bar que voici et je pars illico vers Azé », lui : « Ah ! c’est très bien », et fusent alors les questions d’usage qui me font rester une bonne vingtaine de minutes sous la pluie en compagnie d’un aréopage de secrétaires, de DGS, d’attachés, de rédacteurs, et autres adjoints administratifs. Cet échange bien sympathique avec le premier magistrat et son équipe ne doit pas me faire oublier que je suis attendu à Azé vers 17 heures pour partager un moment avec les enfants de la garderie à Azé. Allez Mario, on repart « ayé, ayé ! ».

Ce soir, Mario couche chez Jean-Claude, un ami de Sylvain, et moi, après un repas en compagnie du fils de la maison et de Marie, je me mets tardivement au lit dans le studio aménagé pour recevoir famille et amis. En voyage, lorsque je reçois aimablement l’hospitalité de mes hôtes, je ne peux raisonnablement leur dire « Bonsoir, il est 21 heures, je viens de faire 30 km et autant demain, je vais donc vous laisser et vous souhaiter une bonne nuit ». Non, on ne peut pas et il faut aussi leur laisser le temps de saisir l’instant muletier…


 

5/5. Mario a dormi dans un box, genre cabane métallique. Un round-baller de foin lui a tenu compagnie. C’est l’ami Jean-Claude qui s’est proposé de le loger ainsi. Jean-Claude, un gars atypique un peu rugueux, mais bien sympathique lorsqu’il fait tomber son enveloppe protectrice, est par ailleurs un homme de cheval. Il chasse à courre dans la forêt d’Amboise et connaît un des mes amis, le fameux Jean-Luc, cavalier au long cours à Vierzon.

Ce soir, après une bonne étape voisine d’une trentaine de kilomètres, nous rejoignons Villebout, petit village situé au nord du département de Loir-et-Cher, près de Cloyes. Je ne sais plus bien pourquoi, mais nous avons fait un grand détour pour rejoindre notre parcours initial. Nous, mais il vaut mieux que je dise je, j’ai perdu le nord et Mario ne m’a pas aidé. Normal, puisque notre contrat depuis longtemps est très clair : lui, il porte les bagages et moi je guide ! De perdre le nord et de me diriger vers l’ouest m’a permis de connaître d’autres contrées, comme le Tertre et la Haie Bergerie pour enfin mettre le cap à l’est et rejoindre Danzé sur la nationale 157, fréquentée par de nombreux poids lourds.

Un petit café pris au restaurant Les Tournesols est le bienvenu. La patronne vient prendre une photo de Mario et m’interroge sur les motifs de mon voyage. Joignant le geste à la parole, elle met un billet dans la tirelire portée par Mario, sa fille Océane en fait autant, puis les trois clients du bar l’imitent. Je ne peux que remercier cet élan de générosité à l’égard de l’Étoile de Martin et revigoré je repars vers le nord.

Le clocher décalotté: 2 parties sont au sol

Un coup de fil de Monique, une vieille amie, m’informe que Pierre m’attend pour manger avec moi à La Ville-aux-Clercs. Ce n’était pas prévu et il me faut forcer le pas pour arriver ce midi à une heure convenable. Le chemin est interminable, surtout lorsqu’on sait être attendu. La Ville-aux-Clers a déposé le clocher de son église qui menaçait de tomber : il est là sur la place, trônant comme une couronne d’ardoise et cela me paraît bien insolite. Le gars Pierre, quant à lui, m’attend en haut de la côte. Son jardin est minuscule et je ne sais où parquer le mulet craignant un labourage des plantations. Finalement, je l’attache le temps du repas près des fils à linge où il restera bien sagement jusqu’à la fin de mes agapes. Plus tard, pour le récompenser de sa sagesse, il aura droit de cueillir plusieurs branchages bien frais et printaniers le long des routes. Il aime bien ces jeunes pousses qu’il croque avec envie !

Nous passons devant un imposant corps de bâtiments, un ancien asile transformé en maison de retraite. Mes réflexions vont vers ce lieu que je ne connais pas et qui doit avoir bien des soucis avec les normes européennes multipliées avec celles de l’administration française : sécurité, environnementale, de confort, incendie, PMR, climatiques… avec leurs cortèges de décrets, circulaires et recommandations diverses.

Sur la route, de très nombreuses tailles d’arbres m’impressionnent tant elles sont gigantesques. Il a fallu certainement employer des engins énormes pour dévaster ainsi la forêt. De monumentaux andains strient les espaces ainsi libérés de leur plantation. Avec quel type d’arbres vont-ils replanter ? des résineux ? quel type de résineux ?

Le GPS, mon complice, mon oracle, m’indique encore 2 lieues avant d’arriver à Malitourne. Ça va, je tiens le bon bout, et malgré la proximité de l’arrivée, je ressens ces derniers pas comme les plus difficiles : c’est souvent ainsi lorsqu’on pousse la machine au plus loin. Cela me rappelle l’ultime fatigue des derniers mètres lors des cross de ma jeunesse, celui du Figaro par exemple. Peu avant d’arriver à Malitourne, une dame venant à ma rencontre me dit qu’elle a vu dans le journal mon parcours et qu’elle vient m’encourager. Merci.

J’arrive enfin, ainsi accompagné, dans la seigneurie de Malitourne. Anne et Pierre m’y accueillent avec sympathie et c’est le débâtage sous l’œil attentif de mes hôtes. Pierre propose que Mario s’installe dans l’ancien potager, un lieu clos d’environ 3 000 m² dans lequel l’herbe pousse à profusion. Plus tard, des familles avec enfants viendront lui proposer des croûtons de pain, ce qu’il appréciera goulûment. Quant à moi, je rejoindrai le second logis afin de faire une courte toilette avant de rejoindre mes hôtes.

à l'arrivée ,devant le porche de Malitourne.

 

Le manoir est magnifique, dans son jus et en état. On le date du milieu du XVIIe siècle. Il est resté dans la même famille depuis 9 générations en succession par les femmes. On y accède par un porche donnant sur la cour, puis l’entrée nous offre une leçon d’histoire époustouflante, tant cette bâtisse a su garder son âme et ainsi tout son charme : des cloisons en pans de bois, du torchis, des tomettes, des dénivelés entre les pièces, des cheminées et une chaleur qui fait du bien au corps et à l’esprit qui vagabonde ainsi depuis la Renaissance jusqu’à nos jours : un ravissement conforté par l’arrivée des invités au dîner. Nous passons du salon vers la salle à manger et d’une pièce à l’autre. Tout se passe comme dans un rêve où la moiteur rivalise avec le flottement exquis d’une atmosphère digne de l’enchantement ressenti par Augustin Meaulnes lors de son arrivée au château de la famille de Galais.

Une belle soirée termine ainsi ce premier périple de l’année, une première mise en jambes pour mieux poursuivre demain les pérégrinations d’un muletier de grand chemin.

 

                                                                                                                     (correction réalisée par Martine)


 

Jean, du pré de Basfer en mars 2018

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Une Rose m'a dit 10/04/2018 15:56

C'est beau, merci pour eux. Bon voyage a vous deux.