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Publié par randomulet

UN TOUR DANS LES VOSGES
marche contre le cancer dans les vosges
La fine équipe

Partir dans les Vosges, faire un tour sur les crêtes, flâner dans la plaine d’Alsace, se balader dans les plus beaux villages ; tout cela avec un mulet de bât et une poignée de compagnons. Tout cela pour le plaisir de marcher, de crapahuter, de découvrir, de rencontrer des individus,mais aussi pour sensibiliser les gens à une maladie qui touche aussi les enfants : le cancer.

Mario le mulet en aura vu des montagnes, et c'est bien rare qu'il rechigne. Bien rare qu'il ne soit pas le premier à démarrer ; ce qui laisse pantois ceux qui l'accompagnent et qui halètent avant le premier kilomètre. Je crois bien qu'il fait exprès de presser le pas lors du prélude d'une marche ; certains s'en souviennent encore. C'est son petit plaisir de les faire s'essouffler avant l'heure !

 

Mulet bâté
Mario:une légende

Parfois la troupe s'étire, s'allonge, se détend, pour se regrouper subitement lorsque la ligne risque le délitement. Mario, bien qu'il connaisse le trot, a une préférence pour la marche. Il sait très bien galoper, mais chez lui cette allure ressemble assez à une course de collégiennes de la pension des oiseaux, d'autant que ses genoux valgus donnent l'impression qu'il veut chasser les mouches avec ses postérieurs. L’entrepas lui va bien, et parfois il se met à imiter la marche de l'onagre.Tout cela pour vous dire en guise d'introduction à ce récit, que même en montagne, sa marche est régulière, rythmée, puissante et soutenue, quelle que soit le dénivelé. Il faut dire qu'avec quatre pattes il a un certain avantage sur les bipèdes que nous sommes pour la majorité d'entre nous. Je dis en connaissance de cause « d'entre nous » et non pas « d'entre vous », ayant pour l'instant trop de respect pour toi lecteur bienveillant. Et vous de m'interpeller sur la nature humaine et ses dérives ; suis-je vraiment bête ?

Mardi 6 juin -5 heures 44 - le soleil se lève, et déjà je peux présager d'une belle journée avec un bleu tel que l'exprime Vermeer, et je me sens (c'est irrationnel) en capacité, ce matin de départ en randonnée, d'exprimer l'inexprimable.

C'est tout à fait incroyable certains jours où, comme vous, je découvre la beauté du monde et pense que ce qui ne semble pas primordial est pourtant absolument nécessaire à la vie voire indispensable. Pensez donc la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, et d'autres matières sans oublier les arts libéraux nous ont pétri de culture que nous avons parfois tendance à oublier tant nos machines hyperphones que nous tenons dans les mains sont capables de nous faire croire « instruits et intelligents ».

 

Dans les Vosges, j'emporte mon harmonica et mes rêves? Cela me rappelle un chant scout de mes 15 ans (bien que je n'ai jamais été scout, mais plutôt Cœur vaillant).- « Je suis un peu fou, sac au dos sans trêve, j'emporte mon hibou, mon banjo et mes rêves. Ah ! qu'il fait bon là-bas aller vivre à l'aventure ... »

 

 

A deux pour séduire le chalant

Cet harmonica m'accompagne depuis quelques années. Je l'avais acheté en 1964, avec mes économies provenant de je sais où, chez Paul Beuscher, dont le magasin se situait à l'époque boulevard St Michel à Paris, en face du jardin de Luxembourg. Mon Orchestre de jazz « The new- Orleans slum quartet » avait besoin en plus de ma contrebasse d'un instrument mélodique pouvant à la fois appuyer le tempo, et faire des zigzags sur des musiques mi country mi négro-spiritual. Je me souviens puisque le temps est à exprimer l'inexprimable, de Joseph Lagarrigue à la clarinette, Parmentier au Piano, Dominique Joubert à la batterie. Nous formions un groupe plutôt mauvais, mais notre passion était aussi forte que celle que j'ai aujourd’hui pour la marche avec un mulet. Nous nous entraînions plusieurs fois par semaine dans une sous-cave du boulevard Arago, en compagnie d'Annette, la fille du propriétaire de l'immeuble, qui aimait tant nous écouter...

Cet harmonica chromatique 12 trous de marque Hohner m'a accompagné quelques temps, puis les ans me l'ont fait oublier jusqu'à la regrettée vente de ma contrebasse, date à laquelle j'ai pu reprendre le métro sans trop me faire remarquer, surtout à l'heure de pointe ; l’instrument à vent étant légèrement plus petit que celui à corde !

Mardi 6 juin-6 heures15- Mario le mulet est monté dans le van, sans aucune difficulté ce matin. Est-il comme moi, en capacité de se remplir le cœur du bleu du ciel, du bleu de Vermeer ? Est-il encore ignorant de la longue route qu'il va faire, debout dans sa remorque rouge ? La couleur du foulard bleu noué sur la tête de la fille à la perle lui est-elle parvenue entre les oreilles ?

 

mulet bâté
ligne bleue des vosges,évidemment!

 

mulet au jardin
pas bien grand!

Mardi 6 juin-17 heures 13 -Arrivée chez Catherine en Alsace. Le jardin n'est pas bien grand, mais pour une nuit cela ira. En complément du foin à volonté et une ration de granulé. De l'autre côté du grillage, le voisin est à quatre pattes, un peu comme un mulet broutant, la tête basse, et le regard furtif. Avec une fourchette, il arrache les mauvaises herbes, afin que le gazon soit impeccable. Demain, peut-être lorsque nous serons partis, il prendra ses ciseaux à ongles pour couper l'herbe qui aura poussé durant la nuit. De l'endroit où nous étions, je n'ai pas bien vu si le monsieur était très âgé, fragile d'esprit, ou simplement un jardinier maniaque.

mulet dans un jardin
un petit jardin qui sent bon le géranium

Cela m'a rappelé ma première visite à l’hôpital psychiatrique de Larressore en 1974. J'avais été très surpris, ne connaissant pas les comportements des malades, par un gars qui sans discontinuer tournait autour d'un arbre en disant « gentil, rasé, bois de l'eau, bois de l'eau, gentil, rasé... » sûrement que les infirmiers lui demandaient de boire de l'eau, d'être gentil et de se raser...Le voisin en question, arracheur de mauvaises herbes, s'était-il enfui d'une maison d'enfermement, ou se prenait-il lors de notre arrivée pour un mouton? Ce que je sais c'est que Mario a mangé tous les géraniums de Catherine. Elle, elle a dit que ce n'était pas grave. Nous, on a dit qu'on allait les remplacer. Mais on n'a rien fait parce qu'acheter des géraniums dans une jardinerie avec un mulet n'est pas chose aisée, car il faut convaincre les vendeurs de laisser entrer la bête!Catherine a redit que ce n'était pas grave, et moi gros bêta, j'ai dis que ça lui ferait une bonne anecdote à raconter à ses collègues de travail! Eh bien, c'est exactement ce qu'elle a fait. Mais ses collègues ne l'ont pas cru : pensez donc, un mulet mangeur de géraniums dans un jardinet! A croire qu'ils viennent tous de Larressore ?

"je scrute et déterre le pissenlit"

Mardi 6 juin-20heures- Pour fêter notre arrivée et notre prochain départ, nous allons au restaurant de Kintzheim, ouvert le mardi ; flammekueches bien arrosées, puis dodo après avoir vérifié la clôture du mulet. Pour m'endormir j'essaye d'orthographier dans ma tête « Kinthszheim, ou Flamenkû ».. .Trop compliqué pour un soir de roulage, alors je me rabats sur les pissenlits saisis à la fourchette! Et là mon esprit préféra s’évanouir !

mulet bâté
presque prêt pour le départ

Mercredi-7 heures du matin- Yolande a déjà fait le café, ça sent bon jusque dans ma chambre. Dehors, le temps est serein et les géraniums le sont moins. Mario a du se coucher, un cercle au sol indique cette déduction et maintenant, sentant le départ imminent, il se dépêche d'engloutir un maximum d'herbe. Rapidement pour ce premier jour de rando, nous retrouvons les automatismes du bâtage, du harnachement, des réglages des cuirs, du pansage, et de la vérification des l'état des pieds. Chacun est à sa tâche. Bernard commence à peser les caisses, sacs, clôtures, piquets, gourdes, sac à grains, et le reste du barda, car la règle d'or en voyage avec un mulet bâté est bien l’équilibrage du bât. Comme fréquemment à chaque départ, Mario est inquiet et légèrement anxieux, c'est pourquoi Anne le tient par le licol, et lui raconte des histoires tout en lui donnant sa ration de granulés.

accident de bât sur un mulet
en 2010,sur le GR 10:une incroyable cagade.

C'est vrai qu'il faut être très vigilant sur l'équilibrage des bagages, faute de quoi le bât peut tourner et se retrouver sous le ventrail. Rarissime, mais à éviter à tout prix, car un bât qui tourne, c'est la « cagade » assurée. Le mulet ne peut plus avancer, il panique, prend peur, se démène, s’énerve et peut tomber, se blesser gravement, et se coucher sous le poids, sans pouvoir se relever. C'est une situation extrêmement inconfortable. En tant que novice, je l'ai vécu deux fois, d'abord sur le chemin de Stevenson, puis sur un dévers de montagne avec le ravin sur le coté. Il faut dans ces cas-là, garder maîtrise de soi, et agir rapidement sans pour autant paniquer : libérer le mulet de son harnachement, très vite dessangler les cuirs ; et enlever tout ce qui l'encombre et le gène, en prenant garde aux coups de pieds qui gesticulent en battant l'air, lui parler calmement pour le rassurer. En fait, il faut absolument éviter de tomber dans une telle circonstance, car le danger est grand aussi pour soi-même.

mulet au haut Koenigsbourg
au Haut Koenigsbourg

La petite troupe a commencé à grimper vers le château du haut- Koesnigsbourg, en passant par le donjon des aigles. Pour un premier jour la pente est forte, et je crois que je ne suis pas le seul à souffler. Je prends la queue du mulet, et cela m'aide à monter. Sur le grand parking, les camping-cars sont déjà là et les troisièmes âges avec. Les immatriculations des véhicules nous renseignent sur l'origine des visiteurs ;Deutschland. Ce n’est pas très étonnant :la frontière allemande étant toute proche et visible depuis le promontoire, mais aussi parce que cet ancien château fort fut totalement remanié par le Kaiser Guillaume II, en en faisant ainsi un symbole de son empire.

mulet
bien garé pour ne pas géner

Nous nous sommes arrêtés sur le bord de la route devant un petit muret pour ne gêner personne. Pourtant il a fallu qu'un petit bonhomme se présentant comme le directeur du château vienne nous demander de quitter ce lieu, au motif que c'est un lieu privé, mais surtout que notre bête constitue un grand danger pour la sécurité des visiteurs du château. C'est vrai que depuis la série d'attentats perpétrés en France on sait bien qu'un mulet peut cacher un djihadiste, voire être l'instigateur d'une action de destruction d'un monument départemental dont le pékin galonné et zélé est le représentant quelque peu balourd.

Le temps de manger un casse- croûte en compagnie de Martine et Jean-François qui viennent d'arriver, et nous voilà repartis la tirelire de l’Étoile de Martin aussi vide qu'à l'arrivée. Faut dire que les gens sont trop sollicités !Il faudrait que je me forme davantage pour sensibiliser les gens à notre cause!Je me souviens d'un vieux camarade qui ne supportait pas de ne pas donner et qui avait sa poche pleine de sous pour alléger sa conscience face à la misère parisienne.Cet autre,plus académique ne donnait sa monnaie qu'une fois par jour et exclusivement aux mendiants du métro.Chacun s'apaise comme il peut!

être là au bon moment

Moi, je me dis qu'il faut « tomber »au bon moment sur le bon affligé...

ça aurait pu être bien pire!

Sitôt parti et voilà qu'un pas de polka bavaroise de Mario a fait chuter Anne : blessure grave au genou qu'elle gardera jusqu'à la fin du voyage! Cela ne l’empêchera pas de continuer de marcher et de participer pleinement à la rando.

Le chemin qui nous conduit à la petite verrerie est accidenté ce qui n'est pas étonnant en montagne ! Le sol est agrémenté de racines car elles ne peuvent pas s'enfouir dans la roche qui affleure et les « trébuchages » sont fréquents.

Au gîte Mario sera séparé de Barnabé, un âne entier dont d'ailleurs il ne fait pas cas. Un site merveilleux au milieu de la forêt qui en cet endroit se romantise et où la prairie se languit. Le repas servi par Chantal et Louis est royal : salade de pommes de terre et palette à gogo et pour terminer sur une tarte dont je garde un haut souvenir.

dans les vosges
ne manquait que la chèvre de Monsieur Seguin!

Jeudi-9 heures- C’est le départ, d'ailleurs nous garderons souvent cet horaire au cours de ces pérégrinations Vosgiennes. Comme le disent les experts en sciences sociales, nous "prenons notre chemin de progression" dans un magnifique sous-bois en bordure d'une combe. Le temps est sec et la journée s'annonce belle. Le groupe est homogène et les plaisanteries fusent ici et là sur tout et n'importe quoi, et rien ne vient troubler notre bonne humeur tant nous sommes heureux d'être ensemble !

C'est une longue marche de 30 kilomètres avec plus de 1500 m de dénivelé qui va nous conduire à l'étang du devin. En route, au détour d'une pinède, nous trouverons dans une clairière une table de pique-nique près d'une habitation. C'est vraiment super de pouvoir sur le coup de midi ou même plus tard de pouvoir s’asseoir et de déguster tranquillement les victuailles transportées par le Mulet. Le plaisir aidant, nous sortirons même des caisses un petit apéro servi dans nos timbales. Nous aurions pu faire une excellente sieste si une débroussailleuse ou tronçonneuse ne nous avait dérangés les tympans : les joies de la forêt !

Heureusement, Yolande a sorti de son sac des petits carrés de chocolat : cela est très agréable malgré leur mollesse. Je me rappelle alors qu'en pension nous avions parfois droit au petit déjeuner à un carré de chocolat pour agrémenter notre tranche de pain. Pour le ramollir afin de pouvoir mieux l'étaler sur notre tartine, nous le mettions sur notre grosse cuillère que nous plongions dans le café au lait brûlant. Quelques secondes après nous pouvions en enduire grassement le pain. Comme quoi la marque Nutella n'a rien inventé ; on aurait dû déposer le brevet !

un géant ,oui une force de la nature

 

Il fait chaud et nous n'avons pas pris assez d'eau. Il faudra à l'avenir être plus rigoureux et garnir nos gourdes, car en ces contrées on ne trouve pas facilement de points d'eau. La forêt, je le redis, est vraiment belle et progressivement nous rejoignons le sentier des crêtes. Nous croisons bientôt un géant, un gars costaud mesurant plus de 2 mètres, et pesant au moins 120 kilos. Nous le surnommons aussitôt Blek Le Roc. Il est accompagné d'un gars beaucoup plus petit et tous les deux portent des énormes sacs avec leur tente et les affaires de couchage. Ils sont hollandais, et visitent notre pays. Ils couchent dehors, souvent à la belle étoile, et ça se voit comme ça se sent. Après cette rencontre insolite et notre échange en anglais approximatif, nous reprenons notre sentier qui nous conduira à proximité du Grand Brézouard, pour déboucher beaucoup plus tard dans la banlieue du village Le Bonhomme ! Durant cette belle virée Vosgienne, mis à part les randonneurs qui se promènent sans trop d'efforts depuis le parking du Hohneck, les agents de l'ONF, des bûcherons et quelques parapentistes, nous croiserons peu de personnes sinon des aviateurs de Drones.

un parapentiste

 

Là,des modèles réduits en pagaille.

 

En cette veille d'anniversaire de Bernard, nous arrivons enfin à l’hôtel gîte du Devin, dont le parking est rempli de voitures. Sur la terrasse, un groupe de jeunes avale des bières. Dès que nous le pouvons, nous les imitons. Nous aurions du boire davantage durant cette chaude journée! Mario peut prendre ses quartiers dans un enclos en pente, mais bien pourvu en herbe. Nous, nous serons en dortoir ce qui laisse présager une petite nuit ; en effet ça ne loupe pas. Toute la soirée c'est un défilé de lampes-torches, de bruits divers, et le pompon sera sur le coup de 2 heures du matin avec l'arrivée bruyante de nos jeunes buveurs de bière.

UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
on ne passe pas:veuillez reculer et revenir à la case départ.

 

Vendredi-8heures 30- Le petit déjeuner pris en commun nous réconforte, et après avoir comme d'habitude bâté Mario, nous reprenons notre chemin, bien décidés à marcher enfin sur les crêtes des Vosges. Le temps est incertain, et nous mettons nos blousons de pluie à proximité afin de nous en saisir rapidement au cas où. C'est la très belle étape du Hohneck, nous crapahutons dans les forêts de sapins, passons à la tête de Faux, puis au pied des têtes des Immmerlins, pour redescendre au col du Calvaire. Nous sommes maintenant sur le GR5 que nous allons suivre jusqu'au Markstein. Nous allons plein sud. Nous passons à côté du lac blanc, et poursuivons sur la crête en contigu du gazon du Faing, puis encore du gazon du Faîte pour nous glisser dans le Tanet. Je crois bien que c'est à l’entrée de ce gazon là, qu'une chicane en rondins de bois puis un tourniquet ont empêché le passage du mulet. En effet, lorsqu'il est bâté, Mario déploie une largeur d'un bon mètre, ce qui ne l'autorise pas à aller partout, à moins de ruser et d'utiliser des astuces connues des seuls muletiers de grand chemin et des cavaliers au long cours. Avec la complicité de mes compagnons, nous avons réussi à passer l'obstacle rapidement, et c'est sur un chemin mi-herbeux, souvent caillouteux, voire jonché de rochers, par une longue descente faisant craquer les rotules que nous avons débouché au col de la Schulcht.

 

En arrivant à la civilisation, à la fin du sentier, un dingue en voiture nous frôle en faisant ronfler son moteur. C'est à ce moment que nous avons rencontré une famille de Sarthois faisant visiter les Vosges au grand-père de 83 ans. L'après midi est déjà bien avancée et ils viennent de sortir du restaurant. Ils ont l'air de bonne humeur et le repas a du être bien arrosé. Ils sont très intéressés par notre mulet et posent moult questions sur notre démarche qui est visible grâce aux calicots portés par Mario. Je crois que c'est l'un d'eux, Jean pierre le guilleré, qui ne peut s’empêcher de surnommer Mario -le péteur Pan- lorsque celui-ci dégaze bruyamment! et ça les a bien fait rire.

Nous avons encore une belle montée avant d'arriver aux trois fours au refuge du club Alpin. En chemin, nous découvrons au milieu des bois le cimetière militaire Duchesne de la grande guerre : de jeunes gars sont inhumés dans ce coin perdu de France !

 

Nous nous trouvons maintenant dans la réserve naturelle et protégée du Frankenthal, réserve elle-même située à l'intérieur du ballon des Vosges. Il nous faut respecter ces espaces et rester sur les sentiers balisés. Emmanuelle, la conservatrice du parc m'a quand même donné son accord pour qu'un mulet puisse s’arrêter aux trois fours, et Céline la gardienne du gîte nous indiquera expressément l'espace où nous pouvons planter la clôture. A peine arrivés une gigantesque pluie d'orage nous a généreusement baignés : il était temps de se mettre à l'abri!

UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES

Samedi-9 heures- Après un bon petit déjeuner nous voilà de nouveau sur le chemin en direction du grand Ballon avec lequel nous flirterons en lui préférant son cadet, le petit Ballon. Nous poursuivons le sentier de crête à travers bois pour parvenir sur les hautes chaumes près des rochers de la Martinswand. Nous laisserons le somment du Hohneck à notre droite et nous dégusterons la beauté des paysages. Cette partie des Vosges est très prisée des motards, notamment allemands qui chérissent les belles routes en lacet. Les motards sont ici très nombreux et viennent en légions pétaradantes et puantes ! Cela devient vraiment une nuisance et nombreux sont les randonneurs et les natifs qui se plaignent de cette nocivité qui vient grandement dénaturer le site. Il n'y a plus de silence lorsque ces hordes casquées dévalent ou grimpent les côtes. Le bruit des moteurs et son écho restent maîtres des lieux. C'est tout à fait dommage et le conservatoire du parc devrait s'en inquiéter sans tarder !

Un peu plus loin, une manifestation de démonstration de para-pente se termine, c'est l'occasion de discuter avec un de ces voltigeurs qui vient de se poser près de nous, et qui nous explique par le menu les techniques de vol : cela est très intéressant pour les terriens que nous sommes.

il y a quelques années un mirage s'est crashé sur le chalet :boum!

Par une après-midi splendide nous arrivons au Markstein, grande station de ski vosgienne. Les voitures encombrent les parkings et en ce samedi les gens foisonnent : on nous regarde passer avec étonnement! Le chalet Saint Antoine nous accueille. Du grand balcon, Isabelle la patronne nous examine grave (comme on dit aujourd'hui) et le groupe familial qui a pris ses quartiers pour le week-end est ravi de l'attraction gratuite qui s'offre à lui! Sous le regard attentif de toute la maisonnée, nous débâtons Mario avant de trouver un bon espace pour qu'il passe la nuit. Ici tout est en pente, et les seuls endroits plans sont encombrés d'automobiles ou sont caillouteux et totalement rasés.

J'avise un peu plus loin un terrain extrêmement pentu mais vert de ce qui n'est pas uniquement de l'herbe, mais faute d'autres lieux, je décide de le clôturer, ce que nous faisons avec difficulté, la pente étant fort prononcée. Nous regrettons de n'être point Dahu! Avec prudence, je mène Mario vers cet improbable refuge, en me disant toutefois qu'il ne va pas pouvoir rester en équilibre. En effet, il effectue quelques pas incertains, se déplace lentement pour finalement se figer pour enfin revenir très vite vers nous près de la clôture. Il déploie alors une attitude que je n'ai jamais vu chez lui, il nous fixe, remue la tête, grogne légèrement, avance son poitrail jusqu'à presque toucher la clôture, recule doucement pour revenir en baissant le museau. Sans faire d'anthropomorphisme de bas étage, nous avons le sentiment qu'il est malheureux et qu'il nous demande de le sortir de ce trou. Nous, les trois gars qui sommes là, nous nous laissons aller à une vague de compassion et décidons de le mettre ailleurs. Mais où? Non loin du chalet il y a un chemin qui n'est plus emprunté et où l'herbe sans être abondante résiste un peu aux cailloux. C'est donc là que Mario passera la nuit avec une ration supplémentaire de granulés. Bernard et Jean-François iront couper des branches basses pour compléter le menu.

-17heures20-Catherine se joint à nous.

-21 heures 30-extinction des feux

Dimanche-9 heures - Mario a quand même bien dormi et est pressé de partir. La petite troupe se regroupe et nous partons en saluant Isabelle et les clients du chalet qui eux aussi nous font de grands signes depuis la terrasse. Par une longue descente sur des pistes de ski, nous arrivons après avoir emprunté la départementale 430 au lac de la Lauch .Il nous faut maintenant remonter une autre piste extrêmement ardue où chacun s'essouffle, transpire et halète. Nous nous arrêtons souvent pour souffler et boire pour enfin rejoindre au col d'Oberlauchen le GR 532 que nous allons suivre tranquillement jusqu'au petit Ballon en passant par les célèbres cols de Lauchen et du Hilsenfirst. La montagne est belle, et naturellement mes compagnons se mettent à reprendre la chanson de Jean Ferrat.

UN TOUR DANS LES VOSGESUN TOUR DANS LES VOSGES

La route qui amène les touristes au pied du petit Ballon est très fréquentée en ce dimanche ensoleillé et nous nous frayons un passage entre les enfants, poussettes, VTT, automobiles, et nombreux estivants, avant de nous mettre au frais dans un talus, à l'ombre des arbres.

850 mètres de dénivelé nous attendent avant de rejoindre le village de Wintzfelden, où nous passerons la nuit. La première partie de la descente est très agréable, sur une route forestière ombragée et coulante, par contre passé Muhlkopf, le chemin devient sentier escarpé et pentu. Il nous faut user de prudence pour éviter de glisser ; genoux et chevilles trinquent sur cette descente qui n'en finit pas. Nous arrivons au village épuisés par cette descente en sautillement, et il est déjà presque 19 heures lorsque nous rejoignons le gîte du Ritzenthal des amis de la nature. Monsieur Zen nous rejoint rapidement pour nous ouvrir le chalet ; nous serons les seuls résidants.

 

Une partie du groupe prend congé, Catherine rejoignant son université, Martine et Jean-François s'en retournent à Toulouse.

Les  Vosges:une vue prise depuis l'avion Strasbourg /Toulouse

Les Vosges:une vue prise depuis l'avion Strasbourg /Toulouse

mulet poitevin au pré

Au club hippique voisin, c'est la fête annuelle. La bière coule à flot et le sing-boum-boum est déchaîné. Pourvu que cela ne dure pas toute la nuit! A cette heure-ci le patron du club est de très bonne humeur voire davantage, et il propose un paddock pour Mario moyennant 10 euros ; même éméché je vois qu'il a encore le sens des affaires. Cette petite halte nous a bien rétabli des efforts de la journée, et c'est en pleine forme que nous quittons dès 9 heures ce lundi matin le refuge.

Lundi-9 heures- Nous cheminons pour la dernière fois dans le massif des Vosges pour nous diriger nord/nord-est vers le vignoble Alsacien. Toute cette journée le soleil a brillé fort. Mario a une fois encore marché sous le poids des fardeaux pendant 30 km. C'est vrai que c'est un bon mulet porteur et de surcroît vaillant à l'ouvrage. En chemin, nous rencontrons Xavier et Ahmed, deux copains qui nous laissent la priorité et me demandent en lisant le calicot de Mario sur lequel est indiqué le nombre total de km parcouru avec le mulet- « Avez vous au moins changé la courroie de distribution ?» .Vers Midi, nous allons saluer Marianne et André, vignerons à la retraite à Husseren-les-châteaux, puis nous pique-niquons sur la place du village, en compagnie des cars de ramassage scolaire.

Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!
Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!

Le sentier est barré par un amoncellement de troncc abattus par la tempête:après bien des efforts Mario est passé!

A Colmar nous avons deux pensées particulières, l'une pour Auguste Bartholdi, statutaire de la liberté éclairant le monde, l'autre plus intimiste pour mon géniteur qui fit son service militaire dans une des immenses casernes bordant la ville.

Rémy, le père aubergiste de l'AJ de Colmar nous accueille avec gentillesse et propose de mettre Mario dans le tout petit jardin situé derrière le bâtiment, mais comme il n'y a rien à brouter il s'en va chez lui et ramène un sac de luzerne et du foin en quantité. Tout est parfait et parce que nous sommes en ville et que nous avons beaucoup marché, ce soir ce sera resto ! Et vlan !

les petits aussi ont regardé le bâtage

Mardi-9 heures -Battage /spectacle de Mario devant les jeunes de l'auberge de Jeunesse(AJ) puis sortie de ville. Beaucoup de gens se disent admiratifs de la démarche contre le cancer, mais ne donnent pas de sous, ni d'euros. Pourtant, souvent ils nous encouragent en disant « c'est bien ce que vous faites !»

Nous nous sommes un peu perdus dans la zone industrielle de Bennwihr et c’est tant mieux car cela nous a permis de passer devant le pressoir de la Vallée, une entreprise artisanale de jus de fruits. Le patron nous a offert 3 bouteilles de jus de pommes, de fraises et de poires qui nous ont régalé pendant cette chaude étape.

avec en point de vue l'impérial chateau

Nous frôlerons Kaysersberg, un des plus beaux villages de France, qui prépare la venue d'un animateur vedette pour le décorer une seconde fois, et nous nous serons enchantés de marcher sur ces beaux chemins de vigne, de voir tous ces multiples villages rivalisant de pittoresque et attendant tous la venue du bel animateur qui enfin viendra les oindre !

L'étape ce n'est pas coutume, étant assez courte, nous sommes arrivés en début d'après midi à Ribeauvillé. Également très touristique, le village est garni de vacanciers qui déambulent dans les ruelles. Nous faisons de même en nous faufilant entre les appareils photos qui crépitent sur Mario! J'emploie à dessein le verbe crépiter parce que cela fait mieux dans le récit, ça donne du volume et crée une atmosphère de roman. Je sais bien que nos appareils ne crépitent plus, nos smartphones et autres petits machins minuscules que l'on tend au bout des bras sont silencieux et leur flash ne grésillent plus non plus !

UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES
UN TOUR DANS LES VOSGES

Du coup, comme j'aime vous l'entendre dire, du coup nous avons copié le touriste lambda et avons bu un verre à la terrasse d'un bistrot avant de nous mettre en marche pour la ferme de Rotemberg chez Pascal et Sylvie. Ce soir là, il fait encore très beau et avec apéro nous regardons le soleil se coucher derrière les crêtes où nous étions il y a 5 jours.

Avant d'aller dormir, les cuirs seront nettoyés et lustrés, Mario sera grandement douché, et nous humerons avec bonheur cette soirée qui s'achève.

ya du décrassage :labeur du soir!
ya du décrassage :labeur du soir!

ya du décrassage :labeur du soir!

Mercredi- 10 heures- Pour ce dernier jours la vaillance nous manque un peu. En traversant le village de Rorschwihr, nous sommes intrigués par un gigantesque chantier de terrassement de la montagne avec deux grues et d'énormes moyens techniques mis en œuvre par un bataillon d'ouvriers. Que se passe-t-il? un bunker? une centrale nucléaire? un arasement de montagne ? Un bonhomme qui lui aussi assistait au spectacle nous dit : « je suis le propriétaire de ce futur chai : celui-là sera le plus moderne d'Alsace »,et il nous propose de le suivre dans son chai actuel où plusieurs clients sont en dégustation. Nous en achèterons seulement quelques bouteilles pour ne pas trop charger Mario, et malgré la présentation soutenue de notre démarche pour l’Étoile de Martin, il n'y aura pas un seul kopeck dans la tirelire. Il en est souvent ainsi avec les gens les plus aisés.

Nous ferons halte pour manger dans un petit resto à St Hippolyte pendant que Mario sera garé dans une impasse.

C'est à travers les vignes que nous rejoindrons notre étape finale. En chemin, nous serons copieusement arrosés par une sulfateuse qui ne s’arrêtera pas pendant que nous passons. Le seigneur chevauchant son tracteur bleu nous aspergera et nous serons complètement imbibés de produit tant bénéfique pour la santé des plantes et donc la notre! Ce vigneron malotru n'aura pas ma reconnaissance et j'éviterai à l'avenir de consommer des vins aussi chargés en produit tellement naturel! Notre parcours sur les crêtes des Vosges et en plaine d'Alsace se termine après ces 230 km de randonnée.

Nous avons découvert la beauté de ce pays, de ses forêts, de ses sentiers et chemins. Les vues splendides nous ont enchantés et après avoir aperçu, près du Hohneck notamment des chamois, des marcassins, des écureuils, des corneilles, des crapauds, des chèvres, des moutons et des chevaux, nous aurions pu faire des signes aux nombreuses cigognes qui juchent sur le haut des toitures.


 

                                                         Jean, rédigé en octobre 2017.

          

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Christine 29/11/2017 19:32

Merci Jean pour ce compte-rendu si vivant qu’on a même l’impression d’avoir marché avec vous!!!Je reconnais là tes talents de conteur.
Affectueusement.Christine

randomulet 04/12/2017 19:17

merci Christine.Dans pas si longtemps tu marcheras avec nous .alors , réjouis toi.
Jean

BYP 29/11/2017 07:22

Petite madeleine de Proust : le café au lait de Saint Nic était servi dans des brocs en métal alu ( forte odeur du café au lait !!!!!! ) , et les plaquettes de choco , découpées en barres , disposées dans des assiettes opaline .

BYP 28/11/2017 23:31

Amis de la Poésie , des Arts et des Belles Lettres , je tire mon chapeau , ou plutôt mon bonnet :
je trouve que l'air des Vosges convient bien à notre cher muletier à l' harmonica . Voila un carnet de route qui , encore , nous ravit . MERCI
ps : super le carré de choco fondu dans la cuillère ; je l'avait oublié celui là !!
Oui , c 'était une bien belle rando .
BYP BYP