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Publié par randomulet

                RANDONNEE DANS LE JURA

Cela faisait bien longtemps que je prévoyais d’aller voir ce Jura dont tant de monde me parle avec enthousiasme.

Pour cette découverte jurassienne Yolande et Bernard, désireux de connaitre cette belle région acceptent avec joie de nous accompagner. (Quand je dis nous, je ne me prends ni pour le roi ni pour son cousin, mais j’inclus bien évidemment le fameux mulet Mario).

sur la route

sur la route

 

Lors d’un précédent épisode d’Equirando en juillet 2013 à Lignières en Berry, je rencontrai Danielle Fell grande prêtresse  de la traversée du Jura à cheval. C’est par son entremise que je pris contact avec Francis Baron. Ce gars-là avec temporisation, mais avec une gentillesse et une efficacité redoutable me concocta un circuit de première susceptible d’effectuer en 12 jours de marche quelques 230 km.

De première : j’aime bien cette expression. Elle indique sûrement que c’est une première main, mais aussi que le sujet dont il est question n’est pas un cave ni un canard encore moins du bidon. En fait c’est du fiable, du véridique, de l’authentique !

Pour tout vous dire ce fut une belle boucle de montées et de descentes à nous couper le souffle tant au sens propre que par la beauté des sites.

vraiment un beau pays

vraiment un beau pays

 

Or donc, ce dimanche soir nous arrivons à la Bergerie chez le gars Francis après 7 bonnes heures de roulage. Le temps est triste et morne. Nous prenons possession de l’ancien gîte au confort spartiate que nous nous empressons de nettoyer de fond en comble (en fait, il n’y a qu’un niveau).Les gentilles araignées sont légions dans cette ancienne fromagerie rénovée et nos lits leur servent de refuge. Yolande est à la manœuvre avec un aspirateur trouvé dans le fond d’un placard. Telle une fée tirée d’un conte de Perrault, elle s’active et rend la maison acceptable d’autant que nous avons invité le gars Francis à partager notre repas du soir dans une fausse hospitalité dont le but est qu’il affine devant nos cartes le détail du circuit (de première !).

Pour nous réchauffer et faire sécher nos vêtements et chaussures Bernard  a mis en route le bon vieux poêle. Initiative qu’il renouvellera avec bonheur le lendemain soir. Dehors, un gentil chien penaud et triste nous fait pitié et malgré ce temps de chien, nous lui conseillons de rentrer chez ses patrons dans la maison du dessous. Lui, reste impassible sous la pluie froide en attendant un petit reste de notre manger ! Une vie de chien…

                RANDONNEE DANS LE JURA                 RANDONNEE DANS LE JURA

Dehors le temps s’est gâté, le vent s’en est mêlé et la météo rend triste ce lendemain. De plus, la douche ne fonctionne pas et l’eau, bien froide, n’autorise pas le délassement. A tel point que la flemme nous précède et nous accompagne. Nous décidons de marcher le long du lac de Vouglans sans Mario que nous laissons dans sa pâture près du centre équestre. Nous ferons une super balade, une mise en jambe sur une des rives de ce magnifique lac artificiel établi sur l’Ain. Originelle vision de notre randonnée Jurassienne à la fois belle et pluvieuse dont les grains me rappelle quelques voyages muletiers antérieurs trop arrosés. Vers  midi, la pluie a encore  redoublé. Nous ne pouvons pas sortir notre casse-croûte sans risquer de manger de la bouillie de pain que l’on donne aux volatiles dans les Zoos. Heureusement, là, devant nous, nous apercevons avec peine à travers les bourrasques un lieu de sustentation bienvenu. Nous sommes au village de Maisod et le relais du lac nous accueille avec bonheur.

Comme il se doit, pour revenir dans notre gîte, nous avons emprunté une des nombreuses voies romaine quadrillant la France : bien tracée, rectiligne, sableuse et agréable  à parcourir.

Au fond le lac de Vouglans
Au fond le lac de Vouglans
Au fond le lac de Vouglans
Au fond le lac de Vouglans
Au fond le lac de Vouglans

Au fond le lac de Vouglans

 

En chemin, nous faisons connaissance avec un des rares tourneurs sur bois de la région.il tourne des petits morceaux de buis pour en sortir de minuscules cuillères pouvant servir pour la moutarde, la confiture et éventuellement le miel. Vraiment du bel ouvrage !

Chez Maître Pascal
Chez Maître Pascal

Chez Maître Pascal

 

Hélas ! le buis est en ce jour menacé par un champignon parasitaire et une chenille particulièrement vorace, la pyrale. Cette dernière prolifère d’une manière exponentielle. Elle a envahi l’ensemble de notre pays. Tout comme les 42000 platanes du canal du midi attaqués par le chancre coloré, nous ne savons que faire pour endiguer ce mal : des insecticides bios, des pièges à phéromones, des fongicides chimiques sont en cours d’expérimentation… et cela sera difficile à mettre en œuvre dans la nature sauvage.

A regret, nous quittons son atelier d’un autre temps, après qu’il nous eût précisé avec force qu’il était le dernier tourneur sur buis du jura puisque personne ne souhaite reprendre ce travail. Nous sommes bien fiers de l’avoir rencontré.

                RANDONNEE DANS LE JURA

Cette journée fut encore vouée sous le signe prolongé de Saint Médard. De la pluie, encore de la pluie, toujours de la pluie. En chemin, nous rencontrons la femme Jeanne qui déambule seule dans un chemin creux, en plein bois, au milieu de nulle part. Elle s’accroche à son téléphone portable et refuse d’être photographiée de près. Bizarre ! Cette apparition est bizarre. Ne pressentant pas de danger alentour nous poursuivons notre chemin. De loin, elle nous crie son prénom. Au revoir Jeanne. Bizarre, Bizarre !

des chemins détrempés.
des chemins détrempés.
des chemins détrempés.

des chemins détrempés.

 

Nous arrivons trempés comme une soupe à Meussia au moment de la récréation des enfants de l’école. Aussitôt, attroupement de l’autre côté de la barrière. Des mains se tendent vers le museau de Mario qui apprécie toujours ces moments-là. Les maîtresses nous offrent très gentiment un bon café qui nous fait le plus grand bien après cette marche sous la pluie. Merci les maîtresses ! L’une d’elle m’enverra plus tard un mail de sympathie suite à la lecture du récit des maîtres sonneurs qui l’a personnellement beaucoup touchée.

l'info devant l'école:Mario se méfie

l'info devant l'école:Mario se méfie

Sur le coup de midi, une averse diluvienne nous assaille près d’une ferme. Nous demandons illico au jeune homme que nous avons hélé si nous pouvons nous abriter sous le grand hangar. Malgré les trombes niagaresques que nous recevons, celui-ci souhaite demander à son père l’autorisation de pouvoir s’arrêter un instant à l’abri de la remise. « Vite mon gars, fais vite car la pluie tombe si drue qu’elle est en train de traverser notre peau, dépêche-toi donc ! ».Sans attendre la réponse, nous fonçons vers le squat, alors que le père en charentaise sur le pas de la porte nous crie ; « c’est bon allez-y, mais surtout pas de feu ! ».

La pluie redouble encore et son bruit sur les tôles effraye notre mulet. Le vacarme est si intense que nous ne pouvons-nous entendre sans crier. Il nous faut faire halte, débâter Mario, le rassurer, faire sécher nos hardes de pluie en cherchant une place propre et sèche. Nous devons également trouver un peu d’espace identique pour partager notre pique-nique. Pour cela, une botte de foin et deux palettes feront l’affaire. Et dire que Bernard à maintenant l’idée fixe d’ouvrir une boîte de sardines ! Pas facile de manger debout des sardines dans leur boîte bien huileuses et dégoulinantes dans une main avec un morceau de pain et une fourchette dans l’autre main. Houai, pas facile ! « Il a de drôles d’idées ce Bernard »

sous le hangar
sous le hangar
sous le hangar

sous le hangar

Je crois bien qu’en ce chemin nous avons contemplé dans le creux d’un vallon le merveilleux vestige d’une belle et grande abbaye. Encore debout et construite en pierres blanches, nous avons eu de fortes pensées pour ces moines qui au temps jadis ont défriché les terrains.

les moines n'y sont plus.les moines n'y sont plus.
les moines n'y sont plus.

les moines n'y sont plus.

Dans l’après-midi, Mario affublé de sa grelotière tintinnabulante a fait prendre de panique un petit troupeau de Comtois. Affolés par le son inhabituel des grelots ainsi que par la vision d’un drôle d’animal de surcroit inconnu, mi cheval mi âne, ils se sont mis au grand galop, dévalant la pente de leur grand pré, ventre à terre, détruisant les clôtures électriques à leur passage pour venir s’arrêter brusquement devant nous, de l’autre côté du fossé .Cela nous a causé une grande frayeur tant par la vitesse acquise par ces puissants chevaux que par le résonnement des sabots sur la terre. Un seul être était paisible dans cet instant : Mario a poursuivi son chemin, débonnaire. « Je te soupçonne mon vieux Mario de prendre du plaisir dans ce genre de situation, car ce n’est pas la première fois que je vis cette situation »

Bonjour ,c'est moi Mario le roi du voyage!Bonjour ,c'est moi Mario le roi du voyage!

Bonjour ,c'est moi Mario le roi du voyage!

Le soir, après nos 25 km de marche, nous nous sommes arrêtés chez Jean Guy président du ‘’Grand Huit » à Boissia où nous avons logé dans un beau chalet. Nous avons pu ainsi faire sécher efficacement nos nippes et godasses. Le soir, repas est pris au restaurant du camping .Nous profitons des nombreux temps d’attente entre les plats pour nous faire signifier le chemin du lendemain en stabilotant la carte « d’état-major ». Il est 22 heures et il est grand temps de nous retirer dans notre chalet qui sent si mal les vêtements humides.

Nous sommes mercredi et nous nous levons vers 6 heures 30. Le petit déjeuner est frugal. Comme d’habitude, nous prenons le temps de nous occuper de Mario. Démonter la clôture, panser et faire les pieds, bâter, équilibrer le bât, ajuster sans trop serrer, charger les caisses, les sacoches et autres petites affaires, tranquilliser, rassurer et enfin donner le départ : -ayllée !!!ayllée Mario !

Pour cette étape d’une vingtaine de kilomètres pour nous rendre à Ménetrux, nous empruntons des chemins difficiles car remplis de l’eau tombée les jours précédents. Notre progression est laborieuse car la boue est partout, glissante, profonde et sournoise. Il nous faut garder l’équilibre et le mulet est souvent une aide précieuse pour rester debout. La ferme du Hérisson nous accueille enfin. Elle se situe au Val -Dessous à l’entrée du lac du Val. Les propriétaires ont conçu un parc animalier très fréquenté par les touristes. Nous débâtons sous un hangar à foin et rangeons les cuirs et les caisses à l’abri des intempéries, puis le mulet nu est emmené vers son coin de prairie de l’autre côté du Hérisson. En ce qui concerne les humains, nous couchons très chichement dans la même petite chambre et utilisons les sanitaires de la famille.

le bâtage
le bâtage

le bâtage

le hérisson
le hérisson

Le torrent du hérisson prend sa source au saut Girard, né des eaux du lac de Bonlieu et du lac d’Ilay. Au total, ce sont 31 sauts et cascades sur environ 8 Kilomètres. C’est vraiment un site exceptionnel praticable uniquement à pied : les chevaux et par conséquent les mulets y sont interdits. On raconte qu’un cavalier intrépide mais inconscient n’a pu maitriser son cheval qui s’est retrouvé à la suite d’une glissade suspendu sur une grosse branche quelques mètres plus bas au dessus du torrent. Les secouristes ont dû pendant des heures intervenir pour dégager l’animal ainsi perché et c’est un hélicoptère qui l’aurait sauvé. ‘’Sans faire d’anthropomorphisme, je pense que le traumatisme a dû être flagrant et que le cheval n’est pas prêt de traverser sereinement un ru’’.

Le lendemain matin, après les habituels préparatifs nous mettons le cap vers le Frasnois pour rejoindre l’Eolienne où Sarah la jeune patronne aidée de ses parents s’active pour rendre notre séjour le plus agréable possible. Bernard s’attache les bons soins de la serveuse qui nous offre les cafés de bienvenu. Tout le long de cette journée, nous avons sans effort cheminé à travers de magnifiques paysages en privilégiant les passages en forêt. A partir de Songeson et pendant une dizaine de kilomètres, nous connaîtrons l’enchantement de la forêt Jurassienne. Le grand sapin cohabite avec l’épicéa et le hêtre, et nous nous sentons bien minuscules sous ces futées. Face à tous ces arbres, nous prenons conscience de l’importance de l’économie et de la filière bois dans cette région.

A l’Eolienne, nous mettrons les effets du mulet dans un local mi poulailler, mi refuge de chèvres. Mario sera dans un paddock proche d’autres chevaux et nous trois coucherons dans une chambre ou j’ai pris soin de mettre le matelas à terre pour éviter de dormir en chien de fusil sur un lit trop petit avec une barre au pied.

Après un bon petit déjeuner, nous récupérons Mario dans son pré pour le mettre à l’attache afin de le préparer et le garnir. Autour de nous quelques curieux s’attroupent pour observer la manœuvre. Je sais par expérience que le mulet à souvent ses humeurs le matin au bâtage et qu’il convient d’être très attentif à ses yeux, à sa façon de se camper sur ses postérieurs. En général ces attitudes hostiles sont précédées d’une gesticulation inquiétante, une sorte d’instabilité, un dandinement de la croupe, de nerveux et furtifs pas de danse qui laissent présager, si on n’y prend garde, une belle cagade. En ce moment présent, je ressens tout cela, et pour parer à toutes explosions caractérielles, je détache rapidement Mario de sa barre d’attache et m’en vais faire un tour en le tenant à la longe en lui disant des mots apaisants. Ce jour-là, plusieurs tours seront nécessaires pour le ramener au calme et aux ordres.

Dans d’autres lieux et d’autres temps, au moment du bâtage, j’ai vu, sans pouvoir la stopper ni la canaliser la puissance dévastatrice d’un mulet en panique. Se mettant sur ses antérieurs, il broie et casse l’attache, déchire son licol, se renverse sur son dos détruisant ainsi tout le barda et les cuirs. Rien ne l’arrête alors et il faut attendre qu’épuisé et ne pouvant se relever, je vienne au risque de recevoir un coup de pied, détacher la sous ventrière et le reste des sangles qui ont malgré tout résisté. Heureusement, ce genre de cérémonie matinale se produit rarement ; mais avec un mulet tel que celui-ci, il faut rester très vigilant.

Grâce à la petite détente et à une reprise en main autoritaire rien de tout cela ne s’est produit ce matin-là. Oui, ce matin-là. Pourtant…

Comme si rien ne s’était passé, Mario a été exemplaire durant cette étape. C’est un peu comme s’il voulait se racheter : vaillant, pugnace, volontaire, affectueux. Bref, un bon mulet.

le long du hérisson
le long du hérisson
le long du hérisson
le long du hérisson
le long du hérisson
le long du hérisson
le long du hérisson
le long du hérisson
le long du hérisson

le long du hérisson

Nous avons fait le tour des lacs d’Illay, du grand Maclu, puis celui de Narlay, rencontrant beaucoup de touristes, de groupes d’écoliers. La promenade est idyllique, et les paysages merveilleux : on se régale. Le chemin frise souvent le bord des lacs. C’est ainsi que nous pouvons longuement échanger avec Jean- Phi un pêcheur solitaire et silencieux, installé confortablement dans une bouée de pêche et intrigué par le bruit des sabots de Mario. Cet ancien artiste comique profite ainsi de sa retraite pour essayer de taquiner le poisson des montagnes. Deux ou trois jeux de mots dont je n’ai pas encore saisi le sens, viennent clore notre éphémère rencontre.

Jean Phi .Jean Phi .
Jean Phi .Jean Phi .

Jean Phi .

Ce soir-là, nous avons pris nos quartiers au camping du Marais pour deux jours. Nous y avons retrouvé Monique et Daniel venus se joindre à nous pour explorer les cascades du Hérisson (sans le mulet bien sûr). Notre bungalow est très agréable même si les fines cloisons laissent filtrer tous les bruits de la nuit ! Daniel, grand amateur de bons vins a tiré de sa cave les meilleurs crus dont un Aloxe-Corton (de première !), et Monique s’est mise en cuisine avant de venir pour notre plus grand plaisir. ’Comme quoi, la randonnée entre amis a du bon, voire du très bon ‘’.D’ailleurs, ces mets et ces crus furent bienvenus, leurs calories compensant largement la chute de la température nocturne.

Toute la journée est consacrée à la découverte à pied du Hérisson et de ses cascades. Partout ça sent bon, les fleurs des bois nous font des signes colorés, les tilleuls en fleurs embaument l’air. Au fur et à mesure que la matinée avance, les touristes deviennent de plus en plus nombreux et c’est bientôt une file ininterrompue de promeneurs du samedi en sandales qui dévalent, escaladent ou arpentent le chemin tracé par l’ONF. Que de monde se prenant en photos devant les cascades ! Il est temps de rentrer tellement cette masse de gens nous donne le tournis. Pour nous différencier de ces promeneurs de week-end, nous choisissons un chemin de retour peu fréquenté, mais bien difficile car très escarpé. Nous arrivons à Bonlieu fourbus, mais heureux. Nous chantons : ’’la fatigue me gagne mais mon cœur est content-enfant de la montagne j’y retourne, j’y retourne…’’

le ptit dèj et une cascade du hérissonle ptit dèj et une cascade du hérisson

le ptit dèj et une cascade du hérisson

Cette journée de dimanche nous conduira à Etival chez Jacqueline. Une bien belle balade, tranquille. Nous rencontrons un couple très âgé qui nous dit marcher quelques kilomètres tous les jours après le repas de midi. Nous échangeons quelques banalités avant de reprendre chacun notre direction : ainsi va le chemin !

Peu après notre départ, nous avisons au bord du camping de l’Abbaye un genre d’épicerie faisant bar et peut-être même restaurant. Bonne aubaine pour s’arrêter un moment et prendre un café en se laisser aller à grignoter une pâtisserie genre chocolatine ! Nous attachons Mario à un solide mât de réverbère dans le grand parking vide d’automobile. Damned ! effarement et stupéfaction ! La tenancière vient d’un pas décidé à ma rencontre pour me signifier avec véhémence que ce n’est pas un parking pour chevaux et qu’il ne faut pas qu’il reste là : -« il va faire trembler le lampadaire et casser le mât, il va manger ma haie…et le crottin ?… »Devant une telle hospitalité, nous nous sommes privés de cafés et de viennoiseries et avons fièrement passé notre chemin.

Un peu plus tard, contre toute attente, Mario refuse de traverser un gué et malgré une énergique persuasion, nous franchirons le ruisseau par la passerelle, que le futé mulet avait sûrement aperçue. De la forêt, des bois à perte de vue, des chemins détrempés, des pistes sans indication : nous sommes en plein cœur d’une nature dure et attachante à la fois. Nous croisons un couple de bucherons à l’ouvrage. L’homme et la femme travaillent de concert et ils ne font pas semblant ; l’immense monceau de bois coupés en témoigne.

les chemins ne se ressemblent pas tous!les chemins ne se ressemblent pas tous!
les chemins ne se ressemblent pas tous!

les chemins ne se ressemblent pas tous!

pause café
pause café

pause café

A Saint- Maurice-Crillat, à peine avons-nous stoppé sur la place du petit village que deux gosses nous entourent et sont attirés par le mulet. Leur chien bien sympa ma foi se montre affectueux avec Mario et nous devons lui indiquer de s’éloigner pour le protéger d’un vicieux coup de pied. Maintenant, voilà Apolline, la maman des deux drôles qui sort de sa maison avec cafetière et tasses : il est 10 heures et ce geste est le bienvenu après la triste aventure « thénardière » de ce matin. Nous passons un bon moment de détente avec cette petite famille qui a quitté la vie parisienne pour vivre leur rêve. Elle est Infirmière et exerce dans un hôpital proche, lui est charpentier. Un des enfants se prénomme Mario, ce qui ne manque pas de booster nos échanges avec celui qui sait maintenant que Mario le vrai, est bien super Mario. Ce sont de belles rencontres comme celle-ci qui donnent de l’éclat à nos voyages et qui s’inscrivent pour longtemps dans nos mémoires. Merci Apolline et Gonzague !

le café est servi.

le café est servi.

C’est un peu plus loin, au milieu de nulle part, au lieu- dit « La Crochère » que nous avons fait la connaissance de Roger. Ce vieux Jurassien âgé de 88 ans vit en solitaire dans la maison qui l’a vu naitre. Il regarde la montagne et fait des siestes longues. Il nous raconte comment il a acquis sa dernière mule en 1945, puis nous invite à faire halte dans sa cour pour que nous puissions manger.

Ce jour-là, il fait très chaud et les mouches envahissent le mulet. Nous sommes heureux d’avoir rencontré ce vieil homme très attachant.

le père Roger
le père Roger

le père Roger

Nous arrivons en milieu d’après-midi chez une autre Apolline, au gîte des lattes. L’accueil est royal ; le mulet rejoint un paddock de choix et pour nous le confort est divin. Un gîte propre : deux très belles chambres aux lits confortables, une cuisine fonctionnelle ; quoi de mieux ? D’autant que le prix est très raisonnable.

Nous sommes lundi et nous quittons Apolline. A la sortie du village nous longeons l’ancien relais de poste. Sur son fronton, on peut lire que l’hospitalité jurassienne n’est pas un vain mot.

A l'hôtel de la constitution Française...bon logis,A pied & A Cheval.
A l'hôtel de la constitution Française...bon logis,A pied & A Cheval.

A l'hôtel de la constitution Française...bon logis,A pied & A Cheval.

Après être passés entre le grand et le petit lac nous montons par un chemin pentu jusqu’au belvédère d’où la vue est splendide, puis après une longue marche par la Bucle et le Margotet, nous arrivons au Piards, station de sports d’hiver où nous profitons de la terrasse d’un bar pour prendre un peu de bon temps. Il fait déjà très chaud et les mouches et taons sont légions sur Mario. Il nous faut les combattre et cela durera jusqu’au soir. En fin de journée, nous compterons 267 tués, une centaine de disparus et une bonne cinquantaine de blessés ! Avant d’arriver à La Motte, sur les rives du Lac de l’Abbaye à Château des Prés, chez Patrick, nous traversons une fois encore de magnifiques paysages. Il fait très chaud.

En plein Jura

En plein Jura

Chez Patrick, c’est très spécial. C’est un agriculteur « à l’ancienne ». Il est bâti comme un colosse, hirsute, en botte et torse nu. Il nous reçoit avec gentillesse dans la cour de la ferme encombrée de toutes choses. Nous entrons dans la maison pour boire une bière et nous constatons le capharnaüm, l’amas d’objets hétéroclites, bref un foutoir digne d’un cambriolage et d’un bidonville réunis. Il manque assurément une femme dans cette maison ! Malgré la proposition de Patrick de nous héberger en mettant des matelas sur le sol, nous déclinons l’offre et rejoignons le loueur de yourtes dans le hameau de Bez. Nous y passerons une bonne nuit à l’abri de la pluie qui n’a pas cessé.

Ce mardi matin, nous bâterons sous une grosse pluie : après le pansage, mettre la croute de cuir, puis la couverture. Enfin, installer rapidement le bât que l’on recouvre sans tarder de la bâche : le tout en moins de 2 minutes. Après cela, on prend son temps pour ajuster et garnir en continuant de parler gentiment à Mario.

d'un monde à l'autre
d'un monde à l'autred'un monde à l'autre

d'un monde à l'autre

Notre étape du jour se situe à la Pelaisse, ferme isolée située à environ 5 kilomètres au sud de Longchaumois. Sans être très difficile, cette étape fût pour le moins physique car nous avons dû avaler de très bons dénivelés dans la forêt des Maleutes, puis dans les bois des côtes de Bienne. En faisant une courte halte près de la cabane forestière à la côte833, nous avons fait le spectacle pour un groupe de randonneurs du troisième âge qui marchaient comme Henry Kissinger (à petits pas).-« ce que vous faites, c’est tout simplement formidable ! Alors un mulet ? il s’agit bien d’un âne et d’un baudet ? Et vous allez loin, comme ça ? Il doit être bien fatigué ? Le pauvre. Il a l’air bien gentil cet âne, comme il est doux ! ». Du coup, on leur a joué un petit air d’harmonica, et ils sont repartis à pas comptés vers leur marche de survie.

En arrivant à Longchaumois, Mario s’est fait photographier en faisant semblant de tirer une charrette : il aime bien ça le Mario de se faire tirer le portait ! puis nous avons trouvé une table de pique-nique près d’une fromagerie et pendant ma sieste, Yolande et Bernard ont fait quelques emplettes au supermarché du coin. En prenant quelques raccourcis, nous sommes enfin arrivés à La Pelaisse, chez Aline. C’est un endroit perdu, où la passion des chevaux est visible, mais les conditions de vie en hiver doivent être rudes !

il fait semblant le bougre!

il fait semblant le bougre!

Vous souvenez vous du mouvement caractériel dont Mario nous a enchanté lorsque nous étions à l’Eolienne ? Eh bien cela n’est rien en comparaison de ce que nous avons vécu ce mercredi matin en bâtant ce soit disant bien gentil mulet. Il est 7 heures, nous sommes prêts pour nous occuper de Mario que je vais chercher dans un coin de son enclos. Il est plein de boue tant il s’est roulé sur le sol humide et gras. Je l’amène à la barre d’attache et nous commençons le pansage et faisons les pieds, puis poursuivons le rituel du garnissage. A, cet instant, je pressens quelque chose d’anormal, une inquiétude chez l’animal, un raidissement des postérieurs et surtout je m’aperçois qu’’il est sur l’œil’’. Immédiatement, je préviens en disant « écartez-vous, il est sur l’œil »pendant que je détache prestement le licol. D’une forte ruade des antérieurs puis des postérieurs, il vire, tourne sur lui-même pour finalement dans un fracas horrible choir sur son dos en balayant l’air de ses quatre pieds. Tout le bât est démonté, tordu et il me faut essayer en surmontant ma peur de dégager les cuirs, les caisses, les sacs et tout l’attirail afin de libérer ce gentil mulet qui ne peut ainsi se dégager seul et se remettre sur ses pieds. Heureusement ce bât de l’armée suisse est solide et bien conçu et j’arrive en peu de temps avec l’aide de Bernard à libérer les sangles. Dans un coin, retirée à l’écart de la scène, Yolande n’en mène pas large : le spectacle est dantesque et paniquant. Le mulet est allongé sur le sol, il souffle fort et par saccades, la bouche est ouverte et les dents sont visibles, il tremble. Je lui caresse la tête et lui murmure doucement des mots sans aucun sens. Puis il se relève et se remet devant la barre d’attache.

Que faire ? Aller chercher le van ? , terminer ici le voyage ? N’y croyant pas trop, je décide de réparer grossièrement ce qui est cassé et de rebâter après un court temps de repos, puis sans perdre de temps de quitter ce lieu qui ne convient pas.

On dit qu’un cheval est sur l’œil lorsqu’il a peur et se méfie de tout, qu’il est aux aguets, en alerte, inquiet.

J’ai longtemps cherché la cause de cette manifestation de panique proche d’une crise d’épilepsie type de grand mal, cet accès de colère impulsive tel que l’on en trouve chez les maniaco-dépressifs. S’agit-il d’une cause environnementale extérieure telle une piqure de taon ?, l’odeur d’un prédateur ?, la présence d’un danger ? d’un bruit insolite ? Quelque chose d’inhabituel qui lui génère du stress? A moins que ce ne soit le serrage de la sous-ventrière ? En tout cas, Mario fût exemplaire durant le reste du voyage et il ne reparla jamais de cet épisode. Il est redevenu le gentil mulet que tout le monde aime caresser.

La grosse Cagade
La grosse CagadeLa grosse CagadeLa grosse Cagade

La grosse Cagade

La journée sera longue pour rejoindre Les Crozets et nous devrons refaire en partie le chemin de hier avec des dénivelés importants. Nous traverserons Orcières et ses belles maisons bien exposées .De très belles toitures, des petits jardins clos, et d’impressionnants stocks de bois en prévision de l’hiver. A la Rixouse, nous demanderons notre route à un agriculteur manchot, il forcera notre admiration grâce à sa dextérité. Ici, les murs des maisons sont souvent doublés de protection zinc pour les protéger des intempéries. Le temps est chaud et lourd en cette fin de matinée et nous combattons les nombreux taons qui nous assaillent. Après une longue et pénible montée, nous trouvons un coin d’ombre avec une table de pique-nique bien après le village de Très- le- Mur .C’est un moment magique de détente. Comme dans un rêve, nous voyons passer un beau jeune homme athlétique juché sur des skis à roulettes qui apparemment, sans effort et allégrement, avale la montée qui tout à l’heure nous a tant fatiguée. Il a 20 ans et se prépare en vue de la Jurassienne épreuve de 75 Km qui se déroulera cet hiver 2015.

derniers paysages du Jura
derniers paysages du Jura
derniers paysages du Jura

derniers paysages du Jura

Après cette longue marche, nous avons stoppé aux Crezets, au gîte communal que nous utilisons seuls. Nous avons fait le paddock sur une prairie en pente juste en face du gîte.

Le lendemain matin, nous partons pour notre ultime étape afin de rejoindre la Bergerie à Crenans où nous attend le van. Dernière balade sans histoire où nous rencontrons les seuls vrais randonneurs du voyage : un couple d’amoureux d’un certain âge, main dans la main…

C’est sur cette belle image que nous terminons ce merveilleux voyage qui restera longtemps dans nos mémoires

Jean, en novembre 2015

Et plus je réfléchis ,et plus je me gausse! tout cela me fait rire.
Et plus je réfléchis ,et plus je me gausse! tout cela me fait rire.

Et plus je réfléchis ,et plus je me gausse! tout cela me fait rire.

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anne 06/12/2015 20:41

quand je lis ce récit,je le vis.c'est fort bien raconté et très touchant.La description du paysage est magnifique.Très bien Jean.Vivement le prochain récit.Merci.