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Publié par randomulet

le sentier romantique.

le sentier romantique.

Cela fait bien la dixième année que je parcours ce chemin avec Mario mon compagnon mulet. De long en large, du nord au sud, d’est en ouest, enfin dans tous les sens.

 

Cette année, onze randonneurs avaient souhaité se joindre à nous .Après les défections d’usage, nous nous sommes retrouvés à 7, ce qui est déjà conséquent : il y avait là des membres familiaux ainsi que de bons amis. Ce n’est pas facile de partir ainsi en nombre dans une marche regroupée ; chacun doit faire usage de savoir vivre en groupe sans aliéner sa liberté. Dans ce cas précis, l’ambiance fut excellente comme le temps de cette moitié du mois de Mars 2017.

Etalée sur 5 jours cette escapade fut un plaisir d’autant que le kilométrage très raisonnable nous a autorisés des arrivées en milieu d’après-midi. De surcroit, à cause ou plutôt grâce à quelques marcheurs (au pluriel) présentant des signes évidents de fatigue passagère ou chronique, un véhicule automobile accompagnait le trajet pour transporter éventuellement ici ou là les essoufflés, les forçats de la claudique, les éclairés de l’ampoule ou simplement les fatigués du moment !

Bref, comme tous les ans cette croisière en chemin Berrichon est l’occasion de pratiquer le dégommage ,de reconditionner  l’équipage, de se caler avec l’olibrius ,de se déchiffrer à nouveau avec Mario et tout simplement de  repartir en campagne après quelques mois de froidure et de repos au coin du feu .

 

Dans ce Berry-là, les chemins sont beaux et entretenus. Les paysages sont sereins, calmes  et variés. Très souvent l’homme nouveau n’a pas détruit ce qui caractérise le terroir et un remembrement judicieux nous a laissé les haies, frondaisons, chemins, plantations d’arbres magnifiques que l’on taille parfois hardiment sur les côtés du tronc pour les laisser grandir et dominer ainsi les pâtures. Le bois récupéré  est mis en tas en bordure de prés afin d’être évacué plus tard, en saison sèche, près des habitations pour l’usage du chauffage domestique.

 

George Sand, la bonne dame de Nohant a bien décrit cette belle région dans de nombreux romans tels que les Maîtres  Sonneurs, la petite Fadette, la Mare au diable ou encore Mauprat.

 

Le sentier des maîtres sonneurs c’est la résurgence du roman par la volonté conjuguée d’élus de deux régions, de trois départements, de plusieurs communautés de communes et de communes, mais aussi de bénévoles, de nombreuses associations dont la FFRP qui l’a dénommé GR (chemin de grande randonnée). A noter que ce sentier est accessible en grande partie aux cavaliers et bien sûr aux âniers et muletiers.

Le chemin, malgré la désertification et l’exode rural déjà évoqué dans d’autres récits, est bien achalandé en gîtes d’étape et chambres d’hôtes .Par contre il y a lieu d’être précautionneux  pour la nourriture car mis à part les petites villes traversées, les villages sont maintenant pour la plupart dépourvus d’épicerie.

 

tout fout le camp! misère,misère!tout fout le camp! misère,misère!
tout fout le camp! misère,misère!tout fout le camp! misère,misère!

tout fout le camp! misère,misère!

Pour toi, lecteur attentif, qui n’a pas encore lu le roman de George sans S, je me permets de t’en faire un résumé.

Le roman lie plusieurs composantes : les berrichon et les Bourbonnais, les cornemuses des deux pays, les amours contrariés …Les amis d’Huriel partent de Nohant pour lui rendre visite alors qu’il est très malade. Il y a là Brulette, Joset, Tiennet Depardieu.. .En chemin, lors d’une fête ils rencontrent des muletiers au caractère ombrageux (c’est bien connu) :ceux-ci déclenchent une bagarre comme ils le font souvent en ce temps-là ! De tendresse en histoires d’amour tous sont troublés par les sentiments qu’ils ressentent. C’est alors que l’on confie à Brulette, qui a fait le voyage en bourbonnais, la garde de Charlot un enfant d’un an abandonné par ses parents .Bien entendu, tout le village soupçonne alors Brulette d’être partie en Bourbonnais pour cacher sa grossesse. La fin du roman verra l’amour vaincre les différences et célébrer la musique des maîtres sonneurs.

SUR LE SENTIER DES MAITRES SONNEURS –mars 2017
les cornemuseux Berrichons

les cornemuseux Berrichons

C’est au gîte d’étape de la Motte- Feuilly que le petit groupe se retrouve en fin de journée ce lundi de la mi-mars. Autour d’un bon souper calorique arrosé de Champagne puis d’un excellent Fronsac l’équipe fait connaissance et s’apprête à vivre un moment d’exception en compagnie du mulet fétiche. Lui, il est dans son paddock, tranquille, broutant avec délectation les jeunes pousses d’herbe que ce printemps en avance sur son temps lui offre à foison.

               le château de la Motte Feuilly

Nous ne sommes pas seuls dans ce gîte : il y a là une équipe d’électriciens en chantier dans les environs, il y a aussi des jeunes en formation ou reconversion de tailleurs de pierre .Située à la Châtre  leur école ne possédant pas d’internat, ils sont naturellement hébergés dans ce gîte. Ce dernier était à l’origine l’hébergement d’un centre de formation agricole qui a depuis fermé ses portes. La reconversion en gîte d’étape est largement appréciée des afficionados du sentier car cela faisait défaut sur ce tronçon. Sa particularité : des petites chambres individuelles quasi monastiques prêtant en ce début de randonnée, à la rêverie ou à l’introspection suivant son état d’âme du moment !

le gîte ,côté Est ,

le gîte ,côté Est ,

Le lendemain matin, nous préparons Mario, « le bâtons » léger, le harnachons, le chargeons de quelques sacs afin de partir vers 9 heures pour Sarzay, petit village, certes situé en dehors du classique sentier des maîtres sonneurs mais valant le détour car doté d’un très beau château féodal. Comme je vous l’indiquais tout à l’heure, ayant avec nous un véhicule « ramasse trainards », nous n’avons pas chargé inutilement le mulet  qui en ce premier jour de  voyage marche d’un trop bon pas ,laissant ainsi la bonne excuse à deux indigents de se faire transporter gratis pro deo.

le chateau de Sarzay dans la brume matinale
le chateau de Sarzay dans la brume matinale

le chateau de Sarzay dans la brume matinale

Les chemins sont encore bien détrempés et, délaissant Mario pour la matinée, je conduis pour me reposer d’une marche non effectuée, je  m’engage témérairement avec le véhicule dans une traîne très pentue où les ornières des tracteurs ruissellent abondamment. La voiture glisse de droite à gauche et patine même en descendant .Cela m’oblige à plus de discernement envers une  aventure qui risque de se terminer tragiquement. Il faut renoncer, s’arrêter, faire demi-tour entre un large fossé et une mare de boue et de feuilles mortes. La manœuvre est difficile, mais le plus dur reste à faire : il nous faut alors remonter sur ce chemin spongieux et souple comme une éponge. Serrant les fesses et le volant, me voilà multipliant les tours minutes  en train de gravir en godille lentement, très lentement ce chemin du diable vauvert laissant derrière moi deux belles saignées causées par les pneus. Parfois je sentais que le bas de caisse labourait franchement le terrain .Par une chance inouïe, je sortais enfin vainqueur de  cette épreuve, du moins le croyais-je innocemment. A cet instant, me revenait l’expression de Géronte dans les fourberies de Sapin « mais qu’allait-il faire dans cette galère ? »

bigre de bigre!

bigre de bigre!

Dans l’après-midi, nous arrivons à la chambre d’hôtes tenue par des hollandais reconvertis en éleveurs de moutons .Ici tout est un peu brouillon mais l’accueil est sympathique .Jozé propose que Mario passe la nuit dans un petit enclos situé derrière la maison. Cela me parait difficile car il n’y pas d’herbe, rien que de la mousse et de très belles orties. « Il n’aime pas les orties votre âne ? » je grommèle que « c’est toute la différence entre un mulet et un canard ».Puis nous négocions et trouvons une bonne solution pour la nuit de Mario dans le pré voisin où l’herbe abondante le ravit.

La soirée est un peu fraîche et nous demandons du bois pour faire une flambée dans la cheminée. La brouette de bois pourtant facturée 10 euros nous sera gracieusement offerte par Bram la propriétaire. N’ayant pas de papier pour allumer ce feu le maître des lieux nous a fourni un stock de rouleaux  usagés de papier Q. Comme quoi ce qui est usagé peut servir à l’usage. Le soir, nous nous offrons un véritable récital de chansons sorties d’un carnet de chants des années 60. Accompagnés par l’harmonica ces chants connus de nous tous nous font du bien tant nous nous les chantons avec force et vigueur ; Graeme Allwright avec Suzanne, buvons un coup à l’amitié, l’amour, la joie…-Hugues  Aufray avec ses nombreuses ballades...-Georges Brassens avec une bonne partie de ses chansons…-sans compter toutes celles apprises en colos, aux cœurs vaillants au patro ou en pension ! Merveilleuse soirée valant largement  les radios crochets télévisés de maintenant.

de tout notre coeur!

de tout notre coeur!

Ce mercredi, après les préparatifs muletiers d’usage alors que la petite troupe prend le départ, un incident mineur surgit dans le véhicule de secours. Un témoin rouge et bruyant signale une anomalie. Il nous faut dare-dare faire route vers La Châtre pour mettre en examen ce véhicule capricieux qui nous fait signe que rien ne va plus dans « les freins » .Je sais maintenant que la résultante de ma chevauchée fantastique de la veille dans le chemin bourbeux et pentu est la déconnection  par arrachage des témoins de frein. Grâce à l’action rapide et efficace de la station « profil plus pneus »l’affaire sera entendue en deux temps trois mouvements.

Pendant ce temps-là, les marcheurs marchent …Nous, les automobilistes fatigués, nous les attendons devant l’église de Nohant en ayant préparé le pique-nique .Un petit air d’harmonica les accueille ! Plus tard, c’est tranquillement après  avoir pris le café au restaurant « la petite Fadette »  que nous nous dirigeons vers la Berthenoux en passant à la Colterie entre Saint Chartier et Verneuil en Igneraie. Là, nous découvrons le vaste cirque où la vue porte à plus de 20 km : il s’agit de la bien nommée « Vallée Noire ».c’est George Sand elle-même qui nous explique pourquoi cette grande vallée porte ce nom : « Toutes les hauteurs sont boisées, c’est ce qui donne à nos lointains cette belle couleur bleue, qui devient violette et quasi noire dans les jours orageux »

la petite église de Nohant avec son caquetoire.

En cette fin d’après-midi, avant d’aller manger chez Jacqueline le seul commerce du village, chacun s’active à des tâches diverses : entretien du mulet, nettoyage des cuirs,  lecture ,regards croisés sur la carte IGN, détente devant les informations locales et régionales mais aussi découverte des manipulations et autres réjouissances électoralistes qui nous attendent  pour dans 3 mois, douches de paroles et douches au sens propre, et autres ablutions.

pas d'accord? jveux voir moi aussi la carte et le futur roi de France!
pas d'accord? jveux voir moi aussi la carte et le futur roi de France!
pas d'accord? jveux voir moi aussi la carte et le futur roi de France!

pas d'accord? jveux voir moi aussi la carte et le futur roi de France!

Chacun s’endort en pensant très fort au fameux curé de la Berthenoux qui calmait les possédés  venant de toute la France : et moi de me réciter une fois de plus en pensant à Villon « car, si pitié de nous pauvres, avez.. ».Mais l’exorciste n’exerce plus !

l'église de La Berthenoux,mais son curé n'est plus là

Nous voilà repartis vers Chateaumeillant .En chemin, nous nous arrêtons à Thevet- Saint- Julien pour y trouver du pain mais aussi pour contempler les sculptures de l’abbé Aymon curé de cette église durant 45 ans : les grosses portes de chêne, l’intérieur ainsi que la tribune et les statues. C’est un travail original et digne d’un artiste de talent. Ce brave curé ramassait également  lors de ses pieuses promenades des racines aux formes bizarres  qu’il travaillait pour les rendre encore davantage surprenantes : elles sont exposées dans la boutique de l’office de tourisme.

SUR LE SENTIER DES MAITRES SONNEURS –mars 2017

Il me semble bien, quoique n’en étant pas très certain, que c’est par là que nous avons rencontré le facteur. Tous les ans, je rencontre le même facteur vers les coups de midi au même endroit à l’embranchement de deux allées et chemins. Cette année, il est arrivé sans bruit ,conduisant une voiture électrique .Tout fier de montrer son hybride et de nous rencontrer à nouveau nous avons échangé quelques mots ,sur le temps qui passe, sur l’âge de la retraite ,sur les fermes qui se tarissent petit à petit, sur le temps et le dérèglement climatique puis nous sommes repartis chacun de notre côté en nous souhaitant « Allez ,à l’année prochaine ! » Je l’aime bien ce facteur !

 

En cette journée le ciel nous est toujours  clément, même beau .Puisque les arbres n’ont pas encore leurs feuilles, le soleil pénètre profondément jusqu’au plus profond des creux chemins .Nous en profitons bien lors de notre halte  près de l’église et du château de Montlevicq en nous laissant nous alanguir sur la pelouse.

très bel ensemble à Montlevicq

SUR LE SENTIER DES MAITRES SONNEURS –mars 2017

Je crois bien que c’est un peu plus loin en longeant un immense champ de semis  de féveroles que nous avons croisé un puissant tracteur pulvérisant un quelconque  brouillard. Rapidement, nous bifurquons afin de ne point être gênés par les effluves .L’agriculteur tout proche de nous maintenant, arrête son tracteur, en descend, puis vient vers nous  pour nous dire de ne pas nous effrayer et que nous ne risquons rien car le produit ainsi déversé n’est pas un pesticide ni un produit phytosanitaire mais un produit naturel d’oligo- éléments.il souhaitait ainsi nous rassurer mais aussi faire connaissance avec la drôle de bête qui nous accompagne. Grâce à ce paysan soucieux d’écologie, nous avons évité de passer dans un chemin privé non signalé dont le propriétaire est une « teigne » reconnue dans toute la contrée ; « ça vous évitera bien des embêtements ! » Il faisait bien chaud ; c’est sûrement en empruntant un chemin autorisé, qu’en retirant ma chemise j’ai perdu mes lunettes de soleil : malgré un retour en arrière et une recherche rapide j’ai fait à regret une croix dessus : c’est ainsi qu’elles s’usent !

Mario est un habitué de l’étang Merlin et de ses espaces verts, et nous des chambres du gîte d’étape. C’était déjà notre dernier soir de ce petit voyage de mise en jambes et pour masquer notre tristesse nous avons rendu visite à « la Goutte noire » restaurant réputé de Chateaumeillant qui tient son nom de la petite rivière traversant la bourgade. Un petit plaisir que nous avons consommé en dégustant le champagne offert par Agnès à l’occasion de ses 40 ans. Merci Agnès.

 

Le lendemain, la matinée ne fut qu’un trait d’union pour retrouver notre point de départ.

Rapide mais intense  cette première sortie de l’année fut, je vous l’assure, d’une grande richesse pour trois principales raisons ; les participants, Mario, le Berry.

Si tout va bien, nous repartirons en 2018.

                                                                                                Jean en avril  2017

 

Commenter cet article

byp byp 20/04/2017 21:06

Merci Jean : 10 ans de pratique du Sentier des Maîtres-Sonneurs !!!! , et tu prends toujours un grand plaisir à le partager, à le faire découvrir ou redécouvrir, à le faire aimer ....
Et , cerise sur le gâteau , nous le revivons grâce à ton compte-rendu , sympa et agréable . Monsieur le muletier de grands chemins , nous reviendrons avec plaisir en 2018 , si toujours en forme ...Alors , toi aussi , prend soin de toi.
BYP BYP

randomulet 21/04/2017 21:14

merci BYP BYP pour ce commentaire qui me ravigote.