Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par randomulet

SUPER MARIO,  LE MULET VOYAGEUR.

Entre Aix la Chapelle et les Ardennes

Six heures trente. Pour Mario, c’est le départ en van rouge. 10 heures de voyage, entrecoupées de pause pipi et café. C’est long cette dizaine d’heures en compagnie d’un mulet, d’autant que nous ne nous  trouvons pas dans le même compartiment. Je comprends bien pourquoi, après un tel périple, il hésite à monter gaiement dans le bocal rouge à 4 roues. Avant le départ, voyant l’engin, le stress favorise la libération spontanée et abondante d’une diarrhée bienfaitrice, puis il se résigne à monter avec hésitation pour enfin s’installer bien campé sur ses postérieurs et s’autorise à plonger goulûment son museau dans le seau. Un mélange concassé de maïs, d’orge et d’avoine. Tout le long du voyage Mario grignotera le foin enfoui dans le filet pendu au plafond du van.

Dans ma motrice, je ne suis pas seul. J’ai avec moi 3 blablacaristes que je n’ai pas osé installer avec le mulet dans l’attelage subalterne, même s’il y avait un peu de foin à manger ! Certains me tiendront compagnie jusqu’à la frontière franco-Belge. Ce fut pour nous tous un beau voyage bien que je n’ai pas toujours compris les blagues de Richard tant les décibels du moteur diesel polluant sont actifs lorsqu’on dépasse les 90 km à l’heure ! Ce voyage autoroutier nous a conduits à l’orée d’Aix la Chapelle, départ de notre randonnée vers les Ardennes françaises. Celle-ci  se déroule sous les couleurs de l’association- l’étoile de Martin ; «espérer et grandir sans cancer», et vise à sensibiliser le public rencontré sur les cancers de l’enfant.

En cours de route, nous avons «récupéré» deux jeunes picardes qui nous ont accompagnés dans ce pays  d’Austrasie.

Pour une large part nous avons emprunté la voie Mosana, itinéraire Jacquaire reliant l’Allemagne aux Ardennes françaises, en suivant la Meuse, et qui se poursuit au sud vers Vézelay, en passant par Reims.

Charlemagne : le fils ainé de Pépin le Bref et de Berthe au long pied, roi des Francs, des Lombards et empereur d’Occident fit d’Aix- la- Chapelle sa résidence privilégiée, où il organise son vaste empire, qu’il veut catholique en contrôlant administrations et évêques, avec l’aide des fameux «missi dominici».

-Pourquoi partir d’Aix-la -Chapelle? :-Eh bien j’vais vous l’dire.

Depuis très longtemps, je souhaitais découvrir cette ville légendaire, rester un long moment dans la chapelle palatine à regarder les fresques, statues, mosaïques, chapiteaux en marbre, le lustre de Barberousse, dit « la Couronne des lumières », colonnes de Porphyre et de granit, châsse et trône de celui qui, à sa mort, a vu son âme arrachée des griffes du démon par l’apôtre Jacques en personne. Je souhaitais découvrir le Dom qui a inspiré par son architecture (plus modeste il est vrai) une des plus anciennes églises de France située à Germigny-des-prés, oratoire Carolingien non loin de l’abbaye de Fleury, à Saint Benoît sur Loire.

oratoire de Germigny des prés

oratoire de Germigny des prés

La cathédrale de AachenLa cathédrale de Aachen
La cathédrale de AachenLa cathédrale de Aachen

La cathédrale de Aachen

Par ailleurs, Aix -la -Chapelle a toujours été considérée comme l’une des plus importantes étapes de l’est de l’Europe ; de ce chemin qui conduit via Vézelay et le Puy, vers Santiago de Compostela,  en suivant le camino Frances, depuis Saint Jean Pied de port.

La légende ne dit-elle pas que Jacques le Majeur apparaît un soir à l’empereur et lui dit : «la route étoilée que tu as vue dans le ciel signifie que tu iras en Galice à la tête d’une grande armée, et qu’après toi, tous les peuples s’y rendront en pèlerinage… ».

A ce stade de ma vie, il me paraissait vital de fouler le nord de ce sentier Jacquaire, pour parfaire ma  connaissance du vaste réseau des chemins de Saint Jacques, qui autrefois sillonnaient l’Europe.

Ce voyage sera aussi et surtout l’occasion de rencontrer des hommes et des femmes d’exception. Les étapes ont été construites en grande partie grâce aux membres de l’association des amis de Saint-Jacques, et en particulier grâce à Emile, ânier de renom, ayant à son actif bien des jours de marche.

Je me souviens de Betty qui nous a conduits près de Moresnet,  afin de faire connaissance de Rémy et de Véra. Ces jeunes agriculteurs ont accepté avec enthousiasme de garder Mario la première nuit dans un pré planté de pommiers, que l’animal ne devait point dégarnir. Qu’à cela ne tienne : nous avons entouré les arbres fruitiers d’une clôture afin que le goulu n’y goûte guère.

Ecolo, astucieux et vaillant Rémy tient un petit élevage de vaches laitières, et allie avec bonheur tradition et techniques modernes dans le respect de l’environnement (comme on dit).Il y a même une grosse truie qui circule en liberté dans la cour et les communs de la ferme pour le grand étonnement des vacanciers utilisant le gite et les chambres d’hôtes. C’est dans cet endroit plein de charme paysan que nous avons laissé le véhicule nécessaire pour le retour et que nous avons bâté le mulet le matin du 21 juillet. J’étais alors sur la défensive sachant tout l’amour que les chevaux et Mario en particulier portent  à la race porcine : serait-ce à cause de l’odeur ?ou plus vraisemblablement du grognement ? Les anecdotes ne manquent pas lors des rencontres fortuites en Corrèze en 2008, lors du tour du Pas- de- Calais en2009 ou bien encore en tête à tête avec un cochon noir pourtant peu agressif. Mais c’est ainsi, Mario craint le cochon et risque de faire le grand cirque en faisant le clown lorsqu’il croise ce bel animal. Mais heureusement, ce jour-là, tout s’est bien passé.

en libertéen liberté

en liberté

avec Bettysur le chemin menant au golfA Henri-Chapelle, Betty héberge volontiers les pèlerins de passage. Elle et son mari ont fait plusieurs fois le voyage vers Compostelle. En ce moment dans une annexe de leur maison, ils hébergent des migrants. Le lendemain, ils nous rejoindront avec leur petite fille dans le bois de Hess derrière le terrain de golf pour partager notre repas, mais surtout pour faire connaissance avec Mario en tenue de voyage ! De là, en passant par les Biolles, nous filerons vers Clermont-sur-Berwinne où nous sommes attendus au presbytère par Renée.

Durant cette étape nous avons pu admirer le grand viaduc de Moresnet (1300 m.de long et 68m.de haut) construit par les allemands pendant la guerre 14/18.C’est vraiment une belle architecture impressionnante par sa taille. Nous passons sous ce bel ouvrage démoli à deux reprises lors de la dernière guerre puis à chaque fois reconstruit. Au-dessus de nous s’élève un « mécano » vertigineux. Sans nous attarder, nous passons devant le « musée de la Gueule »du nom de la petite rivière du lieu et non pas de ce que vous pourriez penser. Ce musée retrace l’histoire d’un des plus grands gisements de zinc de toute l’Europe. Zinc exploité ici jusqu’à la fin du XVIII siècle pour la fabrication du laiton.

Clermont sur Berwinne

Ce soir-là, nous nous sommes sustentés dans le seul commerce du village : un petit restaurant rempli de bruyants convives heureux de pouvoir suivre en direct l’un des matches du mondial de football.  Après un tour salutaire dans ce charmant village, j’ai  rejoint  le matelas  pneumatique  sous gonflé pour affronter une nuit houleuse pendant que Mario dégustait l’herbe d’un curé depuis longtemps absent de ce gîte.

place Saint Lambert.Palais des princes-Evêquesplace Saint Lambert.Palais des princes-Evêques

place Saint Lambert.Palais des princes-Evêques

Ce vendredi, une belle étape initialement de 25 km devait nous mener à Liège. En fait, ce fut plutôt plus de 35km que le compteur du GPS totalisa. En Belgique, de nombreuses voies de chemins de fer désaffectés ont été transformées en voies vertes, il en est de même sur les anciens chemins de halage en bord de Somme par exemple. Ces chemins se nomment « Ravel ».

Ravel

Ravel

Ce matin-là, après avoir pris le petit déjeuner chez Renée, nous avons comme souvent nettoyé les 7 paquets de crottin que nous avons pris soin de dissimuler derrière la haie de bambous, puis enlevé et rangé la clôture dans le sac prévu à cet effet, puis pansé Mario avec l’aide d’une jeune fille très éprise du mulet et qui aime beaucoup les chevaux.

Cette nouvelle présence quelque peu intrusive mit le mulet sur la défensive et je redoublais d’attention craignant qu’il « fasse quelques manières à sa façon ».Une fois bâté ,nous avons fait tous les deux un petit tour dans le jardin de curé afin qu’il se dégonfle et nous sommes partis en passant devant la belle porte cochère de l’ancien château avant de nous engager sur le Ravel 38.

La tour de l'ancien château

La tour de l'ancien château

Des défenses datant de la dernière guerrePremier arrêt  dans les terrains en friche de l’ancienne gare de Battice. Nous en profitons pour ressangler, car maintenant Mario s’est relâché et je ne souhaite pas que le bât tourne : cela m’est déjà arrivé en montagne, et cette négligence peut avoir des conséquences catastrophiques. Dans ces cas-là, il faut agir vite, très vite car le mulet panique et adopte un comportement irrationnel et dangereux pour lui-même et le muletier. Une telle expérience reste profondément  inscrite dans nos deux têtes .Pour cette raison, cet enseignement  reste fondamental.

A Micheroux, avisant une sorte de bar, nous avons fait halte pour prendre le petit café du matin. Les vieux attablés, sirotant leur petit blanc ou leur grosse pinte, la casquette vissée sur leur tronche ont longtemps dévisagé dubitativement notre drôle de mulet avant d’engager la conversation sur le chemin à emprunter pour rejoindre la « rue du diable ». Après bien des bifurcations  et de lacets nous apercevons la vallée de la Julienne. Nous ne sommes plus très loin de Jupille-sur- Meuse gros faubourg de Liège. Notre topo- guide conseille alors pour éviter la route de « s’engager dans le chemin de campagne qui part vers la droite au pied d’un crucifix de 1756.Suivre ce chemin sur 750m ».Nous nous engageons sur ce chemin étroit, bordé sur main droite d’un grillage surmonté d’un barbelé  et sur main gauche d’un épais roncier et d’épines noires. Plus nous avançons et plus le chemin devient sentier .La pente s’accentue en même temps qu’une abondante végétation hirsute nous gêne dans notre progression. Petit à petit, la sente se rétrécît jusqu’au moment où le mulet bâté ne peux plus avancer .Il est maintenant Coincé, les caisses accrochent le fil de fer barbelé, déchirant la toile .Mario se sent prisonnier et s’affole, il tente de forcer le passage mais rien n’y fait et plus il essaye de se dégager, plus les taillis et les ronces que j’imaginais plus souples se coincent entre la couverture, le bât et le dos de Mario. Nous sommes dans une situation difficile et la première chose à faire est de calmer le mulet faute de quoi tout peut exploser tant sa force est grande. Je crains pour mes deux accompagnatrices et leur demande de s’éloigner de cette mauvaise scène. Maintenant immobile pour un court instant, je caresse doucement le museau de Mario en lui parlant fermement et avec douceur .Rappel au maître, il doit maintenant obéir sans réfléchir, se laisse aller à une obéissance absolue. Avec l’aide d’Anne, nous retirons les branches qui se sont fichées sous le harnais et nous entreprenons de le faire reculer droit derrière. Mais lui essaye de  reculer en biais, calant ainsi les équerres et les caisses contre les piquets de la méchante  clôture. Que faire ? Impossible de débâter  car je ne peux accéder aux côtés de l’animal. Alors il me faut faire des manœuvres : un peu devant, un peu à droite, un peu en arrière, un peu par ici pour désenclaver. C’est en tirant la queue sur l’amont que nous pouvons nous dégager et reculer de deux mètres dans un endroit ou le taillis est légèrement moins dense  permettant ainsi de faire un demi -tour sur place, les quatre pieds étroitement rassemblés :une vraie danseuse étoile .Ouf ,nous pouvons rebrousser chemin et retrouver l’asphalte en déclinant  les plus fameux jurons muletiers que le capitaine haddock ou François Rabelais m’ont si gentiment communiqués.

Aucunes photos de cet incident

La traversée de Jupille est difficile et longue .Les rues y sont étroites et pentues. De plus le sol est glissant et Mario esquisse souvent des pas de danse en faisant claquer ses sabots  pour se remettre en équilibre. Dans ces cas-là, Anne dit que c’est un bon mulet. A notre passage quelques rideaux s’entrouvrent et une fenêtre s’ouvre .Un dame vient s’inquiéter de la fatigue du « cheval »et propose un peu d’eau .Je profite de cette pause pour lui demander l’autorisation d’utiliser ses commodités, car nous n’avons pas vu d’endroits discrets  dans les rues. Cette dame en profite pour me raconter sa vie et me dire tous les malheurs qu’elle a encourus. Je compatis  bien sûr et ai bien du mal à me séparer d’elle d’autant qu’elle se met à pleurer, me redisant son mal-être. Cet épisode m’a vidé et j’ai l’impression que tous mes meilleurs ions sont partis vers elle. Il est temps de repartir et de recharger les batteries !

le palais des princes-Evêques--Palais provincial
le palais des princes-Evêques--Palais provincial
le palais des princes-Evêques--Palais provincial
le palais des princes-Evêques--Palais provincial

le palais des princes-Evêques--Palais provincial

Enfin, nous arrivons à Liège et empruntons le piétonnier qui longe le quai Sainte barbe. Bien sûr, c’est là, devant une péniche /habitation que Mario décide de déposer son crottin. Vite, il me faut user de la pelle et du sac pour évacuer l’immondice tout en en jetant subrepticement une lichette dans l’eau de la Meuse…

Nous arrivons ensuite au centre de la ville et pouvons admirer place Saint Lambert le palais des princes-Evêques et le palais provincial dont Victor Hugo disait « je n’ai vu nulle part un ensemble architectural plus étrange, plus morose et plus superbe »Cet ancien palais est l’actuel palais de justice et le siège du gouvernement provincial. C’est une composition de Renaissance italienne, d’éléments gothique et de façade du XVI, XVIII et du XIX siècle. C’est là qu’un Liégeois s’est approché de nous et nous a guidé dans l’histoire, la vie, l’architecture de la ville jusqu’à nous mener dans la rue des pierreuses ou nous attendait l’ami Didier. Merveilleux endroit situé à la fois au centre et en hauteur de la ville à l’emplacement même de l’ancienne fortification. Dans cette villégiature citadine Mario  fait la connaissance avec deux ânes belges avec lesquels il s’accommode tant bien que mal. Là, nous faisons connaissance avec  Emile qui m’a aidé depuis internet à construire ce voyage puis sommes reçu chez Laurent personnage de légende lui aussi grand marcheur en Europe. Le repas qu’il nous offre sur son bout de jardin suspendu tient de la magie et du pantagruélique, puis nous allons dormir dans sa très étroite maison jugée à flanc de rempart. Souvenirs  inoubliables se partageant entre la chaleur des personnages et de la curiosité du site.

une partie de l'équipe Liégeoise

une partie de l'équipe Liégeoise

Sur les quais de la Meuse, un fourgon s’arrête et fait brusquement marche arrière pour se mettre à nos côtés. Le conducteur vient à notre rencontre et s’inquiète de notre démarche puis essuyant une larme, met un billet dans la tirelire portée par Mario. Ce Gérard-là a flirté avec le cancer et tiens à nous soutenir ; émotions toujours.

Au matin, après le battage traditionnel et bienveillant, Laurent et Emile nous proposent de nous accompagner jusqu’à la sortie de la ville, mais en nous arrêtant chez un autre personnage haut en couleur, Georges Meurs. Ce dernier, lui aussi jadis, super grand marcheur et moult fois pèlerin vers Santiago, m’avait proposé de garder Mario dans sa petite cour pour la nuit, ce que j’avais finalement décliné pour opter vers la villégiature de Didier. Georges habite loin dans le faubourg sud, vers Kinkempois. Son accueil est franchement convivial à tel point que je me surprends à accepter une pinte de bière belge : il n’est pas 10 heures ! Ce sont les vicissitudes du voyage ! Et pendant ce temps-là, Georges nous conte les bienfaits de la sainte vierge Marie qu’il vénère de tout son être.

merci Gérard! le gars sorti du fourgon.

merci Gérard! le gars sorti du fourgon.

Aujourd’hui  samedi nous devons rejoindre Saint Séverin distant de plus de 30 km et qui en fait sera plus proche des 40km.Une longue marche  qui nous épuisera .Durant cette journée Christine la picarde montrera des signes de fatigue et demandera souvent comme les petits enfants dans l’auto qui fait un long voyage : « dis, quand est-ce qu’on arrive ? »À vrai dire une journée éprouvante pour nous trois ; beaucoup de routes, de carrefours, une traversée forestière interminable, un contournement de l’université, un autre évitement du centre hospitalier universitaire, une déviation par le terrain de golf, puis un retour en forêt avec sur le chemin un arbre couché en travers nous obligeant d’explorer un nouveau tracé. Il pleut et nous cherchons un endroit abrité pour nous sustenter ; la terrasse d’un restaurant fermé fait l’affaire .Puis nous reprenons le chemin qui nous semble bien long et lorsque nous apercevons au loin dans la plaine  le clocher de l’église romane de Saint Séverin- en- Condroz, nous avons encore 2 bonnes heures de marche. Pour éviter la grande route nous empruntons les chemins boueux à travers champs, ce qui allonge encore un peu plus notre fin de journée. Enfin ! Nous arrivons à l’étape, la glaise colle à nos souliers mais sommes étrangement heureux de notre saine fatigue.

variétés des paysages.variétés des paysages.
variétés des paysages.variétés des paysages.

variétés des paysages.

entre deux étangsSituée sur une légère éminence, l’église de St Severin se mire dans l’eau de 2 étangs. Cet édifice dont la qualité architecturale romane de type clunisien bourguignon date des années 1140 fut d’abord le siège d’une communauté de moines Bénédictins puis vers 1500 cédée aux jésuite de Liège qui la conservèrent jusqu’à leur suppression en 1773.

la sortie de messe(sans les paroissiens):je n'ai pas osé les photographier.

la sortie de messe(sans les paroissiens):je n'ai pas osé les photographier.

Après avoir fait la connaissance de  Marie Paule notre hôte d’un soir, nous prenons rapidement nos quartiers dans le presbytère et établissons, sous le gardiennage de deux magnifique paons noirs, le paddock de Mario .Le nettoyage des cuirs se fait en toute hâte car le repas est annoncé pour 19 heures 30. Marie Paule nous attend dans la très belle ancienne ferme des moines en compagnie de son fils, sa belle-fille et de la petite. Détails et questions sur notre périple, puis un bon repas nous est proposé sous le signe de la miséricorde. L’atmosphère est chaleureuse et extrêmement conviviale, mais je romps le charme de cette soirée en demandant à me retirer pour aller me coucher car la fatigue m’a rattrapée et je tombe de sommeil. Par convenance, les filles font bonnes figures et continuent la conversation. Ce ne sera pas long, car à peine couché, je les entends déjà s’installer dans leur chambre. Il est 21 heures et nous dormons déjà.

 

La commanderie de Villiers le Temple

La commanderie de Villiers le Temple

Nous sommes dimanche .Tout le hameau est venu saluer notre départ. Nous marchons d’un bon train et Mario est en forme .Il nous donne de la tonicité dans ce beau matin ensoleillé. Je crois bien que c’est à Villiers-le-Temple à environ 6 km de notre départ que nous nous sommes arrêtés pour prendre un café-chocolatine au bistro situé en face de l’église en profitant ainsi de la sortie des nombreux paroissiens. Jusqu’à Huy le chemin est agréable, nous passons à proximité de la pittoresque chapelle St Loup, couverte de lierre qui au XVIII siècle était un lieu de pèlerinage très fréquenté. Plus loin, à La Satre, nous longeons un parc d’attractions qui est aujourd’hui un lieu très attractif. Les temps changent! Nous en profitons pour nous rafraîchir en nous faisant tirer le portrait par des troisièmes âges.

chapelle des 7 douleursNous arrivons sur HUY par une longue descente goudronnée en suivant le chemin des chapelles. Ce sont 7 remarquables stations du XVII siècle rappelant les sept douleurs de la vierge.

Je ne savais même pas en empruntant cette voie Jacquaire au profit de l’étoile de Martin que la ville de Huy existait !magnifique joyau dont Victor Hugo (encore lui) décrivait la beauté.

Entre Aix la Chapelle et les Ardennes

Il n’y a pas que la Meuse, il y a également la collégiale Notre-Dame  ou nous nous sommes arrêtés longuement pour détailler le portail sud avec le célèbre tympan dit le Bethleem du XIV siècle représentant des scènes de la nativité. La crypte présente elle aussi un intérêt certain et enferme un trésor dont certains se plaisent à penser qu’il est unique en son genre. Une magnifique et très rare exposition du sculpteur  Balthazar nous a permis d’admirer plusieurs œuvres en bois polychrome d’une rare beauté, mais a eu l’effet de nous retarder dans notre cheminement :on ne peut pas tout avoir et il faut savoir prendre le temps ,le temps nécessaire et suffisant pour jouir du temps !

Après une très longue montée sur une route bien fréquentée, nous sommes arrivés à nos chambres d’hôtes, chez Adeline. Une fois de plus nous  avons été reçus comme des vice-rois et reines.

Remarques :    - Longeant la Meuse  sur le Ravel durant ce voyage muletier, nos  gîtes du soir se sont très souvent trouvés sur les hauteurs, faisant haleter Christine et Anne  en fin de nos journées de Marche.           - La quasi-totalité de nos hébergeurs n’ont pas souhaité être payé de leur prestation et ont demandé que nous mettions cette somme dans la tirelire Marionesque pour contribuer à la lutte contre les cancers de l’enfant.

Ici,on respecte les plantations et les chaussures!Lundi matin, après un petit déjeuner copieux et les rituels exercices autour du mulet nous sommes partis de bonne humeur vers Andenne .A la demande expresse de Christine nous avons remonté la Meuse par le Ravel plutôt que de suivre le GR qui grimpe et descend ici et là. Cela nous a permis d’admirer les belles villas et demeures le long de ce magnifique fleuve. Nous opterons d’ailleurs pour cette option sur le reste de notre chemin. Sur cette partie de la Belgique, la Wallonie semble aisée et cossue et ses paysages ne ressemblent en rien au plat pays chanté par Jacques Brel. La vallée de la Meuse est belle, souvent encaissée, bordée de bois et de prairies et la promenade vaut vraiment le détour.

La vallée de la Meuse est vraiment belle.

La vallée de la Meuse est vraiment belle.

Point culninant dela Wallonie.

Point culninant dela Wallonie.

Après avoir fait un petit tour en ville, nous nous sommes dirigés vers notre accueil du soir : chez Marie qui nous reçoit en toute simplicité mais avec beaucoup de chaleur dans sa maison en prêtant la chambre de la petite fille. Le mulet quant à lui va dormir et surtout manger dans le jardin de la voisine : madame bonne maman. Les échanges de cette soirée sont une fois encore d’une grande fraternité.

Le rocher aux Corneilles dans le massif "du grand Bon Dieu"Nous sommes maintenant sur la province de Namur et notre progression sur le Ravel s’effectue sans peine. Tout le long du fleuve, de nombreuses colonies d’oies Bernaches sont tranquillement installées au soleil. Nous rencontrerons ainsi plusieurs centaines de ces grands oiseaux migrateurs au cou noir.

Nous faisons une halte documentée à la « Roche aux corneilles »dans le massif du Grand bon Dieu qu’escalada le roi Albert Ier de Belgique, pour y trouver la mort, après une chute mortelle, en 1934. Une simple plaque de bronze scellée au flanc du rocher meurtrier commémore la fin du royal alpiniste.

La plaque indique l'emplacement de la chute mortelle du roi Albert I°

La plaque indique l'emplacement de la chute mortelle du roi Albert I°

Namur, capitale de la Wallonie. En devenant fédérale, la Belgique a renforcé le pouvoir des régions et la Wallonie a héritée de nouvelles compétences. Elle a maintenant ses propres parlementaires qui approuvent des décrets équivalant aux lois du parlement fédéral. Nous avons longuement déambulé et flâné dans la ville avec Mario créant parfois l’attraction, mais cela était nécessaire tant cette ville est séduisante et que nous pensions être déjà arrivés au centre équestre Centauria chez Adeline. Nous le pensions à tort car une fois de plus la montée vers Adeline fur longue et rude.

Entre Aix la Chapelle et les Ardennes

C’est à Namur que la Sambre et la Meuse se confluent.au pont des Ardennes on peut admirer l’étonnante sculpture du  cheval Bayart transportant les quatre fils Aymon. Plus loin, la tour du Beffroi, ancienne tour Saint Jacques, et bien sûr la cathédrale Saint Aubin dont nous avons fait le tour faute de pouvoir nous y introduire avec le mulet. Près du théâtre, alors que nous dégustions une bonne bière belge, le journaliste du journal La Meuse est venu nous tirer le portrait ce qui a provoqué la curiosité des passants : ce n’est pas tous les jours qu’un mulet vient battre le pavé de Namur !

les 4 fils Aymon chevauchant Bayard sous le regard de Mario.
les 4 fils Aymon chevauchant Bayard sous le regard de Mario.
les 4 fils Aymon chevauchant Bayard sous le regard de Mario.

les 4 fils Aymon chevauchant Bayard sous le regard de Mario.

Adeline, après avoir installé le mulet dans un de ses parcs, nous a conduits en auto dans sa maison où nous avons fait bombance et surtout dégusté des vins millésimés et de multiples bières de tradition. Nous avons ainsi grâce à Éric son mari, éminent sommelier, découvert les différentes bières d’abbaye ou trappiste. Ce qui est loin d’être la même boisson. Les bières trappistes doivent être produites au sein même d'une abbaye cistercienne. Influencée par l'image d'authenticité et de tradition projetée par les bières trappistes, la croyance populaire pense parfois que les moines se chargent encore directement du brassage. Or, la production de la bière est généralement réalisée par des laïcs employés au sein même de l'abbaye, et ce en raison de l'émergence de la professionnalisation dans le domaine brassicole. Cependant, les moines gardent un véritable contrôle sur la gestion et la direction stratégique empruntée par la brasserie.

A la bonne vôtre.La bierre est nourrissante,mais n'abusons pas ,tout de même!
A la bonne vôtre.La bierre est nourrissante,mais n'abusons pas ,tout de même!

A la bonne vôtre.La bierre est nourrissante,mais n'abusons pas ,tout de même!

Le goût des bières trappistes diffère selon la marque (6 au total), mais elles présentent généralement une forte teneur en alcool (de 6 à 12% de volume d'alcool), et sont refermentées en bouteilles.

Il existe aujourd'hui 23 marques de bières belges d'abbaye reconnues et plus de 90 bières différentes. Une bière belge d'Abbaye reconnue est une bière jouissant d'une protection collective soumise à certaines conditions et ne pouvant être utilisée que par les membres de l’Union des Brasseries belges. Cette protection se matérialise sous la forme d'un logo apposé sur l'étiquette de chaque bière belge d'abbaye reconnue. Ce logo représente un verre de bière devant un vitrail stylisé. Ainsi notre voyage  nous comble de nouvelles connaissances !

Le matin quelques courbatures dues au matelas pneumatique ou aux nombreuses dégustations  me rappelèrent que marches, boissons et lit de camp ne font pas forcément bon ménage !

Ce mercredi fut une nouvelle fois une promenade le long du Ravel pour arriver, en haut d’une côte Bien sûr, à Annevoie , chez Joseph responsable du gite pèlerins des courtils. De jeunes louveteaux viennent de terminer leurs jeux de scout et nous partageons avec eux un moment d’échange avant de mettre le mulet au pré. Le soir, Joseph nous préparera un bon repas que nous prendrons dans le jardin, puis très rapidement nous irons nous coucher pour effacer la « fatigue » de la veille.

C’est vraisemblablement ce jeudi matin en battant Mario qu’une méchante bête, un insecte piqueur a planté son dard sur le dos du mulet. Bien entendu, je n’ai rien vu et comme à l’habitude j’ai posé le cuir et la couverture puis le bât puis nous sommes partis en faisant de grands saluts au père Joseph. Ce n’est évidemment que le soir que je me suis aperçu du désastre. Une cloque, que dis-je une gonfle, grosse comme une balle de tennis se situait sur le dos à l’emplacement du portant de l’arçon .Autour de celle-ci les poils ont disparus et la plaie est purulente. Pas jolie à voir et à sentir.

Didier, le patron du relais des Falize à Jambes, qui ce soir-là héberge Mario fait une application d’un antibiotique, opération que nous renouvelons à deux reprises après que Mario se soit bien roulé dans l’endroit le plus sale du pré. Bien évidemment je prends la décision de laisser Mario au repos chez Didier et de rejoindre notre dernière étape sans notre compagnon.

Cette journée de jeudi nous a donc conduits entre Annevoie et Dinant en empruntant le Ravel. Nous passons devant l’abbaye de Leffe dont nous le savons maintenant une communauté de Bénédictins perpétue la tradition médiévale du brassage de la bière.

Et puis nous renouons ici avec la légende des quatre fils Aymon qui hante les Ardennes de part et d’autre de la frontière. C’est parce que Renaud, l’un des quatre frères eut occis le neveu de Charlemagne à la suite d’une dispute qu’ils doivent fuir le courroux de l’empereur. Ils chevauchent le fameux cheval Bayart qui d’un bond phénoménal se serait élancé au-dessus de la Meuse pour la franchir. Nous avons nettement vu la trace laissée par ce cheval légendaire sur le rocher, empreinte en forme de faucille…

Et puis Dinant est bien la deuxième préférence de Victor Hugo, car c’est une ville fameuse pour son art de fondre et de marteler le cuivre et le laiton appelée justement la dinanderie.

Au pied de la citadelle, une charmante petite église nous a inspirée, puis nous avons stoppé au milieu des touristes pour nous ravitailler, et Mario n’a pas laissé insensible les nombreux badauds. Pour rejoindre le fonds de Bouvignes nous avons marché comme à l’habitude sur une longue et rude côte. Nous devions être attendus par Laurence  mais elle n’était point-là. Par contre un grand camp de scouts Hollandais envahissait l’espace ne laissant peu de place à notre équipage. Certains jouaient à des jeux de foulards, d’autres, déguisés en costume du moyen âge se distinguaient par leur danses sioux en gesticulant ou en brandissant des armes factices. D’autres encore  se disputaient une violente partie de Sioule  .On se demandait vraiment ou nous étions tombés !

C'est là? c'est vraiment là?Pour rassurer mes consœurs je leur montrais l’autocar dans lequel nous allions dormir ce soir. Un bus des années soixante repeint dans une couleur vert terne. Cela ne les rassura pas, bien au contraire, car la propreté extérieure laissait vraiment à désirer. Déjà, elles se demandaient si elles pourraient  se laver et je voyais bien que cette étape plus que spartiate était un remake des camps  de jeunesse des années d’après-guerre.

notre dortoir ambulant.notre dortoir ambulant.
notre dortoir ambulant.

notre dortoir ambulant.

Enfin Laurence est arrivée en s’excusant : elle ouvre le cadenas du bus et nous pouvons ainsi vérifier nos craintes : des Châlits superposés dont la propreté ne nous inspire guère offre un spectacle de désolation nous rappelant ce que nous n’avons vu que dans des films retraçant l’histoire des goulags, des camps ou des stalags. Pour nous donner du courage, nous emmenons Mario au relais des Falizes en constatant sa vilaine blessure puis nous le soignons. Nous décidons de nous coucher rapidement après avoir grignoté les victuailles achetées dans la ville basse. Il fait froid et nos couvertures sentent la poussière. Nous nous glissons rapidement dans nos sacs à viande ! Bref une soirée inoubliable (comme quoi, chaque moment à malgré tout son bon côté).

la Meuse ,en quittant NamurLe lendemain matin est un jour triste pour un muletier car il s’en va à pied sans son mulet .De plus le temps est pluvieux et froid. Nous laissons notre barda ainsi que le bât et tout le toin-toin dans le bus et après avoir fait un petit coucou à notre compagnon nous prenons le Ravel en direction de Givet, terme de notre voyage. Très vite, nous sommes obligés d’emprunter la route nationale 96, le chemin de halage n’existant plus.  Une demi-journée fatigante car la route est étroite et sinueuse et les véhicules nous frôlent en nous arrosant de gerbes d’eau. Finalement, je suis bien content que Mario ne soit pas avec nous, car le danger aurait été plus grand avec sa largeur hors- tout supérieure à un mètre.

Enfin, en milieu d’après-midi nous arrivons au presbytère de Givet où j’ai laissé le van.  Après une brève rencontre avec Nicole une des responsables de la cure, nous Retournons à Dinant pour y récupérer Mario. Au Relais des Falizes, Didier nous fait bénéficier d’un prix d’amis en nous demandant seulement 3 euros pour le gardiennage du mulet !

La fin de ce voyage muletier se termine au « Paradou » où Mario et nous même,  jouissons d’un remarquable confort. Le soir, souper dans le restaurant gastronomique de la cité, puis retour dans nos pénates via Aix -la -Chapelle pour récupérer le véhicule laissé chez Rémy et Véra. Heureux et satisfait comme je le témoigne toujours sur l’un et l’autre récit de mes randonnées muletières, je ne pense qu’à repartir : Bien sûr, j’en parlerai à mon mulet …

                                                                                  Jean, en Juillet 2016

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Anne 02/11/2016 12:38

toujours aussi agréable à lire et meme à relire.
vivement la prochaine !!!
Amitiés Anne

randomulet 05/11/2016 00:01

Merci pour ces compliments.
La prochaine rando? Les maîtres sonneurs en Mars 2017.

BYP BYP 30/10/2016 18:55

Encore une rando bien menée , dans de superbes paysages , et avec une belle matière !!! : de quoi étoffer un récit qui , toujours , nous ravit . Bravo pour" la gestion de Mario " dans le ravel étroit : cela me rappelle un épisode identique sur le Stévenson !!!!
L'Etoile de Martin a vraiment de " super missi dominici " .
Et vivement 2017 en Berry , en Hurepoix et région parisienne .
BYP-BYP

randomulet 31/10/2016 09:02

BYP-BYP toujours fidèle .merci à vous deux.on se retrouve pour le concert de Montagne St Emilion le 19 novembre prochain.Sans Mario évidemment ! Jean

Eugène 29/10/2016 19:33

Salut à toi l'ami Jean et merci pour ce nouveau cpte rendu de ton périple dans l'Ardenne; le singulier s'applique me semble-t-il au territoire belge alors qu'en France ns avons le pluriel avec les Ardennes. Mario reste super mais tu prends bien soin de lui. Kénavo

randomulet 31/10/2016 08:58

Eugène,toujours aux aguets! merci de tes encouragements malicieux .Ma fidèle amitié.
A bientôt sur la "route des mulets"(en construction) qui passera non loin de chez toi.
Jean